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CHAPITRE II

Les Zupans de Serbie

BÀ prise de possession de Plllyrie par les Serbes date de Tan 6io à 620. Phocas, empereur de Constantinople (6o3-6i i), parvenu au pouvoir suprême par le chemin du crime, ne songeant à s'y maintenir que par de nouveaux forfaits et, de plus tout occupé des invasions de Coscoës, roi des Perses, ne put s'opposer à l'établissement des Slaves sur la rive méridionale du Danube.

Les nouveaux venus dans l'Empire profitèrent également des luttes qu'Héraclius, successeur de Phocas, soutint, pendant toute la première partie de son règne, contre les Perses, pour s'avancer plus avant dans la Macédoine. Ce n'est qu'après avoir refoulé les Perses jusque dans la haute

Mésopotamie, que l'empereur byzantin eût le loisir de porter une attention soutenue à ce qui se passait sur les frontières septentrionales de son empire.

Voyant Timpossibilité de lutter contre l'envahissement des barbares, il préféra traiter avec eux et accorda aux tribus serbes la pleine possession du pays compris entre le Danube au Nord et à l'Est, la Dirna et l'Adriatique à l'Ouest et la Macédoine au Sud. Elles devaient payer tribut à l'Empire ; Raguse était leur capitale. On l'appelait alors Rausice, du nom de Rascie, province dont elle était la ville la plus importante.

Belgrade, où siégeait à cette époque un gouverneur grec, fut aussi comprise dans le territoire abandonné aux Serbes, mais ne devint que beaucoup plus tard la capitale du royaume.

Ceci se passait à l'époque où Héraclius, définitivement vainqueur des Perses, triomphait à Constantinople et où Mahomet préparait dans le fond de l'Arabie, la révolution qui devait bientôt bouleverser le monde. Cette coïncidence entre l'établissement définitif des Serbes dans la vallée du Danube et l'apparition du Mahométisme, deux puissances destinées à lutter si longtemps l'une contre l'autre, n'est-elle point digne de remarque?

Quelques indications sur la géographie et l'aspect du pays où va se dérouler l'histoire si dramatique du peuple serbe, ne nous semblent point déplacées ici.

Divisée, dans toute sa longueur de l'Ouest à l'Est, par la grande chaîne des Balkans, la Serbie comprend deux régions présentant chacune des caractères absolument distincts. Au Nord, et baignées par le Danube et ses affluents, la Save, la Drina, la Morawa et le Timok, s'étendent de vastes plaines rappelant, par leur aspect et leurs productions, celles de la Hongrie et de la Valachie. Là se trouvent de riches prairies, des vergers pleins d'arbres à fruits et particulièrement de pruniers, des cultures étendues de céréales. De tous temps, cette partie basse a été considérée comme le grenier de la Serbie.

Sur les bords mêmes du fleuve, entre Semendria et Négotine, des coteaux à faible inclinaison produisent un vin des plus renommés. L'empereur Probus, né dans cette partie de Tempire, passe pour avoir fait planter ces vignobles, fameux de toute antiquité.

Si maintenant, tournant le dos au Danube, on se dirige vers le Sud, on constate une élévation progressive du sol. D'abord, ce sont des hauteurs dont l'altitude varie entre cinq et sept cents mètres. Les cultures ont disparu ; des forêts profondes de hêtres et de chênes les remplacent. D'innombrables troupeaux paissent dans les vastes clairières, car le peuple serbe, depuis son établissement, tire de l'élevage la plus grande partie de sa richesse.

Cette seconde zone est la plus étendue; elle forme les vallées supérieures de la Morawa.

Enfin paraît la chaîne de montagnes, appelée monts Nissava-Gora, qui forme la ligne de faîte pour le partage des eaux entre la Mer Noire et la Mer Adriatique et se continue dans la direction de l'Est par les monts Argentaro, puis les monts Balkans proprement dits.

Entassées les unes sur les autres en un cahotique assemblage, coupées de ravins profonds où mugissent des torrents, couronnées d'étroits et inaccessibles plateaux, dominées enfin par la masse imposante du mont Kopaonik élevé de près de 2,000 mètres, les montagqes de Serbie ont toujours servi d'asile aux patriotes. Dans les heures sombres de l'occupation étrangère, des nationaux réfugiés dans les hautes vallées ont résisté à toutes les entreprises et, vivant pauvrement, ont au moins conservé le bien auquel tout Serbe tient le plus : l'Indépendance.

Sur le versant nord des monts Nissava-Gora et Argentaro jaillissent de nombreux cours d'eau, entre autres la Morawa orientale, le Toplitza, l'Ibar, la Morawa occidentale, la Drina, la Bosna, la Verbitza.

Le bassin de la Morawa, le plus important fleuve de Serbie, se divise en deux parties bien nettement séparées l'une de l'autre par les défilés voisins de la ville de Krouchevatz: le bassin supé-

rieur, où se trouvent les villes de Nisch, Pristina, Zaribrod et Novi Bazar, et le bassin inférieur, dans lequel le fleuve, après avoir serpenté au travers des plaines de la Basse-Serbie, se jette dans le Danube non loin de Semendria.

L'Etat serbe serait inaccessible à une armée suivie de son artillerie et de ses bagages et venant des bords de la mer Egée, sans la Morawa orientale, dont la vallée ouvre un passage entre Nisch et Sophia.

A l'extrémité méridionale de cette haute vallée, se trouve un col par lequel passe la grande route de Constantinople à Belgrade. C'est là le boulevard de la Serbie, son ouvrage naturel le plus avancé, que les Serbes s'efiForceront de défendre contre les Turcs toujours avec vaillance souvent avec bonheur.

Par sa position et la force de ses défilés, la Serbie est l'échiquier central de la péninsule balkanique, d'où son importance stratégique et la nécessité qu'il y a, à ce que cet État soit aussi fort que possible.

Il paraîtra sans doute singulier que nous n'ayons jusqu'ici prononcé le nom d'aucun chef, sous les ordres duquel les Serbes ont fait irruption dans l'Empire d'Orient.

Tous les peuples descendus les uns après les autres des plaines de la Scythie étaient commandés par des personnages dont la postérité a pu re-

cueillir le nom : témoins Attila, Alaric, Genseric et bien d'autres encore.

Pour le peuple qui nous occupe, rien de semblable ; le mystère le plus impénétrable entoure la personnalité des premiers Zupans de Serbie. Ni Constantin Porphyrogénète, l'historien couronné de Constantinople, ni aucun des rares historiens serbes ne donne d'indications précises à ce sujet. Ils semblent vouloir respecter l'anonymat des premiers chefs serbes, ou plutôt les éléments leur ont fait défaut, lorsqu'ils ont essayé de se livrer à des recherches sur les origines du peuple serbe et son histoire pendant le premier siècle qui suivit son établissement dans l'empire grec.

VOISLAF (83o)

Le premier qui porta le titre de prince ou grand Zupan de Serbie semble être Voislaf; il reçut pouvoir suprême vers 83o.

De la constitution politique de la Serbie au ix« siècle, nous savons peu de chose. La nation se composait d'un certain nombre de tribus; à la tête de chacune était placé un Zupan, dont le titre et le pouvoir semblent correspondre à celui de comte chez les peuples occidentaux.

Cette division en tribus est d'ailleurs commune

à tous les peuples d'origine slave et ils l'ont conservée pendant de longs siècles encore après leur invasion dans le monde chrétien.

Les Zupans, se réunissant en assemblée, appelée Skouptchina, nommaient parmi eux un grand zupan qui portait le titre de prince, mais dont le pouvoir effectif était bien faible, surtout pendant les premiers siècles de l'histoire de Serbie.

En somme, jusqu'à l'avènement de la dynastie des Nemans avec Etienne Nemania, en 1143,1a nation serbe se présente, au point de vue politique, sous la forme d'une république aristocratique. On sait peu de chose des grands Zupans qui se sont succédés pendant les ix^ et x« siècles.

RADOSLAV

Jusqu'au règne de ce prince, successeur de Voislaf, la nation serbe avait conservé le culte idolâtre, tel que les peuples Scythes le pratiquaient; mais elle ne pouvait longtemps être en rapport avec l'empire de Constantinople, sans voir la civilisation byzantine remplacer peu à peu ses mœurs barbares.

Il était réservé à Saint Méthode et à Saint

Cyrille d'apporter dans la vie serbe le plus grand

changement qu'elle pût subir à cette époque :

celui de sa croyance religieuse.

Les efforts des saints Apôtres ne se limitèrent point aux Serbps seuls : ils s^étendirent à tous les pays voisins, et, grâce à eux, les Bulgares, les Dalmates, les Croates et d'autres peuples de la vallée du Danube, reçurent les bienfaits de la religion chrétienne^

Cette conversion fut l'événement le plus important du règne de Radoslav et de celui de Prosségoi, son successeur dans la dignité de grand Zupan.

VLASTIMIR (890)

A peine sur le trône, ce prince eut à lutter contre une invasion des Bulgares. Établi sur les rives du bas Danube, non loin de son embouchure dans la Mer Noire, ce peuple, de même origine d'ailleurs que les Serbes, montrait de grandes velléités belliqueuses, dont ses voisins immédiats ressentirent les premiers effets.

Pressian, prince de Bulgarie, on ne sait trop sous quel prétexte, la jalousie sans doute, déclara la guerre à Vlastimir; et, dès ce moment, nous voyons l'histoire de la Bulgarie et celle de la Serbie se mêler, se confondre pendant de longues années.

La première campagne fut favorable aux Serbes. Nous n'avons malheureusement que fort peu de

détails sur les trois années, durant lesquelles les adversaires restèrent aux prises. Il est permis de croire que le fleuve Timok, petit affluent du Danube et qui servait de frontière entre la Serbie et la Bulgarie fut disputé avec acharnement. Les armes des Serbes remportèrent de tels avantages à plusieures reprises, que les Bulgares définitivement repoussés dans leur pays, demandèrent la paix pour se sauver d'une invasion. Ils l'obtinrent, mais ne devaient point la garder longtemps.

Fidèle à un usage fréquent à cette époque et particulièrement en France, Vlastimir voulut, afin de conjurer les disputes entre ses héritiers, partager entre eux ses États.

Muntimir, Stoirmir et Goinik, reçurent en qualité de fils de Vlastimir, chacun une partie de la Serbie ; néanmoins Muntimir en tant qu'aîné fut investi d'un pouvoir plus étendu que celui de ses deux frères.

MUNTIMIR (920)

Des rivalités ne tardèrent point à éclater entre les trois héritiers de Vlastimir : elles aboutirent aussitôt à une lutte sourde, et le nouvel état, déjà en butte aux entreprises des Bulgares, était sur le point de se voir déchiré par la guerre civile, lorsqu'une nouvelle irruption du dehors, rappela les

trois frères régnant au sentiment de leur^âevoirs, vis-à-vis de la Nation. .v

Boris, roi de Bulgarie et fils de Pre^sïan, supportait avec amertume le souvenir des défaites que son père avait subies dans la précédente guerre contre la Serbie. La situation actuelle de l'état voisin, Tanimosîté qui existait au sein de la famille régnante, lui firent espérer qu'il poufrait réparer les échecs de son père.

L'événement lui donna complètement tort; non seulement il fut battu et son armée détruite, mais encore il tomba au pouvoir des princes Serbes, et refusant de se racheter et de traiter la .'paix, il se laissa mettre en prison.

Bientôt de nouvelles compétitions s'élevèrent dans la famille princière, Boris en profita pour s'échapper et regagner la Bulgarie.

PREBISLAV

Fils unique de Muntimir, il fut choisi par les Zupans de Serbie pour succéder à son père. Cela nous confirma dans l'opinion que, si le pouvoir n'était point encore établi à titre héréditaire dans une famille, il semblait prudent d'élire à la dignité suprême le plus proche héritier du grand Zupan décédé, afin de diminuer les compétitions entre les seigneurs. Le règne de Prébislav n'offre

rien de saillant, et la Serbie jouit sous son gouvernement d'une paix dont elle avait grand besoin après les guerres du règne précédent.

Prébislav, au détriment de son propre fils Zacharie, décida que son cousin germain Pierre, fils du prince Goinik, exilé sous le règne de son frère Muntinir, lui succéderait et les Zupans ratifièrent le choix du prince mourant.

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