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CHAPITRE IV

MILAN OBRENOVITSCH II (iSSg) MICHEL OBRENOVITSCH III (1839-1842)

N vertu du Hatti chérif de i83o, Milan, fils aîné de Milosh, lui succéda. D'une santé débile, et de plus, atteint d'une maladie qui ne laissait aucun espoir, le jeune prince régna du i3 juin au 8 juillet 1839, sous la régence d'Abraham Petroniévitch, Thomas Vouichitch et d'Ephrem, frère de Milosh.

Lorsqu'il mourut, le parti hostile aux Obrenovistch prétendit contester les droits de Michel, son frère cadet. Ils appuyaient cette prétention sur une fausse interprétation du Statut organique de i83o, et poussaient le fils de Kara Georges à revendiquer le pouvoir.

Heureusement, le Sénat coupa court à toute discussion, en acclamant Michel, prince héréditaire de Serbie, et la Porte s'empressa de ratifier la décision du Sénat.

Michel, à peine âgé de dix-sept ans, quitta son père à Bucharest, passa par Constantinople, pour recevoir l'investiture du Sultan et rentra en Serbie prendre possession du gouvernement, avec la même régence que celle de son frère Milan, et sous les yeux de sa mère, la princesse Lioubitza.

Les Régents, qui avaient participé dans une large mesure au renversement de Milosh !•% reprirent contre son fils une campagne d'obstruction et de désorganisation intérieure. Mais le peuple, qui aimait la dynastie régnante, ne l'entendait point ainsi. Une émeute renversa les Régents le 6 mai 1840, et le Prince fut conduit à Krouchevatz en triomphe.

La Schouptchina, réunie aussitôt après, approuva la conduite de Michel, et ce prince, débarrassé de ses tuteurs, put consacrer ses lumières et sa grande intelligence à l'administration du pays.

Grâce à ses soins persévérants, il y réussit dans une certaine mesure. Malheureusement, les deux anciens régents, Petroniévitch et Vouichitch, exilés à Constantinople, supportaient avec peine leur punition méritée et ourdissaient une nouvelle conspiration contre le prince Michel. Ignorant leurs menées, voulant donner un exemple de générosité et s'attacher les coupables, le Prince

les rappela en Serbie en 1841. Cette magnanime action lui coûta le pouvoir.

Ballotté entre les conseils de sa mère Lioubitza, qui prétendait régner sous son nom; plein de défiance envers ses ministres, le jeune et timide Michel ne put résister longtemps aux efforts de ses adversaires, qui se mirent résolument à la tête des mécontents; car, aussi bien en Serbie que dans tous les États, il existait toujours un parti de l'opposition. Il eût fallu la main de fer, le prestige et le génie du vieux Milosh pour le contenir, et Milosh n*était plus là.

Au milieu de Tété de 1842, Vouichitch osa lever ouvertement l'étendard de la révolte; de nom* breuses bandes s'attachèrent à sa cause, et Michel dut se résoudre à entrer en campagne contre son ancien tuteur.

Douze mille hommes le suivaient , mais il était bien difficile de compter sur leur fidélité : travaillés par des émissaires de Vouichitch, les partisans du prince légitime firent peu à peu défection, et, à la fin d'août, il ne comptait plus autour de lui que quelques soldats.

Se voyant abandonné, le prince Michel passa en Autriche et laissa les mécontents en possession du pouvoir.

Ainsi, les Serbes, dans un moment de colère^ oubliaient les services rendus par les Obrenovitsch et les repoussaient, mais ils ne devaient point

tarder à revenir à de meilleurs sentiments et à une appréciation plus exacte de leurs intérêts.

Il est bien difficile à une nation, mise comme la Serbie, subitement en pleine possession de ses destinées, après des siècles d'oppression, de ne point ressentir de profondes secousses et de trouver du premier coup la voie qu'elle doit suivre.

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