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INDUSTRIE, COMMERCE ET MARINE

Appelé au trône la veille d’un orage, et emporté par cet orage, le roi François II n’a pas eu le temps d’exécuter les projets administratifs, les travaux et les réformes que lui suggéraient la passion du bien et l’amour de son peuple. C’ést le règne de son père Ferdinand II qu’il faut étudier, quand on veut se rendre compte des progrès réalisés depuis 1830 dans le royaume des Deux-Siciles. Peu de souverains ont été l’objet de tant de préventions ; peu de souverains pourtant ont déployé tant d’activité, et pris si au sérieux les devoirs de la royauté. Nous ne prétendons pas que tout soit à imiter dans la politique de Ferdinand II ; nous croyons même que, s’il connut à fond son peuple, il méconnut souvent son époque. Mais ce fut un roi, un roi de forte trempe, ce qui est assez rare de nos jours, et il n’est pas une amélioration tentée ou accomplie en l’espace de trente ans, dans son royaume, dont il ne faille faire honneur à sa mémoire.

Sous le rè^e de Ferdinand II, le budget des travaux publics variait de IG à 20 millions. C’est le septième du budget total. En France, le département des travaux publics, de l'agriculture et du commerce, ne prend pas un vingt-cinquième du budget total.

Le premier chemin de fer construit en Italie, celui de Naples à Castellamare et Nocera, fut l’œuvre de Ferdinand II.

Les deux premiers ponts suspendus qu’on ait vus en Italie, ceux sur le Garigliano et le Calore, sont dus à Ferdinand II.

Le premier fil électrique tendu en Italie l’a été sur l’ordre de Ferdinand II.

Le premier phare lenticulaire établi en Italie fut décrété par Ferdinand IL

Le premier bateau à vapeur lancé d’un chantier italien appartenait à la marine de Ferdinand II.

Constamment ce prince, objet de tant de haines, qu’il av.ait d’ailleurs le tort de dédaigner, prit l’initiative de l’importation en Italie des découvertes du génie moderne. Parfois même il devança de grands États. Ainsi, le continent napolitain et la Sicile étaient reliés par un télégraphe sous-marin avant qu’un câble eût été immergé entre la Corse et la Provence. En 1858, il avait conclu avec la Portt! une convention pour la pose d’un câble sousmarin de la rive napolitaine de l’Adriatique à la rive turque, et il ne tint pas à lui que cette communication ne fût promptement établie; les régénérateurs qui occupent aujourd’hui l’Italie méridionale n’ont pas encore eu le temps d’exécuter cette convention . La France elle-même, la France (|ui a tant recommandé les i-éformes, n’a pas

jusfju’ici relié par un fil direct les crttcs de la mélro- |R)le au rivage algérien, ni au littoral des États romains.

Le roi Ferdinand II a sillonné de routes son royaume , et nous nous rapjjelons avoir entendu un de scs ennemis le surnommer t le roi des strade. » La longueur de celles qu’il a ouvertes sur le continent seul était, à la fin de l’année 1855, de .3,082 milles. Assurément il restait beaucoup à faire sous ce rapport, et la Sicile avait surtout grand besoin de nouvelles voies de communication; mais un souverain ne peut toujours tout voir de scs propres yeux, et nous savons pertinemment que plus d’une lois des agents infidèles ou somnolents annoncèrent à Ferdinand II l’achèvement de telle roule qui n’était pas même ouverte. On appréciera mieux les services rendus au pays par le défunt roi en ce genre de travaux , si nous disons qu’à son avènement au trône le pays n’avait que 1 ,505 milles de routes, et que, pendant l’occupation française, c’est-.à-dirc de 1806 à 1 8 1 5, il n’en avait pas été exécuté plus de 6i milles de longueur.

Nous avons en ce moment sous les yeux un opuscule, édité en 1 857, qui contient un important tableau des œuvres d’utilité publique dues à Ferdinand IL A cette date, il avait rendu à l’agriculture une surface énorme do terrains marécageux et pestilentiels; Salina et Sanilla, près de T.arenle et Castelvolturno, étaient complètement desséchées; les lagunes de Brindisi, les plaines de Monticelli étaient bonifiées ; le cours du Sarno était rectifié, pour assainir les plaines de Scafati. Des travaux semblables d’assainissement étaient exécutés près de Nola. Les torrents des Camaldules, de Torana, delaCapitanatc, leMesimo,l’Ofanto et le Volturne, étaient endigués; dans le seul bassin inférieur

du Volturne , 274,000 moggi de terrains avaient été conquis n la culture. On travaillait au dessèchement des lacs de Salpi, d’.\gnano et de Valle dcl Sele; la maremme de Policastro était colmatée; le fleuve Fario était transformé en canal navigable, et ses bassins inférieur et supérieur étaient devenus cultivables. On s’occupait de restituer à la vallée de Crati, près de Cosenza, et à la plaine de Pesthum leur anticjue splendeur. Le lac Fucino, qui résista au génie de Rome, était en grande partie desséché , grâce au rétablissement du gigantesque émissaire de Claude.

Innombrables sont les ponts jetés ou restaurés par Ferdinand II. -Mentionnons seulement ceux sur le Tortore et l’Angitella, celui de Fregella sur le Liri, ceux sur la Pescara, le Vomano, le Fosson, le Monopello, l’Orta et rOfanto, etc.

Le curage du port de Brindisi était très-avancé, quand éclata la révolution. Si les navires trouvent un ancrage sûr dans les ports de Castellamare, de Gallipoli, de Bari, de Molfetta, d’Ortona, de Mola, d'Ischia, ils en sont redevables à Ferdinand II. Assurément, il restait beaucoup à faire pour la prospérité de ces |)orts; mais là comme ailleurs le temps est un élément indispensable de progrès.

Ferdinand II a pourvu de phares toutes les longues côtes de son royaume.

Le collège militaire de Maddaloni, l’école des élèves militaires à Gaëte, le merveilleux hôpital militaire de Caserte; les théâtres de Foggia, de Bari, de Salerne, de Reggio et d’.àquila; le collège vétérinaire et agricole de Naples; quantité de collèges, de séminaires, de maisons d’éducation pour les deux sexes dans toutes les provinces; les instituts

agricoles et les jardins agraires de Caserte, de Saleme, de Giovinazzo et de Melfi ; divers orphelinats fondés à grands frais sur plusieurs points du royaume; la réédification de l’hospice de Santa Maria délia Vita, la restauration des conservatoires des filles des notaires, de Santa Maria del Refugio, de l’Annunziata, de San Gennaro dei Poveri, du Carminello, de Maria Regina, de Sant’Eligio et de Saint- François de Sales, la création de Santa Maria Madalena pour les repenties ; la reconstruction de l’hôpital de Santa Maria di Loreto, la fondation des hôpitaux de Campobasso, de Foggia, d’Isernia, de Larino, de Matera, d’Andria, et l’agrandissement de ceux de Teramo, Penne, Palme, Gerace, Lanciano, Vasto, Maddaloni, Melfi, Catanzaro, Cotrone, Mileto, etc., attestent l’infatigable activité de ce prince.

11 mit la manufacture royale des tabacs à même de rivaliser avec les meilleures d’Europe.

A l’hôtel des Monnaies, il changea toutes les machines et introduisit les méthodes de perfectionnement du travail. Aussi le député Avitabile, ex-gouverneur du Banco de Naples, n’a-t-il pu s’empêcher de dire à la tribune du Parlement italien ; < L’ancienne organisation de l’admic nistration des monnaies, à Naples... était un monument « de sagesse économique. De 1850 à 1859, on a battu, à f peu de frais, dans le magnifique hôtel des Monnaies de € Naples, pour une valeur de 260 millions de livres. De c l'étranger affluaient en abondance, à Naples, les métaux € précieux, et, au moment de l’annexion, le numéraire f y était en plus grande quantité que dans aucune autre f partie de la Péninsule. »

N’oublions pas de mentionner spécialement les minières

— io-

de fer de Picinisio , de San-Donato et de Campoli , les hauts fouiTieaux de Montana , la fabrique d’armes de Torre-Annuiiziata, le laboratoire d’artificerie et la fabrique de capsules de Capoue, la fonderie de canons du Porlo- Nuovo, à Naples, admirée des étrangers, ainsi que l’atelier mécani(|ue du même fort, la poudrière de Scafati et surtout la splendide usine de Wetrarsa, pour la construction des machines à vapeur; en peu d’années, Pietrarsa a pu rivaliser avec les plus beaux établissements de ce genre que possèdent les principaux États de l’Europe. Ce ■ sont là autant de monuments qui doivent perpétuer le nom de Ferdinand II.

Nous ne saurions indiquer quelle était l’étendue du •réseau de télégraphie électrique qui reliait les villes, mais sous ce rapport peu de pays étaient aussi bien dotés que le royaume de Naples , et l’abaissement du tarif des dépêches y avait précédé de plusieurs années l’abaissement du tarif français.

Le rt'seau des voies ferrées est loin d’être complet aujourd’hui dans l’Italie méridionale; depuis l’annexion, on s’est borné à continuer avec nonchalance les travaux décrétés ou commencés précédemment; (juelques inaugurations de lignes ou de tronçons ont eu lieu récemment ; mais, à vrai dii-c, les Piémontais n’ont eu qu’à célébrer la cérémonie et à parachever ce qui avait été très-avancé avant leur arrivée. Ainsi la ligne de Naples à Rome était à peu près terminée, moins quelques coups de pioche, quand le roi François II prit le chemin de l’exil. Le caractère des habitants et les habitudes locales se prêtent médiocrement aux grandes initiatives, et le gouvernement avait dû suppléer aux compagnies. Avouons aussi que.

dans un esprit de nationalité trop exclusif, on avait peu encouragé les compagnies étrangères. Au rosie, la situation actuelle des chemins de fer italiens, qui ne réprésentent pas plus de 2,i00 kilomètres, cl qui sont presque tous sur la pente de la faillite, explit|iic assez les difficultés que rencontra le gouvernement des Bourbons, quand il voulut doter le pays des nouvelles voies de communication dé-couvertes par le génie moderne.

Qu’on le remarque bien, ce n’est pas une énumération des travaux du régne de Ferdinand II ([ue nous avons entreprise; nous en indiquons seulement quelques-uns, pour détromper les hommes superficiels qui ont souvent ouï dire et ont fini par croire que l’administration des Bourbons de Naples fut inerte et rétrograde. A l’épotjue où les complots unitaires n’étaient pas encore ourdis , lorsque le Piémont ne visait pas à engloutir la Péninsule, on savait rendre justice à cet esprit de progrès du roi de Naples. Voici ce qu’écrivait, en I Siü. un homme qui devait bouleverser plus tard l’Italie :

i Grâces au ciel, nous voici dans le royaume de Naples, * où l’on possède des chemins de fer achevés , tandis « qu’en Piémont ils ne sont même pas commencés; c d’autres sont en voie d’exécution; un grand nombre c sont projetés, sagement élaboixïs et prêts a être exé-- € cutés. Naples est le premier état d’Italie qui ait inau- € guré les chemins de fer. Depuis plusieurs années, les t locomotives circulent de Naples à Castellamare , et de € Naples à Capoue. Ce gouvernement a de grands pro- € jets.... Les agitations révolutionnaires ont des consé- € quences funestes, car les gouvernements, attaqués avec c passion, doivent penser à se défendre, et les grands

c travaux publics ne pourront s’exécuter en Italie, tant € que les vrais amis de leur patrie ne se seront pas c groupés autour des trônes qui ont de profondes racines

< dans le sol italien. >

Ces paroles, extraites de la Revue nouvelle, portent la signature du comte de Cavourl...

Voyons maintenant ce que sont devenues toutes ces améliorations matérielles, depuis que le pays est entre les mains des régénérateurs. Et puisque nous avons cité en témoignage le célèbre ministre de Victor-Emmanuel, il nous sera bien permis d'emprunter aux Lettre» napolitaines de M. le marquis P. Ulloa, ministre du roi François II, la page suivante qui contient un tableau des progrès importés à Naples par le Piémont.

« ... Le gouvernement décréta la fermeture des arse- * naux et des chantiers. La flotte fut conduite à Gènes; t le chantier de Castellamare supprimé, tout le per-

< sonnel licencié. Les arsenaux de terre, où étaient € déposées tant de richesses militaires, furent pillés sans c honte et sans ménagement; 250,000 fusils et tous f les canons de bronze des arsenaux et des places furent

< expédiés en Piémont. Après la chute de Gaëte, le pil- € lage et la destruction ne connurent plus de bornes. Les ( palais de Naples , de Capo di Monte , de Portici , de € Caserte, delà Favorite, riches de tant de magnifiques € œuvres d’art, devinrent les dépouilles opimes de Turin € et des Verrès, qui venaient à Naples, l’un après l’autre, « y remplir, à court intervalle, les fonctions de procon-

< suis. On les voit maintenant se pavaner, sur les bords ( de la Dora, dans ces mêmes voitures de luxe qui serc vaient autrefois aux pompes des Bourbons de Naples.

« Ce c|ui restait du pillage de l’argenterie des tables ( royales fut vendu à rcnchèrc; les batteries de cuisine € furent enlevées et dirigées sur Turin. Tous ces vols

< avaient lieu en présence du peuple, qui ne se doute pas f encore de tous ceux qui ont été conunis mystérieuse- € ment.... Turin envoya tout à Naples : les vêtements, € les chaussures des soldats, le papier et la cire d’Es- € pagne , pour les administrations publiques , le tout c moins bon et plus cher qu’à Naples. On envoya les nou-

< velles balances et les nouvelles mesures, les bancs pour « les écoles et jusqu’à la pierre de construction! On « parlait et on parle encore de travaux utiles; on ne fit

< que démolir, mais les travaux de réédification ne sont t pas encore commencés. Ce n’est pas tout: Turin voulut « arracher au peuple le dernier morceau de pain qu’il c pouvait gagner à la sueur de son front. Naples sc vit € inondé d’ouvriers de chemin de fer, de portefaix de € douanes, dç femmes pour travailler dans les fabriques t de tabac, de démolisseurs, et même de nourrices pour

< les enfants trouvés ! . . . >

Ferdinand 11 avait l’ambition d’affranchir scs États de tout tribut aux industries étrangères , et c’est pour cela rju’il implantait, aux environs de Naples, celles de ces industries qui n’existaient point encore dans le pays. Il fit venir de France des contre-maîtres et des ouvriers pour sa fonderie de l’ictrarsa; il attira de Saint-Étienne des ouvriers en rubans, et de Lyon des ouvriers en soierie. Lorsqu’il voyageait , sa principale préoccupation était d’utiliser ses obsci'V'ations pour le progrès de l’industrie indigène. Se trouvant à Florence, en 1836, il mit à profit son séjour pour étudier les manufactures de soierie, et

il ('crivait à l’administraleiir de la eoluiiie de San-Leiieio. fondée, comme l’on sait, par son aïeul Ferdinand I":

€ Monsieur le chevalier, pendant mon séjour dans cette <t capitale, je me suis surtout occupé de ses divers établis- « senients industriels, pour observer en quoi ils différent « des nôtres , et pour pouvoir adopter les améliorations « et innovations propres à être introduites chez nous. La « manufacture de soierie a mérité toute mon attention. « Les tissus dits : noblesse, gros, étoffes ouvrées, sont « remarquablement beaux, soit par l’égalitédes fils soveux, « soit par la délicatesse des dessins. J’ai vouIn tout éti*- « dicr, et j’ai constaté que la presse et le cylindrage sont « arrivés à la perfection. On suffit à peine ici à exécuter « les commissions qui arrivent de toutes les parties de ï l’Europe, et mêmcdel’Amériijue.... Il me semble qu’on « pourrait attirer aussijCes commissions à la manufacture

< de San-Lcucio ; il importerait de rechercher le moyen « d’expédier à l’étranger et jusqu’en Amérique nos « soieries, bien qu’elles soient inférieures à celles de Flo- « rence, et il nous faudrait aussi travailler à rivafiser avec « celles-ci, etc., etc. »

Si l’on veut connaître ce que les nouveaux maîtres de Naples ont fait pour la prospérité des tissus de soie, dont San-Leucio était comme l’école modèle, écoutons ces paroles du député San-Donato , dans la séance du 4 juillet 1864, au Parlement italien :

< La fondation de la tr(“s-louable colonie industrielle de « San-Lcucio , près du palais de Caserte , qui jouissait « d’une renommée eurojiéenne, est due au roi Ferdi- « nand IV, dans le cours du siècle dernier; il la dota

< d’un statut presqu» républicain ; chaque individu devait

« trav;iil!ei‘ dans dr magnifiques manufactures de soie, de « velours, etc., tissus qui avaient acquis beaucoup de « célébrité; une part du produit du travail était prélevée « pour les infirmes, pour l’instruction publi(|uc, etc.

€ Maintenant le gouvernement a détruit cette colonie , « comme il a détruit tant d’autres utiles établissements « créés sous les Bourbons, et il n’a su y substituer que « les massacres et les barbaries de la loi l*ica. »

Notons bien que c’est un unitaire et un ennemi des Bourbons qui parle.

D’autres aveux bien instructifs sur la situation de certaines industries avant et après l’annexion, ce sont ceux faits au Parlement de Turin par M. Polsinelli, un grand manufactm’ier de Sora ou d’Isoletta, dont l’appréciation est très-autorisée en cette matière. Voici quel<|ues passages de plusieurs discours prononcés par ce député :

« ... On nie dans cette Chambre le mécontentement des « provinces napolitaines. Ce mécontentement n’est (jue « trop réel. On a touché à tous les intérêts. Les manufac- « turcs sont sens dessus dessous. . . Nos manufactures, qui < rivalisaient avec celles de l’étranger, se trouvent main- « tenant en de funestes conditions. Et notez bien t[ue les « manufactures étrangères nous envoyaient leurs pro- « duits à des prix très-modiques, parce que nos produits « valaient les leurs. Par exemple, dans ma fabrique, on a « vendu, pendant de longues .années, comme draps « étrangers, des tissus que j’avais fabriqués. Eh bien! € ma fabrique s’en va maintenant en ruine... et nos « paysans ne trouvent plus de travail ; beaucoup de fa- € milles, par ce manque de travail, sont tombées dans la

« misore... Déjà un gi’aiid noniliro de fabriques sont fer- < mécs, d’autres ont perdu leur importance, celle-ci lan-

€ "uit , celle-là se meurt , si elle n’est déjà morte

€ M. Nisco, qui est resté douze ans dans les prisons et € en exil pour la cause de la liberté, s’est trompé quand € il a cru que , sous le gouvernement bourbonien , les € manufactui’es avaient peu progressé. Je citerai comme € exemple les grandioses fabriques de coton, de tissage, € d’impression, étaldies dans les alentours de Salerne, € occupant des milliers et des milliers de personnes. Je cic terai ensuite les fabriques de tissus de laine fondées à c Salerne, la magnifique filature de lin à Sarno, les tissus « deScafati, les lainages de Sora, des Abruzzes et d’autres € localités, et enfin les innombrables métiers de soie, de € coton et de lin, montés dans les faubourgs et les envi- € rons de Maples ; si on excepte les hauts quartiers et € ceux habités par la noblesse, on peut dire que Naples € était une vaste fabrique. Je ne parle pas des papeteries, € des tanneries, etc. Je ne terminerais pas, si je voulais U faire une nomenclature précise des manufactures et des * gens qui en vivaient, soit à Naples, soit en Sicile, où f existaient d’autres manufactures... Des instances pres- « santés me sont faites par les fabrieants de papier, pour € que je sollicite le gouvernement d’aviser à empêcher « l’exportation des chiffons. Quand cette matière vient à € manquer, on voit tomber aussi l’industrie de la papef terie, si prospère sous l’ancien gouvernement, ()ue ses « produits étaient ex[iortés en grande partie, et allaient € même jusiju’en Angleterre, pour l’usage du journal

« le Times Bientôt nous serons réduits à ne montrer

€ que des tissus grossiers, comme ceux dont on fait

« usage dans les pays où il n’exisle de manufactures « d’aucune sorte — »

De 1831 à 1843, il ne fut pas créé moins de 304 foires ou marchés, sans compter ceux et celles qui existaient de longue date dans le royaume. Pendant chacune des années suivantes, il a été fondé quinze ou vingt de ces foires et marchés dans les provinces. Cette statistique nous est fournie par la collection oHiciellc des lois et décrets.

Pour faciliter les relations internationales, Ferdinand 11 négocia successivement des traités de commerce et de navigation : en 1 843 et 1 848, avec la France ; en 1 843, avec l’.\nglcterre et la Russie; en 1843 et 1846, avec les États- Unis; en 1834, avec la régence de Tunis; en 1833, avec le Maroc; en 1840, avec la Sardaigne et le Danemark; en 1847, avec la Russie, la Prusse, la Confédération germanique, la Belgique et la Hollande; en 1834, avec les États- Pontiticaux; en 1837, avec la république Argentine.

Ferdinand II et François II n’ont jamais, il est vrai, ])roclamé la doctrine du libre-échange, cl surtout ils se sont bien gardés de l’appliquer brusquement, pour la ruine de l’industrie indigène ; mais ils se sont attachés à réduire graduellement les tarifs douaniers. Par un décret du 1"mars 1860, plusieurs centaines d’articles étrangers étaient notablement déchargés des droits d’importation. Deux décrets des 13 mars et 1" mai de la même année étendaient cette réduction à un grand nombre d’autres articles. Le 8 juin, le 9 juillet et le 29 août, c’est-à-dire quelques jours avant la catastrophe politique, le droit d’exportation sur les huiles et le droit d’importation sur les livres étaient fortement allégés. Nous n’énumérons

pas les décrets rendus dans le même sens par Ferdinand II.

11 ne manque pas de personnes qui se persuadent volontiers (jue le royaume des Deux-Siciles était enfermé dans des barrières de défiance et d’isolement systématiques, et que les doctrines économi(|ues inspiraient de l’aversion à son gouvernement. C(! préjugé, comme tant d’autres, ne tient pas devant l’examen. Robert Peel, qui s’y connai-ssait, et dont on ne fera certes pas un esprit rétrograde, était plus impartial envers Ferdinand II. En 1846, dans la séance du janvier du parlement anglais, il s’exprimait ainsi : « Pour rendre justice au roi de Naples, < je dois aflirmcr avoir vu un document écrit de sa main, « qui contient des principes aussi vrais que ceux soutett nus par les professeurs d’économie politique les plus n éclairés. » Un autre témoignage anglais, tout aussi peu suspect, c’est celui du Daily News, habituellement trèshostile aux Bourbons ; ce journal disait, au mois d’octobre 1860, en parlant des décrets de François II ci-dessus mentionnés : € ... Le roi de Naples a modelé ses tarifs coni- € merciaux sur le système de Peel et de Gladstone... »

La marine marchande napoUtaine était incunlestabhv ment supérieure, non pas seulement à celle du Piémont, mais à celle de tous les États italiens réunis. Nous n’avons pas la statistique de cette marine pendant les dernièrcis années, mais nous possédons le chiffre comparatif de ses forces en 1823 et 1853, chiffres publiés dans la Revue des Deux-Mondes.

En 1823, le nombre des navires était de 5,008, jaugeant 107,938 tonneaux.

En 1833, cette même marine comptait 9,174 bâtiments a voiles, de plus de 230,000 tonneaux. Dans l’espace de

trente années, le nombre des navires 'avait donc presque doublé, et le tonnage avait réalisé un progrès plus considérable encore.

Dans les derniers temps de la monarchie nationale, la marine possédait aussi 22 navires à vapeur , portant environ 5,000 tonneaux , et dont quelques-uns étaient les meilleurs marcheurs de la Méditerranée.

A la date de 1855, l’Italie avait 10,301 navires, sur lesquels 3,173 à la Sardaigne, 911 à la Toscane, 1,323 aux États romains, 1 ,819 au royaume lombard-vénitien. Ainsi, la marine marchande des Deux-Siciles dépassait de 1 ,957 navires la marine de tous les États de la Péninsule réunis.

Ce n’est point sans de puissants encouragements que l’on avait atteint ce résultat. Des décrets des 1 2 mars 1 835, 9 avril 1838, 2 février 1843, 28 août 1844, avaient créé une Académie de marine, un collège de gardes de marine, et un collège d’élèves de marine. Des décrets des 29 juin 1 833 et 30 mai 1 856 avaient fondé des écoles nautiques à Procida et à Gaëte. Un décret du 10 décembre 1839 avait réglementé les commissariats de marine. Un décret du 25 janvier 1840 avait organisé les hôpitaux maritimes.

En 1840, un chantier était établi pour la marine marchande à Castellamare.

Vers la même époque, un bassin de radoub, le premier qu’ait possédé l'Italie, était ajouté au port de Naples, etc., etc.

Autres chantiers, fabriques de cordages, création de ports francs à Messine et à Brindisi, établissement d'entrepôts ; le gouvernement bourbonien n’avait négligé aucun stimulant. Des primes étaient accordées pour la cons-

Iructioncles navires d’une portée de plus de 300 tonneaux, pour les navires revêtus de zinc ou de cuivre, et pour les voyages de long cours. Dans les trois années de 1854, 1835 et 1836, le cliiffre des primes s’est élevé à près de 30,000 ducats (environ 130,000 fr.).

Le signe évident de la marche ascendante du commerce était dans le nombre de bâtiments nationaux et dans l’accroissement du produit des droits de la douane. Celle de Naples percevait à elle seule jusqu’à 130,000 fr. par jour. Après l’annexion, quand les Piémontais eurent aboli la franchise du port de Messine et réduit les échelles à celle de Gènes, la douane de Naples s’estima un jour très-heureuse d’encaisser une quinzaine de mille francs.

Plusieurs fois , dans le Parlement italien , on a rappelé avec éloges les encouragements accordés par les Bourbons à la marine, plusieurs fois aussi on a déploré la négligence systémaüque des nouveaux gouvernants : c Je sais, disait « naguère le député Maresca , que, dans le collège de la « marine royale à Naples, l’instruction nautique était prcs- K que complète et parfaite » Le député Pisanelli affirmait que « l’armée navale napolitaine avait, entre beaucoup de « bonnes choses , des machinistes habiles et distingués, etc. » Le député San Donato se lamentait de la suppression du collège de marine et de l’abandon des « ma- € gnitiques chantiers de Naples et de Castcliamare • par le gouvernement des annexions.

Nonobstant ces faits et ces statistiques , le gouvernement bourbonien était essentiellement rétrograde, et de la révolution date l’ère du renouvellement de toutes choses. Cela a été si souvent répété , que nous aurions mauvaise grâce à ne point le croire

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