LA VICARIA
« La Vicaria est un des plus vastes et aussi un des plus
vieux édillces de la ville de Najiles ; ancienne résidence des rois (|ui succédèrent à la dynastie d’Anjou, elle porte encore sur sa laçade principale l’aigle d’Autriche et les colonnes d'Hereule des armoiries espagnoles. La maison, qui possède plusieurs cours intérieures, a trois étages et un rez-de-chaussée ; elle est entièrement dégagée des habitations particulières, et l’espace vide qui règne tout autour contribue à sa salubrité. La prison est au rez-dechaussé-e et au premier étage ; au second et au troisième étage sont installés les grandes Cours et les Tribunaux ainsi que les archives de l’Etat. La partie du bâtiment afTeclée à la justice est certainement moins propre que celle occupée par les détenus.
€ .\u premier étage sont les prévenus ; au rez-decbau.ssé'e sont les condamnés qui attendent d’étre conduits aux diverses destinations où ils doivent subir leur peine. L’élévation des salles est partout sufTisanlc au point de vue hygiénique : les plus basses ont ipialre ou cinq mètres, d’autres en ont sept ou huit ; il sufïil d’ailleurs de se rappeler que la Viearia a tl’abord logé des pi'inces, et que sans doute des prisonniers n’ont pas besoin aujourd’hui d’une plus grande quantité d’air atmosphérique. Tout est voûté. Les parois des murailles sont partout blanchies à la chaux, et l’on y passe une couche chaque mois. Le pavé est formé de grandes dalles, quelquefois raboteuses, toujours très-sèches ; ailleurs il est en asphalte; chaque mois aussi, nous a-t-il été assuré, on lave ce iiavé avec du vinaigre et du sel, puis on l’essuie avec de la sciure de bois. On comprend dès lors que, pourvu ([u’il n’y ait pas encombrement firolongé, l’air doive rester exempt de miasmes et d’exhalaisons morbifères.
— Tl
« Je commence par le premier «'•tape.
O Nous sommes entrés d’abord dans le cabinet de réconome ; c’est là que vient chaque jour le médecin pour recevoir les réclamations des prisonniers en ce qui regarde scs fonctions et son art. Ceux dont la santé exige des soins obtiennent de lui un billet d’autorisation pour être transférés à San Francesco, oii, comme je l’ai dit dans une précédente lettre, est établi l’bdpital général des pri sons de la province de Naples.
« Le parloir des prévenus est contigu au cabinet de l’économe ; les parents et les amis peuvent y venir de huit heures du matin à uik; heure de l’après-midi, et de cin(| à huit heures du soir. Il s’y trouvait environ vingt ou vingtcinq personnes au moment de notre passage, non compris les deux ou trois gardiens , dont la présence ne semblait pas le moins du monde embarrasser les visiteurs et les visités.
« De là nous fdmes introduits dans une vaste salle de i') à oO mètres de long sur !) ou 10 de large; le jour est un peu pâle, bien qu’il arrive par une grande croisés partant du pavé jus<pi’à la voûte, et donnant sur une cour intérieure. C’est le promenoir. De l’un des deux côtés, la salle est percée, dans sa longueur, de six portes livrant entrée en autant de chambres pareilles, larges de 0 ou 7 mètres, longues de 8 ou 9. Ces chambres contiennent six lits en bois, bien garnis et très-propres, quelques gravures, une table et divers objets ; elles sont aussi claires (jue possible ; les fenêtres regardent la place, et en outre, ceux (|ui les habitent ont la faculté de laisser toute la journée leur porte ouverte pour sortir, rentrer à discrétion et voir ce (|ui se passe dans le promenoir. Les six chambres sont ré-
sorvées aux prévenus appartenant à la classe élexée, aux prévenus polititpies, lorsqu’il y en a.
« La cliapelle des prévenus, attenante au promenoir, est partagée en trois compartiments, dont un pour ce qu’on appelle ici les galant' tiomini.
« Dans un corridor, le long de la chapelle, nous vîmes un confessionnal ; un autre corridor, sur lequel sortent plusieurs petites pièces de service, entre autres les lieux d’aisance» dont la porte, hermétiquement fermée, ne laissait passer aucune senteur désagréable, nous conduisit à trois salles placées à la suite les unes des autres, d’une longueur égale au promenoir, mais plus larges de six ou si'pt mètres. Toutes trois sont divisées dans leur longueur par des piliers que relient des îircades, et aux voûtes de chacune pendaient trois lampes en verre. Chaque salle contenait soixante à soixante-dix cadres ou lits de bois sans dossiers, peints à l’huile et de couleur verte, sur lesquels étaient ployés un matelas de bourre de chanvre, un drap de toile, un petit coussin et une couverture, le tout plus propre que les mêmes objets dans beaucoup d’habitations pauvres des ouvriers français. Je connais des maisons d’éducation en France dont les dortoirs sont certainement plus encombrés ; il est vrai que les enfants de ces maisons d’éducation passent seulement la nuit dans les dortoirs, et que les détenus dont il s’agit ne peuvent pas varier de la même manière leurs exercices ; mais il ne faudrait pas non plus exiger que des prisonniers aient le bien-être dont jouit la jeunesse libre. L’air est purifié dans CCS salles, comme dans les autres parties de l’édifice, par des ventouses assez rapprochées les unes des autres, et
par un rang de fenêtres d’où les détenus regardent au dehors.
« Au pied de chaque lit, on retrouve la caisse verte que j’avais digà vue à San Francesco, tenant lieu à la fois de malle, de table et de chaise.
« Sur l’un des lits étaient placés une plume, un encrier et du papier, dont un prévenu avait fait ou se disposait à faire usage.
€ .Avant de descendre au rez-de-chaussée, nous traversâmes un petit parloir à double grille ; c’est celui où les condamnés aux travaux forcés ont la permission de voir leurs parents pendant le temps qu’ils séjournent à la Vicaria. Dans un corridor assez étroit, qui sépare le parloir et l’escalier du rez-de-chaussée, sept hommes debout, amenés du matin même, attendaient d’être classés. De ce corridor, on va à la chapelle des condamnés à mort. Nous ne pûmes pénétrer, parce que la clef est entre les mains, non des inspecteurs ou des gardiens de la prison, mais des liianehi. Les Blanchi sont une confrérie composée de prêtres de divers ordres religieux et de prêtres séculiers, dont le douloureux devoir est d’assister pendant leurs derniers jours et à leur dernière heure ceux que la justice humaine retranche de la société. Quand la justice a rendu son terrible arrêt, les Blanchi viennent au nom du Dieu de la miséricorde, tiennent compagnie à l’infortuné, le consolent, le fortilient, l’aident à mettre ordre à ses affaires de ce monde et de l’autre, et prient pour lui. Après le supplice, le corps leur appartient ; ils lui donnent une sépulture chrétienne, et, pendant toute l’année, une messe est dite chaque jour pour l’âme du défunt. Les Blanchi ont assez rarement sous les yeux le pénible spectacle d’un
condamné à mort; car des statistiques judiciaires officielles (|uc je vi(>ns de lire n’accusent jiour le royaume entier, pendant les viiif;t dernières années, <iue 483 condamnations capitales, dont 02 seulement ont été exécutées.
« Nous voici au rcz-de-chaussé'e, parmi ceux qui ont été jufçés et (pii attendent plus ou moins lonf^lcmps avant d’être transportés aux lieux où ils doivent accomplir leur peine. Ce sont, au rez-de-chaussée comme au premier étai.'e, de vastes salles oii l’on pourrait enfermer un nombre de détenus beaucoup plus considérable que celui qu’elles contiennent elTectlvement, et dont plusieurs étaient presque désertes. La distribution et l’ensemble m’ont paru être à peu jirès les mêmes qu’au premier étage, si ce n’est (|iie les voûtes sont plus élevées. Les fenêtres sont garnies de barreaux plus forts et jilus éjiais que celles de la |)i'ison de de San Francesco. On admet ici certaines classifications, basées soit sur le genre, la gravité et la durée de la jieine à subir, soit sur les convenances, soit encore sur des difféi'ences de métiers.
« C’est ainsi (jue dans une grande salle se trouvaient les condamnés jugés par les tribunaux correctionnels, tandis tpie le long de cette même salle (juatre appartements de moindres dimensions, <i fermés aux vcitous, contenaient des condamnés jugés par les cours criminelles. J’al compté sept ergasloli, ou condamnés aux fers à perpétuité dans le premier, neuf ergastnli dans le second, huit galleoti, ou condamnés aux travaux forcés à temps dans le troisième, et six f/alleoti dans le (juatrième. Ces ([uatre pièces étaient aussi blanches, aussi saines que le reste de la prison, mais les détenus n’avaient point de bois
de lit : leur matelas de chanvre, leur draji et leur couverture reposaient sur l’asphalte. t)n leur avait laissé à chueun un léger ])a(picl etiveloppé dans un mouchoir de poche. Un banc de pierre, portant une cruche d’eau et un plat en terre, était adossé à la muraille. Dans une cinquième chambre faisant suite aux quatre premières, se trouvaient vingt-deux cordonniers travaillant en cercle; la pièce était d’une étendue siitrisanle pour (ju’ils ne fussent point gênés.
€ Ensuite nous parcourûmes plusieurs autres vastes salles offrant un aspect semblable, mais oii les prisonniers étaient assez clair-sernés ; dans l’une d’elles on avait réuni les perriupiiers.
« Enfin, après avoir rencontré un troisième parloir, oii une double grille est de.stinée à empêcher les visiteurs de faire passer aux visités, et réciproquement, des correspondances clandestines, nous arrivâmes sur le |)alier d’une cour intérieure, dans laquelle on aurait pu compter plus de trois cents condamnés, parlant, riant, gesticulant, s’agitant de la façon la plus bruyante, et dans un pêle-mêle (jui me rappela celui des foires de villages les plus animées. Aux habits jaunes des prêsidiens, aux vestes rouges des galériens, on reconnaissait d’abord fju’il y avait bon nombre de récidivistes. Une vingtaine d’hommes seulement, parmi cette troupe tumultueuse, s-’adonnaient au travail et tressaient des stores de joncs ; d’autres, assis à terre, goûtaient au soh'il les douceurs du far niente. Un aumônier jeta quelques dragées qu’ils se disputèrent avec de grands éclats de rire et en se bousculant.
f 11 y a aussi au rez-de-chaussée une chap<‘llc. Deux détenus font l’office de sacristains.
« Je reviens aux prévenus : bien que le premier étage
leur soit particuliérenienl allecté, comme je l’ai déjà dit, quelques-uns cependant sont placés au rez-de-chaussée; ce sont ceux que l’on tient dans les chambres de secret. Nous sommes entrés dans ces chambres au nombre de quatre, et qui ont le même aspect que les autres : la première renfermait six hommes ; la seconde, un seul ; la troisième, deux, et la quatrième, six, ces derniers tous militaires. On s’étonnera sans doute que plusieurs prisonniers soient réunis dans une chambre de secret, et cela semblera une contradiction de mots. Contradiction en effet, qui prouve (|u’à Naples il ne faut pas trop s’effrayer des mots, lors même (pi’ils auraient un son tant soit peu sinistre. Contradiction encore que nous ayons pu pénétrer dans des chambres de secret; d’où je suis obligé de conchm' (|u’il régne ici fort peu de sévérité.
« Vis-à-vis de ces quatre chambres est la lingerie; le linge des détenus est changé une fois par semaine.
K La nourriture des prisonniers se prépare proprement et consiste, comme celle des détenus de San Francesco, en un pain de 20 onces, avec près de trois quarts de livre de légumes ou de pâtes tenant lieu de potage et de portion. Dans une seconde cuisine, on peut se procurer d’autres mets en les payant.
« Le même jour, la statistique de la Vicaria donnait une population de 70i> prévenus ou condamnés. »
Je me rappelle avoir visité ensuite le bagne de l’ile de Procida. Le bagne recevait les condamnés pour crimes communs et les condamnés pour crimes politiques. La loi napolitaine n’établit pas de distinction entre ces deux catégories, mais l’humanih' des gouvernants y suppléait.
— Ti —
Assurément, le bagne <le l’rocicla ii’avait pas un aspect séduisant; je ne sais s'il est quelque part dans le monde des bagnes qui rappellent le paradis terrestre, mais au moins celui-là avait l’avantage d’être dans un site salubre, à l’entrée d’un golfe incomparable, au milieu d’une mer que l’antiquité disait frétiuenlée par des sirènes. Les salles étaient assez <aifumées, mais vastes et trés-élcvées. Il me souvient que les condamnés politicpies étaient séparés des autres condamnés par ordre souverain. Au moment où nous entrâmes chez les condamnés politicpies, nous entendîmes remuer des fers, et nous vîmes (|ue chaque prisonnier portait, en effet, une |)etite chaîne à la jambe. Nous sûmes plus tard, de la bouche même d’un condamné mis en liberté, que ce bruit de fer provenait de ce que le gardien du bagne, informant scs pensionnaires de notre visite, leur avait ordonné de reprendre sur-Ic-champ la chaîne, qu’ils déposaient toujours, quand ils ne recevaient pas de visite d’étrangers. Ailleurs , on eût probablement fait juste le contraire, et on eût plutôt voulu cacher la chaîne. Ces gcns-là préparaient eux-mémes leur cuisine sur des réchauds. Nous n’adrcssàmes pasbcaucoup de questions, car la plupart des physionomies que nous avions sous les yeux étaient peu engageantes. J’ai oublié le nombre des galériens politiques ou non politiques de Procida. Les notabilités révolutionnaires n’étaient point dans ce bagne, mais au château de Monte-Sarchio, ([ueje n’ai jamais visité, et où on les traitait avec des égards particuliers.
Je retrouve dans mon portefeuille des notes trés-détaillécs sur une cinquième prison , celle de Santa Maria il'Agnone. Voici ces notes que j’avais rédigé*es sur les lieux.
et ([ui sont restées enfouies denuis luiil ou neuf ans au milieu de mes papiers.
SANTA MARIA D’AONONE
a I.a |)rison de Santa Maria d'Agnone, .située dans le (luartier de la Vicaria, est a la fois maison d’arrêt, de détention et de réclusion pour les femmes. C’est un des couvents dépouillés par Murat. A la porte, je n’ai pas trouvé, comme à l’entrée des autres prisons, des factionnaires, mais seulement un planton de vétérans dans le vestibule. La maison est confiée au sœurs de charité.
€ Trois religieuses suffisent à la direction de Santa Maria d’Agnone; il est vrai que le service proprement dit est fait par les détenues elles-mêmes, et l’on comprend aisément que trois femmes qui sont plutôt directrices, économes , surveillantes , institutrices , aient besoin de domestiques |)our se décharger des travaux matériels. Comme les autres prisons du royaume, Santa Maria d'Agnone est sous la direction spirituelle des Jésuites ; ils ont ici trois chapelains séculiers pour auxiliaires.
* Avec des religieuses pour supérieures, la maison a dû prendre tant soit peu la physionomie monacale, et en quelque sorte se rapprocher de son ancienne destination. C’est en effet ce qui a eu lieu. Santa Maria d'Agnone ressemble à un couvent, et est administrée de même, mais avec une règle jieu rigide. Un pourrait croire encore que cette maison pénitentiaire n’est qu’un asile charitable pour la pauvreté ou la vieillesse, n’étaient les figures jeu-
nos ou bourgeoises qu’on y aperçoit. A part la privation do la liberté, il n’y a presciuc rien ici ipii rappelle la prison. La propreté n’est |)as la (pialité distinctive des .Napolitains. J’ai été très-agréablement surpris de trouver ici, sous ce rapport, un contraste parfait. Les autres prisons que j’ai visitées jusqu’à ce jour sont plus propres (pie la plupai't des habitations particuliÎTes; mais à Santa Maria (TAgnonr, tes ménagères napolitaines devraient venir cliiu’cber des lc(;ons de propreté exi[uise.
« Voici comment s’écoule la journée des détenues : lever à cinij heures ; prière à la chapelle ; à sept heures, la messe; à onze heures, instruction sur la doctrine chrétienne; à midi, diner; récréation qui, en été, dur(ï deux heures, et qui en hiver est un peu moins longue; à la chute du jour, cessation de travail; puis souper des restes de la portion non consommée dans le premier repas; prière du soir et coucher. Le reste du temps non employé aux exercices (jue je viens de désigner est donné au travail, dont le prix, moins un dixième, est remis aux dt*tenues.
« Les travaux au\((uels se livrent les prisonnières sont la couture, le tricotage, la broderie, le filage et le tissage; c’est à leur choix et à leur goût, Nous avons vu battre plusieurs métiers de cotonnades.
« Les récréations se pussent dans la cour intérieure et diuis la galerie à arcades, ou cloître, qui l’environne; cette cour a été nouvellement plantée d’un mûrier de la Chine, de quatre grands lauriers-roses, de (juelipies orangers et de diverses Heurs. Dans la même cour se trouve un lavoir.
t A la cuisine, les ustensiles en 1er battu brillaient de
propreté, suspendus à lu muraille. La nourriture est la même (juc celle des prisonniers de San Francesco et de la Vicarta.
« Il est sans doute supcrilu de dire (juc le pavé est très-sec, (|ue les murailles sont très- blanches , j>ercées d’assez nombreuses fenêtres, les voûtes des appartements élevées, et qu’il y a partout des ventouses.
« Les dortoirs sont tenus avec un ordre (|ui fait plaisir à voir. Les lits des jirisonnières , que nous avons examinés toutefois avec discrétion, étaient d'une Jurande blancheur; au-dessus de chaque lit, je vis apf)cndu un petit tableau représentant une madone ou une sainte. L’un des dortoirs jouit de la vue d’un parlent de quelques mètres de superficie qui le sépare de l’appartement des sœurs.
€ Cet ordre et cette propreté sont encore plus admirulilcs (l’expression est exacte) à l’infirmerie; pour nous y faire pénétrer, la sœur qui nous montrait la maison prit des précautions assez délicates : elle nous pria de vouloir bien attendre quelques secondes à la porte, et étant entrée la première pour prévenir les malades et voir si nous pouvions sans inconvénient franchir le seuil de cette espèce de sanctuaire, elle revint aussitôt nous introduire.
Les lits de cette salle sont comme ceux des autres dor-
toirs; à côté de chacun, une petite niche, lu'ojire à contenir divers objets, a pour sujiport un plateau de marbre blanc, engagé dans la muraille; les j)arois de la muraille sont peintes à l’huile, jusqu’à hauteur d’appui ; au-dessus, elles sont blanches, et la voûte a un vasistas. Les carreaux sont de faïence, et aussi luisants i|ue dans les plus beaux magasins de Naples. Au*fond de cette infirmerie.
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est dressé un autel, sur lequel on célèbre quelquefois la messe. Tant dans l’inlirmerie que dans les salles de chirurgie, on comptait six malades sur 124 femmes dont se composait ce jour la population totale de Santa Maria (T Agnone.
* Bien que Santa Maria (F Agnone ne doive pas recevoir les femmes condamnées à une détention de plus de dix ans, on admet néanmoins, parait-il, des exceptions à cette règle ; quelques-unes de celles qui sont destinées à la prison d’Averse obtiennent de la clémence royale des réductions de peine, et sont enfermées ici dans des salles particulières. Il en est même à qui l’on iiccorde des chambres tout à fait confortables. C’est ainsi que dans l’une d’elles nous vîmes deux femmes mises avec une certaine recherche, et dont l’une, condamnée pour un crime de faux, était, nous dit-on, la veuve d’un maréchal de camp. La porte étant ouverte, nous jetions un coup d’œil en passant ; elle nous engagea poliment à entrer; nous ne croyions pas devoir accepter ; elle insista, et nous trouvâmes chez elle, avec des meubles fort convenables , deux grands portraits, le sien et celui de son mari.
€ Parmi les détenues, celles qui sont mères ont la jouissance de pouvoir garder leurs enfants auprès d’elles pendant toute la journée, et j’ai compté treize de ces petites créatures que les prisonnières semblaient entourer de caresses. Je me suis demandé si cette indulgence était sans inconvénients, et s’il n’y avait pas, au point de vue de la morale, quelque danger à mettre ainsi le jeune âge en contact avec le vice plus ou moins repentant. Je crois cependant que l’organisation donnée à la maison, la vigilance des religieuses, la décence qui m’a paru régner
généralement parmi les détenues, et la sollicitude d’une mîTe qui, même dans le désf)rdre, commet ordinairement l’heureuse inconsé<ioence de prêcher le bien qu’elle n’a j)as su pratiquer, sont autant de motifs pour dissiper les inquiétudes. D’ailleurs, les enfants ne sont plus amenés à leurs mères lorscpi’ils ont atteint sept ans, âge que l’on appelle celui de la raison. Ce qui me persuade encore (jtie l’on ne peut fonder des craintes sur l’admission des enfants, c’est le soin que l’on prend de faire un certain triage parmi les détenues, et de mettre à part, du moins |K>ndant la nuit , les personnes au-dessous de dix-huit ans, dont le cœur n’est pas encore gité, et qui pourraient perdre à la fréquentation continuelle d’autres détenues plus dépravties. Une telle sollicitude d’uo côté ne s’accorderait guère et ne se comprendrait même pas avec une administration imprévoyante d’autre part.
« Une objection plus sérieuse qu’on pourrait tdever couti’e l’administration de Santa Maria d'Agnone, c’est que les prévenues se trouvent confondues avec les condamnées. Gomme je manifestais que j’étais choqué de cette confusion , on me montra une aile de bâtiment presque aclievéc que l’on ajoute à la prison, et qui est destinée à remédier à ce désagrément. .Actuellement, la distribution du local ne rend pas possible la séparation entière entre les deux catégories de détenues.
« Je ne terminerai pas ce compte rendu sans mentionner l’œuvre de charité que remplissent, auprès des prisonnières, les dames napolitaines. Réunies en sodété, un grand nombre de femmes, distinguées par la naissance ou la fortune, ont pris le noble engagement de visiter à tour de rôle, et deux fois par semaine, les détenues de
Santa Maria d' Agnone. Avec des secours matériels et des aumônes, clics leur apportent surtout des consolations, et leur olîi cnt des leçons de patience et d’humilité. Bien plus, elles se font en quelque sorte apôtres, et s’appliquent, avec cette douce {lersuasion dont la femme du grand monde vraiment chrétienne possède le don, à rétablir dans l’esprit de ces infortunées le sens moral souvent obscurci, et à faire luire à leurs yeux, plus clairement, les notions du devoir. >
Examinons maintenant l'état des prisons napolitaines sous le régime régénérateur.
La presse révolutionnaire elle-même, le barreau napolitain, le Parlement italien , le Parlement britannique, ont retenti tour à tour de cris d’indignaüon contre les arrestations arbitraires opérées incessamment dans le royaume des Deux-Siciles et contre les cruautés dont les détenus sont habituellement l’objet. Il est impossible de recueillir . tous les témoignages qui ont été produits contre le nouveau régime pi-nitentiaire, impossible de dresser une statistique exacte des détenus dans chacune des six années ([ui ont suivi la révolution. MM. Cochrane, licnnessy et Lennox, qui ont pu, grâce à leur qualité de citoyens anglais, pénétrer, il y a trois ou a quatre ans, dans ces repaires, en ont fait des descriptions propres à exciter la pitié publique, descriptions beaucoup plus consciencieuses que celles de M. Gladstone. M. Cochrane trouva dans ces prisons des détenus qui attendaient depuis trente-<juatre mois d’ètre mis en accusation, et il n’évaluait pas .à moins de 80,000 le total des prisonniers. Ce chiffre cessera de pai’aitre exagéré à ceux qui ont lu le compte rendu d’une séance du Parlement italien du mois de janvier 1 864 , dans laquelle
M. Crispi déclarait que la province de Girgenli, peuplée de 300,000 habitants, avait vu emprisonner, en l’espace d’une année, 32,000 de ses citoyens.
Le Progrès de Lyon, qu’on n’accusera certes point d’hostilité contre les maîtres actuels de la Péninsule, ne craignait pas de dire en décembre 4 862 : « Les journaux oflicieux italiens ne font aucune difficulté d’avouer que les prisons des trois provinees de Naples, de Terre de Labour et de Salerne renferment 1 4 ,000 individus, dont les deux tiers ont été condamnés pour complicité ou pour soupçon de complicité avec les brigands. »
La Patria , Il Nomade , et d’autres organes tout aussi dévoués à l’unité constataient en avril 4 864 que San Francesco et la Vicaria ne pouvait plus recevoir de nouveaux pensionnaires.
Au mois de juin 4865, le bagne de Nisida est si plein, que l’on est obligé de mettre 200 condamnés sur des pontons.
Nous extrayons ce qui suit du journal calabrais II Bruzio, du 8 avril 4 864 :
« Les prisons de Cosenza peuvent à peine contenir 300 détenus, et cependant elles en renferment plus de 4 ,000. Ces malheureux manquent . d’air respirable , et de place pour se mouvoir; ils sont liés en faisceaux, comme les damnés dans l’enfer. La facilité avec laquelle on procède aux arrestations, la somnolente lenteur des procès font que le nombre des prisonniers, au lieu de décroître, augmente chaque jour. Au reste, c’est un mal qu’on n’a pas à déplorer à Cosenza seulement , mais dans toutes les provinces. »
De fiénévent et de Catanzaro, en effet, on mande à la
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môme cp(X|ue que les prisons sont combles de gens qu’on ne juge pas, qu’on ne fait pas môme passer par l’interrogatoire.
Les mauvais traitements infligés aux détenus sont attestés par une protestation de cinquante avocats à la grande Cour criminelle de Naples, protestation publiée en 1861. Si nous ne reproduisons pas ce document dans son intégralité, c’est à cau.se de sa longueur; il y est dit que condamnés et prévenus sont confondus, et que les détenus ne peuvent pas même voir leurs défenseurs.
Nul n’a oublié les pages émouvantes dans lesquelles notre compatriote le comte de Christen a retracé son séjour au bagne de Nisida et à la prison de Santa Maria Apparentr. Quelques fragments du Journal de ma captivité trouvent naturellement ici leur place.
«... Arrivés à PouzzolcS, nous fûmes conduits dans la cour du bagne. Un galérien apporta trois chaînes pesant 50 livres chacune, en nous disant qu’il fallait nous laisser ferrer. Ce fut d’abord le tour de Caracciolo, puis le mien, ensuite celui de de Luca. Les chaînes furent rivées aux pieds. Pendant l’opération, un coup de marteau porté à faux meurtrit le pied de de Luca. On nous dépouilla ensuite de tous nos vêtements, et on nous fouilla d’une manière révoltante (réglementaire du reste), puis on nous conduisit dans des cellules placées au dernier étage du bagne.
« ...On me coupa les cheveux, les moustaches, et on me revêtit du costume de galérien , veste et bonnet rouges, pantalon et capote couleur chocolat. On fit de même pour Caracciolo et de Luca...
« ... On m’attacha à la même chaîne que Caracciolo.
Pendant ce travail, qui se fit à la lueur d’une mauvaise lampe, j’ai failli avoir la jambe brisée. De Luca fut également attaché à notre chaîne, ce qui tripla le poids de nos fers. Nous demandâmes à prendre une voiture, on nous le refusa, et il nous fallut faire la route à pied et enchaînés ; l’anneau rivé à nos jambes nous blessa cruellement. A Bagnoli, nous nous embarquâmes pour l’ile de Nisida. Arrivés à terre, nous rencontrâmes une bande de galériens allant au travail ; ils nous appelèrent frères, amis, etc.
a ...On immatricula nos noms, je reçus le n” 16,6i>8, Caracciolo le n* 16,657, de Luca le n° 16,659. Y a-t-il donc près de 1 7,000 galériens dans les provinces napolitaines? Les sous-officiers gardiens, dont plusieurs ont autrefois servi dans nos rangs, nous apprirent (ju’à Pouzzoles, oii est !a direction générale des bagnes, on avait reçu ordre de se tenir prêt à vêtir 15,000 autres condamnés pour réaction...
• .. . Nous reçûmes la visite de lord Henri Gardon Lennov ; en nous apercevant dans l’état où nous sommes , il recula comme épouvanté. Après quelques moments d’hésitation, il s’approcha de nous, nous adressa des paroles de consolation, et m’exprima son étonnement de ce que le consul français eût permis que je fusse ainsi traité...
« ... Nous reçûmes dans notre chambre la visite du médecin de la ville de Civitella-Roveto, M. L. Rabusi, condamné â vingt ans de galères pour avoir donné du pain aux réactionnaires...
«... Arrivés à Naples, près de Santa Maria Apparente, on nous fit descendre, et après nous avoir attaché et cadenassé les mains solidement, on nous conduisit au fort Saint-Ëlmc, et on nous instaUa dans une cellule affreuse.
igiioblemenl sale, et froide conirac une glacière... Le capitaine... voulut bien consentir à prendre sur lui de nous accorder un vase de nuit...
«...Nous nous trouvions beaucoup plus mal qu'au bagne, cai’ ou nous défendait de respirer l’air, de lire, d’écrire, en un mot, tout ce qui pouvait nous distraire ou alléger notre sort...
. ... Le geôlier vint nettoyer nob’c cachot, opération qui dura ciiu| minutes. Je lui demandai si.v feuilles de papier, .dans l’intention d’écrire au ministre des affaires éti’angt'-res, à l’ambassadeur et au consul de France. Ajirès a>’oir été porter ma demande au capitaine, il revint m’annoncer qu’elle n’avait pu être accueillie et qu’il nous était défendu d’écrire à (|ui que ce fût. On refusa également d’obtenq>érer à notre demande de solliciter la visite du consul de France.
« Nous voilà donc complètement séquestrés, jjrivés de toute relation, man(|uant des choses les plus nécessaires à la vie, pourrissant dans un cachot dont l’atmosplnire fétide a déjii fortement ébranlé la santé dt? mes deux compagnons.
« 11 est deux heures après midi, nous allons nous coucher pour nous garantir d’uu froid intense, et nous prenons la résolution d’ap|Kier le lendemain matin le capitaine commandant le fort, pour demaudei- à retourner au bagne, ne {)ouvant plus supporter le traitement qu’on nous inflige ici. Nous en sonnnes donc venus à regretter les galères !... >
La Campana del Popolo, du 30 avril 186i, décrivait le traitement des prisonniers politiques de Sauta Maria Apparente qui, privés d’air, disait-elle, ne conserv ent meme
plus leurs noms remplacés par des numéros cousus sur leurs habits. La même feuille ajoutait que l’on refusait aux détenus de San Francesco le moyen de satisfaire leurs besoins naturels.
Le journal unitaire Borna disait le G janvier I86i :
€ Nous recevons continuellement de Salerne et d’autres provinces des lamentations sur la façon barbare dont sont entassés les prisonniers, spécialement ceux qui sont sous le coup de la loi Pica... On use de l’emprisonnement avec un cynisme révoltant. »
LcPopolo (l'Italia du 17 du même mois poursuivait ainsi : « Dans les prisons de Potcnza, on compte encore i,000 détenus, dont un dixième à peine ont étéjugés;les autres sont enfermés depuis des années sans savoir ce qu’ils deviendront; un tiers environ ont été arrêtés sur le soupçon de connivence avec le brigandage. Tout est motif à suspicion ; un caporal de la ligne et un gendarme peuvent arrêter sous un prétexte quelconque. Personne n’est plus en sûreté chez soi ; les patriotes de meilleure réputation ont été accusés par cette secte malfaisante et intrigante que l’on appelle aujourd’hui gouvernementale, mais (|ui, en fin de compte, se compose de camorristes et de délateurs. » -\u moins d’octobre 18Ci, un groupe de soixante Boui'boniens jetés à San Francesco, réussissait à faire passer au dehors un exposé de leur situation, sous forme de réclamation adressée au ministre de l’intérieur. Cette pièce, qui a fait le tour de la presse, présente un contraste douloureux avec la description que nous avons donnée ci-dessus de San Francesco sous le règne des Bourbons. La voici :
« Plus de soixante individus se ti'ouvent depuis le mois
d’avril renfermés dans la prison de San Francesco, comme prévenus de menées bourboniennes. Ils appartiennent à toutes les classes de la société ; il y a des propriétaires, des prêtres, des avocats, des militaires, des négociants, des artisans, et même un portefaix.
« Dans chaque cellule de cette prison, jadis couvent de Franciscains, sont enfermées huit ou dix personnes; et cependant, la petite chambre peut à peine contenir les lits. L’air ne peut s’y répandre, et une chaleur suffocante, mortelle même, a été supportée par ces malheureux pendant les ardeurs de l’été, sans que jamais on ait ouvert leur porte pour leur permettre de respirer au moins un peu dans les corridors.
€ Pas une chaise, pas un banc dans ces cellules, et voilà comment tant de personnes de distinction sont réduites à manger sur leurs lits. Durant les premiers mois de leur captivité, ces personnes n’ont pu voir leurs familles, ni même leur faire parvenir des nouvelles. Pendant quarantchuitheures, elles ont dfi dormir sur la terre nue et rester à jeun ; on a refusé à leurs parents la permission de faire entrer des lits dans la prison, sous prétexte que les matelas avaient besoin d’être visités, défaits et refaits par des ouvriers ayant la confiance du directeur de San Francesco.
« Bien qu’on dise aux détenus qu’ils ont la faculté de recevoir des lettres par la poste, jamais aucune lettre nclcur est parvenue par cette voie. Onnepermetaux détenus ni encrier ni papier ; ils ne peuvent écrire ni à leurs familles, ni même à leurs défenseurs, il est expressément interdit à ces derniers de les voir. Un prisonnier politique ne peut pas voir la personne de service qui lui apporte sa nourriture. D’après un ordre récent de la direction des prisons, il faut
(|uc les mets soient portés eu de bizarres corbillons, dont ia forme est désignée par la direction eUe-méme, longs de trois palmes, larges d'une palme et d'une palme de hauteur. Le but de cette vexatoire ordoonance est de laite passer le corbillon pratiqué dans une porte de fer à l'entrée du local... Dans l'intérieur de la prison, un homme est préposé pour ramasser les corbillons. Un inspecteur les bouleverse à son aise, et s'amuse à couper la viande ou k (>âte, absolument conune on ferait pour des poulets. Inutile (U‘ dire (jue le dmer arrive au détenu entièrement froid
et en ti’ès-mauvais état sous tous les rapports Dans les
jours ardents de juillet et d'aoùt, les pauvres détenus ont souffert la soif... l'heure de l'Are Maria, les grilles de la cellule étaient et sont encore fci-mées avec des volets de bois, de sorte <pie l'on court le danger de mourir suHbqué par la chaleur et lcmiUK|ue d'eau...
Sauf quelques très-rares exceptions, les geôliers
sont, non pas seulement grossiers, mais inhumains. L’un d’eux s’est permis de mettre sous clef un gentilhomme qui s’éLail approché des grilles, et jxiuT ce crime de le tenir pendant (|uarantc-hait heures dans nn local ténébreux, fétide, jirivé de toute nourriture. Un autre gardien a osé frapper violemment avec son trousseau de grosses clefs un prisonnier qui causait avec un autre détenu, en lui criant : « Tieiui, chiende Napoli{ainL.. t
Dans la séance du 2'i novembre 1 862, M. Nicotera prononce à la Chambre des députés un discours dont voici quelques passages :
« ACarmialti, en Sicile, le préfet n’ayant pu arrêter le maire de cette ville, qu'il croyait garibaldien, aarrèté son père âgé de soixante-quatorze ans. A A’oto, l'honorable Mariano Salvo
Larosa, directeur du journal il Democratico, ayant écrit un article contre le préfet, a été plongé dans une prison si horrible, qii’après (|uelqucs jours il a vomi du sang et en est mort. Le 2 octobre, un nommé V. Caferro, de Scubiana, allant à la chasse, tira un coup de fusil à un oiseau qu’il tua. En ramassant ce gibier, il s’aperçut de l’arrivée de la troupe; craignant d’être arrêté, il s’enfuit dans une petite maison de paysan qui, pour le reconforter, lui dit : « Si la lroup<‘ « vient, je lui montrerai l’oiseau tué, donniîz-moi lefusil, je € dirai c(ue je suis le chasseur. » La troupe arrive et fait son devoir en arrêtant l’homme qui portait un fusil en violation delà loi de l’état de siège. On donne par le télégraphe; connaissance du fait au préfet, le pi-élet ordonne que le paysan soit fusillé.
« Un jour, se|)t Garibaldiens se sont présentésàPiUiliva. L’officier qui se trouvait dans cette commune ordonnequ’ils soient fusillés comme déserteurs. Deux de ces malheureux protestent en criant : < Nous ne .sommes pas déserteurs. > On ne les écoute pas, et tous les sept sont fusillés. Après rexécution, on ac(juiert la certitude que deux n’élaicnl pas déserteurs.
* ... L’Europe, Messieurs, n’a pu lire sans frémir d’horreur une proclamation publiée en Sicile par le général Cialdini. Le général ne peut pas s’excuser en citant les circonstances exceptionnelles de la guerre, car l’arbitraire militaire le plus effréné ne pourrait justifier cet ordre qui jiarait dicté par Tamerlan ou Gengiskan, et qui aurait été bien placé dans la bouche d’Attila, lorsque, entouré de ses liuns, il envahissait Tltalie. >
Dans la même séance, on lisait l’extrait suivant d’un ordre du jour du général Mazé de La Roche, commandant les
troupes delà Capitanate. Ce {'énéral, parait-il, ne ressemble point à ses collègues de l’armée italienne, et son honnêteté fait un étrange contraste avec les procédés des Cialdini, Pinelli, ctc.j etc. :
€ Il existe dans les prisons un gi’and nombre de personnes dont on ne sait que faire, dit le général Mazé de La Roche, car on ignore absolument le motif de leur arrestation, si ce n’est l’accusation vague de complicité avec les brigands. 11 arrive même souvent que des personnes étant arrêtées, prouvent d’une manière irréfutable qu’avant leur arrestation, elles ont été elles-mêmes victimes des brigands.... Figurez-vous une autorité supérieure qui n’a pas de preuves de la culpabilité des personnes arrêtées, et ([ui souvent ignore pendant plusieurs jours le motif juste ou injuste de cette arrestation.... »
Lorsqi’cn janvier 186i fut prorogée la loi l'ica, le rapporter r, M. Castagnola, justifia la continuation des rigueurs pa."' le grand argument de la nécessité; il laissait cependant tomber cet aveu devant la Chambre des députés ;
€ En certaines localités, on fusillait sans aucune garan- € tie ; ce n’étaient pas seulement les troupes qui fusillaient, t mais encore les gardes nationaux, les syndics, les po- € pulalions. D’autre part, ceux qui étaient mis en prison € étaient jamais présentés à des juges, ou s’ils étaient t jugés, les acquittements étaient fréquents. D’où un c grand mécontentement contre la magistrature qui les € mettait en liberté ! »
Dans le procès de la réaction de Carpino, soumis en 1 86i à la cour d’assises de la province de Molise, il fut établi que 50 des 1 1 6 prévenus étaient morts pendant les
quatre années qu’avait duré l’emprisonnement préventif.
Le révolutionnaire Precursore de Palerme constatait, au mois de janvier 1863, que les prisons de cette ville renfermaient un individu qui n’avait pas vu le jour depuis deux ans, pas même pour être présenté à des juges, et qui avait l’aspect d’un sauvage.
Quatre mois plus tard, le député Ricciardi affirmait avoir vu, dans les prisons de Palerme, 1 ,300 personnes entassées comme des sardines. En parlant de ces prisons et de celles de Naples, il s’écriait: € Le pain qu’on donne aux prif sonniers politiques, je ne l’aurais pas souhaité au comte f Ugolin. >
Il y a peu de jours, le Diritto évaluait à 2,300 le chiffre des détenus de ces mômes prisons de Palerme.
Le député Lazzaro disait des prisons napolitaines :
« La prison de Salerne peut renfermer 600 individus, elle € en contient aujourd’hui 1 ,400 ; celle de Potenza, faite € pour en recevoir 600, en a 1,100; celle de Laviano, € destinée à 200, en compte 700 ; à San Francesco, à Na- « pies, l’épidémie s’est déclarée. En un mot, les prisons « napolitaines renferment le double et souvent le triple « d’indi\idusqu’ellesde\Taient accepter. »
Un autre orateur delà Chambre, M. de Boni, prononçait ces paroles énergiques :
* Elles sont des cavernes antédiluviennes. »
Enfin un député rendait compte en ces termes, aussi laconiques qu’expressifs, d’une visite aux prisons de Melazzo, en Sicile:
€ Je suis allé voir les prisons de Melazzo. Horreur! / eti € suis sorti couvert de vermine, le cœur navré, la rougeur t au front pour la honte que j’éprouvais d'être Italien. »
Citons encore ces paroles du député Bellazzi, dans la séance du 2ô janvier 1 864 :
€ ...La population des établissements pénitenciers dé- « passe 30,000 individus, y compris les bagnes mari- « limes ; clic coûte au Trésor 1 0 millions, et elle augmente. € Les détenus des [)risons préventives sont au nombre « d’enNiron 40,000; ce nomlire aussi augmente, et sur- « charge annuellement les tinanc(‘s de 1 1 millions de francs. « C’est ainsi que Htalie se présente devant l’Europe avec € une armtie de 70,000 prisonniers, qui dévorent 21 « millions par an. Chiffre énorme, qui peut-être même € s’élèveà 23 ou 30 millions... L’accroissement du nombre
* des détenus doit être bien cfTi’ayanl, car je vois que la « seule prison de Gènes, capable de contenir .400 prison- (f niers, en a reçu jusqu'à 800, jusqu’à 900 cl même a jus(]u’à 1,900... 1
Dans la même Chambre, le rap|iorteur d’un projet de loi sur la réorganisation des prisons disait: c L’étal des « prisons, surtout dans certaines provinces, fait vérita-
• bleraent horreur. C’est un outrage continuel à la morale, « c'eut me honte four la civilisation du siècle. »
Le ministre lui-même, dans la séance du sénat du 24 avril 186.3, répondant au.x interpellations qui lui étaient adressé('s jiour savoir comment, dans une maison de réclusion, 42 détenus sur SîiO étaient morts en trois mois, l’épond qu’en effet beaucoup de détenus contractent la jdithisic pulmonaireel intestinale; il avoue qu’il n’y a pas de prisons sulllsantes pour l’immense quantité de détenus, et que dans les bagnes mêmes la place manque pour recevoir les condamnés qui arrivent chaque jour.
Déjà l’année précédente, les journaux de Naples avaient
constaté qnc le typhns envahissait les prisons, et qu’à Fogrgia notamment l’épidémie avait gagné les quartiers voisins.
I>a presse napolitaine annonçait, vers la fin de mars 1864, que les soldats piémontais montant la garde autour de la prison de Bari avaient reçu ordre de décharger leur fusil sur les détenus qui s’appi’ochent des grilles de fer et ne s’cn éloignent pas au premier avis. Quatre mois plus tard, le Corriere (Vltalia, feuille sicilienne, raconte que, le 23 juillet, la sentinelle qui montait la garde sur le bastion des grandes prisons de Palcrme, a déchargé son fusil conti’c une femme qui avait voulu parler de loin à un de ses parents détenu.
On lisait dans le journal sicilien VAppello, du 27 février 186i ;
€ Nous annonçâmes dans notre numéro 20 que le souspréfet de Termini avait inventé un nouvel instrument de supplice pour les prisons, à savoir le sac défoncé, pour accroître les tortures des pauvres détenus. Le journal officiel de Palerme a cru pouvoir démentir cette nouvelle ; mais nous la confirmons, et nous commencerons à publier les noms de ceux à qui on a infligé cette torture- ; en premier lieu, nous citerons un ecclésiastique, h; Père Pascal, une des nombreuses victimes <juî y ont été soumises. »
Nous nous en tiendrons là sur cette question des j)i isons, et nous laisserons de côté tous les autres documents que nous avons recueillis. Il y a, croyons-nous, dans ceux qui pré-cèdent, les matériaux suffisants pour comj)arer le régime pénitentiaire à Naples avant et après l’annexion.
Avec une magistrature digne, respectable, indépendante,
on trouverait des palliatifs à ces excès contre la liberté et la \'ie des citoyens. Mais la magistrature du royaume d’Italie est à la hauteur de la moralité du gouvernement. Tous les juges du royaume de Naples qui n’ont point donné des gages à la révolution ont été destitués, et remplacés par des anciennes sociétés secrètes. Que peut être la justice dans un pays où près de 1 ,500 magistrats ont été brutalement jetés hors de leurs sièges ?
Nous répugnons à recourir aux anecdotes, nous craindrions qu’on ne nous accuse de sacrifier l’ensemble aux détails. Aussi écartons-nous toute la série des faits de vénalité ou de cynisme qu’il nous serait aisé de citer. Nous demandons seulement la permission de reproduire un des plus récents, rapporté par une feuille de Trani, la Libéra liagione, dans un de ses numéros du mois de juin 1865 :
€ On a trouvé, raconte la Libéra liagione, le corps d’un enfant nouveau-né dans uh puits de la place publique de Rutigliano. Il s’agissait de découvrir l’auteur de cet infanticide. Un juge d’instruction est envoyé de Bari. Arrivé à Rutigliano, commune populeuse, il fait une réquisition de femmes, campagnardes, artisanes, bourgeoises et dames, et leur découvre le sein à
toutes La honte rougit les poitrines virginales ; des
yeux de ces femmes coulent de ces larmes d’indignation qui sont si précieuses aux yeux de Dieu et des hommes, ])liis précieuses même que toutes les gouttes de sang coulant dans les veines de tous les juges du royaume d’Italie... A la nouvelle de pareille violence, toutes les femmes du pays pâlissent, les hommes entrent en fureur, mais les ca-
rabiniers sont là pour contenir le frémissement ittii versel.... »
La valeur de la magistrulure nouvelle a été juslenieiù appréciée dans le sénat italien ; les j)aroles suivantes prononcc>es par un sénateur dans la séance du 31 janvier I8(il> résument ce que nous pourrions dire pour faire ressortir cette valeur :
« On me fait sourire quand on me parle de l’indépendance de la magistrature actuelle. En réalité, nous avons le spectacle de la violation la plus effrontée des lois. L«' ministère de grâce et justice est devenu un ministère de grâce seulement pour ses amis, et un ministère sans justice pour le commun des citoyens. »
Refuge des autres libertés foulées aux pieds, la liberté de la presse pourrait encore les sauver toutes, si les gouvernants qui l’ont inscrite dans le Statut la respectaient en pratique. Mais, la liberté de la presse, souvent suspendue légalement, n’a jamais existé de fait dans les provinces annexées, pour ({uiconque conserve des sentiments catholiques et des ix'grels patriotiques. Dans l’aiicicn Piémont, deux journaux catholiques ont pu subsister, et obtiennent un succès jalousé de toute la prcss( révolutionnaire. Mais dans les Etals annexés, la persécution a tué toute initiative d’écrivains indépendants, et aujourd’hui nous ne connaissons pas à Naples, à Bologne, à Parme, à Modène et à Palerme un organe eatholiipie (|u’ait épargné l’arbitraire gouvernemental. Dans toutes ces villes, on ne trouve que des organes oDlcieux ou des plagiaires du défunt Père Duchesue. Et cependant , le député Ferrari aflirmait, dans la séance du G mai l8Gi, ([u’il est impossible « à un journal ministériel du vivre
(leu\ jours à Naples sans une subvention du gouvernement, » tellement un organe de celte couleur est anli|>atliique à la population.
Assui’émenl, la presse n’a pas jeté un vif éclat dans le i-ovaumc des Deux-Siciles sous les liouiiKnis. Ce fut un mal, justement et souvent déploré, que cette absence de journaux sérieux, discutant, avec une large liberté, les ntérêls publics. On ne comprit pas assez tôt dans ce pays ({ue la presse est devenue le levier du inonde, et qu’il est aussi difficile à une société de n’en point user qu’àunc armée de dédaigner les canons rayés et les fusils à aiguâlie. Le gouvciTiement bourbonien paya cher cette erreur, car ce fut la presse étrangère , plus que Garibaldi , qui le renversa. Mais au moins cette erreur fut-elle sincère et e'.emple de toute hypocrisie. A l’Kranger, le gouvernement napolitain se laissait diffamer, et la diffamalioii non réduite au silence faisait son chemin dans le monde. A l’intérieur, dans la capitale, si nous exceptons les puldications littéraires ou scicnliliques, on ne comptait guère qu’une demi-douzaine de journaux politiques peu importants, peu lus, ne rendant aucun service au gouvernement qui, d’ailleurs, ne leur en demandait point, et ne contribuant en rien à l’éducation de l’esprit public. Animés, pour la plupart, d’un esprit sourdement hostile, ils n’élaicnl jias même l’objet de l’attention de l’autorité, qui croyait n’avoir pas à s’en préoccuper, parce (|ue leurs rédacteurs étaient en partie des cnqiloyés des ministères. Ll pourtant, nous nous rapjielons avoir vu dans l’un de ces journaux, à l’occasion de la mort de Béranger, une violente sortie contre les Bourbons, que n’aurait pas désa- \ouée le journal français le plus écarlate. Cela ne laissait
pas que d’ètre asse* piquant, sous le gouvernement d’un roi Bourbon, et eu égard à la situation légale de la presse à Naples.
Aujourd’hui, il y a l’hypocrisie de plus, et l’arbitraire le plus dlégal poursuit la presse. De tempts en temps, on voit apparaître à Naples un journal qui essaie, non pas le ton factieux, mais des accents de timide indépendance. Quelques semaines, quelques jours se passent, et cette feuiUe est emportée comme une feuille sèche par le souffle de la police piémontaise. Un autre organe se substitue à celui -ci ; il a le mémo sort. T ai dû renoncer à faire une statistique des journaux frappés violemment, tant ils sont noml)rcux. Voici seulement une liste des journaux détruits jusqu’ an mois de mars 1 968 •:
VAurora avait fait paraître son 19* numéro, dont dix avakrrt été sains. Le 17 janvier 1861, une centaine de personnes, s’annonçant comme les délégués d’un comité, se présentèrent chez l’imprimeur, et lui défendirent de publier le numéro du lendemain, s’il ne voulait voir ses presses hris«’-es. Le gérant et l’imprimeur portèrent plainte à la police, (pii refusa de les protéger. La terreur lit cesser la publicatic»! de r.4uiwa.
Peu de jours apri’s, VEquatm'e, qui débutait dans la carrière, subit les mêmes menaces, et dut, devant la complicité de la questure, se résigner à disparaître.
Dès son 4' numéro, la Croce rossa devint insu]ip( rtable au pouvoir, qui se vengea de la sorte : une tourbe d’individus envahit l’atelier de l’imprimeur, (|ui était Français. Cette qualité ne fut point une sauvegarde : on lui signifia que, s’il persistait dans la publication du journal, huit cents patriotes pilleraient sa maison. La police fut sourde.
comme d’habitude, aux plaintes de l’imprimeur, et sourde elle devait ^tre, puisque ces bandits agissaient sous son inspiration. Le cynisme fut poussé si loin, que l’imprimeur et le gerant trouvèrent dans les antichambres de la questure les chefs de la bande qui s’étaient présentés à l’atelier , parlant au nom du peuple. C’étaient des camorristes au service du plus moral des gouvernements.
La Stella matutina ne put aller au delà de quinze numéros, dont deux furent saisis. Les menaces des camorristes soldés par la police mirent fin à son existence.
La Tragicomedia succomba le 9 juillet 1861, à son .'i‘ numéro, sous les intimidations des camorristes renforcés par le procureur royal, qui intentait un procès au journal.
Plus heureux, le Piccolo indipendenle put prolonger sa vie jusqu’au 92' numéro, mais non sans avoir subi plusieurs saisies. 11 fut enfin supprimé, pour avoir osé reproduire, à titre de document, une adresse d’un grand nombre de gardes nationaux à François II, adresse suivie d’une réponse du roi exilé.
Sur cinquante numéros, le Napoli e Torino en eut dixsept saisis, sans compter un gérant incarcéré et un autre obligé de SC cacher. Le dénoùment fut le sac de la typographie, le bris des portes et des fenêtres.
L'P'cho di Napoli ne publia qu’un seul cl unique numéro, qui amena l’arrestation du gérant.
Dix numéros seulement du Monitore sur 90 furent
saisis par le fisc; mais le gérant fut mis en prison, et le rédacteur en chef poursuivi par des prêtres passagliens et par un député. Ce môme rédacteur, menacé par la questure, fut contraint de céder la direction du journal.
L’arrestation de son gérant tua le Veridico.
Au Veritiero échut le môme sort, pour la môme cause.
Le 1" numéro du Vesuvio fut saisi. Menacé pour un article intitulé : la Femme polygame, qui était un persiflage du Piémont, le journal comprit vite que l’air de la rue était fatal aux honnêtes gens.
De sept numéros du Ciaballino, trois furent incriminés. Une invasion de la canaille dans les ateliers décida de la destinée de l’imprudente feuille.
La Luce dura huit jours.
/ Tuont grondèrent onze fois; le fisc piémontais sc chargea de faire la grêle.
Quatre saisies ne permirent point à YEpoca de dépasser son 1 5" numéro.
Nous ignorons le nombre des saisies infligées au Cattolieo; mais ce que nous savons, c’est que l’autorité piémontaisc arriva à son but en forçant ce journal à disparaître.
Née le 1 0 septembre 1861, la Stampa méridionale vécut jusqu’au 7 novembre de la môme année, en affrontant six saisies. Le 7 novembre, un auto-da-fé de la Stampa méridionale eut lieu dans la rue de Tolède. Le lendemain de cet exploit, il fut décidé, dans un club toléré par la police, qu’on assassinerait le rédacteur. Les sicaires désignés s’apostèrent en différents quartiers de la ville ; mais l’écri-
vain se sauva, en se réfugiant le 1 1 novembre à bord cTu navire français r.i/niis. Le complot manqué, les camorristes, agents de la police piémontaise, dévastèrent l’imprinicrie.
Fondé le 20 janvier 1803, le Macchiavelli n’atteignit que son on/ième nnniéro, après cinq saisies. Le directeur fut assailli par des jeun<;s gens, qui essayèrent aussi de briser les presses. Le procureur du roi fit un simulacre de procc's contre les auteurs de l’attentat. Pour justifier cette expression de simulacre, il' suffira de dire ([ue le gérant du Macchiavelli , appelé à déposer devant le magistrat , fut forcé ck* taire les noms des agresseurs, et dut se borner à raconter les faits généraux. De la sorte, cette instruction dérisoire était poursuivie contre des anonymes.
Ï.Wlha publia quinze numéros ; elle fut entravée dans son cliemin par les obstacles ordinaires r les saisies.
Des cinq premiers numéros de VIncivilimento, 'un seuP eut la chance de n’être point mis sous séc|aestre. Quelque temps .suspendb, V hieivilimento tenta de reparaître ;■ sept autres saisies lui coupcTent la parole;.
Deux fois l’imprimerie de la Settimana fut envaliie; deux lias le fisc saisit le journal. Le directeur encourut une condamnation de 200 ducats d’amende, et le gérant fut jele poursix mois en prison. Le directeur renonça, devant la menace du poignard, à continuer son œuvre indépenlantc.
Quant fut proclamé fétat de siège, en 1862, le Corriere délia Domenica ferma sa typographie.
Ri-dig(“ par un chevalier de la Légion d’iionneui', le Napoli ('prouva, dans sa courte evistence, toutes les pers(‘cutions imaginables. Des sbires désignés se ruèrent dans les ateliers, rt'pandircnt sur le sol tous les caracti'res, saccagèrent la machine. Ce ne furent pas les auteurs de ce méfait qui furent punis, ce fut le journal lui-même. Ordre arriva de Turin de poursuivre devant les tribunaux le Napoli pour un article remontant à une date ancienne. Le gérant fut condamné à 800 ducats d’amende et à deux ans de prison.
Terminons ici ce monotone nécrologc de la presse à Naples. Les années qui ont suivi la période de 1801 à 1803 ont été aussi fécondes en persécutions. Et enfin, aujourd’hui, dans celte ville de Naples, qui compte plus de 600,000 habitants, il ne reste pas un seul journal catholique, autonomiste et indépendant.