‹ Le royaume de SiamChapitre 5 sur 27 · DESCRIPTION DES RUINES O'ONGKOR · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES RUINES O'ONGKOR

La province de Siamrap, située au sud-est du royaume de Siam, possède de splendides ruines qu'il ne sera pas sans intérêt pour le lecteur de connaître, même de la manière superficielle que les limites de cet ouvrage nous imposent.

Nous parlerons d'abord du fameux temple d'Ongkor-Wat^ dont les ruines majestueuses et grandioses appellent plus particulièrement l'attention comme étant les plus remarquables de toutes.

Ongkor était la capitale de l'ancien royaume du Cambodge, autrefois célèbre parmi les grands États de l'Indo-Ghine. Une tradition encore vivante dans le pays rapporte qu'il comptait cent vingt-trois rois tributaires, une armée de cinq millions de soldats et que les bâtiments du trésor royal couvraient à eux seuls un espace de plusieurs lieues.

On voit quelle devait être la puissance de ce royaume, considérablement réduit aujourd'hui comme étendue et comme richesse.

Lorsque deBattabong le voyageur se rend à Ongkor, après avoir traversé le grand lac, il gagne une chaussée en terre assez élevée de construction très-ancienne, mais toujours praticable et qui s'étend jusqu'à la limite que ]es eaux atteignent à l'époque de l'inondation annuelle, et arrive à Ongkor la nouvelle, petite ville nouvellement construite et chef-lieu du district d'Ongkor.

De là il ne reste plus qu'une heure de marche pour atteindre les ruines.

On y arrive par quatre larges escaliers de pierre donnant immédiatement accès sur une immense plate-forme.

De l'escalier nord qui fait face à l'entrée principale, on longe pour se rendre à cette plate-forme une chaussée longue de 230 mètres, large de 9, couverte et pavée de grès et soutenue par des murailles excessivement épaisses. Cette chaussée traverse un fossé d'une grande largeur qui entoure le bâtiment et dont le revêtement, ayant 3 mètres de hauteur sur 1 mètre d'épaisseur, est formé de blocs de concrétions ferrugineuses, à l'exception du dernier rang qui est en grès et dont chaque pierre a l'épaisseur de la muraille.

De ce point de vue, le spectacle qui s'offre aux yeux du voyageur est digne d'admiration.

Au delà d'un large espace dégagé de toute végétation forestière ,' s'étend une immense colonnade surmontée d'un faîte voûté et couronné de cinq hautes tours dont la plus élevée esta l'entrée du temple; les quatre autres occupent les angles du monument. Toutes sont percées à leur base en manière d'arcs triomphaux.

Le monument consiste en quatre longues galeries ou cloîtres reliant ensemble les quatre, tours dont nous avons parlé. Ces cloîtres sont soutenus par de belles et hautes colonnes carrées toutes d'une seule pièce. On rencontre à chaque pas des portiques, des dômes dont les pierres sont taillées dans un seul bloc.

Tous les chapiteaux de colonne sont admirablement sculptés et polis.

Ça et là des inscriptions en caractères phonétiques ou en langue pâli viennent apprendre au savant voyageur quelque

trait de l'histoire du pays ou rappeler un précepte de Bouddha, auquel le teraple était autrefois consacré.

L'or, les couleurs ont complètement disparu, mais combien ces pierres ne sont-elles pas plus éloquentes par leur teinte sombre et par le silence qui se lait autour d'elles!

A la vue de ce temple l'esprit se sent écrasé, l'imagination surpassée; on regarde, on admire et on se tait.

Combien était grand le génie de cet architecte d'Orient qui a conçu une pareille œuvre, en a ordonné toutes les parties avec l'art le plus admirable et a obtenu, de la base au faite, un fini dans les détails digne de l'ensemble grandiose et sublime I

Au milieu de l'enceinte formée par les cloîtres, se trouve une seconde suite de galeries parallèles à la première; des quatre angles rayonnent autant d'avenues aboutissant à un pavillon central surmonté d'une haute tour, ainsi que nous l'avons dit plus haut.

Dans ce pavillon, sorte de sanctum mncloruni du temple, se trouve une statue de Bouddha, présent du dernier Roi.

L'architecte semble avoir réservé pour l'intérieur de ce pavillon central toutes les finesses et les délicatesses de son art, car les sculptures les plus belles et les plus fantastiques s'y trouvent en profusion.

Lorsque le voyageur, quittant les ruines par la superbe chaussée que nous avons plus haut décrite, se retourne et contemple, noyés dans les reflets du soleil couchant, ces glorieux restes de la civilisation d'une puissante nation qui n'est plus, il éprouve à un haut degré cette sorte de vénération que l'on ressent devant les grandes conceptions du génie de l'homme.

II nous reste à mentionner les ruines d'un autre temple de construction bien antérieure au précédent, et qui témoigne par la simplicité élémentaire de son architecture des progrès accomplis dans cet art par les artistes anciens.

A environ. 3 kilomètres au nord d'Ongkor-Wat, on rencontre un mont, nommé Ba-Kheng, d'une hauteur de 100 mètres. C'est sur la cime même de ce mont que s'élèvent les ruines d'un temple bouddhique.

Des escaliers en partie détruits conduisent au sommet du mont. Deux lions gigantesques en grès, ne formant qu'un avec leur piédestal, semblent en garder l'entrée.

Il est impossible de contempler une vue plus splendide et plus grandiose que celle dont on jouit de l'emplacement de ces raines.

Le regard se perd dans une immensité de plaines et de forêts bornée d'un côté par le grand lac, de Tautre par une longue chaîne de montagnes.

On distingue aussi le pyramidal temple d'Ongkor, dont nous venons de parler, avec sa riche colonnade, autour de laquelle ondule le feuillage des cocotiers et des palmiers.

Un silence solennel règne dans toute cette région et n'est interrompu que par le cri des animaux sauvages et le chant de quelques rares oiseaux.

L'emplacement des ruines est couvert d'une couche calcaire aplanie par la main de l'homme. Des trous quadrangulaires subsistent encore à égale distance l'un de l'autre et sur deux rangées; on voit dans quelques-uns d'entre eux des colonnes carrées qui attestent l'existence d'une galerie couverte conduisant du grand escalier au temple même, dont deux

ailes transversales relient quatre tours avancées, construites mi-partie en briques et grès. Ainsi que nous l'avons déjà dit, ]'état de vétusté des pierres témoigne de l'antiquité du monument, en même temps que l'ensemble du style prouve que l'art était alors dans son enfance. En somme, le temple du mont Ba-Kheng parait avoir été un des préludes de la civilisation indienne dans ces régions, comme Ongkor-Wat en aura été le dernier mot.

Terminons par deux légendes du pays qui se rapportent directement au temple d'Ongkor-Wat.

Léfcade dm roi Léprrax. — Le grand rol Bua Sivisithiwong était lépreux, et ce fut pour obtenir du ciel sa guérison qu'il fit construire le temple d'Ongkor. I/œuvre ayant été terminée sans qu'il eût recouvré la santé, il eut recours à un illustre brahmane, lequel était djogui ou fakir, et qui osa se charger de la cure de l'illustre malade.

Ce fakir avait une grande confiance dans l'hydrothérapie, mais il voulait que le liquide fût en état d'ébuUition. Il proposa donc au roi de se plonger dans un bain d'eau-forte!

Le roi, effrayé d'un tel moyen, manifesta le désir de voir faire l'expérience sur un tiers ; mais personne ne s' étant présenté, le fakir proposa de la tenter sur un criminel. Alors le roi qui était jaloux du pouvoir surnaturel du fakir, lui demanda d'essayor sur Uii-m<^nic le résultat de l'immersion. « J'y consens volontiers, répondit le brahmane, si Votre Majesté veut me promettre qu'elle jettera sur moi une certaine poudre que je vais lui laisser. »

Le roi ayant juré, le malheureux fakir se précipita dans la chaudière bouillante; et le roi, au mépris de son serment, la fit enlever et lancer dans le fleuve avec celui qu'elle contenait. C'est, ajoute la légende, cette trahison qui a été la cause de la ruine définitive d'Ongkor la Grande.

Une autre légende, d'un égal crédit dans le pays, attribue à une cause toute différente la ruine de la cité d'Ongkor.

Cette tradition rapporte qu'à l'endroit même où se trouve aujourd'hui le lac de Toulisap, s'élevait autrefois une grande et florissante ville.

Le Roi s'amusait à nourrir des mouches et le précepteur des enfants du Roi élevait de son côté des araignées. Il advint qu'un jour une araignée dévora les mouches du Roi, qui dans sa fureur fit mettre à mort l'infortuné précepteur ; mais ce dernier ayant été changé en génie, s'envola dans les airs en jetant sa malédiction au Roi et à la ville.

C'est alors que les eaux submergèrent l'emplacement de la grande cité d'Ongkor et formèrent le lac actuel.

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