‹ Le royaume de SerbieChapitre 19 sur 38 · LAZARE BRANKOVITCH · texte numérisé non relu

LAZARE BRANKOVITCH

Après la mort de Georges Brankovitch, la Serbie descendit rapidement vers sa chute définitive ; des luttes au sein de la famille princière hâtèrent ce fatal dénouement.

Irène, fille de TEmpereur Jean Paléologue et veuve du Despote, fut investie de l'autorité suprême en même temps que ses trois fils : Etienne, Grégoire et Lazare ; mais cet état de choses ne dura qu'un an à peine.

Lazare résolut de conserver le trône à lui seul ; dans ce but, il chassa ses deux frères : Tun s'enfuit à Constantinople, l'autre en Hongrie.

Irène, qui mourut bientôt, le débarrassa de tous les obstacles, et Lazare resta l'unique Despote de Serbie.

Dans le but de se concilier la bienveillance de Mahomet II, il lui oflfrit un tribut de vingt mille pièces d'or et se reconnut son vassal.

Le prince ne jouit pas longtemps du pouvoir, il mourut en 1459 ; Hélène, sa veuve, lui succéda. La Serbie, ruinée par soixante ans de guerre acharnée et par les passages continuels des Ottomans, n'avait plus d'armée, ses soldats étaient tombés presque tous dans les combats ; elle ne pouvait plus opposer de résistance sérieuse. La nation, pour la première fois, fut saisie d'un profond découragement, elle désespéra de son salut, elle abdiqua, et on vit alors un spectacle étrange : Hélène offrit la Serbie au Pape ; les boyards refusèrent de sanctionner cette proposition et, préférant eux aussi, un a turban de mufti à un chapeau de cardinal », acceptèrent de subir la destinée et firent hommage de la Serbie au Sultan Mahomet II.

Dans ce but, ils nommèrent Despote Abogevitch, frère du grand vizir Mahmoud Pacha, qui accepta le pouvoir et en prit possession.

Mais la veuve de Lazare, indignée de voir un Ottoman sur le trône de Serbie, le fit enlever par quelques dévoués compagnons et le livra au Roi de Hongrie, qui le mit en prison.

La malheureuse nation se trouvait de nouveau sans souverain. Alors Mahomet intervint en personne et, se fondant sur les droits qu'il tenait de son père Amurat, époux de Mara, fille de Georges

Brankovitch, et appuyant ses prétentions d'une nombreuse armée, s'empara sans peine de Semendria et réunit la Serbie à ses États.

En 1459 cesse l'existence politique de la Serbie. Hâtons-nous de dire que la nation serbe lui survécut et conserva, malgré tout, intactes les qualités qui la caractérisaient. Combien il était heureux que les Serbes fussent un peuple de soldats ! grandis par la lutte, ils se perpétuèrent dans la lutte incessante et ne durent leur indépendance finale qu'à leur courage guerrier.

Une race moins bien douée sous le rapport des qualités militaires aurait disparu à tout jamais, écrasée par la main des Ottomans, son nom même serait oublié. Les Serbes triomphèrent de toutes les épreuves et restèrent toujours et partout les Serbes de l'antique Empire de Douchan.

Lors de l'annexion à la Turquie, le peuple se divisa en trois catégories bien distinctes.

La première, celle qui habite les plaines des bords du Danube, demeura dans ses foyers et plia sous le joug ottoman ; la seconde alla grossir en Hongrie les colonies fondées sous les règnes d'Etienne IX et de Georges Brankovitch ; la dernière, enfin, ne voulant accepter aucune autorité, même celle des Chrétiens, se retira dans les montagnes abruptes du sud de la Serbie, et là, misérable, traquée, luttant péniblement pour l'existence, combattant les oppresseurs sans trêve.

insaisissable, mais indépendante, elle devint la souche de ces Haldouks intrépides qui conservaient avec un soin jaloux les antiques traditions de grandeur et d'héroïsme de leurs aieux.

Ce sont eux qui perpétuèrent la vieille Serbie et qui lui rendirent sa patrie libre.

Les Serbes des montagnes n'ont pas d'histoire propre pendant les trois siècles qui suivent ; nous sommes donc forcés de 4es quitter, pour les retrouver à la fin du xviii* siècle.

La partie considérable de la nation qui émigra à la suite de la conquête forme l'objet de la seconde partie de cet ouvrage.

La Syrmie ou pays compris entre la Save et la Drave fut son premier lieu de refuge, elle y retrouva un de ses princes, qui l'y avait précédé.

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