PIERRE
[e règne si dramatique de ce prince voit continuer, après une période de paix de sept années, les luttes funestes de la Bulgarie et de la Serbie. La reprise des hostilités fut la conséquence inattendue d'une guerre entre le roi de Bulgarie, Siméon, et l'empereur de Constantînople; voici comment :
Le prince bulgare, indigné du mépris que l'Empereur semblait afficher envers lui et 4p la manière dont il mettait en doute la valeur des troupes de Bulgarie, ne trouva rien de mieux pour lui prouver la supériorité de ses armes, que de violer, sans provocation, le sol de l'Empire grec. Les généraux byzantins, Procope et Curlice se portèrent au-devant de l'armée bulgare, et livrèrent bataille dans une position désavanta-
geuse. La déroute des Grecs fut complète, les deux généraux y perdirent la vie, et l'empereur vit sa capitale à découvert. La tradition rapporte que Siméon eut l'audace de renvoyer à Constantinople tous les prisonniers grecs après leur avoir fait couper le nez.
La crainte, plus encore que la colère, amena l'empereur à solliciter le secours de ces mêmes barbares que les Byzantins affectaient de mépriser si fort. Il obtint qu'une armée hongroise, commandée par Patrice Eustace viendrait en aide et, tombant à revers sur la Bulgarie, forcerait Siméon d'abandonner ses projets sur Constantinople.
Mais une armée hongroise passant aussi près de la Serbie ne pouvait que réveiller les vieilles haines des Serbes contre les Bulgares. Cependant, Pierre tenait trop à la paix, pour s'engager sans motif. Un intrigant nommé Michel de Zolomie, conseiller de Siméon, persuada au prince bulgare que Pierre allait se joindre aux Serbes. Les apparences plaidaient en faveur de cette éventualité et bientôt Siméon, absolument certain que le grand Zuj^n réunissait des troupes, lui déclara la guerre et envoya contre les Serbes Théodore Sigricien, avec une armée bulgare, remonter la rive droite du Danube, tandis que Marmey suivi d'autres troupes , marchait sur la rive gauche du fleuve à la rencontre des Hongrois.
Avec le général Sigricien se trouvait le jeune
prince Paul, fils de Stoîrmîr, banni de Serbie en même temps que son frère Goinik sous le règne de Muntimir.
Il n'entrait point dans dans les idées du trop pacifique prince de Serbie de combattre les Bulgares. Cette répulsion qu'il avait d'en venir aux mains lui devint fatale. Il demanda un armistice, les généraux bulgares l'acceptèrent et proposèrent des conférences auxquelles Pierre et les grands dfe sa cour furent invités à se rendre.
Ici se place une des plus exécrables trahisons dont l'histoire du Moyen-Age fasse mention. Tandis que Pierre, confiant dans la loyauté des adversaires, gagnait le camp bulgare, tout plein du désir de traiter, le général ennemi le faisait saisir ainsi que sa suite, l'entraînait de force dans rintérieur du pays, puis le jetait en prison. Le malheureux prince serbe ne devait plus sortir de captivité ; il y mourut bientôt, sans doute assassiné.
La Serbie se trouvait sans grand Zupan ; les Bulgares, on ne sait par quels moyens, sans doute en exerçant une pression considérable sur les Zupans, les décidèrent à élever au pouvoir suprême ce même prince Paul qu'ils traînaient avec eux dans leur camp.
La dignité princière ne sortait point, il est vrai, de la famille de Muntimir, puisque Paul était son neveu. Ainsi des trois fils de Vlastimir, l'aîné ré-
gna et les fils de chacun des deux autres montèrent successivement sur le trône.