‹ Le royaume de SerbieChapitre 30 sur 38 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

MILOSH OBRENOVITSCH !«' Prince de Serbie (1817-1839)

'a Skouptchina réunie au mois de novembre 181 7, sans s'inquiéter de la Sublime-Porte, éleva Milosh Obrenovitsch au pouvoir de Prince des Serbes et proclama cette dignité héréditaire dans sa famille. Elle l'occupe encore à l'heure présente.

Mais le Sultan ne voulut point confirmer la nouvelle dignité de Milosh ; on aavrît des conférences à Belgrade à ce sujet, elles ne purent aboutir, à cause des conditions onéreuses pour les Serbes, que Mahmoud mettait à la reconnaissance du Prince. Ils devaient s'engager à ne plus rien demander dans l'avenir, lorsque la poursuite de leurs justes revendications était l'unique pensée de Milosh. La question ne reçut aucune solution quant au présent, seulement la Russie s'empressa de reconnaître le nouveau dignitaire de Serbie.

L'organisation intérieure du pays , des intrigues et des luttes interminables d'influence, entre le prince et Maraschli Ali, surnommé a bon droit par les Serbes le Tendeur-de-Pièges, suffirent à remplir Tannée 1818 et les suivantes. Le pouvoir de Milosh s'étendait chaque jour, les Turcs perdaient du terrain; le Pacha de Belgrade ne pouvait plus se contenir. Ce fut pis encore lors qu'éclata la révolution de Grèce en 1821.

Avec une sagesse et une profondeur de vues politiques qu'on ne peut nier, le Prince de Serbie s'aperçut que la cause des Grecs n'était point celle des Serbes. Que si une nouvelle insurrection de Serbie coïncidait avec celle de la Grèce, • il courait le risque, en cas de succès de cette dernière, de perdre une grande partie de son influence dans la péninsule Balkanique. D'ailleurs , les Turcs par la force même des choses, pressés d'un côté par l'insurrection grecque, de l'autre par le cabinet de Saint-Pétersbourg, ne pouvaient manquer de conférer de nouveaux privilèges à la Serbie, sans qu'il fût nécessaire de profiter de cette situation pour recommencer.la'guerre. C'était tout ce que demandait Milosh; et l'événement justifia complètement ses prévisions.

Maraschli, pacha de Belgrade, tenta encore une fois de battre en brèche la situation de Milosh ; deux Knèzes, Marko Abdullah et Stephan Dobrinjatz, écoutèrent ses propositions et, confiant dans SCS promesses, soulevèrent leurs départe-

menis contre Tautorité du prince. La présence seule d'une troupe fidèle à Milosh, suffit pour réduire à néant cette stupide tentative et tout rentra dans l'ordre. Enfin la mort du Pacha de Belgrade, son irréconciliable ennemi, débarrassa le prince de bien des soucis. Abd Ul Rhaïm remplaça Maraschli dans le poste de gouverneur, et eut la sagesse de rester absolument neutre, dans les révoltes partielles et bientôt réprimées, de quelques Knèzes, qui voulaient attenter au pouvoir de Milosch.

Les seigneurs se plaignaient du despotisme du prince ; ils oubliaient que pour contenir et former un état à peine constitué, il faut un chef ferme, indiscuté et surtout très énergique.

De Krouchevatz , l'antique capitale des rois Serbes, où Milosh avait fixé le siège de son gouvernement, il entretenait des rapports suivis avec les puissances étrangères et se mettait au courant de tout ce qui se passait en Europe. Il négociait en même temps avec le nouvel Empereur de Russie Nicolas I«r et le suppliait d'expulser définitivement la garnison turque et le Pacha de Belgrade. Lé Tzar ne demandait pas mieux que de s'immiscer dans les affaires de Serbie; il embrassa la cause de Milosh avec ardeur et somma la Porte d'évacuer la Serbie et d'envoyer des plénipotentiaires en Russie, afin de régler définitivement ses rapports avec les Serbes (1826).

Mahmoud céda sur tous les points et signa la convention d'Akermann, le 25 septembre 1826. La cause de la Serbie triomphait définitivement, après vingt-deux ans de luttes sanglantes et d'efforts soutenus.

Dans un discours prononcé à la réunion de la Skouptchina du i5 janvier 1827, le Prince de Serbie rendit un solennel hommage à l'Empereur de Russie et résuma la situation de la Serbie par ces mots :

« Le Tzar Nicolas pressa le Sultan de terminer « nos affaires, le plus tôt possible. Je m'estime « heureux de vous apporter cette bonne nouvelle. « Le Sultan s^est laissé fléchir, il a signé avec le « Tzar Nicolas, le traité qui consacre les droits « réclamés par nous et qui place la Serbie au « rang des nations européennes. Hier encore, le « Serbe était un esclave étranger au sein de Tem- « pire Ottoman, à dater de ce jour il a reconquis « sa liberté religieuse, sa liberté commerciale, sa « législation régulière, l'instruction et la civilisa* « tion de son peuple. Le Serbe est maître chez € lui. »

Ce que Milosh ne disait point, mais ce que tout le monde savait, c'est que ce résultat lui était dû et couronnait magnifiquement les dix premières années de son gouvernement.

Les cérémonies, qui se passèrent les jours sui* vants dans la forteresse de Krouchevatz, furent conformes au cérémonial des anciennes cours des

rois Serbes, etMilosh Obrenovitsch fut de nouveau acclamé comme Prince hériditaire de Serbie.

La Porte qui ne prétendait pas s'exécuter, employait toutes les lenteurs et toutes les feintes, qui caractérisent sa politique, faisait traîner les choses en longueur ; si bien, qu'un an après les conventions d'Akermann et malgré la défaite de Navarin, survenue le 20 octobre 1827, l'exécution de ce traité n'était pas encore commencée.

Le Tzar, Nicolas, qui avait d'autres griefs plus graves encore contre la Porte, perdit patience et déclara la guerre au Sultan au printemps de 1828.

L'armée serbe ne prit pas une part active à celte campagne, qui dura deux ans. Néanmoins, elle occupa fortement les frontières méridionales de Serbie et retint l'armée de Bosnie en face d'elle.

Celle-ci ne put traverser la vallée de la Morava et tomber, comme elle avait l'intention de le faire, sur le flanc de l'armée russe, occupée au siège de Varna, en octobre 1828.

L'année suivante, Milosh continua d'observer les troupes d'Albanie et les empêcha par sa seule présence, de surprendre le général russe Diébitsch, dans sa marche mémorable du Danube sur Andrînople. Le Pacha de Scutari ne put ainsi amener à temps ses 3o,oôo Albanais au secours du Grand Vizir, et les Russes durent leur succès final à la coopération habile du Prince Milosh.

Le Tzar, désirant récompenser la conduite des Serbes pendant cette campagne, ne voulut point évacuer Andrinople, avant que la Serbie fut com-

plètement émancipée et délivrée définitivement de la présence des Turcs.

Le 29 septembre 1829, le traité reçut les signatures russes et turques et des transports de joie et des réjouissances publiques, accueillirent sur tout le territoire serbe, la nouvelle de la paix d'Andrinople.

Les conditions stipulaient, comme celles d'Akermann, que la Serbie était complètement indépendante de la Porte, mais qu'elle continuerait de payer le tribut annuel et que des garnisons turques occuperaient les forteresses de la frontière. Seulement le titre de Prince hériditaire n'était pas explicitement reconnu à Milosh.

Des pourparlers s'engagèrent à ce sujet, directement entre la Serbie et la Porte, sans que la Russie y participât.

Un an s'écoula avant que Milosh put satisfaire son dernier et son plus cher désir. Enfin, le 3o novembre i83o, Hussein Pacha, envoyé par le Sultan Mahmoud, vint à Belgrade au milieu d'une grande solennité, investir Milosh Obrenovitsch de la dignité princière, héritiaire perpétuellement dans sa famille.

Ce n'était qu'une formalité , car Prince de Serbie, Milosh l'était depuis douze ans, de par le vœu de la nation ; mais au point de vue des relations diplomatiques avec les puissances étrangères, et aux yeux de l'Europe entière, la sanction

de la Porte devenait indispensable, pour que le pouvoir du prince parût légitime.

Le tableau du règne de Milosh Obrénovitsch ne serait pas complet, si nous ne disions quelques mots de la vie privée de ce prince, que certains auteurs, mal intentionnés/ont représentée sous un jour tout à fait défavorable.

Quand Tintérêt du pays ne l'appelait point dans une province quelconque, ni à Belgrade, Milosh partageait son temps entre deux résidences :

l'hiver, la forteresse antique et pleine de traditions de Krouchevatz ; Tété, la villa rustique de Poscharevatz, située sur les derniers coteaux des montagnes de Rudnick. C'est là, qu'entouré de la princesse JLioubitza, sa femme, de ses deux frères, Jovan et Ephrem, de ses fils, Milan et Michel, de ses filles et de son secrétaire, Davidovitch, le prince paysan, comme il aime à s'appeler lui-même, reçoit les étrangers de marque, qui demandent à voir de près le héros serbe et à jouir de son entretien.

Rien de plus simple, de plus patriarchal que la vie qu'on mène à Poscharevatz : c'est bien là l'ancienne Serbie, avec ses mœurs hospitalières et dénuées de toute morgue hautaine.

La princesse Lioubitza a joué un grand rôle dans l'existence de Milosh ; compagne fidèle de sa vie, elle partagea ses fatigues, ses travaux à la paix comme à la guerre, le soutenant de ses con-» seils, affermissant son courage parfois chancelant.

au plus fort de la lutte contre la Turquie, ne désespérant jamais dans le salut de la patrie'; outre cela bonne mère de famille, l'épouse du prince Mîlosh peut être proposée comme un modèle aux femmes de tous les pays.

Le Jour où le prince Milosh reçut l'investiture officielle de la Porte ottomane, il atteignit le plus haut point de sa puissance; à partir de ce moment, loin de grandir encore, nous la voyons s'amoindrir.

De tous côtés, des conflits surgirent : le cabinet de Saint-Pétersbourg commença par contrecarrer les volontés de Milosh et lui témoigner de l'hostilité. Il n'est pas difficile, pour qui connaît le caractère despotique du tzar Nicolas, de chercher bien loin la cause de ce changement dans la conduite des Russes. En comblant les vœux des Serbes, pour ce qui concernait leur émancipation politique, le Tzar entendait se les attacher d'abord, les gouverner ensuite selon ses vues.

Milosh, qui désirait être seul maître chez lui, tînt les envoyés du Tzar en dehors de ses conseils et se fit, comme on vient de le voir, proclamer prince héréditairey sans le concours de la Russie. Le Tzar estima que la Serbie allait trop loin et que son émancipation était trop complète ; il en ressentit une grande colère et témoigna immédiatement sa mauvaise humeur, en suscitant des ennuis au prince.

D'abord, les Hospodars, qui avaient émigré en

i8i3 à lâ suite de Kara Georges, venaient de rentrer en Serbie ; Milosh les reçut avec des marques d'estime et les combla de bienfaits. Le Cabinet russe les excita contre Milosh, et, trop dociles instruments des vues de l'étranger, les Hospodars s'agitèrent et manifestèrent une grande animosité envers le gouvernement du Prince.

Ensuite vint l'affaire des fortifications de Belgrade. Cette ville, démantelée en 1739, avait été entourée à la hâte, pendant la guerre de l'indépendance, d'un fossé et de grossières palissades. Les Turcs prétendirent que c'était une ville fortifiée et que sa situation sur la frontière deSerbie, la faisait rentrer dans la catégorie des forteresses, prévues par le traité d'Andrinople. Donc, ils devaient y tenir garnison. Milosh répondit que ces palissades ne constituaient pas une fortification permanente et que les Ottomans avaient droit seulement à la forteresse, qui couvre la ville et non à la ville elle-même.

Dans l'impossibilité de se mettre d'accord, Milosh soumit le différent à l'arbitrage du tzar Nicolas. Celui-ci condamna les Serbes, contre toute justice, et les Turcs conservèrent une garnison dans la ville de Belgrade. Le prince furieux faillit courir aux armes, mais, en présence de l'hostilité des Russes, il se contint.

Ce n'était pas tout : une révolte de Hussein Capitan, chef des Bosniaques, mit le Prince de Serbie dans une situation des plus difficiles.

Zélé musulman, Hussein reprochait à Mahmoud de laisser outrager et avilir la religion du Prophète et levait Tétendard de la révolte, afin de placer sur le trône un sultan plus fanatique. Les Bosniaques sollicitèrent Tappui des Serbes, sous prétexte qu^eux aussi étaient des anciens Serbes. Rien n'était plus vrai, mais les révoltés oubliaient que les Serbes, qui avaient embrassé l'islamisme, lors de la conquête ottomane, ne pouvait que difficilement exciter Tintérêt de leurs frères chrétiens.

Néanmoins, nombre de patriotes, pour qui le Turc était toujours Tennemi, poussaient le prince à s'embarquer dans cette dangereuse affaire; il refusa et se créa de nouveaux adversaires.

A ces causes déjà nombreuses de difficultés, s'en joignait une dernière, beaucoup plus grave.

Le prince Michel a dit de son père : « Mon père a commis de grandes fautes, s

Nous disons : il a commis une seule faute, ori* gine de tous ses malheurs. Il a voulu gouverner arbitrairement la Serbie, à l'époque où, débarrassée du danger extérieur, elle désirait diriger elle-même ses affaires intérieures, au moyen de la Skouptchina, tout en laissant au Prince le pouvoir exécutif. On vit bientôt Milosh assumer seul le fardeau du gouvernement, refuser le concours dévoué d'excellents collaborateurs, ne plus convoquer la Skouptchina, conformément aux institutions, ne plus prendre pour guide que sa

volonté et son bon plaisir, oubliant ainsi que pour les Serbes, le despotisme est le plus cruel fléau. Et cependant les intentions du Prince étaient bonnes.

Des plaintes s'élevaient de tous les points de la Serbie ; les Knèzes ou Seigneurs reprochaient au Prince son avarice, sa conduite privée qui, à les croire, n'était rien moins qu'exemplaire, ils l'accusaient d'écraser le peuple sous le poids des impôts et surtout de gouverner sans leur aide. Des conciliabules se tenaient dans l'ombre, une conjuration s'ourdit à la fin de 1834. Deux Knèzes étaient à la tête des mécontents et ne parlaient de rien moins que d'assassiner le Prince. Le hasard lui fit découvrir le complot, mais, bien conseillé, Milosh pardonna, laissa les Knèzes coupables, Simitch et Pétronievitch, à leur poste, promit de faire droit aux mécontents, de réunir de suite une Skouptchina pour élaborer une Constitution, et la conjuration s'évanouit sans effusion de sang.

Un mois plus tard, le i5 février i835, fidèle à ses engagements, le Prince exposa un plan de constitution à la Skouptchina de Krouchevatz. L'assemblée la vota d'enthousiasme, bien qu'elle ne répondit nullement aux besoins et à la situation de la Serbie. Elle était trop parfaite, trop compli-^ quée, trop moderne pour les mœurs simples et patriarchales des Serbes, qui ne comprenaient pas

encore les rouages d'un gouvernement parlementaire.

L'autorité, dont Milosh abusait, se trouvait réduite par le contrôle d'un Conseil d'État, au point que le Prince ne possédait plus aucune initiative et plus que l'ombre du pouvoir.

Telle était alors la considération dont Milosh jouissait à l'étranger et particulièrement en Turquie, que le sultan Mahmoud voulut le voir et, pour cela, l'invita à faire un voyage à Constantinople. Dissuadé de cette entreprise par plusieurs de ses amis, poussé au contraire dans cette voie par les membres du Conseil d'État, Milosh se décida en faveur du voyage et se rendit à Stamboul, en suivant le cours du Danube.

De la frontière serbe à Stamboul, ce fut une suite de réceptions royales, dans lesquelles rien ne fut épargné par les Turcs, de ce qui pouvait flatter l'amour-propre du nouveau Prince.

Le Sultan, rempli d'attentions délicates pour Milosh, le combla de présents, et les deux monarques se séparèrent, charmés l'un de l'autre et conservant une excellente impression de leur entrevue.

La diplomatie russe vit avec colère ce rapprochement curieux des Serbes et des Ottomans, mais elle ne devait accuser qu'elle-même de ce résultat; depuis la paix d'Andrinople, elle prenait nettement le parti des ennemis intérieurs de

Milosh et ne manquait aucune occasion de Thumilier.

A quoi peut-on attribuer ce revirement soudain de la politique russe envers le Prince, qu'elle avait tant appuyé dans le passé ? On craignait à Saint-Pétersbourg que Milosh ne prît une trop grande importance dans la péninsule balkanique et ne nuisit à Tinfluence russe dans ces contrées. Ces considérations mesquines, qui ne font pas honneur è la perspicacité de Tempereur Nicolas, devinrent fatales au gouvernement de Milosh.

La malencontreuse Constitution de i835, est la pierre d'achoppement de la fortune du Prince de Serbie.

Octroyée sans examen sérieux, la Charte fut bientôt inexécutable, et Milosh se décida à la considérer comme lettre morte.

Le mécontentement reparut dans les hautes classes de Belgrade, des Knèzes sollicitèrent le secours du tzar Nicolas pour renverser le Despote^ comme ils appelaient Milosh ; Ephrem, frère du Prince, devint le point de ralliement des conpîrateurs et passa en Russie.

Le prince Dolgorouki, envoyé par le Cabinet russe, pressait Milosh de donner une nouvelle Constitution à la Serbie : la Russie en poserait les bases, le pouvoir du Prince n'en recevrait aucune atteinte, mais il serait partagé avec un Sénat, composé de notables.

Le consul anglais Hodge contrecarrait les projets des Russes et poussait Mîlosh à leur résister. Il faut voir dans cette lutte d'influence, le commencement ou plutôt la continuation de cet étemel conflity qui surgit entre les Russes et les Anglais, chaque fois qu^une question orientale est en jeu, aussi bien sur les bords du Danube, qu^à Constantinople et en Asie.

Après avoir été tiraillé par les deux partis pendant plus d^un an, Milosh, qui avait tout à craindre de la Russie et peu de chose à espérer de FAngleterre, comme secours efficace, s'abandonna aux injonctions du Cabinet de Saint-Pétersbourg.

D'aucuns disent que ce fut la cause de sa chute.

Le 24 décembre i838, un décret établit à côté du Prince, un Conseil de dix-sept membres, inamovibles et laissés au choix de Milosh. Plusieurs des anciens conjurés de i835, entrèrent dans le Conseil, grâce à la magnanimité du Prince.

A peine nommés, les conseillers commencèrent à battre en brèche son autorité, s'opposèrent, à tous ses actes et finirent par mettre le gouvernement dans l'impossibilité de fonctionner.

Milosh comprit alors qu'on ne voulait plus de lui et que tous ses services étaient payés par une noire ingratitude.

En vain, un groupe d'amis dévoués voulut le soutenir, même par les armes ; ses partisans se levèrent dans la Choumadia et marchèrent sur Belgrade. Le Conseil envoya des troupes contre

eux. Eh ! quoî, le libérateur de la Serbie allait devenir la cause d'un conflit sanglant au sein de la patrie qu'il avait arrachée au despotisme ottoman ? Il ne le voulut point. Sa voix, ses ordres pressants désarmèrent les bandes, que son frère Jovan envoyait à son secours, et, le i3 juin i83g, il signa son abdication en faveur de son fils Michel. Le peuple, qui l'aimait malgré les fautes commises, demeura plongé dans une profonde consternation, lorsque l'illustre proscrit franchit le Danube et se retira en Valachie.

^4ea'ft3-

Page 1