‹ Le royaume des DeuxSiciles mémoireChapitre 5 sur 23 · SAN FRANCESCO · texte numérisé non relu

SAN FRANCESCO

€ San Francesco, situé hors de la porte Capuana, est un ancien couvent de Minimes; les religieux en furent chassés par Murat. La prison est assez vaste, élevée, avec une cour intérieure; les bâtiments n’ont pas subi de modification importante depuis leur changement de destination, si ce n’est qu’ils sont fréquemment blanchis à l’intérieur. Aujourd’hui, San Francesco est à la fois prison et hôpital général de fous les prisonniers non politiques de la capitale et des environs.

€ En mettant le pied sur le seuil, je n’ai rien senti, rien vu de sinistre, rien tpii rappelle ce qu’on éprouve en entrant dans beaucoup de prisons françaises. La garde et la surveillance intérieures sont faites par des vétérans retirés du service actif, portant pour la plupart des médailles militaires, qui trouvent là un repos pour leur vieillesse. Les inspecteurs et gardiens civils ont montré une extrême complaisance, et nous ont partout accomp.ignés avec un jésuite espagnol. A l’approche du Père, j’ai remarqué que beaucoup de détenus s>e levaient ou quittaient leur ouvrage pour venir lui baiser la main.

« Le rez-de-chaussée et le premier étage sont attribués

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aux condamnés valides. Sur l’entrée des divei’scs salles se trouvent des inscriptions italiennes ou latines.

* Au rez-de-chaussée, il y a des ateliers de relieurs, d’organistes, de menuisiers, d(‘ charpentiers, de cordonniers, de tailleurs. Quinze ou vingt métiers de colonnades battaient dans d’autres ateliers, et, à coté, un grand dévidoir de 330 bobines (j’ai pris le temps de les compter) était tourné par (|uel(|u<>s ouvriers (pii, par parenthèse, n’avaient pas l’air de se tuer à la peine. Au premier étage, des détenus faisaient des stores en jonc, cpii sont d’un usage presque universel dans le |)ays ; d’autres faisaient de la charpie pour le compte d’un h<)pital de la ville. Le travail est facultatif, cl le prix en est immédiatement remis au condamné. On n’a pas encore appliqué ici le réglement général établi au mois d’août 1836, pour l’exercice des arts et métiers et l’introduction des caisses d’épargne dans les prisons. Ce ri'glement, dont j’ai eu sous les yeux un exemplaire impi’iiné, me semble avoir été dicté par une haute pensée de prévoyance sociale et de moralisation.

« En vertu de l’article 16, deux tiers du bénéfice du travail appartiennent au détenu, et un tiers est attribué à radmini.stration pour l’amélioration et l’entretien de l’ouvroir. Le premier des deux tii'rs accordi'-s au détenu doit lui être payé de suite, pour l’usage qui bon lui semblera, avec la faculté de le placer dans l’une des deux caisses d’épargne ; le second tiers sera forcément retenu pour une de ces deux caisses d’épargne. Le capital, portant intérêt de i- p. 100, doit être livré au détenu dans les vingt-quatre heures cpii suivent sa libération, et cette ressource lui permettant de rentrer dans les bonnes habitudes de l’honnê-

fel(‘, Ip nombre des récidivistes sera nécessairement diminué...

« Toutes les pièces du rez-d(vchausséc, comme celles des autres étafçes, sont voi'itées, hormis celles du quatrième et dernier étaf^e, qui ont un plancher; j’évalue leur hauteur à cinq ou six mètres, excepté encore celles du quatrième étage, dont l’élévation est moindre de moitié, be pavé est partout très-sec; il est formé de vastes dalles, et même, dans certaines salles, comme celle où travaillent les tailleurs, ce sont de jolis carreaux de faïence. Les murailles sont blanches, percées de grandes fenêtres à barreaux de fer légers.

« La nourriture du détenu consiste en vingt onces de pain et une grosse soupe d’environ trois quarts de litre, qui contient soit du riz, des fèves, soit des haricots ou quclt)ue autre légume servant de portion. Le pain ressemble au pain de munition que mangent les soldats français. Peut-être trouvera-t-on, en France et en Angleterre, que cette nourriture laisse à désiriT sous le rapport de la quantité; sans entrer dans la comparaison de la nourriture des détenus napolitains avec celle des détenus anglais ou français, je me borne à une observation ; en France, on mange beaucoup moins qu’en ,\ngleterre; de même, en Italie, et surtout à Naples, on mange beaucoup moins (pi’en France, cela tient au climat; et, par ce que je vois dans l’intérieur des ménages ou dans les restaurants, je juge ((ue la nourriture des prisonniers de San Francesco n’est pas inférieure pour la quantité è celle de la plupart des nationaux. Quant à la qualité des légumes et du bouillon, ils sont, sans contredit, plus appétissants et plus jiropres (jue les mets des cuisines ouvrières. Il m’a paru

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