‹ Le royaume de SerbieChapitre 28 sur 38 · IO · texte numérisé non relu

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frère Milan venait de mourir^ et Milosh se trouva bientôt dans une grande situation politique, qui le rendait susceptible, grâce à ses talents, d'occuper la place souveraine, où il fut appelé plus tard.

On est tenté de croire que la Providence voulait encore infliger de nouveaux malheurs à la Serbie, avant de lui permettre de sortir définitivement triomphante de ses ruines.

La funeste politique de Napoléon I" devint pour elle, la cause directe d'une succession de calamités. En déclarant la guerre à la Russie en 1812, la France obligea le Tzar à signer avec la Porte le traité de Bucharest, abandonnant ainsi la cause si belle et si touchante de la nation serbe (28 mai 181 2).

Quelles durent être les sentiments des patriotes en apprenant le coup qui les frappait ? Le Tzar^ qui les avait toujours soutenus depuis i8o5, les laissait seuls en présence de Mahmoud irrité et en position de diriger contre eux toutes les forces, sans exception, de l'Empire ottoman.

Ils ne perdirent pas courage et envisagèrent avec calme et espérance cet avenir menaçant.

On ne peut accuser la Russie en cette conjoncture. La question que lui posait Napoléon, était une question de vie ou de mort. Quoi donc de plus naturel que le Tzar réunit tous ses moyens pour défendre ses propres foyers et sacrifia momentanément ses protégés? Les Serbes eux-mêmes

ne firent point un grief à Tempereur Alexandre, de sa conduite envers la Serbie en 1812.

Le Prince de Serbie essaya d'abord de négocier, dans le but d'obtenir un arrangement qui garantit au moins l'indépendance si chèrement acquise; peine perdue, les conférences tenues à Nisch, de décembre 18 12 à janvier 181 3, n'aboutirent à rien. Déjà Mahmoud avait fait étrangler Morussi et son frère, les négociateurs du traité de Bucharest, qui sollicitaient en faveur de la Serbie. Le Sultan voulait rétablir sa domination comme auparavant, ni plus ni moins.

On dut encore une fois courir aux armes. Kara Georges fit prêcher la guerre sainte par les popes et adressa au peuple un manifeste, vibrant d'un patriotique langage.

Puis on marcha aux frontières; l'armée serbe, divisée en trois corps principaux, occupait les bords du Timok à l'est, ceux de la Drina à l'ouest; au centre, Kara Georges et sa réserve campaient autour de lagodina.

L'Haidouk redoutable, Veliko, commandait l'armée de l'est et défendait la place forte de Négotin. Dix-huit mille Turcs d'élite l'assiégèrent bientôt, sans pouvoir enlever la ville. Le général en chef, Kurchid Pacha amena des renforts aux assiégeants, et les Serbes, écrasés par une artillerie formidable, passèrent par toutes les horreurs d'un siège prolongé. Veliko tenait bon et appelait

Kara Georges à son secours. Kara Georges n'arrivait point. Les maisons de Négotin n'étaient plus qu'un monceau de ruines, et l'indomptable Véliko ne parlait pas de se' rendre, quand, un jour, en parcourant les remparts, un boulet le frappa en pleine poitrine. La mort de ce héros jeta la consternation dans la place; les Haidouks, qui l'avaient suivi, firent une sortie désespérée et, passant sur le corps des Janissaires, s'enfuirent dans leurs montagnes.

Les Turcs envahirent toute la vallée de la Morawa et commirent des atrocités que la plume se refuse à décrire. Pendant ce temps, le knèze Sina, qui commandait l'armée de la Kolubara, n'agissait point ei demeurait inactif à Schabatz, en présence des Turcs qui menaçaient la Serbie à l'ouest.

Comment expliquer cette immobilité de l'armée de l'ouest et surtout l'absence de Kara Georges, qui, au lieu de se porter rapidement, comme dans les campagnes précédentes, d'une extrémité à l'autre de la Serbie, se cachait dans la Choumadia et ne donnait pas signe de vie. L'autorité suprême, dont il était revêtu depuis deux ans, paralysait ses forces, la responsabilité si lourde qu'il sentait peser sur ses épaules, émoussait son énergie; il succombait à la peur, lui qui avait bravé la mort dans vingt batailles, et, saisi d'un sentiment inexplicable, il se dérobait, manquait à ses devoirs

et terminait sa carrière jusque là si glorieuse, par une fuite honteuse en Hongrie (octobre i8i3).

S'il est dans l'histoire des événements inexplicables, la trahison de Kara Georges* en est un remarquable exemple ; les causes de sa conduite échappent à toute analyse et déroutent l'esprit de ceux qui l'ont le mieux connu et le plus estimé.

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