ETIENNE III
I 'esprit belliqueux des Serbes, qu'avait tempéré la sagesse d'Etienne II, se réveilla dans toute sa vigueur sous le règne d'Etienne III.
Ce prince fils aîné d'Etienne II fut couronné par son oncle saint Sabbas.et quitta le nom de Radoslav pour prendre celui de son père.
Epuisés par leurs luttes , sanglantes contre Henri de Flandre, puis contre Robert de Courtenay, successeur de Baudoin sur le trône de Byzance, les Bulgares tentaient l'ambition du roi de Serbie. Une armée envoyée par ce prince s'empara facilement de la province de Widin, qui appartenait aux Bulgares, et la frontière serbe fut, sur la rive droite du Danube, portée des bords du Timok à ceux de l'Isker. C'était un grand pas
dans une nouvelle direction en môme temps qu'une juste vengeance de l'occupation de la Serbie par les Bulgares cent ans auparavant.
Une autre annexion marqua la fin du règne d'Etienne III. A la suite de négociations avec André II, la Syrmie, province située entre la Save et la rive droite du Danube, lut cédée au roi de Serbie. Par sa position sur le flanc -gauche des états d'Etienne, la Syrmie ouvrait une route directe aux Hongrois jusqu'au centre du royaume et pouvait, dans le cas d'une guerre avec la Hongrie, mettre l'armée serbe dans une position des plus difficiles. Cette nouvelle acquisition formait d'ailleurs le complément indispensable de la Bosnie.
Ainsi le domaine des rois serbes s'arrondissait vers l'est et l'ouest ; au nord il avait sa frontière naturelle, le Danube ; plus tard nous le verrons s'étendre vers le sud, dans la direction de la mer Egée.
Etienne III, surnommé le Juste, par son peuple reconnaissant de ses bienfaits, termina son règne d'une façon lamentable. Frappé d'aliénation mentale, il fut obligé de résigner le pouvoir en i23o, après un règne court, mais bien rempli.
LADISLAS (i 230-1237)
Second fils d'Etienne II, et désigné par Etienne III pour lui succéder, Ladislas fut acclamé par la Skouptchina et, de même que son père et son frère, couronné par saint Sabbas. Un mariage entre le roi de Serbie et la fille d'Assan, roi de Bulgarie, et, par suite, Tabandon définitif que fit ce prince de la province de Widin, conquise par Etienne III, procura une longue paix aux deux états voisins.
Mais il semble que la Serbie ne pouvait être tranquille et ne cessait d'exciter les jalousies d'un peuple que pour éveillçr de suite celles d'un autre.
Jean Patrov, prince d'Albanie, réunissant à ses propres soldats des bandes d'Épirotes, se dirigea sur le Monténégro et, passant la rivière Drin, qui formait la frontière serbe de ce côté, vint prendre position près de la ville de Scutari.
Ladislas se porta en toute hâte vers le point menacé pour combattre cette agression injustifiée. Bientôt les deux armées furent en présence. Telle était à cette époque le degré d'entraînement des soldats serbes et l'expérience que leurs chefs avaient acquise dans les précédentes campagnes contre les Bulgares et les Grecs, que le combat de Scutari dura à peine quelques heures. Les Al«
banais et les Épirotes s'enfuirent en déroute, tous les bagages de Tarmée ainsi que la personne de Jean Patrov tombèrent au pouvoir des Serbes.
Cette courte campagne était terminée. Le prince d'Albanie ne resta pas longtemps en captivité.
Grâce à l'intervention de Jean de Brienne, empereur de Constantinople, pendant la minorité de Baudoin II et parent du vaincu, la paix fut conclue sans difficulté ; Jean Patrov recouvra sa liberté et renonça pour toujours à ses droits sur le Monténégro et la province limitrophe de la Zinta.
Désormais tranquille de ce côté, Ladislas signala les dernières années de son règne par des réformes et des lois. L'instruction publique fit des progrès, le commerce entre la Serbie et les états voisins prit un grand développement.
Ce prince, surnommé par ses contemporains Ladislas le Sage, comprenait que la gloire militaire ne suffit point à la vie d'un peuple, surtout à celle d'une nation qui, comme la Serbie, était encore bien jeune et plus avide de renommée militaire que de toute autre.