ZACHARIE
. Après la défaite du prince Paul, les Zupans assemblés ne firent aucune difficulté pour élire Zacharie, et il semble que les seigneurs serbes aient, à cette époque, abandonné toute idée d'initiative dans leur choix d*un prince. Ils acceptaient le fait accompli.
On ignore pour quels motifs Zacharie déclara la guerre aux Bulgares : ce prince élevé au pouvoir par ces derniers aurait au moins dû ne point leur chercher de querelle. Néanmoins, il profita d'une nouvelle expédition du roi de Bulgarie contre l'Empereur grec, pour passer le Timok et porter le fer et la flamme sur le territoire bulgare.
Les généraux bulgares, divisés entre la guerre avec l'Empereur grec et l'invasion des Serbes, ne purent opposer d'abord qu'une faible résistance. Indigné de la conduite de Zacharie, le prince de
Bulgarie se hâta de traiter avec TEmpereur, afin de tourner toutes ses forces contre le nouvel assaillant.
Alors la scène changea. En effet, les longues luttes entre les deux peuples avaient affaibli la Serbie outre mesure, la politique traîtresse des Bulgares portait ses fruits ; les compétitions au trône serbe, dont les trois derniers règnes furent témoins, engendrèrent des divisions entre les seigneurs.
La Serbie ressentit bientôt le poids de cette fu* neste politique; elle faillit disparaître à jamais dans la catastrophe qui suivit.
Une seule bataille décida du sort de la guerre et de celui de Zacharie. Nul doute qu'il n'y ait eu des défections dans les rangs de l'armée serbe ; les intrigues des Bulgares le font supposer.
Abandonné des seigneurs, le prince vaincu traversa en toute hâte ses États et alla en Croatie cacher son malheur et la fin de son existence agitée. On n'entendit plus parler de lui.
Enhardi par ce succès, le roi de Bulgarie suivit le prince fugitif et pénétra en Croatie; mais il ne put aller plus loin : les Croates, retranchés dans leurs montagnes abruptes, lui opposèrent une résistance invincible. Il se vengea sur la Serbie, sans défense.
Les Bulgares s'emparèrent facilement de toutes les villes, Nisch, Belgrade, Semendria, ruinèrent
complètement le pays, soumirent au joug les rares habitants qui restèrent dans leurs foyers et chassèrent en Croatie la plus grande partie de la population (vers l'an i loo).
Pendant une période de dix années, la Serbie n'exista plus politiquement parlant.
Cette époque fut marquée par le passage sur le territoire de la Serbie de l'armée des Croisés, commandée par Godefroi de Bouillon, Bohémond de Toulouse et Tancrède. Les Serbes dispersés ne prirent aucune part aux événements qui se déroulèrent alors dans l'Empire d'Orient. Cependant un héritier des princes serbes, Tcheslav, fils du grand Zupan Paul, détrôné par Zacbarie, existait encore ; les Bulgares le tenaient en captivité et le gardaient avec le plus grand soin de peur qu'il n'essayât de relever sa patrie.
Mais ce prince supportait avec douleur l'abaissement de la nation; d'ailleurs le royaume des Bulgares commençait à entrer dans une période de décadence. L'occasion sembla favorable à l'héritier de Vlastimir. Nous ignorons par quelle suite de vicissitudes il parvint à recouvrer sa liberté.
TCHESLAV (iii5.ii3o)
Tcheslav, échappé des mains des Bulgares^ atteignit Constantinople, suivi seulement de quelques dévoués compagnons.
L'empereur Alexis Comnène raccueillit avec bonté, lui promit son concours. Il entrait dans la politique byzantine à cette époque de soutenir toujours le plus faible de ses voisins contre le plus fort, afin de diminuer sa puissance et de pourvoir ainsi à la sûreté de l'Empire grec.
Une nouvelle guerre entre les Bulgares et leurs irréconciliables ennemis, les Hongrois, permit à Tcheslav de rentrer en Serbie et de grouper autour de sa personne un certain nombre de Zupans. Le bruit dû retour de l'héritier des princes se répandit comme une traînée de poudre d'un bout à l'autre de la principauté. Nombre de Serbes, que la peur des Bulgares retenait à l'écart, ne purent résister au courant qui les portait vers le prince. Les émigrés rentrèrent en foule et une assemblée des seigneurs éleva Tcheslav au pouvoir.
Il était Grand Zupan, c'est vrai, mais il fallait conquérir l'Etat de ses ancêtres. La vieille Serbie tomba bientôt en son pouvoir et les Bulgares abandonnèrent cette province. Il semblait que la Serbie, honteuse de son abaissement momentané et comme régénérée par le malheur, avait hâte de reprendre son rang dans la péninsule balkanique.
L'élan fut irrésistible et, dès ce moment, la Serbie ne cessa de grandir pendant trois siècles.
En habile politique, Tcheslav fit spontanément hommage de sa principauté à l'Empereur grec et
se mit sous sa protection. Le nouveau grand Zupan se sentait encore trop faible en face de la Bulgarie. Il se contenta pour le moment de fortifier son pouvoir et, afin de conserver l'appui de l'Empereur grec, il lui céda par un traité les provinces de Rascie, de Pristina et tout le bassin supérieur de la Morawa.
TICHOMIL (ii3o-ii43)
Tcheslav n*eut point d'enfants mâles ; il proposa pour lui succéder son gendre Tichomil, qui fut accepté par l'assemblée des Zupans. La longue suite des princes, dont Vlastimir était la souche, se continua donc par la fille de Tcheslav et dura encore près de trois cents ans.