PAUL
Qu'attendre d'un prince imposé par des mains étrangères à son pays, tandis que le véritable souverain expiait par une mort prématurée sa trop grande confiance dans la foi jurée? La guerre civile ne tarda point à s'allumer, elle eut pour objet une nouvelle compétition au trône.
On n'a point oublié que Prébislas, prince de Serbie, avait écarté du pouvoir son propre fils Zacharie et fait nommer à sa place son cousin Pierre.
Depuis cette époque, le prince déchu épiait l'occasion de faire valoir ses droits, le règne de Pierre ne lui en donna point la possibilité, mais il profita de l'élection imposée de Paul pour reparaître sur la scène.
Les droits de Zacharie se trouvaient être de beaucoup plus légitimes que ceux de Paul, puisqu'il était petit-fils de Muntimir, tandis que Paul n'en était que le petit-neveu. L'empereur grec, Romain premier, appuya les prétentions de Zacharie, dans le but évident d'atteindre les Bulgares en détrônant le prince qu'ils avaient fait élire. Il n'est point utile de nous appesantir
sur ces guerres civiles, dans lesquelles l'étranger jouait un rôle prépondérant. La Serbie traverse à la fin du xie siècle une période troublée et l'une des plus tristes de son histoire.
Zacharie, auquel l'empereur grec avait confié une armée, fut complètement défait et Paul resta pour le moment maître incontesté du pouvoir.
Son compétiteur ne se découragea point et, peu satisfait de l'appui que lui prêtait l'Empereur, il s'adressa aux ennemis naturels des Serbes, aux Bulgares, qui, toujours avides de porter la division chez leurs voisins dans le but de les affaiblir, ne demandèrent pas mieux que de renverser le prince Paul, leur créature, avec autant de facilité qu'ils avaient détrôné Pierre au profit du même Paul.
Les succès du prétendant furent rapides et décisifs et Paul, qui trois ans auparavant repoussait victorieusement les Grecs, fuyait maintenant devant Zacharie, à la tête d'une armée bulgare. Le grand Zupan, vaincu, se réfugia à l'étranger.
Sous le règne de ce prince se produisît un événement des plus importants et dont les conséquences furent incalculables pour le monde chrétien. Après un siècle de luttes et de controverses entre le Pape et l'Empereur grec, ce dernier se sépara définitivement de l'Église de Rome. Le schisme entre l'Occident et l'Orient rompit toutes
relations entre Rome et Byzance, et les peuples d'origine slave suivirent l'une ou l'autre église. La Serbie, que tant de liens attachaient à Constantinople, embrassa le culte grec orthodoxe et pendant longtemps reçut son patriarche des mains de l'Empereur.