‹ Le royaume du CambodgeChapitre 2 sur 37 · CHAPITRE PHEMIKII · texte numérisé non relu

CHAPITRE PHEMIKII

Position géographique. — Bnperlicie, — Population. — Montagnes. — Porta. — Lacs, fleuvoB, livièruB et arroyoe. — Proânctioneforestièies. — Agricnltitre et horticulture. - Indattrie- — Commerce, Saisons. — Climat. — Maladiei. médecine et plianuEtcie. — ApeT;n snr la faune du euiI de lin do- Chine . — La pAche et la cbaBie, — Friie d'un éléphant bluic et réception solennelle qu'on lui Tait à Plioom-Peuh.

De l'ancien cl puissant empire Khmer (Camliodge), il no resie aujiiurd'hui qu'un petil Élal compris entre les 11° cl 13" degrés do latitude nord, et les 101' ei 104" deprés de longitude est par rapport au mùriclieii de Paris.

Le Cambodge est borné au nord parles provinces, en ce moment siamoises, de Battambang el d'Angcor. Au sud, le royaume s'appuie, dan» loule sa longueur, sur la Cochiiichîne française. La frontière, qui est indiquée par des poteaux dans les endroits où les repères naturels faisaient défaut, passe au nord des arrondissements français de Tayniuh,

i LE IIOYAL'ME DU CAMBODGE

Cholou, Taii-ftn, Chaudoc el Ilatien. A Test, le Cambodge est tlauquc de tribus sauvages iudépeadantes ou tributaires; et, enfin, ce royaume est borné k Touest par le golfe de Siam.

L'ancien royaume Rhmer, au temps de son plus grand éclata s'étendait du 9" degré de. latitude nord jusqu'au 15% c'est-à-dire depuis la mer de Chine jusqu'au petit État de Korat inclusivement. La Cocliincliine française tout entière était cambodgienne alors. L'intluence politique et la domination des Khmers s'exerçait sur plusieurs États du Laos, voire même jusqu'au Siam.

Placé entre deux gouvernements remuants et spoliateurs, celui de Siam et celui, de la Cochinchine, le Cambodge a été rogné successivement au nord par les Siamois et au sud par les Annamites. Il a fallu néanmoins aux conquérants trois siècles de luttes pour réduire le Cambodge à la dimension exiguë que nous lui voyons aujourd'hui. Il est certain que sans l'intervention de la France dans la politique de ces contrées, cet intéressant petit État n'existerait plus à cette heure.

C'est avec intention que nous avons compris dans les possessions cambodgiennes les toutes petites provinces de Tonly-Repou, de Saac, de Stung-por, de Molu-prey, situées au sud de Phnom-Dangrec *, bien que ces provinces soient occupées et gouvernées depuis longtemps par les Siamois, Cette occupation n'étant qu'une violation manifeste des droits du Cambodge, l'heure de la revendication viendra s'ùremenl tôt ou tard, et ces territoires feront retour aux véritables propriétaires. En attendant, il ne nous convient pas de reconnaître, à aucun degré, un fait accompli mi-partie par l'intimidation, mi-partie parla séduction de gouverneurs cambodgiens infidèles, qui ont cédé, sans ordres et malgré la volonté de leur souverain, des provinces dont on leur avait simplement confié Tadministration,

Ainsi que nous avons pu le remarquer dans l'énumération de ses frontières, le Cambodge ne touche à la mer que du côté de l'ouest, et n'a, sur cette côte, que le port de Kompot, situé sur la petite rivière de Stung-prey-Sroc, à trois milles de son embouchure dans le golfe de Siam.

Kompot est par 10° 35' de latitude nord et par 101" 55' de longitude orientale. La rivière est inaccessible aux navires ; elle est obstruée h

* Voir, la carie ù la Un du premier volume. — Observer quen cambodgien la lettre u se prononce toujours ou.

l'embouchure par une barre de sable vaseux, sur laquelle il y a à peine l^jSO d'eau à marée haute. La population de Kompot est d'environ 3,000 âmes.

Les bâtiments qui ont un chargement à prendre ou à déposer dans ce port mouillent à trois ou quatre milles au large, dans une immense rade très peu sûre, fermée à peine du côté du large par l'île française de Phu-Quoc, privée, elle aussi, d'un mouillage profond et abrité.

Au nord, à trois ou quatre milles de Phu-Quoc, dans le nord-ouest de rUe à Veau^ on trouve, dans une grande baie, un refuge contraria mousson de nord-est. Ainsi que le nom de l'île l'indique, il y a là des aiguades abondantes. Ce mouillage est trop éloigné du port, et les navires qui veulent avoir des relations avec la terre, sont bien forcés d'aller jeter l'ancre en pleine rade foraine, à trois ou quatre, milles au sud de rentrée de la rivière. Les communications s'établissent alors avec des canots ou des jonqiies de mer ; mais il est prudent d'activer le plus possible le chargement ou le déchargement, afin de s'éloigner aussitôt de ce poste dangereux.

Aujourd'hui, les produits du Cambodge suivent le cours naturel du lleuve jusqu'à Saigon, chef-lieu de notre colonie de Cochinchine, où ils sont embarqués et exportés. Le poivre même, qui est exclusivement cultivé dans la province de Kompot, est dirigé sur Saigon en barques qui gagnent péniblement notre port de Hatien par mer et continuent ensuite sûrement leur route à travers les ileuves et arroyos * de la Cochinchine jusqu'au chef-lieu.

Le Cambodge ne possède qu'un lac méritant bien ce nom par l'étendue et la profondeur de ses eaux; c'est le lacTonly-Sap (fleuve d'eau douce), très connu des voyageurs et des archéologues, car c'est la route qui conduit directement aux ruines d'Angcor.

L'étendue du lac, dans la direction du nord-ouest, est de soixante-dix milles; sa plus grande largeur est de dix-huit milles. 11 a la forme de la section longitudinale d'une gourde; la petite surface est désignée sous le nom de Petit-Lac et l'autre est plus particulièrement connue sous le nom de Grand-Lac.

L'entrée du lac, c'est-à-dire Tembouchure du bras du Mëcong qui y conduit, porte le nom de Yéal-phoc (plaine de boue), parce que, aux

* Mot espagnol qui signifie ^anal naturel.

basses eaux, cette partie est à peu près découverte et remplie d'une vase plus ou moins liquide à travers laquelle on pratique de larges sillons pour le passage des barques.

• Au point le plus élevé de Tinondalion, il y a 10 mètres d'eau dans les deux lacs; la plus faible profondeur à l'époque opposée est de 1 mètre, c'est le moment de la pêche. Le fond est uniforme et vaseux; il n'y a ni roches, ni bancs, ni dangers d'aucune espèce pour la navigation. Les bords sont inhabités, plats et boisés. Tous les ans, à la crue du MCcong, le Tonly-Sap se remplit et déborde dans les forêts voisines jusqu'au bouquet des arbres, dont les tiges se couvrent d'une couche épaisse et dure de petits coquillages qui paraissent au retrait des eaux. L'étendue du lac débordé est immense et les barques peuvent naviguer sans crainte dans les plaines couvertes lorsqu'elles ont avantage à le faire pour raccourcir leur route.

Les affluents de Tonly-Sap sont nombreux, mais peu importants; ils sont h peine navigables pour les grandes barques et ils n'amènent dans le grand lac qu'une quantité d'eau relativement faible. La principale source d'alimentation est le grand fleuve Mëcong, qui se dégorge dans ce vaste réservoir par une artère appelée Bras du lac. Le fleuve et le lac étant ainsi en commuin'cation, le niveau dans celui-ci suit la loi qui règle mathématiquement, pour ainsi dire, l'inondation de l'autre.

On compte dans le royaume une foule d'autres petits lacs très poissonneux et dont le plus important est celui de Mot-Gasa, à quelques milles de Phnom-Penh, sur la rive gauche du Mëcong. G'est un apanaga de la Reine-Mère qui en afferme la pêche environ dix-sept cents francs par an .

Le royaume du Gambodge est arrosé par un seul fleuve, le Mëcong, vulgairement appelé Gambodge, qui le traverse du nord au sud. Il prend sa source au centre de l'Asie dans les immenses bassins du Thibet, se fraye un passage à travers l'Himalaya, vers le 2T degré de latitude nord, et, à partir de ce point, la direction générale de son cours est le sud-sud-est.

Le Mëcong coule enserré entre de hautes montagnes qui se détachent de l'Himalaya, accompagnent le fleuve jusqu'à la frontière cambodgienne, s'infléchissent ensuite et vont se perdre une branche dans l'Annam et l'autre dans le royaume de Siam.

Ges hautes montagnes donnent au Mëcong des affluents nombreux, qui l'alimentent constamment et qui contribuent à en faire un des plus importants cours d'eau du monde au point de vue de l'étendue et du débit.

Malheureusement, le Mëcong est innavigable, d'une manière continue, au-dessus du royaume du Cambodge : il coule tantôt sur des plateaux dégagés, où il s'épanouit à Taise, forme de larges bassins profonds sans courant et dans lesquels la navigation est facile et sans dangers ; tantôt, au contraire, il roule en torrent sur des plans inclinés et rocheux, à travers lesquels il est même très difficile de faire passer une pirogue vide.

A Khong, à vingt-cinq ou trente milles de la province cambodgienne de Sombor, le fleuve est absolument obstrué par des îles et une ligne de rochers découpés presque à pic, qui contiennent les eaux dans un bassin élevé de plus de 20 mètres. Le grand fleuve coule là en cascades puissantes et infranchissables, dont la hauteur de chute diminue par l'effet de l'inondation, mais pas assez cependant pour égaliser les niveaux et permettre aux navires de franchir même alors ce malencontreux passage. A certaines époques de l'année, il est possible, paraît-il, de passer à Khong avec de longues pirogues façonnées exprès et débarrassées de leur chargement pour la circonstance.

A Sombor, le lit du fleuve est parsemé de roches pointues, isolées et cachées pour la plupart. Le courant, à cet endroit, est très fort et on peut dire que c'est là la limite extrême assignée par la nature à la navigation des navires et des barques de charge.

A partir de Sombor, on ne rencontre plus d'obstacles sérieux jusqu'à la mer et il est possible, suivant le moment de la crue, de remonter le fleuve jusqu'aux premiers rapides avec des navires du plus fort échantillon.

Vers le haut de son cours, le Mëcong arrose des pays tributaires de la Birmanie et de la Chine. Il visite ensuite le Laos inférieur, composé de petits royaumes tous tributaires de Siam, traverse, plus au sud, le Cambodge et parcourt enfin dans toute sa longueur la Cochinchine française. De Sombor, le fleuve descend tout d'une pièce à Phnom-Penh. A partir de là, il se divise en deux branches principales descendant vers la mer, qui se subdivisent elles-mêmes lorsqu'elles traversent l'immense plaine alluviale qui constitue la plus grande et la plus riche contrée de la Cochinchine française.

C'est de Phnom-Penh que part le bras du fleuve qui fournit au Tonly- Sap son immense volume d'eau. Au lieu de descendre vers le sud, comme les deux autres grandes artères, le bras du lac remonte au nord-ouest l'espace de soixante-dix milles et déverse ses eaux dans le grand bassin du Tonly-Sap.

Le lac n'a qu'un mfclre d'eau à la saison sèche, voîi'C m^rae moins à l'eulrôe, c'esl-.Vdire k l'emlioucliure du bras du lac. Celui-ci esl [irofond de 6 mètres au minimum et de t7 au plus. A tout momt^nl de l'aimée, on peut donc aller h l'embouchure du lac avec des barques chargées cl mfime avec de pelils navires.

Le Mt^cong se jelle dans la mer de Chine par une foule d'embouchures. Parmi celies-ci. le Cua-lieu, qui esl la continuation directe du grand fleuve, esl le seul bras qui soit suffisamment profond pour permettre aux navires de lo pieds de tirant d'eau d'entrer en rivière à la haute mer. C'est aussi l'eulrée la plus aisée, celle que l'on peut le mieux trouver en venant du large par des relèvements du phare du cap Saînl- Jacques et eu s'aidani d'autres repères, tels que les grands pieux des pf'chcrics placi^s à posie fixe et qui déterminent bien l'accore des bancs. Le Cua-tieu passe à Wilho. centre commercial très important de la lîochiiicliinc fraiii;aise. Milho est Lilli aussi sui' le bord de Tarroyo, dit de /a poxlc, qui met le .Mt'coug en communication avec les fieuves de l'est, qui sont plus directement eu relation avec Saïgon. L'amiral Duperré a fait creuser au sud de t'arroyo de la poste un canal facile qui établit les mêmes communications.

L'inondation du Mi^cong est périodique. Tous les ans, au début de la saison des pluies, vers le mois d'avril, époque aussi du commencement de la fonte des neiges dans le Laos supérieur, le ileuve grossit graduellement et cette augmentation quotidienne dans le niveau des eaux se rontinue jusqu'à la fin delà saison des pluies, en septembre. Le fieuve, à ce moment, a alteini son niveau maximum et sa crue à Phnom-Penh est de II à 12 mèlres. Au Laos, le dénivellement atleinl 17 mètres ; au- dessous de Plinom-Penh, au contraire, la crue diminue à mesure que l'on s'approche de la mer.

Un phénomène digne de remai'que se produit à Phnom-Penh. Peudans les mois de mars et d'avril, les eaux dans le fleuve sont partout stalionnaires et soumises h l'influence des marées qui se prolongent alors jusqu'aux rapides, d'un côté, et, de l'autre, jusqu'à l'extrémité du lac. A Phnom-Penh, la hauteur du fiot est de 0",40 à 0'",'60 cenlimfetrofi; elle n'est que de 0~,iO à fr.tSà Sombor et au fond du lac. Dès que les pluies commencent et que le fieuve gonfle, les marées ne se font plus sentir, le courant, dans les deux bras qui vont à la mer, s'accélère do jour en jour; dans le bras du lac, le courant prend aussi de la vitesse, mais il suit une direction opposée à celle qu'il a dans le grand fleuve ,

LT. «nvAiiME iir cammoU'îf,

c'est-à-diro qu'il remonle vers le iionl-oiiest. dans la dirpclion ili's sources du Mécong, poiir aller se perdre dans le lac. I,e courant vers le Tonly-Sap dure (oui le (emps que le (letive monte, environ cinq mois. Dès que le niveau baisse, le courant renverse et toute cette masse d'eau revient à la mer en élaldissant dans le bras du lac des courants qui varient d'intensité suivant les aliaissemenls qui ont lieu dans la grande branche du fleuve à Plmom-Penh. Le lac, les plaines voisines, les nombreux arroyos qui s'alimentent des eaux du Tonly-Sap. melteut quatre mois à se vider.

C'est vers la fin de septembre que l'inondation atteint son point le plus haut ; le pays presque entier reste couvert pendant dix ou quiii/e jours. Les eaux chargi!'es du fleuve laissent, en se retirant, des di^pols qui rendent le sol d'une fertilité exlraordinaire.

Le Slëcong est le seul couj's d'eau important qui arrose le Cambodge. La petite rivière qui passe .'t Kompot, et se jette h quelques milles plus bas dans le golfe de Siam, n'a pas d'importance ; elle n'a qu'un parcours do trente k quarante milles. C'est dans la vallée qn'ellf arrose que se font les cultures de poivre.

Le Cambodge est loin d'éli'e aussi bien partagé que la Cochinrbine relativement aux voies navigables de toute espèce reliées merveilleusement entre elles par des artères larges et prufondes. qui permettent do passer de l'un à l'autre fleuve, de l'une iM'auIre rivière, canal ou arroyo,^4 sans perte de temps et en suivant presque toujours la ligne droile. Sous» ce rapport, la Cocblncbine française est le pays le mieux doué dt^ monde et c'est Ifi, nous l'espérons du moins, un des élémens impor-; tant» de sa prospérité assurée dans l'avenir.

Le Cambodge est un pays élevé, assez éloigné de la mer pour n'être pas soumis à l'influence des marées. Les petits cours d'eau du pays i vivent que des excédents du fleuve majestueux qui l'arrose du nord a sud. et ne sont le plus souvent navigables qu'à partir du moment où J Mf'cong a afteint la mi-hauleur de son niveau maximum. Ces arroyos^ assèchent, ou h peu près, Ipois ou quatre mois de l'année, au momenl i de la plus grande maigreur du Mi'cong. A ce moment, on y ppémi d'énormes quantités d'excellents poissons; cl le gouvernement, ■ donne ces pèches en fermage, en retire de bons revenus.

La superficie du Cambodge est de .1,.ïOO lieues kilomélriques carrées environ. Cette superficie peut être divisée en quatre catégories mi es- ■ pèces de sol :

r Les montagnes et les collines, qui sont boisées ordinairement, ou qui renferment des mines de fer et des carrières de grès, de calcaires... mais qui ne sont pas habitées à cause de leur réputation d'insalubrité et du reproche qu'on leur fait, dans le pays, de donner asile aux diables et aux esprits malfaisants.

2*" Les plateaux élevés, composés d'immenses plaines couvertes de grandes herbes et de quelques arbres. Là se trouvent quelquefois de petits villages misérables, dont les habitants cultivent du riz sec et quelques arbres fruitiers.

3" Les terrains de hauteur moyenne, couverts par l'inondation annuelle du Mëcong, c'est-à-dire les bords du fleuve et des autres cours d'eau, ainsi que les lies. Ce sont les endroits les plus fertiles, les plus cultivés et les plus habités.

4o Les terrains détrempés et marécageux, dont on ne lire pas grand parti et qui renferment pourtant des plantes utiles et riches. On n'en extrait que la fleur du lotus, qui est, comme on sait, une fleur sacrée servant à orner l'autel du Bouddha. On fait avec l'amande de cette plante une espèce de nougat très apprécié des indigènes et même des Européens qui n'ont pas connu celui de Montélimart.

Les forêts les plus importantes du royaume sont situées sur des terrains envahis par l'inondation, circonstance qui en favorise extrêmement l'exploitation.

Nous ne pouvons donner que d'une manière approximative le chiffre de la population du Cambodge. On n'en a jamais fait le recensement général et le gouvernement se contente de faire faire tous les trois ans, par des mandarins spéciaux, le relevé des hommes de quinze à soixantedix ans, afln de pouvoir établir un tal)leau de classement par âge de la population mâle du royaume, et de fixer pour chacun l'étendue du service qu'il doit à fÉtat.

Dans chaque village, les hommes sont classés en plusieurs catégories : ceux de dix-huit à cinquante ans, qui sont les citoyens actifs, que l'on peut lever pour la guerre, les travaux pubhcs, etc. ; ceux de quinze à dixhuit ans et, enfin, ceux de cinquante à soixante-dix ans forment d'autres catégories.

Les jeunes gens de quinze à dix-huit ans ne sont inscrits que pour mémoire et afin de faciUter le travail des recensements ultérieurs; on ne les oblige à aucun service, tandis que les hommes de cinquante à soixante-dix ans peuvent être employés dans leurs provinces à des tra-

vaux sur pince, peu pL'iiibles et au pro(il toujours de TKlut. Ou leur fait fabriquer des lianjuBs, couper du liois, des bambous, des pailles pour servir à couvrir les maisous des serviteurs du roi, les magasins... Au delJi de soixante dis ans, on n'est plus inscrit.

Dfes que la liste nominative des inscrils d'un village est dressée, et pendant que les hommes gonl assemblés, l'envojf du roi Invile chacun

■a^ci Citnl'

d'eux <ï désigner lui-même un mandarin résidant à Phuom-Penh, sous les Ordres duquel il se trouvera placé pour fout ce qui regarde le service (le ri^fat. Chaque individu se place ainsi sous l'autorité d'un des mandarins forcés, par la nature de leurs fonctions, de résider prfes du roi. Les corvéables ont, dans l'exercice de ce droit, carte blanche pour choisir qui bon leur semble. Leur préférence peut porter sur un mandarin démissionnaire, voire même destitué, mais ils se placent généralement sous la tutelle d'un mandarin en activité, parce qu'ils peuvent, à l'occasion, en tirer plus de services. On désigne l'individu, ou la collection des

individus qui se sont ainsi mis sous la tutelle d'un mandarin, sous le nom de Comlang (force).

Ces difTérentes options sont inscrites avec soin sur des registres spéciaux déposés dans le palais du roi. Les mandarins de la capitale envoient, le recensement une fois fini, leurs secrétaires pour relever sur ces registres les noms des corvéables qui ont bien voulu se mettre sous leur autorité. Le nom de la femme est toujours joint à celui du mari; c'est une mesure indispensable, qui sert à distinguer des individus du même village portant le même nom. A partir de ce moment, il s'établit entre les mandarins et les Gomlangs des rapports, non seulement de service, mais aussi de politesse et quelquefois d'amitié. Les Cambodgiens se rendent de temps à autre à Phnom-Penh pour les voir ; ils leur apportent quelques cadeaux, ce qui est une façon convenable de se présenter au Cambodge, et ils mettent en jeu l'influence ou l'autorité de leur patron lorsqu'ils ont des afTaires à démêler.

Le nombre de jours de corvée pour chaque inscrit de dix-huit à cinquante ans est de quatre-vingt-dix dans l'année. Ces corvées peuvent être rachetées en entier moyennant vingt ligatures, environ dix-huit francs. Afin d'atténuer, le plus possible, le tort que pourrait porter à la production en général une loi aussi exigeante, le gouvernement ne réclame les corvées que dans les moments où il n'y a pas grand chose à faire aux champs.

Le quart des journées dues, ou le quart de la somme résultant du rachat, revient aux mandarins qui servent d'intermédiaire, pour ce service, entre le gouvernement et la population. Ils emploient les hommes de corvée qui leur reviennent comme ils l'entendent et pour leur compte particulier.

Les levées pour les travaux publics sont réglementées quant au temps de présence sur les travaux; mais pour la guerre aucune limite de temps n'est fixée et le gouvernement garde les soldats sous les drapeaux autant de temps que les besoins du service l'exigent.

Les esclaves de toutes les races sont compris dans la catégorie des hommes qui ne peuvent pas être appelés pour la guerre ou les travaux publics ; le maître est forcé de payer à l'État le quart de ce qui est exigé pour les citoyens libres, c'est-à-dire quatre ligatures.

Les infirmes de dix-huit à cinquante ans payent trois Ugatures : ceux qui ont dépassé cinquante ans n'ont pas de cote personnelle h payer.

Les Chinois et les Annamites sont soumis à une législation spéciale ;

àà

ils payent une cote personnelle en proportion de leur fortune et dont le chiffre est fixé par les mandarins chargés du recensement.

Malgré l'imperfection de la manière d'opérer des indigènes, malgré les omissions et les causes d'erreurs qui peuvent se glisser dans nos propres calculs, nous pensons pouvoir donner assez approximativement le chiffre de la population du royaume, en nous basant sur le rapport qu'il a été possible d'établir entre la population inscrite et celle qui ne l'est pas. Ce rapport est de un inscrit pour six habitants.

Inscrits de toutes races 126,177

Non inscrits, femmes, enfants 737,062

Bonzes; mandarins, leurs familles et leurs serviteurs; serviteurs du roi et des princes; ouvriers d'état; garde royale et marins; comédiens royaux; sauvages tributaires; prisonniers 57,715

Évaluation de la population flottante. . . . 5,000

Total général de la population du Cambodge. 945,954

Le pays le plus montagneux du Cambodge est celui qui est situé au nord et au nord-ouest. Ce sont les derniers contreforts de l'Himalaya, qui, arrivés là, se déploient en patte d'oie vers l'est et vers l'ouest, limitant le petit royaume actuel des Khmers, autrefois si puissant et si étendu, et semblant lui interdire dansTavenir tout espoir d'extension du côté du nord et du nord-ouest, où il aurait précisément des droits de propriété à faire valoir.

Les provinces côtières du golfe de Siam sont également montagneuses, ainsi que quelques autres petites provinces septentrionales. Le reste du royaume se compose d'une plaine alluviale plate comme un plan et qui se transforme en une sorte de mer tous les ans, à la fin de septembre, c'est-à-dire au moment du plus haut niveau du Mëcong.

Nous ne mentionnerons ici que les montagnes remarquables pour leur grande hauteur, ou par leurs riches productions, ou, enfin, parles souvenirs historiques qu'elles rappellent.

La province de Compong-Soai est bornée au nord par la chaîne de Phnom-Dangrec (la montagne ressemblant à un levier), qui part du méridien du 100* degré est, se dirige directement à l'est en suivant le parallèle du 1 4<^ degré nord et va finir au Mëcong, un peu au-dessous des

grandes chutes de Khong. Cette montagne est très boisée et contient de bonnes essences de bois.

Trente milles environ au sud de Phnom-Dangrec, s'élèvent les Phnomdftc (montagnes de fer), très-riches en minerai, dont l'exploitation est facilitée par un arroyo flottable huit mois de Tannée et aboutissant au grand lac.

La province de Pursat, ou Purtisat *, à l'ouest du grand lac, limitrophe de la province aujourd'hui siamoise de Battambang, est très montagneuse; elle est aussi très peu peuplée en raison de son étendue. Une des causes de l'éloignement de la population, en dehors de la question politique qui est la principale, pourrait bien être Tespèce de prévention que les Cambodgiens nourrissent à l'égard du cUmat des montagnes.

Le grand massif de Pursat, appelé Phnom-Krevanh (montagne du Cardamome), se compose d'un groupe de huit montagnes d'inégales hauteurs. La plus élevée, dont le sommet n'est pas à moins de 1,400 mètres au-dessus du niveau de la mer, est très boisée et fort riche en cardamome.

La plus haute des montagnes de la province de Thpong, à l'ouest de Pursat, est Phnom-Khnang-Crepu (montagne au dos de caïman); elle produit de beaux bois d'une exploitation à peu près impossible. Deux sources très considérables que l'on voit sourdre à mi-hauteur de la montagne, projettent au dehors des masses d'eau qui forment des chutes très élevées, et donnent naissance à des torrents qui réunissent leurs eaux à un autre torrent, descendant d'une montagne voisine, pour alimenter un arroyo dont le lit est obstrué par des rochers qui rendent le cours d'eau innavigable. Cette rivière porte le nom de Stung-Thpong et elle va se perdre dans le golfe de Siam après avoir traversé une partie du territoire siamois.

Nous devons signaler à cet endroit l'existence du dom-rong (arbre à gomme-gutte), dont les dimensions maximum sont! mètre de diamètre sur 8 à 9 mètres de hauteur. La récolte de la gomme-gutte se fait pendant la saison sèche, d'octobre en avril. Pour l'extraire, les Cambodgiens font une entaille d'un centimètre de profondeur dans l'écorce de l'arbre et dans toute la longueur de la tige, en dirigeant le couteau suivant une ligne spirale, aboutissant, dans le bas, à un bambou creux et dont l'office est de recevoir le suc laiteux qui suit la saignée pratiquée

I Corruption du mot p^li Buddhisatva (futur Buddha}.

dans Fécorce. L'écoulement dure au plus trois jours, après lesquels on emportele bambou rempli de gomme-gutte h Tétat presque liquide. Au bout de trois mois, la substance étant suffisamment solidiQée, on rompt le bambou et Ton a un beau bàlon de gomme-gutte. On ne saigne les arbres qu'une seule fois dans Tannée. Chaque homme de corvée doit dix livres de gomme-gutte, par an, au gouvernement, moyennant quoi il est affranchi de tous autres impôts.

Dans la province de Crang, sur la rive occidentale du lac, s'étend une longue montagne isolée et éloignée des pays habités. On y trouverait de beaux bois à exploiter, mais les chemins manquent complètement pour les transports. Les éléphants sauvages, les buffles, les khtyms (sortes de bisons), les tigres, sont, avec une foule d'autres animaux sauvages, les seuls êtres animés qui peuplent cette contrée.

La province de Compong-Som, sur le golfe de Siam, est couverte de montagnes. La principale, Phnom-chom-rou-sre-dong, est le repaire de tous les animaux sauvages. C'est là que les Cambodgiens vont chasser et prendre les taureaux sauvages, afin de les faire servir d'étalons pour la race domestique, qui est petite et qui gagne dans ce croisement deux qualités précieuses pour les bêtes de trait et de course : la taille et la vigueur de jarret.

C'est dans la province maritime de Kompot que se trouve la belle montagne de Phnom-popoc-vil (montagne autour de laquelle les nuages tournent). Sa hauteur, mesurée exactement par les navigateurs, est de 1,100 mètres. Deux sources très considérables jaillissant du haut, forment deux torrents que l'industrie utilisera plus tard pour établir des machines hydrauliques destinées à débiter les bois de diverses essences qui couvrent cette haute montagne.

Phnom-Sa (la montagne blanche), désignée sur les cartes marines sous le nom de Cône Bombi, est à cinq ou six milles au nord de Kompot et il a 85 mètres de hauteur. Les navires qui vont chercher un mouillage à l'entrée de la petite rivière de Kompot, courent sur l'alignement formé par Phnom-Sa et un petit morne, visible de loin, qui est à l'entrée de la rivière. Si l'on suit bien cet alignement, on pare tous les dangers. On exploite à Phnom-Sa des calcaires dont on tire une chaux grasse supérieure.

Phnom-Sruoch (la montagne pointue), située dans la province de ce nom, est très boisée, d'un accès difficile et produit un cardamome sauvage d'une faible valeur commerciale.

14 LE ROYAUME DU CAMB(3DGE

Phnom-Pi^ea (la montagne de Dieu) est un monticule situé dans la province de Somrong-tong; il est remarquable à cause d'une cavilé énorme, sorte de grotte sacrée, naturellement nivelée dans le bas, arrondie à la voûte et dans laquelle un millier de personnes pourraient aisément se placer.

La colline de Preà-Heach-Chéa-trop (du gouvernement), connue sous le nom de colline de Oudong, l'ancienne capitale, porte quelques mausolées en briques renfermant les urnes cinéraires de plusieurs princes et rois du Cambodge. Sur le haut s'élève une pagode de construction moderne et déjà délabrée, abritant une immense idole du Bouddha en maçonnerie. On trouve là quelques spécimens de l'art et du culte ancien et notamment un bœuf en pierre de grandeur presque naturelle, recevant encore de nos jours les hommages des habitants de la contrée, qui entretiennent constamment son râtelier d'herbe fraîche.

Phnom-Tra-Tung, dans la province de Prey-Crabas, est remarquable par une grande grotte demi-sphérique formée par la nature dans l'intérieur, et par une autre grotte plus petite située à l'extrémité de la montagne. Ces deux excavations sont remplies de chauves-^puris dont la fiente amoncelée sur le sol répand une forte odeur ambrée repoussante. On la recueille et on en fait du salpêtre. On voit là des staiaetitet curieuses, allongées, transparentes, attachées au plafon({ et tomfont comme des colonnes jusqu'au sol, ou figurant des draperies capricieil» sèment dessinées et découpées à jour. Lorsqu'on parcourt la grotte avec des torches allumées, ces concrétions calcaires présentent Taspe^t- " le plus curieux et le plus bizarre. On accède à ces cavernes par des sentiers très escarpés. . " /

On trouve là aussi, en très grande abondance, des pierres calcakss dont on extrait une chaux estimée. La colline est couverte d'abeilles qiii font leur habitation dans le creux des rochers ; il est quelquefois difficile d'arriver à ces rayons ou gâteaux et les habitants les atteignent à l'aide de longs bambous.

Phnom-Canlang, dans la môme province, est très riche en calcaires. Cette colline est située sur le bord d'un petit arroyo sinueux, mais flottable, qui porte le nom de la montagne et qui se jette non loin de là dans le canal de Ilatien. Ces calcaires sont exploités et fournissent une chaux grasse qu'on exporte dans la Cochinchine fran(;aise. Il y a dans les environs une foule d'autres soulèvements calcaires moins importants que ceux dont nous venons de parler et qui sont peu ou point exploités.

Phuom-Balhéai, dans la province du Chung-prey, renferme de belles carrières de grès que les Cambodgiens exploitent pour fournir des matériaux à la construction des pagodes, pour faire des meules à aiguiser... On trouve sur place des chars à bon compte pour le transport des pierres au bord du fleuve, otion les embarque pour les transporter où besoin est.

A six milles au nord de ce point se trouve la belle colline de Phuomchung-prey. Celle-ci produit des bois estimés, qui ne sont guère exploités faute de voies de communication. Cependant, les indigènes font là de grandes pirogues en chhu-téal qu'ils taillent dans un seul tronc d'arbre.

Dans la province de Chung-Badeng, limitrophe de notre arrondissement français de Tayninh, se trouve une colline connue sous le nom de Phnom-chung-Badeng, sur laquelle s'est déroulé, en 1853, un drame épouvantable. Un bonze annamite s'était retiré dans une caverne située sur le flanc oriental de cette montagne. Cet ermite résolut un jour de s'offrir en sacriflce à Dieu *. Il éleva, dans ce but, un immense bûcher et il convia à la cérémonie les mandarins cambodgiens et le peuple des euvirons. Lorsqu'il eut une assistance sufflsamment nombreuse, ce forcené alla &^agenouiller au-dessus de ce bûcher, joignit les mains et se mit en prières; ensuite, se relevant d'un air décidé, il ordonna à ses <lçttx^i^es disciples de mettre le feu au bois, ce qu'ils flrent aussitôt. Un MÉKbin det^ette scène horrible nous a raconté qu'il ne venait du côté dfl^ bâcher en feu ni un cri, ni une plainte et qu'on entendait seulement Vair ^x calme du religieux récitant des prières, jusqu'au moment où, ^UY0k>ppë par la fumée et par les flammes, il fut complètement asphyxié .

Pendant le temps du sacriflce, les serviteurs du bonze faisaient de la ÏDiÇEppie autour de son bûcher.

Les forêts du Cambodge sont riches en bois de différentes essences 1res propres à la construction et à l'ébénisterie. Nous ne citerons ici que les principaux et l'usage que les indigènes en font.

Le Dom Kaki. [Hopea-spuria .) Famille des Diptérocarpées. Densité 0,888. Il en existe cinq espèces; nous'ne décrirons que l'Ao/^^a odorata^

* Nous disons Dieu pour parler le langage ordinaire. Comme il s'agit ici du Bouddha, il serait plus exact de le désigner ainsi : le sage, l'éclairé, celui qui possède Tintelligence suprême.

qui est le plus commun et le plus estimé. Il se conserve bien dans Teau et est très propre aux constructions navales; il est înatlaqual)le aux larets et c'est, enfin, un gros arbre de magnifique venue.

Le Dom'r/ior'('/io?îff.{Vateria,)Mème famille. Gros arbre élevé, jamais droit, les fibres s'entrecroisent, peu répandu, bois jaunâtre, produit une sorte de gomme résineuse qui se concrète en un bloc assez volumineux. Une partie de cette gomme se détache d'elle-môme et tombe par terre ; elle est d'une qualité supérieure et de couleur rouge.

Le Dom-Klilong. [Diptérocarpus-cordatus .) Même famille. Bois rougeàtre, doux a travailler, sert surtout à faire des pirogues; il est d'une durée moyenne et on le débite souvent en planches pour divers usages.

LeDom-Phc/ioc. [Vatica.) Même famille. Densité 1,030. Bois dur, a fibres serrées et à grains fins ; il sert h faire des charpentes de maisons ; sa couleur est jaune ; il est très estimé et est assez commun dans la province de Somrong-tong. On extrait de cet arbre beaucoup de résine et son bois sert aussi à faire des caisses et des roues de char.

Le Dom-Phdiec\{Anisoptera-sepHlc/irorian.)MèmG famille. Densité, 0,622. Bel arbre, droit, fort en diamètre et très commun. Son bois est jaune paille, tendre, non fondrier, étant sec, facile à travailler, se conserve peu àl'humidité, excellent pour les charpentes des toits.

Le Dom-papel (Eopea-odorata). Même famille. Densité 0,721 . Essence très répandue, moyenne durée, assez tendre, facile à travailler, propre aux constructions navales, inattaquable aux insectes ^i aux tarets d'eau. Ce bois ressemble au frêne; on en fait surtout des bordages de barques.

Le Dom^teal. [Dipterocarpus-alatus.) Même famille. Cet arbre est très répandu; il produit une oléo-résine, appelée Chor-tuc, à l'aide de laquelle on fait un mastic excellent pour le calfatage des barques. On en tire vingt litres d'essence par an. C'est un bois de haute futaie, mais il est propre aussi à une foule d'autres usages; il est bon marché, ne dure pas beaucoup et est cependant susceptible de se conserver dans les endroits secs, aérés et habités.

Le Dom-trach. Même famille. Ressemble au précédent, est très commun dans les forêts du Cambodge, donne un bois rougeâtre employé à faire des roues de chars et des charpentes ; il se conserve davantage que le Téal et est propre aux constructions navales. On extrait du Trach une essence qu'on emploie dans la confection des mastics pour les barques.

18 LE ftOYALME DV CAMBODGE

Le Dom-tralac. (Vatica.) Même famille. Densité 1 ,185. Essence commune. Il n'est pas rare sur les bords du grand fleuve, où on en trouve de trois ou quatre espèces. Le grain est lin et serré, le bois blanc tirant sur le jaune, se conserve dans l'eau et peut être employé à construire des barques ou à faire des colonnes de soutien de toitures. Il est surtout d'une exploitation facile sur les bords de Tarroyo de Peam- Chilang.

Le Dom-calanh. [Dialium-ovoideum.) Famille des légumineuses. Densité 0,991. Le bois est dur, jaunâtre, incorruptible dans Teau, magnifique une fois poli et huilé.

Le Dom-a^anhung , [Dalbergia.) Même famille. Densité 1,045. Deux espèces. Arbre d'assez faible dimension, rare; son bois dure très longtemps, il est dur à travailler et d'une couleur rouge veinée de noir. On en rencontre dont le bois est veiné de vert et qui sont plus recherchés encore. C'est le plus beau bois d'ébénisterie du pays : poli, il fait un grand effet et a quelque analogie de couleur avec le palissandre.

Le Dom-kaka. {Sindora-Swnatrana.) Même famille. Densité i ,111 . Arbre de fortes dimensions, assez commun dans le pays, donnant un bois dur, brun avec des reflets rougeâtres, très beau une fois poli, sert à faire des meubles et des bordages de barque.

h^ Dom-khnong . {PlerocarptiS'mdicus.)Mème famille. Densité 0,740. Fort diamètre, mais peu élevé. Le bois est rose, de couleur uniforme, odoriférant, à grains serrés, résistant et même cassant; on en fait des meubles, des membrures de barque, des roues de char. Poli, ce bois est superbe.

Le Dom-secram. [Xylia-dolabriformis.) Même famille. Densité 1,056. Gros arbre, commun au Cambodge, donnant un bois de couleur rouge, dur, à grains serrés et ayant la propriété de résister à l'humidité. Ce bois est propre à l'ébénisterie et au charronnage.

Le Dom^haysan. [Diospyros.) Famille des Ebénacées. L'arbre est de petite dimension ; le bois est dur et cependant flexible ; il est aussi lourd, fondrier, noir et sert surtout à faire des chevilles pour les barques. Ce bois est pailleté de jaune et est très précieux pour l'ébénisterie.

\jt Dom-kUmau . [Ebenoxylum'Veriim.)^lkmQ famille. Densité 1,310. C'est Tébène ordinaire; il est rare au Cambodge et toujours de faibles dimensions ; il a, en outre, énormément d'aubier.

Le Dom-tayimg. {Diospyros.) Même famille. Assez gros, mais ayant beaucoup d'aubier. Le bois est noir veiné de blanc et est moins beau que

le précédent ; il est aussi moins dur et on s'en sert pour faire des meubles et des leviers de balances.

Le Dom-Maysac. [Tectonia-grandis .) Famille des Verbenacées. Densité 0,607. C'est le tech^ le bois qui convient le mieux à la construction des navires. Malheureusement, cet arbre n'atteint pas [au Cambodge les proportions considérables qu'il a au Siam, dans le haut du Mënam, d'oti il a été importé. On trouve plusieurs de ces sujets dans les forêts de Lovec.

Le Dotn-iasec. {Vîtes.) Même famille. Densité 0,905. On en compte sept ou huit espèces toutes très communes. Le bois n'est pas très dur ; il a la couleur et à peu près les propriétés du chêne.

Le Dom-Bosneac. {Mesua-ferrea.) Famille des Quttifères. Densité 1,051. Cet arbre est de moyenne dimension, mais il est très élevé. Le bois est rouge brun, assez facile à travailler quoique dur, fait bon usage à rhumidité et dansTeau. Il convient de travailler ce bois dès qu'il vient d'être abattu, car il devient, en vieillissant, tellement dur qu'il émousse les outils.

Le Dom-rong. {Garcinia.) Même famille. C'est l'arbre à gomme-gutte dont nous avons déjà parlé.

Le Dom-pj^s. [Garcinia.) Même famille. Densité 0,945. Petit ; le bois est blanc, assez doux, à grain égal, flexible ; il sert à faire des arcs, des arbalètes, des pilons pour mortier, des leviers pour porter des poids sur l'épaule.

Le Dom'khtung . [Calophyllum-inophyllum.) Même famille. Densité 0,795. Cet arbre abonde dans les terrains bas. Le bois est rosé, à grains très fins et à fibres serrées; il donne des courbes pour les petites barques. Entre le bois et l'écorce exsude une résine (tamahaca) employée en médecine. Les fruits fournissent une huile employée dans l'ébénisterie et l'éclairage.

Le Dom'ambeng'thnge. Famille des Cupulifères. Il y en a de plusieurs espèces ou variétés. Le bois se rapproche du chêne pour la contexture et les qualités.

Le Dom-cruL {Melanonhea-glabra.) Famille des Anacardiacées. Densité 0,975. C'est l'arbre qui produit la résine appelée Mereac, qui mélangée avec une autre résine connue sous le nom de Chor-tuc, et passée dans un crible à mailles serrées, donne une sorte de peinture noire, reluisante et assez semblable à la laque. Le bois est rouge, rappelant le palissandre et le cranhung, et, quoique cassant, il est très propre à l'ébénisterie. Il ne se conserve pas à l'humidité.

î»; LE ROYAUME DL C\llB«iDGE

1^ Dom-^homhac. ' Buc/tanania. Même famille. Gros arbre bordant les fleuves et les ruisseaux : le bois est dur. à pores serrés; il est difficile a travailler et pourrit vite dans Teau. Cet arbre donne un fruit mangeable, doiitle noyau contient une sorte de cire végétale.

Le Dom<hhem-chha. \Engelhardha. Famille des Santalacées. voisine des Lauracées. Arbre assez rare. Le bois est très léger et tendre, odoriférant, jaune tirant sur le rouge. On en fait des tables, des cloisons, des meubles et toutes choses, enfin, qui nedoivent pas être exposées à Thumidité.

Le Dom-rrasna. Aquilaria-agallorha.) Famille des Aquilarinées, voisine des Thyméiacées. Fort, élevé, à tige droite. les branches de cet arbre sont horizontales et placées comme celles du cotonnier Bombax' : il donne un bois odoriférant que Ton brûle pour désinfecter les appartements. On ne tire aucun autre parti de cette essence.

XÂtDom-chlk. Terminalke.* Famille des Combretacées. Fort, très élevé et droit. La couleur du bois est le rose clair ; fl est employé pour les charpentes des maisons ; il flotte lorsqu*il est se«, dure peu de temps et se corrompt vite dans Feau.

Le Dom-sangke. iCombretum-lacriferum.) Même famille. Essence inexploitée. C'est sur cet arbre que le Ox-u^-lacca se fixe pour déposer ses œufs. I^s branches sont coupées deux fois par an après Tenlèvement de la laque; elles repoussent très ^ite.

Le Dom-cor. iEnodendron-^nfracttiosam.) Famille des Malvacées. Vulgairement appelé cotonnier. Très bel arbre, reconnaissaUe à ses branches alternes horizontales ; il est très conmiun au Cambodge et fournit les gousses desquelles les indigènes retirent la ouate dont ils garnissent leurs matelas et oreillers.

Le Dom-condol. Careyaarborea.) Famille des Myrtacées. Gros arbre de moyenne hauteur. Le bois est rose clair; Fécorce sert à faire des tapis, ou pailiets. que Fon applique sur le dos des éléphans avant de mettre la cage ou palanquin. Il donne un fruit recherché par les sangUers et les cerfs.

Le JJom hhdiA. [Carreya-elUptica.) Même famille. Gros et élevé; le bois est jaune et assez dur; on en fait des charpentes et des cercueils.

Le Dom-reang-plmom. iBarringhtonia.) Même famille. Très gros arbre, commun dans les forêts des plateaux et sur les montagnes des provinces occidentales. Le feuillage est semblable à celui du manguier.

Ï,E nOYAUMB DU CAMBODGE 21

Le bois est blanc veiné de jaune ; il est très dur et peut être introduit dans les charpentes desmaisohs. Cetleessence fournitune petite quantité de résine.

L^Dom-reang. {Barringhtonia.) Même famille. Il est assez semblable au précédent, mais il pousse dans les terrains humides. De moyenne grosseur, lebois est rose clair et peu estimé. Les feuilles tendres de cet arbre sont mangées avec le poisson salé. Lorsqu'il est petit, on le dépouille de Técorce que Ton tortille pour en faire des estropes d'aviron.

Le Derri'Chrey. [Naiiclea^cadumba.) Famille des Rubiacées. Cet arbre est recherché par Finsecte qui donne la laque. Les feuilles, la fleur et le fruit ressemblent aux produits similaires deTarbre sacré (Banian). Jeune, ilgrhnpe comme une liane après un des arbres de la forêt; mais il se développe ensuite extraordinaî rement, tue son tuteur et se maintient debout par la grosseur et la force de sa tige. Les arbres de cette essence, lorsqu'ils poussent près l'un de l'autre, se soudent au moindre contact.

Le Dom-tatrau. [Naudea-speciosa.) Même famille. Densité 1,110. Taille moyenne et très droit, bois dur, jaune foncé, se travaillant assez bien et est de très longue durée. C'est un arbre sacré dont le bois n'est employé que pour faire des idoles, des charpentes de temple et quelquefois des cercueils.

Le Dom-khnor-prey . [Nauclea-orientalu.) Même famille. C'est le Jacquier sauvage. L'arbre est beau, le bois est jaune, dur, assez facile h travailler et flotte étant sec ; il entre dans la construction des barques et des maisons.

Le Dom-chec tum. [Gardenia-grandiflora,) Même famille. L'écorce sert à faire des baguettes odoriférantes que l'on brûle dans les pagodes.

Le Bom-lçhvau. {Bignonia.) Famille des Bignoniacées. Gros arbre, haut; le bois est jaune et sert à faire des portes et des fenêtres ; il est susceptible de prendre un beau poli et il ressemble alors à l'ivoire ; il dure assez longtemps à l'abri de la pluie et du soleil.

Le Dom-entranel. [Lagerstrœmia,] Famille des Lythrariées. Il y en a de plusieurs espèces dans les forêts du Cambodge. Us sont gros généralement. Le bois de celui-ci a de l'analogie avec le frêne ; il est flexible et sert à faire des avirons, des bordages de barque et des charpentes. La feuille et la fleur de cet arbre sont couleur de pourpre.

h^ Dom-khleny-cong . {Stripchnos-nua-vomica,) Famille des Loganiacéés. Le bois, Taubier, Técorcc, la feuille et le fruit de cet arbre contiennent un poison violent dont on se sert pour empoisonner les animaux.

Le Dom-sraL {Pbius^ininkusii) Famille des Conifères. Ce pin atteint souvent des dimensions considérables ; on le trouve en très grande abondance dans les forêts de Compong-Soai. Peu utilisé par les Cambodgiens, il serait très propre pourtant pour la construction de leurs maisons et surtout comme bois de mature- On en extrait une résine blanchâtre et odorante peu abondante, employée simplement pour frotter les cordes des instruments de musique.

Le Dom-thloc. {Parinarium.) Famille des Rosacées. Gros arbre, donnant un bois médiocre, doux à travailler et susceptible d'une faible durée, même dans les endroits abrités. L'arbre porte un fruit à noyau, dont Tamande est bonne à manger et dont on extrait une huile employée à vernir le bois; on en enduit aussi les parasols en papier, afin de les rendre imperméables.

Le Dom-pu. {Ficus-religiosa.) Famille des Morées. C'est le Banian, l'arbre sacré des Bouddhistes; il pousse spontanément partout et il y a des mandarins spécialement chargés d'empêcher qu'on les coupe et même qu'on les élague. Il en existe au Cambodge de plusieurs espèces, qui tous atteignent des proportions considérables ; leur tronc cependant est peu élevé, mais leur ramure est colossale. Le bois est très médiocre et ne pourrait être utilisé à rien.

Dom-day-khla. {Wrightia.) Famille des Apocynées. Tout petit arbre droit donnant un bois brillant couleur d'ivoire, facile à travailler et à tourner. Les Cambodgiens en font des boites et des cachets ou sceaux .

Le Dom-neang-paec. [Cyanodaphne-cuneata.) Famille des Lauracées. Plusieurs espèces, généralement petits mais droits. Le bois est facile à travailler; il dure longtemps, sa couleur est le jaune clair; il est léger et l'on en fait surtout des meubles.

Le Dom-beloi. [Tétranthera,) Même famille. Gros arbre droit donnant un bois jaune, léger, à fibres longues et droites, à grain fin et égal, propre à faire des charpentes non exposées à l'humidité.

LeDom-sdey. {Kuramia.) Famille des Célastracées. Assez commun; ressemble au Cranhung, mais il est moins estimé. On fait avec les petites Lranches des charrues, des herses, des pioches et d'autres instruments

d'agriculture. On en fait aussi des ancres pour barques de rivière, des membrures et des bordages. '[

Le Dom-sûai-prey . (Mangifera-hidica) Famille des Anacardiées* C'est le manguier sauvage ; il est de moyenne grosseur et le bois ne sert guère qu'à faire des avirons. Le fruit est plus petit .que celui de l'espèce cultivée ; il est aussi plus acide et plus filandreux.

hQ Dom-peang . [Sterculia-fœtida.) Famille des Sterculiacées. Bel arbre croissant disséminé dans les forêts, oîi il est très répandu. Bois blanc veiné de rose, léger, analogue au sapin, mais plus corruptible; il est assez flexible et l'on en fait quelquefois des mâts de barques.

Le Dom-trameng . [Carallia-brachiata.) Famille des Khyzophorées. Bois jaunâtre, faible densité, facile à travailler; on le débite en planches et en madriers pour les charpentes.

LeDom-sralau. Gros arbre, commun au Cambodge; le bois est jaune blanc, de moyenne durée, flexible, sert à faire de bons avirons. Le tronc dusralauportedesaillantesnervuresetc'estdansle tronc de cet arbre que les indigènes débitent des roues decharrettepleines et d'une seule pièce.

Le Dom-snuol. Petit arbre, branchu, sur lequel la femelle du Cocuslacca dépose ses œufs; il n'a pas d'autre utilité.

LeDom-creban. Très gros, très commun et très répandu, donnant un bois fort médiocre et point utilisé. Cet arbre produit un fruit rempli de graines dont on extrait de l'huile d'éclairage.

Le Dom-somrojig . Gros arbre de mauvaise essence et à tige tordue ; il porte un fruit immangeable, mais dont on extrait de l'huile. On retire aussi de cet arbre une gomme très employée dans la médecine.

Le Dom-slap-traon. Sorte de latanier, à tige petite par rapport à la hauteur, droit et à nœuds comme l'aréquier. Le bois est très dur et a la réputation de durer longtemps; on le débite en lattes pour les toits des pagodes et des maisons des riches. Cet arbre n'a de branches qu'à son extrémité et est coiffé absolument comme l'aréquier.

Le Dom-angcol . Moyenne dimension; le bois est- léger et malgré cela assez dur; il est de couleur jaune, ne se conserve pas à l'humidité et est bien placé dans les charpentes des maisons.

Le Dom-anchanh'phnom. Gros arbre, mais bas et très courbé. Bois rose et léger excellent pour faire des courbes de barques.

Le Dom-bang-cou. Ressemble au cerisier; il convient pour le tour et la menuiserie. Cet arbre donne un fruit mangeable.

Le Dom-bangro est énorme, peu élevé pour sa grosseur et point droit ;

le bois est dur et sert à faire des dents pour les meules à décortiquer le paddy. L'arbre donne un fruit bon à manger.

LeDom-chan est de moyenne dimension et à tige droite. Le bois est blanc, lourd et sert à faire des manches d'outils. U y a une autre variété appelée Dom-pen qui est.de dimension moindre que le précédent, ils donnent Tun et l'autre un fruit sauvage assez bon.

Le Dom-neang-nuon est moyennement gros et haut; son bois est rouge, odorant et superbe pour l'ébénisterie.

Le Dom-ouloc donne un bois assez semblable au peuplier; on en fait des baguettes pour moulures d'ornement.

Le Dom-phcol est gros et haut ; son bois est dur, rougeâtre et à fibres extrêmement serrées, résiste à l'humidité, à l'air, au soleil et est propre à une foule d'usages. Il donne, en outre, un fruit agréable au goût.

LeDom-sdaii est de moyenne dimension. L'écorce de cet arbre est très rugueuse et remarquable par les découpures profondes qu'elle . porte dans le sens de la hauteur. On fait avec son bois de belles colonnes de maisons et les Cambodgiens mangent ses feuilles en salade mélangées avec des tranches de concombre.

Le Dom-roluos [Carreya-arbored) fournit un bois très léger que Ton emploie pour faire les bouées pour les filets.

Le Dom-socrach donne ua bois lourd et très utilisable ; ses feuilles ont la propriété de provoquer des démangeaisons quand on les touche.

Avant de passer à l'agriculture, nous allons dire en quelques mots ce que sont les pâturages au Cambodge.

Pendant la saison: des pluies, les pâturages sont extrêmement abon* dants au Cambodge.

Durant la saison sèche, il y a encore de l'herbe fine et fraîche autour des marais, des flaques d'eau et sous les arbres des forêts. Les animaux broutent, faute de mieux, l'herbe des clairières, qui est rôtie par le soleil, mais qui ne meurt cependant pas, grâce à la rosée qui est très abondante alors.

Les indigènes ne font pas de prairies artificielles ; ils ne font pas non plus faner l'herbe afin de la réserver pour la saison sèche ; ils ne s'occupent enfin aucunement de l'élève du bétail. Cette indifférence des Cambodgiens pour cette industrie est fâcheuse, car la Cochinchine française, tire de là les bestiaux destinés au labour des rizières, surtout les bœufs pour la boucherie et que déjà le dépeuplement peut être constaté parla hausse énorme des prix.

L'industrie européenne interviendra bientôt, sans doute, pour remédier à cet état de choses ; et ceux qui entreprendront ces sortes d'aifaires avec des capitaux suffisants et une certaine aptitude, rendront un service public en même temps qu'ils feront honorablement leur fortune.

Les cultivateurs cambodgiens ne font aucun usage du fumier pourtant si essentiel au développement de la richesse agricole de tout pays. Sur les bords du Mëcong, où les terres sont tous les ans fertilisées parles dépôts du fleuve au moment de l'inondation, les amendements sont moins nécessaires, mais sur les points élevés du territoire il n'en est pas de même, et il est bien étonnant que les habitants de ces contrées n'aient pas encore songé à produire des engrais qui ne leur coûteraient qu'un peu de peine, car ils ont des animaux en très grand nombre, bœufs, buffles et chevaux, et partout de la paille, sans compter celle du riz qui surtout constituerait une excellente litière et qu'ils brûlent sans en tirer aucun parti.

La culture par le défrichement et l'incendie des forêts adoptée par les habitants demi-sauvages de l'intérieur est encore bien plus barbare et plus regrettable. Ces pauvres gens se font une idée exagérée des propriétés fertilisantes des cendres, qui appartiennent, comme on sait, aux amendements utilisés seulement pour introduire dans la terre les éléments minéraux qui quelquefois lui manquent et qui sont nécessaires à la vie de certaines plantes. Mais cela ne rend pas inutiles les engrais que les cultivateurs chinois établis au Cambodge savent seuls produire et utiliser.

Nous allons énumérer les productions agricoles du pays, sans nous étendre sur les procédés de culture employés pour les faire venir.

Céréales. — Le riz étant l'aliment principal des indigènes, c'est la culture de cette denrée qui s'est le plus développée dans le pays.

Dans les terrains inondés, on attend que les eaux du fleuve se retirent pour retourner les terres avec un charrue bien primitive, se composant d'un soc à petit versoir taillé dans un même morceau de bois dur et recouvert à l'extrémité d'une chemise en fer pointue pour empêcher l'usure du bois. A ce soc, on adapte obliquement une longue pièce de bois terminée par une traverse sur laquelle on attèle deux buffles.

Cet appareil ne permet pas d'attaquer le sol assez profondément pour en extirper les racines des roseaux et des grandes herbes, qui poussent si vite dans les pays chauds et humides et de disposer, enfln, pour la

plante à cultiver une couche de terre arable suffisamment épaisse pour que ses racines puissent y vivre et s'y étendre sans obstacles. Pour obvier autant que possible aux inconvénients résultant de la repousse des roseaux et des grandes herbes, on s'arrange de manière à laisser le riz le moins possible en pleine terre et, à cet effet, on le sème deux mois avant la fin de l'inondation dans des planches convenablement disposées auprès des habitations, où on le soigne de manière à ce qu'il atteigne, dans ce laps de temps, la hauteur et la vigueur voulue pour être repiqué au retrait des eaux, au commencement d'octobre.

Outre l'avantage dont nous venons de parler, ongagne aussi un temps précieux, caria saison des pluies finissant avec la crue du fleuve, la plante n'a plus alors à compter que sur l'humidité propre du sol qui est considérable, mais qui ne peut pas avoir une grande durée dans une contrée ou l'évaporation est très active. Ces riz repiqués au commencement d'octobre sont mûrs et coupés en février. Ce sont les plus beaux du pays et ceux qui possèdent le plus de propriétés nutritives.

Dans les terres élevées au-dessus des crues du fleuve, le riz est plus hâtif; on le sème à la volée, comme le blé chez nous, au commencement de la saison des pluies, c'est-à-dire en mai, après avoir un peu retourné les terres déjà détrempées, et on fait cette moisson en novembre. On maintient et on règle la hauteur des eaux pluviales dans ces rizières à l'aide de toutes petites digues fermées en carré, et donnant aux champs de riz Taspect de vastes damiers.

Lorsque certaines parties des terrains cultivés sont trop perméables, on les alimente avec les excédents de ceux qui le sont moins, au moyen de caniveaux pratiqués dans les endiguements, ou à l'aide d'un appareil d'irrigation suspendu et à bascule analogue à celui connu dans l'Inde sous le nom de Etan.

Ces rizières des endroits élevés ne possèdent généralement qu'un sol sablonneux peu riche et sont médiocres.

Les habitants des forêts procèdent autrement : ils abattent tous les arbres dans une certaine étendue du bois ; ils les laissent sécher un peu et les brûlent surplace; ils étendent les cendres uniformément sur le sol afin de l'amender un peu, et au début de la saison pluvieuse, ils font des trous réguhèrement espacés dans le sol, avec un morceau de bois pointu, et dans lesquels ils laissent tomber quelques grains de paddy qu'ils recouvrent d'un peu de cendres.

Enfin, la nature pourvoit seule à la nourriture de cette population

nonchalante en produisant spontanément des riz sauvages aux bords des lacs et dans les plaines inondées. Ce riz est de mauvaise qualité, mais beaucoup de Cambodgiens s'en contentent et rendent grâces aux esprits prolecteurs qui veulent bien les nourrir sans travailler.

On cultive plusieurs espèces de maïs au Cambodge; on les sème dans les terrains d'alluvion et c'est, comme le riz, une denrée alimentaire que les Cambodgiens mangent bouillie. On en donne cependant à certains animaux.

Plantes textiles. — Le coton est la plus importante des cultures du Cambodge. L'espèce cultivée dans le pays est herbacée; on la renouvelle chaque année.

Avant de semer, on fait tremper la graine pendant vingt-quatre heures dans du fumier délayé avec de l'eau et une petite quantité de chaux. On sème ces graines dans des terres nouvellement abandonnées par les eaux du fleuve et labourées suivant des billons espacés de i mètre. Les trous dans lesquels on dépose les graines sont eux-mêmes écartés de 0"",70. On met trois ou quatre graines dans chacun de ces trous et elles germent huit ou dix jours après. On arrache plus tard les plants les moins vigoureux, de manière à n'en laisser qu'un à chaque trou.

Le coton cultivé au Cambodge est abâtardi de nos jours et il convient de le renouveler. Des essais faits avec des graines étrangères ont donné pour résultat un rendement supérieur, des fibres plus allongées et des graines n'adhérant que très peu à la soie et se détachant aisément.

Les autres plantes textiles cultivées sont : l'ortie de Chine (thmey), qui atteint la hauteur d'un homme et pousse de grandes racines qui vont chercher l'humidifé très avant dans le sol. A la base, la tige a la grosseur du doigt; on la coupe tous les ans et elle repousse l'année suivante de la racine qu'on laisse en terre. L'ortie de Chine est traitée dans le pays à peu près comme le chanvre chez nous, et on en fait des filets de pèche et des cordages.

Des expériences comparatives faites dans le port de Rochefort ont donné les résultats suivants :

Un fil de carret fait avec de l'ortie de^Chine, ou China-Grass, a supporté un poids de 1 ,580 kilog.

Un autre fil de carret de même dimension que le précédent fait avec notre chanvre a supporté un poids de 1 ,900 kilog.

Le mûrier cultivé au Cambodge est l'espèce connue sous le nom de

Murier-Nain [Moriis-Indicas) . Dans les terrains irrigués, on a cinq feuillaisons par an.

Entin, il y a encore, en fait de plantes textiles, le Chachau, le Tha- Ihuong, le Kheng-por (plante sauvage) et le coco dont la coque est filandreuse et sert à faire des cordages.

Plantes oléagineuses. — Parmi celles qui sont cultivées, nous citerons le sésame dont on offre aussi les graines aux dieux, aux princes et aux rois ; Farachide dont le rendement, au Cambodge, est le 40 V« des noix décortiquées ; le cocotier. — En parlant des arbres forestiers, nous avons signalé ceux qui produisaient des fruits dont on extrayait une certaine quantité d*kuile.

Plantes tinctoriales. — Le Trom [Indigotier) que l'on plante dans les dépôts vaseux des berges duMëcong, après le retrait des eaux et sans autrement préparer la terre. La première récolte a lieu en avril; on a de nouvelles coupes à peu près chaque mois jusqu'au commencement de rinondation suivante. Les plants ne durent qu'un an et doivent être renouvelés chaque année.

L'indigotier pousse aussi spontanément dans les forêts du pays, mais en petite quantité; la plante sauvage est plus forte que celle qui est cultivée, les feuilles sont aussi plus grandes et Findigo obtenu au moyen de cette plante est plus estimé que l'autre.

Le Chompu. {Bixa-orelfana.) C'est le Rocouyerque l'on plante en haie autour des habitations, mais qui pousse aussi à l'état sauvage dans les forêts. C'est un arbre de la famille des Liliacées ; la graine des fruits qu'il produit donne une substance tinctoriale l*ouge.

Le Sbeng [Cœsalpinia-sapan.) C'est un arbrisseau commun dans le pays ; on en fait aussi des haies. Le bois de la tige, et surtout celui des racines, donne la matière au moyen de laquelle on obtient une belle couleur rouge.

La Hong {Gomme'gutte)^e8t exploitée dans les forêts des provinces de Thpong, Pursat et Stung-trang; elle donne une belle couleur jaune employée par les dessinateurs sur bois et sur papier.

La Leac (Gomme-laque)^ provient des pays habités par des peuplades sauvages, à l'est du Mëcong. On en tire une matière colorante rouge cochenille qui sert pour teindre les étoffes. On sait que cette substance résineuse exsude de certains arbres forestiers à la suite des piqûres

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d'un insecte du genre Coccus. Au moment de la ponte, les femelles s'établissent en grand nombre sur les jeunes branches, se serrent les unes contre les autres et leurs piqûres déterminent la sortie de la résine. Cette résine se colore au contact des insectes et les soude en une croûte rugueuse et inégale qui constitue la laque brute. Selon qu'elle a été plus ou moins décolorée, on désigne la laque sous les noms de laque brune ^ de laque rouge et de laque blonde.

Le Khlem-khle est le cœur d'une liane de la famille des Artocarpées, qui donne une belle couleur jaune.

Le Khlem^khnor ^ ou cœur du Jacquier, sert également à teindre en jaune.

Le Sambac'prahut. C'est un Naucléa, dont l'écorce donne une couleur jaune.

La Sme^ ou écorce du palétuvier, donne une couleur brune marron employée à teindre les filets de pèche. On s'en sert aussi pour teindre en noir les étoffes, mais on la combine alors avec l'indigo.

L8i Phca-dacam est la fleur d'un arbuste cultivé dont on extrait une couleur jaune foncé.

Le Maclua est un gros arbre forestier qui donne des fruits oblongs et à noyau comme les olives, dont on extrait une couleur noire des plus assurées.

Le liomiet est un arbuste de la famille des Iris dont la racine donne une belle couleur jaune. A défaut de safran, onrâpe cette racine pour jaunir les sauces; réduite en farine, elle est employée comme fard. C'est la plante connue en Europe sous le nom de Curcuma.

Le Mareac est une sorte de vernis ou peinture noire provenant du Crul, un arbre forestier dont nous avons parlé déjà.

La SloC'phlonff , ou feuille du Phlongqui donne une couleur jaune.

Plantes sacgharifères. — Lapins importante, c'est la canne à sucre. Il y en a de quatre espèces; trois sont cultivées pour être mangées à la main et l'autre, la Ampou-Kdam, qui est la plus commune, sert à faire du sucre. La canne à sucre se reproduit de boutures de 0"*,30 coupées aux extrémités supérieures des cannes et plantées en terre humide, si possible, après un bon labour. On a une récolte par an. Les cannes sont coupées au ras du sol ; elles repoussent du pied et une plantation en terres riches et humides peut durer cinq ans.

Le Dom thnot {Borassus-flabelliformis) est un palmier à sucre très

cIO LE UOYAIME Dl CAMBODGE

élevé et d*une magniliquc venue. La récolle se fait à la tloraison et dure deux ou trois mois. Ce palmier donne d'énormes paquets de fleurs à corolles très fortes et très allongées, formant des sortes de tubes remplis de suc que Ton recueille pour le boire ou pour en faire du sucre, et, dans ce dernier cas, on soumet la liqueur à TébuUifion pour faire évaporer Teau. Ce sucre est noir, commun et bon marché.

Plantes tuderculeuses et féculentes. — Elles sont très nombreuses mais nous ne citerons ici que les principales: la patate douce, Tigname, le manioc, Farow-root, le sagou, la domlong-dong, qui est une patate très grosse, presque sphérique et peu sucrée, la domlong-trau, patate allongée et assez grosse, le domlong-ba, tubercule très allongé, que Ton mange bouilli et saupoudré de sucre...

Plantes colonlvles. — Le poivre est cultivé sur la côte du golfe de Siam par des Chinois originaires, pour la plupart, de l'île d'f laïnam. On multiplie cette plante au moyen de boutures coupées sur des poivriers encore jeunes, que Ton plante en pépinière et que Ton soigne pendant deux ou trois mois avant de les transplanter en pleine terre. On repique ces plants dans la poivrière au nombre de quatre ou cinq pour un seul tuteur, après avoir convenablement remué et fumé le sol. Les tuteurs sont espacés entre eux d'au moins 2 mètres.

Après la transplantation, il faut arroser, si c'est nécessaire, enlever les mauvaises herbes et tenir les pieds garnis de terre, s'ils venaient à être déchaussés par les orages. A la quatrième année de leur âge, les poivriers commencent à produire ; ils sont en plein rapport à six ou sept ans et dégénèrent rapidement vers l'âge de vingt-cinq à trente ans.

L'engrais employé pour ce genre de culture est fait avec des crevettes ou du poisson que Ton fait préalablement pourrir dans des fosses. On fume les terres en juin et juillet, au moment des plus fortes pluies. La récolte a lieu en février et mars. Un pied donne moyennement un kilogramme de poivre chaque année et l'on estime qu'il faut un cultivateur pour mille pieds.

Le Bétel est une sorte de liane de la famille des poivres, dont la feuille concourt avec la noix d'arèque et la chaux à former la chique que mâchent sans discontinuer les Indo-Chinois.

On propage la culture de cette plante au moyen de marcottes obtenues par le couchage, et l'on choisit pour cela les meilleures terres dans

LE ROYAUxME DV CAMBODGE 31

lesquelles on introduit une grande quantité d'engrais provenant de cendres et de matières fécales de vers à soie mélangées. Il est nécessaire d'irriguer, ou d'arroser abondamment à la main.

Comme le poivre, le bétel monte le long de solides tuteurs et produit des feuilles utilisables au bout d'un an, lesquelles repoussent mensuellement et sans interruption pendant cinq ou six ans. Après ce temps, il est indispensable de renouveler la plantation.

V Aréquier est un palmier de très belle venue qui produit des régimes de noix d'arec entrant dans la composition des chiques dites de béteL

Le bétel et l'aréquier poussent à l'état sauvage au Cambodge, mais ne donnent que des produits inférieurs aux espèces cultivées.

Le Café est d'importation récente ; néanmoins, on tente quelques essais de culture en grand ducaféier dans notre colonie de Cochinchine. Cette culture aurait plus de chances de réussir dans ce pays (au Cambodge), où nous avons vu plusieurs sujets de trois ou quatre mètres de taille se portant fort bien. Vers le mois d'août, des fleurs blanches naissent àla base de la tige des feuilles ; elles se fanent bientôt et sont remplacées par des fruits assez semblables aux petites cerises renfermant chacun deux fèves de café accolées suivant leur face plate et enveloppées dans la même pellicule.

On sème le caféier en pépinière et on repique lorsi^ue les plants ont atteint 0™, 70 de haut; on les dispose en quinconces à 2 mètres d'intervalle dans les endroits un peu boisés pour abriter les jeunes sujets et les fleurs sous les ombrages des gros arbres.

Vers sa deuxième ou troisième année, il faut étêter l'arbre à trois mètres au-dessus du sol. Cette opération a pour but d'obliger la sève à refluer vers le tronc ; et les branches latérales s'étendeut alors considérablement, et tout bas, comme pour rendre plus aisée la cueillette. Au bout de la quatrième année, le caféier n'a besoin d'aucuns soins ; il produit déjà depuis deux ans et vit plus d'un demi-siècle.

Le Tabac est cultivé dans les terres argileuses des bords du fleuve. Afin de gagner du temps, on le sème d'abord en planches élevées de main d'homme au-dessus de l'inondation et un mois avant le retrait des eaux.

Le fumier employé est le résidu d'indigo préalablement pourri dans une fosse et répandu sur les planches.

Dès que les eaux se sont retirées, on met les plants en terre ; il convient de fumerie champ alors avec des résidus d'arachides ou de pois-

sons pourris. Cette fumure est renouvelée deux et même trois fois. 11 est nécessaire d'écheniller tous les jours et d'arroser vers la fin de la saison sèche.

Ce tabac contient une proportion trop faible de potasse, ce qui explique son incombustibilité. 11 est, au contraire, chargé de nicotine, ce qui est un autre défaut qu'il serait possible d'atténuer par la prématuralion, c'est-à-dire en cueillant les feuilles avant la maturité

Le Gingembre existe en Indo-Chine, mais il y est assez peu cultivé.

La Cannelle du Cambodge est la sous-écorce d'un arbuste, nommé dans le pays Sombor-loveng, dont l'odeur et la saveur se rapprochent de la cannelle. On trouve cet arbuste dans la province de Kompot.

Le Cardamome pousse à Tétat sauvage sur les montagnes boisées de Pursat et l'on ne fait que le débarrasser des plantes parasites qui poussent à côté de lui, et qui pourraient faire obstacle à son développement. C'est une plante médicinale très riche. La première qualité ne vaut pas moins de 780 francs les 68 kilog. au Cambodge même.

Arbres fruitiers. — Parmi les espèces cultivées, il faut citer : le manguier, le mangoustanier, le durio, le carambolier, le jacquier, le pommier cannellier, le corrossolier, le tamarinier, le goyavier, l'oranger, le pamplemoussîer, le citronnier, le papayer^ le bananier, l'anana, le palmier à éventail, le jamboisier, le cocotier, le grenadier, le jujubier, Tarbreàpain.

Les espèces sauvages sont innombrables et quelques-unes donnent des fruits assez succulents.

Légumes. — Les Cambodgiens ne sont pas jardiniers; ce sont les Chinois qui font venir les légumes que l'on trouve sur les marchés et qu'ils cultivent à peu près comme en Europe, en se servant comme engrais de l'urine putréfiée et des poissons pourris mélangés avec une certaine quantité d'eau. Les principaux légumes cultivés sont : les choux et choux-raves, les navets, les patates douces, les potirons, les aubergines, les ignames, les tomates, les ails, oignons et échalottes, le persil, différentes sortes de piments, le céleri, la chicorée, la laitue, le pourpier et le cresson, la pastèque, la menthe...

On trouve dans les bois des tomates et des piments sauvages, ainsi que plusieurs variétés de champignons.

Quant aux plantes médicinales utilisées par les médecins cambod-

LE nOYAUME DU CAMBODBE

giens, elles sont très considérdbles et nous pourrions en citer un certain nombre; mais comme nous n'en connaissons que les noms indigènes, cette nomenclature ne pourrait avoir aucun intérêt.

Palmikrs. — En dehors du cocotier, de l'aréquier, du palmier à sucre, dont nous avOQs déjà parlé, nous avons à signaler plusieurs autres plantes de la même famille, telles que : les Bambous de cinq ou six espèces cultivées ou sauvages, les Rotins de huit espèces, de différentes grosseurs et propriétés.

Fleurs et arbustes d'agrément. — La passion des fleurs et un goût assez prononcé pour la peinture et la sculpture est tout ce qui reste aux Cambodgiens du riche héritage de leurs ancêtres. Les forêts et les étangs leur fournissent en abondance des fleui*s charmantes qu'ils n'ont qu'à aller cueillir; mais ils ne se contentent pas, à cet égard, des largesses de la nature et ils se donnent la peine, eux d'ordinaire si paresseux, de cultiver les fleurs qui leur plaisent le plus dans des vases ou dans de tout petits jardins autour de leur habitation.

Nous allons indiquer les principales fleurs que nous avons nousmême remarquées :

Le Meas-dcy (ffurdcnia). Famille des Uubiacées. C'est un arbuste qui donne des fleurs doubles répandant une odeur analogue à celle des fleurs d'oranger. Ces fleurs sont blanches, étaminées, d'un brun sale. Les feuilles ressemblent à celles du fusain.

Le Ddc-khem-traham [ixora-javanica), Même famiUe. Arbuste donnant des fleurs de couleur rouge-cinabre, sans odeur. Ses feuilles sont obovales accuminées.

Le Dac-khem-craham-slet {irora-amibilh). Môme famille. Arbuste donnant des fleurs roses. Les feuilles sont plus larges que celles de Tarbusle précédent; elles affectent la forme d'un cœur et sont cordées.

L^Sra/ei (j)erffularia'Odoraiissif?îa), Famille des Asclépiadacées. C'est la liane vulgairement appelée « liane du Cambodge, » qui donne une fleur verte répandant, le soir surtout, une odeur très prononcée et qui se propage au loin.

Le Jisun^ famille des Rosacées, est un arbrisseau fournissant une rose assez semblable à la rose de Bengale, mais plus petite, rouge cramoisi, les sépales dépassant les pétales.

Le Nuon-srey-lea [tabernae-montana coronanàj.FàmiliG des Apocy-

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nacées. C*est un arbuste à fleurs blanches très odorantes. Les feuilles sont ovales, accuminées, simples.

Il existe une autre variété de cet arbuste qui donne des fleurs doubles.

Le Champey^ même famille, est Tarbre communément désigné sous le nom de frangipanier et qui produit des grappes de fleurs d'un rouge éclatant.

Le Sophî {(farcinia). Famille des Clusiacées. C'est un arbrisseau donnant de petites fleurs sphériques jaunâtres et odorantes dont les dames font des colliers et des bracelets.

Le Romdtiol [anona). Famille des Anonacées. Arbre à fleurs blanches jaunâtres ; les feuilles sont ovales, accuminées et alternes deux à deux ou distiques.

Le Kdang-ngear {anoiia odoratissima). Même famille. Arbre assez élevé, dont les fleurs sont d'un vert sale et jaunâtre, peu agréable à Tœil, mais desquelles on retire le suave parfum connu dans la parfumerie sous le nom de « Ylang-ylang. »

Le Ji/iup. Même famille. Arbuste à fleurs blanches et à feuilles gaufrées.

Le Montha^mème famille, est un arbuste donnant une superbe fleur jaune brun. Les pouces nouvelles sont couvertes de poils blonds.

Le Kavan^ même famille, est un arbuste à feuilles ovales et à fleurs blanches jaunâtres et très odorantes.

Le Melis-riiot (jasminhim-sambac). Famille des Jasminacées. Cet arbuste donne des fleurs bien doubles, d'un blanc éclatant et très odorantes. On fait avec la fleur des eaux de senteur, des guirlandes, des couronnes et des bracelets pour les dames.

VAnchean {clitoria-tematea). Famille des Papilionacées. C'est une hane dont les feuilles sont à sept folioles. 11 y en a quatre variétés que Ton distingue par les couleurs blanche, bleue, rose et violette de la fleur. Les quatre sont susceptibles d'être simples ou doubles.

Le Chbar [hibiscils-rosast?%ensi$) , Famille des Malvacées. Arbuste à fleurs simples ou doubles, sans odeur. Les feuilles sont découpées, endentées, ovales et accuminées.

Le Chuc4at [hibiscus-mutabilis) . Même famille. C'est l'arbuste vulgairement appelé « passe-rose. »

Le Chompa [michelia-thampaca). Famille des Magnoliacées. Arbuste de belle dimension ;Ies branches et les pétioles des feuilles sont cou-

vertes de poils bruns. Le champaca donne une superbe fleur jaune allongée, ayant beaucoup de parfum et que les poètes indous mirent au premier rang des fleurs ornant les jardins de Cuvera, le dieu des richesses.

Le Melis'Yuon [derodendron-infortunaturn). Famille des Verbénacées. Cet arbuste donne une fleur corymbe couleur lie de vin et très odorante. Les feuilles sont larges, légèrement cordées et ondulées sur les bords.

Le Keu {jnwraya-exotica). Famille des Aurantiacées. Arbuste buissonneux fournissant des petites fleurs blanches très odorantes, réunies cinq ou six ensemble et répandant une odeur analogue à celle des fleurs d'oranger.

Le Pech-chongva. Même famille. Arbuste à petites fleurs blanches et odorantes. Les feuilles servent, comme Tindigo, à teindre en bleu.

La Phca-reac est une fleur dont les Cambodgiens ont fait l'emblème de la fidélité. Les mandarins en tiennent dans les mains lorsqu'ils reçoivent Tinvestiture.

Le Sralau est un gros arbre des forêts, qui, cultivé en jardin, devient un arbrisseau ravissant et donne une fleur rose très joHe.

Le phca-chtic est le nénuphar-lotus, la plantela plus recherchée et la plus Cultivée. C'est l'espèce qui donne une grande et magnifique fleur rose, aux étamines couleur d'or, et laissant échapper un parfum d'une extrême douceur. On l'offre au Roi, au Buddha, aux Neac-la...*

On reproduit la plante en mettant les graines dans des boules de terre molle qu'on jette dans les étangs. Quelques temps après, on voit de petites feuilles qui grossissent rapidement et s'étalent à plat sur la surface de l'eau.

Les Cambodgiens ont appris des Chinois, croyons-nous, l'art de réduire, par la culture, les plus gros et les plus beaux arbres du pays, à la proportion de pelils arbustes.

Ils sèment, à cet effet-, la graine de l'arbre qu'ils se proposent de faire venir dans un vase assez petit, de telle sorte que les racines n'ayant ni l'aliment, ni la place nécessaire pour se développer, la plante est forcée de végéter et de s'atrophier. .

La taifle arrive ensuite pour arrêter la pousse en hauteur de la tige et pour empêcher que les branches ne se multiplient et ne s'étendent trop. On parvient ainsi à faire prendre à l'ensemble une foule de formes bizarres et souvent gracieuses* 11 arrive fréquemment qu'il se forme

au bas du tronc, et au ras du vase, un bourrelet de bois énorme, noueux et tourmenté de mille manières indistinctes, tandis que, au-dessus, les branches chargées de feuillages figurent une barque, un quadrupède, un poisson, un personnage quelconque el souvent des pas de vis, un outil, une arme, un instrument de musique... Les étrangers s'arrêtent devant ces productions originales dont quelques-unes ont nécessité plus d'un demi siècle de soins quotidiens pour parvenir h la forme exacte, parfaite, de l'objet que l'on avait en vue de figurer.

La plus répandue et la plus importante des industries du Cambodge est, sans contredit, celle de la soie.

La seule espèce de vers à soie élevés dans le sud de l'Indo-Chine est la race dite polyvoltine^ à laquelle on peut seulement reprochej de fournir des cocons petits, peu fournis et, par suite, d'un dévidage difficile.

Au Cambodge, en particulier, où l'on a des feuilles toute l'année, la race polyvoltine présente de grands avantages par sa rapide reproduction, car soixante jours suffisent à l'évolution complétera sujet.

La maladie qui tue les vers à soie dans presque tous les pays n'a pas encore paru en Indo-Chine.

Les Cambodgiens étouffent mal les cocons, aussi ils en perdent beaucoup qui ont été percés par la chrysalide encore vivante après la sortie du four. Il faut de douze à quatorze kilogrammes de ces cocons pour produire un kilogramme de soie filée.

Ainsi que nous l'avons dit, les cocons cambodgiens sont petits, maigres, très fins de fil et ne peuvent^ comme les nôtres par exemple, êtres dévidés à quatre ou cinq brins. Pour donner au fil de soie une force suffisante, il faut les réunir par dix ou douze, ce qui augmente les difficultés et, par suite, le prix du filage. Il faudrait aussi filer avec une eau plus chaude, atteignant la température d'environ 75 degrés.

Le moulin à filer est bien primitif et aurait besoin d'être perfectionné. 11 vaudrait cependant mieux lui substituer le moulin français à main d'un prix peu élevé.

Mais si le dévidage et le moulinage laissent à désirer, le tissage n'est pas parfait non plus. Le métier à tisser dont se servent les Cambodgiens

n'est remarquable que par sa grande ancienneté, ce qui est une preuve que les Khuiers surent de bonne heure fabriquer les étoffes, qui, avant les perfectionnements apportés en Europe aux appareils de fabrication, pouvaient supporter la comparaison avec les plus beaux tissus du monde^ On trouve encore de nos jours quelques-uns de ces métiers dont certaines pièces sont ornées de belles sculptures autrefois dorées, preuve irrécusable que cette industrie devait être fort en honneur il y a quelques centaines d'années. Aujourd'hui encore, une jeune fille aurait peine à se placer avantageusement si elle ne prouvait point son habileté à confeclionner les étoffes en usage dans le pays.

La pièce d'étoffe la plus difficile à confectionner est, sans contredit, le pagne ou langouti de gala des Cambodgiens, qui est à dessins et à fleurs de couleurs voyantes et variées se détachant d'un fond de teinte uniforme et plus sombre. Ce sont les femmes, et seulement les plus adroites parmi les tisseuses, qui sont capables de ce tour de force de pat4ence et d'adresse. Nous allons essayer de faire comprendre le procédé employé.

Le pagne est d'abord dessiné en entier et colorié sur du papier, et plus généralement sur une table de la grandeur exacte du vêtement. On couvre toute la surface de fils de soie placés à se toucher et d'abord en travers par rapport à la longueur de l'étoffe ; ensuite, on divise ccg fils, h l'œil et sans les déplacer, par groupes de soixante chacun, et Ton marque sur chacun des groupes l'étendue exacte des couleurs correspondantes sur la planche, ou sur un ancien pagne bien tendu en dessous et qu'il s'agit simplement do copier. Cela fait, on réunit les fils par groupes (le soixante environ que l'on enroule de petites bandelettes de feuilles de bananier sèches, de manière à couvrir séparément chacune des couleurs dont se compose le dessin. On assujettit ces petites chemises sur les écheveaux au moyen de fins amarrages. On fait un signe sur chacune de ces enveloppes pour indiquer la couleur dont les fils qu'elle comprend devront être teints.

L'opération est ainsi provisoirement finie pour les fils de travers. On agit de même pour ceux de la trame que Ton étend en longueur sur la table. Enfin, on remet tous ces écheveaux ainsi recouverts à leur véritable place sur le dessin, ou on les reprend pour les teindre séparément.

Pour cela, on commence à préparer le bain pour la couleur rouge ; on découvre sur les écheveaux les parties qui doivent être teintes en cette

couleur et on les plonge dans le bain; enfin, on les fail sécher et on les étale de nouveau à leur place sur la table, après avoir recouvert avec des bandelettes les parties déjà teintes; ensuite, on passe aux autres couleurs en procédant toujours comme il vient d'être dit.

Pour obtenir le violet, on trempe les parties teintes d'abord en rouge dans un bain d'indigo ; — les fils teints en jaune, et passés dans un nouveau bain d'indigo, prennent une nuance verte très éclatante.

Les fils ainsi préparés, il ne reste qu'à tisser absolument comme si Ton n'avait affaire qu'à la môme couleur.

Lorsque les différentes opérations que nous venons de décrire assez mal ont été bien faites, les dessins reproduits sur l'étoffe sont absolument conformes au modèle et leurs contours sont souvent d'une netteté étonnante. Mais c'est d'un peu loin qu'il faut admirer ces belles étoffes chatoyantes pour ne pas voir leurs imperfections.

Le tissage est la moindre besogne dans la confection d'un pagne de cette nature; ce sont les travaux préliminaires qui prennent le plus de temps et exigent le plus de soins et d'habileté; aussi fait-on payer fort cher ceux qui sont bien réussis et c'est justice.

Les Cambodgiens fabriquent aussi de belles pièces de soie de 0'",90 de largeur. Cette soie est souple, brillante, assez égale et surtout très résistante. Le lavage est impuissant à ôter à ces étoffes le brillant qui les distingue et qui est dû surtout, pensons-nous, à l'usage toujours suivi de dévider les cocons frais et étouffés depuis deux ou trois jours seulement.

Le même métier sert à tisser des étoffes de coton grossières. On fait de belles nattes en joncs avec un métier plus simple et encore plus primitif que le précédent.

Nous avons indiqué ailleurs les ressources du pays en matières colorantes ; nous nous bornerons à fournir ici quelques renseignements sur les procédés mis en usage par les indigènes pour teindre leurs étoffes.

Pour teindre en rouge, on lave d'abord la pièce à teindre ; ensuite, on la plonge dans l'infusion chaude et alunée d'un simplocos, appelé par les Annamites la-dung, où elle prend à la fois une coloration jaune et le mordant nécessaire pour fixer la couleur. Elle est ensuite passée dans le bain de gomme-laque, où elleacquiert sa couleur rouge. On la fait sécher, puis on répète une seconde lois la môme série d'opérations. Les étoffes teintes ainsi conservent longtemps leur couleur, tandis que lorsqu'on les trempe dans une dissolution de sapan, coupé par l'alun, la

couleur est peul-ôlre plus belle, mais elle dure moins de temps que la première teinture.

Pour teindre en jaune, on coupe à petits morceaux des bûches du jacquier, ou Técorce du sambac-prahut, ou bien encore la racine du curcuma; on met ces coupures h la trempe dans Teau pendant vingtqualre heures, et on les fait ensuite bouillir en mettant une certaine quantité d'alun dans Teau au moment de Tébullition. Enfm, on trempe r(Moffo h teindre dans ce bain chaud, on la fait sécher et on répète trois fois roj)ération.

La gomme-gutte est nussi employée pour teindre les étoffes en jaune ; il suffit alors de les plonger dans une infusion chau de et alunée de feuilles de la-(lung pour leur donner le mordant voulu, et de les tremper ensuite deux fois dans un bain de gomme-gutte.

Les Cambodgiens ont des moulins bien primitifs pour presser les arrachi(les,donl le rendement en huile est de moins de 30 0/0 sur les noix brutes. Les mômes compresseurs servent pour le sésame.

On extrait Thuile des graines du ricin et des amandes du coco en les faisant bouUir assez longtemps. PourlarecueilUr, on arrête FébuUition, on laisse refroidir et on ramasse la matière grasse congelée à la surface de Toau.

Los cannes à sucres sont broyées dans un pressoir; on soumet le suc qui en résulte àFébuUilion et on laisse Tévaporation se faire jusqu'au moment où le vesou atteint une consistance siropeuse suffisante pour se solidifier par le refroidissement. Ce sucre est d'ordinaire plein d'impuretés. Ouand le vesou est assez concentré, on le verse dans des pots en terre et on le hvre ainsi au commerce.

On fait au Cambodge de Feau-de-vie en distillant le riz. Cette industrie n'est pas libre; elle constitue un monopole que FÉtat concède à des fermiers.

Il y a quelques corderies dans la province de Compong-Siem, sur les bords du Mrcong; on y fait des cordes avec les plantes textiles que nous connaissons déjà.

La Cochinchine française possède des usines à vapeur pour décortiquer et blanchir le riz. Rien de semblable n'existe au Cambodge encore,

où chaque famille égrène, décortique et blanchit le riz nécessaire à sa consommation.

Le paddy est généralement égrené sur une aire que Ton fait piétiner par des buffles.

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LE r.OYAUME mi CAOTODCE

n LE ROYAUME DV CAMBODGE

Le décorticage se fait à Faide d'un moulin à main, se composant d'une meule inférieure fixe deO™ 45 de diamètre, et d'une meule supérieure de même dimension, qui est mise en mouvement à Taide d'un grand levier ou bielle, agissant à l'extrémité d'une manivelle en bois, fixée invariablement à la meule supérieure. Une installation très simple permet de régler l'écarlement entre les deux meules. Ces meules sont en osiers tressés solidement. Les surfaces de contact portent des petites lames de bois dur rapprochées, placées suivant des rajons et maintenues parune terre préparée et aussi dure que le ciment une fois sèche. L'extrémité extérieure de ces lames de bois vient effleurer la surface interne des meules et y dessine des rainures convergeant, ainsi que nous Tavons dit, vers le centre, mais dont les directions sont pourtant un peu contrariées, de sorte que les grains de paddy, qui sont introduits par le centre percé de la meule supérieure, surmontée d'un grand panier conique, sont bientôt fortement saisis et roulés vers la circonférence par où ils s'échappent.

Cet appareil est bien imparfait ; il brise presque toujours les grains de riz et ne les débarrasse pas toujours, à la première fois, de la balle. On passe le riz dans un crible en bambou pour Tisoler des balles vides ; on le vanne ensuite en le versant d'une certaine hauteur sur une natte.

On blanchit le riz en le battant dans un mortier au moyen d'un pilon à main, ou à bascule et à pédale.

Uégreneuse à coton des Cambodgiens se compose de deux petits cylindres montés à coussinets, l'un au-dessous de l'autre, sur une charpente. Leur écartement peut être aisément réglé. Le cylindre inférieur est mû dans un sens par une manivelle et le mouvement est transmis en sens inverse à l'autre au moyen d'un pas de vis.

La carde est simplement un arc à l'aide duquel on bat le coton par petites parties.

Le sciage du bois^est l'industrie qui s'est le moins développée au Cambodge, ou les indigènes fendent encore leur bois avec des coins et le façonnent ensuite à la hache. Les usines de Compong-Soai fournissent pourtant des fers de scie excellents que, seuls, les Annamites et les Chinois établis au Cambodge savent utiliser.

Depuis plusieurs années, une maison française a établi à Phnom- Penh une scierie à vapeur qui fonctionne, croyons-nous, dans de bonnes conditions.

Les principales briqueteries sont dans les environs de la capitale ; elles sont dirigées par des Chinois et des Malais. On y fait des briques et des tuiles d'assez bonne qualité, mais qui sont en général mal cuites.

La seule fabrique de poteries que nous connaissons est celle de Compong-Chnang, à Fentré du grand lac. On y fabrique à très bon compte des marmites, des fourneaux portatifs, des jarres, des vases à fleurs.

Les fours pour la cuisson des pierres calcaires sont à peu près construits comme les nôtres. Quelquefois ces fours sont taillés dans des tumulus formés par d'innombrables termites qui établissent là leur nid. On sait que ces insectes, appelés communément fourmis blanches^ s'assemblent en bandes et font sur le sol d'énormes nids en terres levées et de forme exactement conique. Cette matière est très homogène et d'une dureté telle qu'on peut la tailler sans la désagréger. On perce un trou cylindrique dans Taxe du cône, de un mètre environ de diamètre, et c'est là la cheminée du four. Un homme s'introduit par cet orifice et creuse dans la masse une cavité ayant la forme un peu conique, mais se rapprochant beaucoup de la demi sphère creuse. La hauteur do la voûte est de trois mètres à peu près.

Ensuite, on pratique à la base du cône, et au ras du sol, la bouche du four et l'on creuse l'âtre en dedans de manière à laisser des bords assez épais pour que le système ne s'effondre pas. La hauteur de la voûte au-dessus deTâtre est de ln^50 environ.

Entre cette chambre inférieure, que nous appellerons le fourneau, et le compartiment supérieur qui doit recevoir le calcaire, on réserve une épaisseur de terre d'environ 0"^ 50. Les deux cavités sont mises en communication par cinq trous carrés pratiqués verticalement dans cette cloison ôt ayant 0"^ 20 de côté.

Avant d'allumer le feu dans un four à chaux, il convient de sacrifier un animal quelconque, une poule ordinairement, à Yisvacarma, Farchitecte du ciel.

Dans les montagnes de fer de la province de Compong-soai, on trouve deux espèces de minerai de fer. Les sauvages Cuois, qui les exploitent^ les désignent sous les noms de pierre lourde et de pierre légère.

La première donne plus de fer que l'autre^ mais il est moins estimé ; il est mou et impropre à la fabrication des armes et des outils. L'autre

fespèce est de qualité supérieure. Traité par la méthode directe, au charbon de bois, dans un simple fourneau ouvert parle haut, il donne un espèce d'acier naturel, ou de fonte, ayant les propriétés de l'acier de cémentation et est employé par les indigènes h fabriquer des armes, des haches, des couteaux, des instruments d'agriculture, des briquets à feu, et surtout des fers de scie excellents.

Ce minerai est un oxydule de fer très riche. Si Ton recherchait sa teneur, au point de vue théorique, on trouverait près de 70 0/0 ; mais pratiquement, c'est tout au plus s'il peut donner 65 à 66 0/0 de fer.

La contrée où se trouvent ces usines est aussi boisée que possible et le bois ne manque pas pour la fabrication.

Lorsqu'ils ont extrait une certaine quantité de minerai, les Cuois le jettent dans un grand feu de bois dans le but de détacher la terre contenue et rendre la pierre plus friable ; ils broient ensuite le minerai à petits morceaux moyennement gros comme une noix. Parallèlement à cette préparation, ils font du charbon de bois qu'ils brisent en charbonnille. Tout est prêt alors pour la fusion du minerai.

L'appareil employé pour la fusion est assurément des plus simples ; il laisse perdre une très grande partie de la chaleur développée et donne, comme rendement, ci peu près la moitié de ce qu'on obtient en Europe avec IcsUiauts-fourneaux perfectionnés \ Cet appareil se compose d'un fourneau en terre glaise de forme parallélipipédique, ouvert par le haut. Il est percé au bas des grandes faces latérales d'une série de trous situés sur la même ligne horizontale, et dans lesquels on passe des bouts de bambous creux disposés semblablement aux tuyaux de l'instrument de musique connu en France sous le nom de flûte de pan. Ces tuyaux correspondent, un pour un, avec ceux d'une trompe ou machine soufflante placée de chaque côté des grandes faces et se composant d'un cyhndre creux en terre glaise, coiffé d'un cône en cuir faisant office de piston, ou de soufflet, et que l'on aplatit au moyen de trois hommes qui sautent dessus quand on veut refouler Tair, et qui se relève par l'effet de la détente d'un levier en bois flexible relié avec le sommet du cône au moyen d'une corde. Ces trois hommes se tiennent debout sur une petite estrade en bois élevée à côté du soufflet ; ils sautent sur le cône, ou reviennent sur l'eslrade, suivant qu'il s'agit de refouler l'air ou de l'aspirer.

* Voir page 9.

Lorsque lé piston descend, c est-à-dire lorsque le cône est aplati, Fair est refoulé par les trous du bas du cylindre et passe dans les buses ou tuyères du fourneau. Ces tuyaux, ainsi que nous venons de le voir, se correspondent, mais ils ne se touchent pas ; ils sont môni3 distants les uns des autres de plusieurs centimètres. Le fond du fourneau, situé en contre-bas de la ligne des trous, est destiné à recevoir le fer en fusion.

On remarque au bas de chacune des petites faces latérales un trou que Ton bouche ou que Ton dégage au moyen d'une longue tape en bois. C'est par ces trous, que Ton débouche opportunément, que s'en va, disent les Khmers, le ach-dec (l'ordure du fer), c'est-à-dire le mâche- .

fer, les scories De chaque côté du fourneau s'élèvent, en s'évasani

vers le haut, deux grands écrans en lattes de bambous tressées, uniquement destinés à protéger de la chaleur ardente du foyer les * manœuvres qui agissent sur les pistons des machines soufflantes.

Le fourneau est placé sous un grand hangar. Le directeur de l'usine y a son logement. On peut voir là aussi un petit autel sur lequel trône Tidole de Visvacarma, l'architecte divin, et, enfin, un grand pieu solidement enfoncé dans le sol, dont le bout supérieur est taillé en forme de faisceau de flammes. Les hommages rendus à cette sorte d'attribut rappellent le culte du feu dont on retrouve les traces partout en Indochine.

Peu de Cuois sont assez riches pour avoir, en propre, une usine de ce genre ; ils s'associent par village, ou par plusieurs villages, afin d'avoir une bonne ihstallation qui coûte peu à chacun et qui suffît aux besoins.

Les trous, ou voies d'air, pratiqués sur les grandes faces latérales, sont assez élevés, par rapport au fond du fourneau, pour n'être pas obstrués par des parties de la matière en fusion ; il arrive cependant qu'on retire de là des rondins de fer auxquels la superstition des sauvagea attribue des propriétés extraordinaires. Les Cuois coupent ces lingots; ils en font des amulettes qu'ils portent au cou, aux poignets, et ils se figurent être dès lors préservés des blessures des armes à feu surtout*

Les expériences faites à Saigon sur les fers de Compong-soai ont donné les résultats suivants : doublé plusieurs fois sur lui-même et soudé, il a bien supporté l'action du feu et a donné des soudures parfaites. En l'étirant, on a constaté qu'il était doux et très malléable. La cassure est nette, à grains serrés et fins. Soumis à la forge, au chauffage

du charbon de bois^ od a obtenu, au bout de quelques minutes seulement, un acier ordinaire fin. Cette facilité d'absorption a été attribuée à la pureté du fer. Ces minerais sont exempts d'arsenic et de phosphore, ce qui en augmente la valeur.

Les forges dont les Cambodgiens se servent pour forger leurs armes et leurs outils n'ont rien do remarquable. Le soufflet seul est assez ingénieux pour être décrit : il se compose d'un cylindre creux, taillé dans un tronc d'arbre et alésé à l'intérieur de manière à présenter une surface lisse et cylindrique. Les extrémités de ce cylindre sont fermées par deux couvercles percés chacun d'un trou muni d'une soupape pour l'aspiration de l'air. A l'intérieur de ce cylindre va et vient un piston en bois, garni de chiffons et dont la tige passe à frottement dans un presse-étoupes installé au centre du couvercle supérieur. L'extrémité de cette tige porte une poignée sur laquelle un manœuvre agit pour produire l'air nécessaire à l'allumage et à Talimentation continue du foyer. Les Khmers chauffent leur fer au charbon de bois ; ils obtiennent ainsi un fer carburé susceptible de trempe et assez bon pour faire des armes et des outils.

Nous avons vu des forges portatives très simples, très légères et bien conçues.

Les Cambodgiens ne fondent guère que des idoles avec des procédés dont nous aurons à parler plus tard.

Le gouvernement fait fabriquer pour son compte du salpêtre avec le guano d'innombrables chauves-souris établies dans les tours, les galeries obscures des monuments anciens et les cavernes des montagnes calcaires.

On mélange ce guano avec des cendres, dans la proportion de quatre de cendre pour un de guano. On met le tout dans un grand bassin dont le fond est percé en passoire, et on lave en versant par-dessus de l'eau froide que l'on recueille dans des vaseâ glissés en dessous. On fait plusieurs lavages de ce genre, et l'eau qui en résulte est mise dans des chaudières et soumise à l'ébullition pendant douze heures pour la première eau, pendant quelques heures de plus pour la deuxième, et ainsi de suite pour les autres.

On verse cette eau dans des vases à boi*ds peu élevés, afin d* avoir une grande surface sur une faible profondeur, disposition qui favorise Féva^ t)oration et, par Buite, la cristallisation. Vingt-quatre heures après, on tetire les grumeaux de salpêtre accumulés dans le fond ; on les expose

six à huit heures au soleil pour les faire sécher, on les réduit alors facilement en poudre et l'opération est ainsi terminée. Le rapport moyen du salpêtre obtenu par rapport au guano esl un de salpêtre pourdix de guano.

L'art de construire des barques est assez peu développé au Cambodge. On peut classer ainsi les différentes embarcations dont se servent les Cambodgiens : les barques de luxe; les pirogues de course et les jonques de charge.

Les barques de luxe sont très longues, très fines de formes et elles sont couvertes par une bonne toiture qui règne d'un bout à l'autre abritant à la fois les passagers et les nageurs. Au centre» est un rouffle divisé en un ou deux compartiments, ou chambres, très confortables. Ces barques portent à l'avant un œil dessiné et peint de chaque bord, ainsi qu'une foule d'ornements dorés à l'avant et à l'arrière, figurant des dragons, des poissons ou des monstres mythologiques. Mais c'est surtout le rouffle que l'on embellit de préférence et où l'on prodigue la peinture et l'or.

Les pirogues de course ont généralement vingt mètres de long et sont tirées d'un seul tronc d'arbre ; elles sont nagées à la pagaie et comportent de trente à quarante hommes d'équipage. Ces pirogues sont peintes extérieurement au mareac et ont une sorte de ceinture d'ornements dorés. Al'avant et à l'arrière, on figure des singes, images, sans doute, de Hanuman, le fils du vent ; ou bien des dragons, des anges ailés * . . .

Les jonques de charge sont surmontées d'un grand toit imperméable, qui va de l'avant à l'arrière, et les côtés sont préservés par des volants que l'on met en place lorsqu'on veut garantir le chargement.

On nage à bord de ces. barques avec de longs avirons de galère et en se tenant sur la toiture. A contre courant, l'on est forcé de traîner ces barques à la cordelle le long des berges.

On trouve dans les maisons des Cambodgiens un peu aisés des bois de lit, des bancs, des coffres, des bottes en beau bois, dont l'assemblage n'est pas irréprochable, mais dont certaines parties sont sculptées avec goût et d'autres tournées.

Mais les Khmers ne sont pas aussi versés que leurs voisins les Annamites dans l'art difficile de l'incrustation; ils ne savent pas, comme ces derniers i incruster la nacre dans le bois dur et produire des dessins ra-» vissants rehaussés par les mille reflets habilement combinés de la nacre «

* Voir page 17.

Les Cambodgiens savent cependant incruster le talc, la nacre et même rivoirc, sur une sorte de mastic donl on recouvre préalablement le meulJe ou Tolget que Ton veut orner ainsi. Ce mastic appelé khuoc, se compose de mareac et de cendres de paille de chaume passées au tamis, le tout bien battu avec une baguette en bois d'abord et, ensuite, au marteau lorsque la matière a pris une certaine consistance. On applique ce mastic sur le bois avec une palette etla règle est delui donner une épaisseur double de celle de la matière à incruster. Ce mastic est appliqué par fraction plus ou moins grande de la surface à couvrir, suivant que Tincrusteur est plus ou moins habile; on ne mastique, en un mot, que les parties que Ton peut couvrir de nacre ou de talc en un jour, de telle sorte que 1<3 mastic n'ait pas le temps de sécher et puisse se laisser pénétrer par les petites découpures de la matière h incruster, que Ton enfonce alors par la seule pression des doigts.

Les sujets à figurer au moyen du ialc sont d'abord dessinés au crayon sur une feuille de papier, et couverts ensuite de découpures de talc de diverses couleurs. On prend ces petites feuilles de ta/c une à une sur le dessin au moyen d'un poinçon garni à la pointe d'un peu de cire et on les porte à leur place sur le meuble en pressant dessus pour les enfoncer.

S'il s'agit d'incruster de la nacre ou de l'ivoire, on place simplement sur le mastic frais les découpures, de manière à les faire adhérer, et une fois le dessin achevé, on passe sur toute la surface, en appuyant un peu, du mastic frais, qui pénètre dans les creux et les surfaces non couvertes par les matières incrustées. On ponce ensuite pour unir les surfaces et mettre h nu la nacre ou l'ivoire.

La damasquinerie est aujourd'hui inconnue au Cambodge, mais nous pouvons affirmer que les anciens Khmers ont excellé dans cet art, et nous en avons pour preuve les magnifiques sujets brahmaniques et mythologiques incrustés avec finesse, en fils d'or, sur la lame de l'épée antique des rois du pays.

Les travaux d'orfèvrerie et de bijouterie exécutés par les ouvriers khmers, avec un outillage bien incomplet et bien primitif, dénotent beaucoup de patience et une certaine habileté manuelle ; mais il ne faut y rechercher aucun art : les modèles sont toujours les mêmes et il est impossible de les décider h varier leur mode d'ornementation et le ton général de leurs dessins.

Kn fait d'objets d'orlèvrc^ric» faiiriqués dans le pays, et surtout dans les ateliers du roi, on remarque des vases, des coupes, des plateaux, des

gargoulettes, des fourreaux et des poignées de sabre, des bottes à tabac, à cigares et à bétel, des flacons de toute espèce...

Les bijoux soûl encore plus variés. Ce sont des colliers, des bracelets, chevillets, bagues, boucles d'oreilles, épingles à cheveux, plaques de ceinturon, reliquaires, amulettes de toute espèce, boutons d'habits.

Les bijoux sont presque toujours en or. Les boites, vases... sont en feuilles d'or, d'argent, de vermeil et de cuivre, embouties et ensuite repoussées. Les ciseleurs sont rares, mais il y a beaucoup d'ouvriers sachant repousser les métaux; ils les emboutissent de manière à leur faire figurer diverses formes, des fruits, par exemple, des animaux pris dans la nature ou dans le domaine mythologique. Ces objets sont confectionnés en deux parties s'emboitant plus ou moins bien et constituant des boites à parfums, à tabac fin pour cigarettes...

Pour refouler le métal, on suit au repoussoir les lignes d'un dessin tracé au crayon sur du papier collé sur la surface extérieure des boites. Avant de commencer ce travail de patience et de grands soins, on remplit les parties concaves intérieures d'un mastic composé d'une partie de résine, d'une partie de brique bien cuite pilée très fin, une très petite quantité d'huile de poisson et un peu de cire. C'est sur ce mastic, comme sur un coussin, que sont refoulées les parties du métal qui doivent se trouver eu creux. Ce mastic est retiré en soumettant l'objet fabriquée la chaleur.

Les Klimers donnent à lor de leurs bijoux une couleur rougoàtre à l'aide du procédé suivant : s'il s'agit, par exemple, d'une boîte à gants de grandeur moyenne, ils décapent d'abord en mettant l'objet dans un vase plein d'eau saturée d'alun que l'on fait bouillir assez longtemps. La boîte est mise ensuite dans un autre vase ; on la couvre d'eau pure et l'on chaulTe à l'air libre. Au moment derébullilion, on jette dans le liquide lit grammes de salpêtre, 55 grammes d'alun et 148 grammes de sel. Un instant après, on verse dans le vase un peu Je soufre ; on laisse bouillir encore un peu et l'on retire la boite. Si Tor n'a pas encore pris la teinte roug(^âtre voulue, on replonge la boîte dans l'eau bouillante, on y jette

une nouvelle pincée de soufre et ainsi de suite jusqu'à ce que la

coloration soit satisfaisante. 11 n'y a plus alors qu'à laver à l'eau froide.

Si la même boîte était en argent, pour lui donnner une belle couleur mate qui dure très longtemps, on saupoudre d'abord intérieurement et extérieurement^ on place l'objet au-dessus d'un feu de forge et l'on

chauffe jusqu'à ce que le métal prenne une couleur rose. Dès que ce résultat est obtenu, on laisse refroidir. Ensuite, on dépose la boîte au fond d'un vase, on la couvre d'eau dans laquelle on verse 370 grammes d'alun, et l'on fait bouillira Fair libre pendant environ une demiheure. L'opération est finie ainsi et il ne reste qu'à laver à Teau froide.

Ces ouvriers bijoutiers savent dorer l'argent et le cuivre, mais ils n'ont jamais pu parvenir à argenter le cuivre convenablement.

Parmi les autres industries, les plus importantes sont : la fabrication de l'eau-de-vie par la distillation du riz, diverses pâtisseries, des salines peu importantes sur la côte du golfe de Siam, la confection de peignes et éventails avec l'écaillé de la tortue Caret. . .

La principale place de commerce est, sans contredit, Phnom-Penh, la capitale, si merveilleusement située pour attirer sur son marché tous les produits du pays. Les autres marchés renfermant des produits spéciaux, sont : Compot pour le poivre ; Banam pour les céréales ; Compong-Luong pour le cardamome et lagomme-gutte de la province deThpong; Compong Chnang pour les poteries et la vente du sel au moment de la pêche dans le grand lac ; l'ile de Chnoc-tru, à l'entrée du lac, pour l'acbat du poisson salé et la vente d'étoffes, de sel, d'arec, d'o] ium, d'eau-de-vie et de riz pour la consommation des pêcheurs ; Pursatpour le meilleur cardamome ; Tîle de Ca-Sulin, sur le Mécong, pour le coton ; enfin Cratié, qui est un heu de transit entre le Cambodge ^{\eLaos.

Parmi les produits du Cambodge exportés en Cochinchine française, nous citerons: le colon, dont l'exportation a été en 1876 de 3,800,000 kilogrammes à l'état brut et de 11 0,000 kilogrammes égrené, le poivre, le sésame, les cocons, les soies grèges et tissées, l'indigo, le cardamome, la gomme-gutte, le sucre brut, les huiles de poisson et végétales, les résines, la cire d'abeilles et la cire végétale extraite par l'ébullition des amandes du chombac, les rotins et les joncs, les bois de construction et de teinture, la laque, la cannelle, lecurcuma, les poteries, les torches, les nattes fines, les matelas en compartiments superposables comme les châssis d'un écran, les viandes desséchées de cerf, de buffle et d'éléphant, les peaux et cornes d'animaux domestiques et sauvages, l'ivoire, les écailles de tortue, les plumes d'oiseaux, le fer, les bœufs de boucherie^ les bulfles et quelques chevaux, le poisson frais et salé du grand lac.

Quelques-uns de ces produits sont expédiés en Europe, ainsi : le poivre, les peaux elles cornes. Certains autres suivront bientôt, sans doute, la même voie, surtout les cocons bien séchés et pressés, la soie grège mieux dévidée qu'elle ne Test aujourd'hui, le coton mieux égrené et pressé, Tortie de Chine, le tabac, le sucre, les écailles de tortue caret, lagomme-gutte, la cire, la' résine, les bois de construction et d'ébénisterie.

Les articles d'importation de provenance européenne, sont : le fer forgé, les canons, les petites armes à feu et la poudre, le plomb, le fil de fer et de cuivre, le ferblanc, le zinc, les articles de quincaillerie, de mercerie, de parfumerie, de carrosserie et bourrelerie, d'horlogerie, le drap noir, la cotonnade, les pagnes confectionnés sur le modèle de ceux des indigènes, des eaux-de-vie, des parapluies et parasols, des savons...

La Cochinchine française fournit au Cambodge : le riz qui lui manque pour la consommation de ses habitants (il en vient aussi de Battambang), du sel, de la chaux à bétel et à bâtir, des noix d'arec fraîches et séchées, des huiles de coco, du nuoc-mam (eau de poisson salé), des fruits de toute espèce, des nattes a voiles, des cordages en noix de coco, du chanvre d'ortie de Chine, des sacs en paille et des nattes communes, des pailles pour les toitures des maisons.

Viennent de Chine, les articles suivants :1e salpêtre, l'alun, l'or en feuilles, en fil et en bcirres, certains fruits frais, des fruits confits et des confitures, de la cannelle, des soieries, le papier, les clous, les couleurs préparées, les plateaux en cuivre, du camphre, des coftres et des malles en bois laqué et en cuir vernis, des ails confits, des bâtons odoriférants, des drogues de pharmacie.

Sincapoore envoie des bois débités et surtout des planches. Enfin, on tire de l'Inde l'opium, le thé et les plus belles étoffes de soie.

Les Cambodgiens ne distinguent que deux saisons d'égale durée à peu près ; la saison des pluies qui commence en avril et finit en octobre, et la saison sèche qui suit et finit en mai. Ces saisons correspondent aux moussons qui soufîlent constamment dans la mer de Chine et qui se

partagent Tannée en deux. La mousson du nord-est détermine la saison sèche, tandis que la mousson de sud-ouest est pluvieuse, au moins dans la Cochinchine française et le Cambodge.

Dans ces pays-là, où la température est toujours élevée, la végétation ne subit l'influence que de la pluie et de la sécheresse. Les plantes et les arbres à racines assez profondes pour s'imprégner de l'humidité qui est dans le sol, prospèrent toute Tannée et fleurissent à des époques déterminées indépendantes das pluies. Les autres plantes végètent ou meurent durant la saison sèche, et ce n'est qu'à l'aide d'un arrosage abondant que Ton parvient à sauver celles auxquelles on tient le plus. Vers les mois d'août et de septembre, les pluies sont tellement fortes qu'elles deviennent alors un inconvénient pour certaines plantes qu'il faut garantir au moyen de toitures légères en paillottes.

La rosée a beaucoup d'influence sur la végétation pendant la saison sèche; les nuits calmes, sereines et relativement fraîches de cette époque de Tannée, favorisent la formation delà rosée et c'est elle qui entretient la vie des plantes et surtout des fourrages, qui mourraient sans cet arrosage quotidien, naturel et bienfaisant.

Le climat du Cambodge est chaud. La température moyenne est de 28 degrés centigrades ; en novembre et décembre, elle s'abaisse jusqu'à J8 degrés; les soirées et les matinées sont alors agréables. La température maximum est de 36 degrés.

Comme tous les climats chauds, le Cambodge n'est pas très sain pour les Européens; il est loin néanmoins d'être aussi dangereux que dans certains pays intertropicaux où TEuropéen est constamment exposé à contracter des maladies terribles. Lorqu'on n'est pas astreint à faire des travaux pénibles et suriout des courses au soleil, que Ton peut, eu outre, se loger, se vêtir et se nourrir convenablement, le séjour dans cette contrée est presque sans danger, pourvu qu'on ne le prolonge pas au delà d'une période continue de trois ans. Ce délai passé, il convient d'aller reprendre des forces en Europe, d'y séjourner au moins un an, c'est-à-dire les quatre saisons, pour retourner ensuite dans ce pays si les besoins du service ou des affaires Texigent.

La saison sèche est assez saine ; Tair est sec alors et la température des nuits supportable. Pendant les brises rafraîchissantes de nord-est, le thermomètre atteint son minimum de 18 degrés. On peut dormir sans être incommodé par la transpiration et par la présence des moustiques, qui sont plus rares dans cette saison. Il faut seulement faire attention

au soleil dans le jour, car il est alors très ardent et nullement voilé par les nuages qui sont très intenses dans Tautre saison.

La splendeur des clairs de lune est incomparable pendant la saison sèche ; les Cambodgiens en profitent pour s'amuser alors les nuits entières, mais il ne faut pas avoir affaire à eux le lendemain^ qu'ils passent h dormir profondément.

La saison pluvieuse est moins salubre; Thumidité est considérable et atteint tous les objets. La chaleur est aussi très forte, et ce n'est qu'après les grains, les orages, les fortes pluies, que la température, un peu rafraîchie, devient supportable. Avant les orages^ au contraire, Télat électri(|ue de l'atmosphère agit si fortement sur l'organisation que Ton trouve alors la chaleur accablante, bien que le thermomètre ne s'élève pas au-dessus de 30'' centigrades.

La cause principale des maladies chez les indigènes est, en grande partie, dans la légèreté ou Tinsuffisance des vêtements. On pourrait en dire autant des Européens imprudents qui ne prennent aucune précaution contre Thumidité et la fraîcheur des nuits. C'est cette humidité et les variations brusques de la température qui déterminent les maladies de ventre et les bronchites aiguës souvent très dangereuses.

Les brouillards sont rares, mais ils sont quelquefois très intenses.

Les épidémies sont peu fréquentes dans le sud de Tlndo-Chine ; aucun cas de peste ou de fièvre jaune n'a été observé depuis notre occupation, c'est-à-dire depuis 1860. Le choléra asiatique qui lit des ravages à cette époque parmi la population européenne et indigène surtout, a presque disparu depuis quelques années.

La variole, qui est une maladie endémique dans cette contrée, n'atteint guère que la population indigène, et plus particulièrement les enfants. La vaccine, que nous avons introduite dans le pays, a déjà produit d'heureux résultats.

Les fièvres intermittentesd'origînemarécageuseappauvrissent le sang des Européens qui séjournent trop longtemps dans le pays, et les conduisent à l'anémie et quelquefois môme à la mo»t. Une autre cause d'affaiblissement est le climat toujours trop chaud pour les étrangers. Cependant, les fièvres de l'Indo-Chine n'ont pas la gravité de celles, par exemple, du Sénégal, du Gabon, voire même de Maurice et de la Réunion.

La dyssenterie est la maladie endémique la plus connue dans la Cochinchine française et dans quelques contrées du Cambodge. On a

pu constater aussi quelques cas assez rares de coliques sèches, et des cas plus fréquents d'hépatites se terminant par des abcès au foie.

La diarrhée chronique est, en Cochinchine française surtout, le plus souvent le début ou la suite de la dyssenlerie. On meurt souvent en Europe des suites de la diarrhée contractée dans ce pays-là.

Les convalescents de fièvres se rétablissent habituellement en prenant la mer pour rentrer dans des pays tempérés.

Les moments de transition d'une mousson à Tuutre sont des époques pendant lesquelles on se porte le plus mal. Il faut prendre des précautions spéciales à ces moments-là. Ces époques correspondent aux mois de mai et d'octobre. Une sécheresse exceptionnelle pendant la période des pluies, et les orages pendant la saison sèche, sont les occasions de nombreuses maladies, ou produisent tout au moins un malaise général.

Les moyens de préservation les plus indispensables consistent à éviter les insolations et les excès alcooliques. Dans les épidémies de variole et de choléra, il faut s'isoler de la première en ne communiquant avec aucun varioleux et éviter surtout le soleil quand règne la seconde.

Les indigènes sont au moins autant que les Européens atteints de ces diverses affections et nous allons dire quelques mots des moyens employés par leurs médecins pour les combattre. Pour faire connaître les traitements médicaux appliqués aux diverses maladies qui affligent les Rhmers, nous pensons que nous ne saurions mieux faire que de donner une analyse sommaire de quelques extraits de leurs livres de médecine, car les traités sur la science de guérir les maladies qui désolent l'espèce humaine ne manquent pas au Cambodge et Ton serait, comme on va voir, plus fondé a en contester la quahté que la quantité.

Les accouchements sont faits uniquement par les sages-femmes et jamais les médecins n'interviennent. L'accouchement est presque toujours laissé aux seuls efforts delà nature. Dans les cas difficiles, l'accoucheuse agit par des manœuvres externes et jamais elles ne pratiquent le toucher vaginal ou rectal. Cependant, dans le cas de présentation du siège on refoule l'enfant dans l'utérus au moyen d'une boule de coton que Ton maintient dans le vagin ; et, par des manœuvres extérieures sur l'abdomen, on cherche à opérer la version. On peut aussi, dans ce cas, dégager les pieds s'ils sont déjà avancés dans le détroit inférieur et terminer l'accouchement par des tractions sur les pieds.

Si l'enfant présente h la fois un bras et un pied, on le refoule au moyen de la boule de coton et Ton s'efforce, par des manœuvres abdominales externes, de maintenir les membres déjà présentés et d'opérer la vef sion . Les accoucheuses indigènes sont d'accord pour reconnaître que ces cas sont très difficiles et très dangereux pour la mère et pour l'enfant.

Si l'enfant est mort dans le sein de la mère, on presse sur le ventre de celle-ci jusqu'à ce que le fœtus sorte. Si son issue est reconnue impossible, on coupe successivement les membres avec un couteau et l'on retire Tenfant par morceaux.

Généralement l'accouchement se fait d'une manière naturelle. Le bassin de la femme cambodgienne est, du reste, assez développé, et il y en a trop peu de difformes, pour que les cas où Ton est forcé d'employer le couteau soient fréquents.

En aucun cas^ on ne coupe le cordon avant l'issue du placenta. Dès que la femme est délivrée, on presse sur l'abdomen dans tous les sens pour faire sortir le sang qui pourrait séjourner dans l'utérus; on la lave à l'eau chaude et on lui applique sur le ventre une pierre ovale et chauffée. La malade ne doit toucher à rien de froid, et toute nourriture, ou boissons absorbées par elle doivent être chaudes. jElle est ensuite placée sur un lit sous lequel on entretient constamment du feu pendant neuf jours au moins et trente jours au plus.

L'expérience semble avoir établi dans ce pays-là que les femmes en couches bien enfermées et soumises à une température constante et élevée échappaient aux péritonites.

Les femmes cambodgiennes prétendent connaître et savoir traiter la fièvre de lait.

Lorsque la délivrance est difficile, il faut faire prendre à la malade une potion préparée avec des racines d'une malvacée (Sida-Scoparia), du Phlong rouge, du Slap-tea (Uex-aquifolrum) de la famille des Ilicinées. Ces substances, prises par portions égales, sont pilées ensemble dans un mortier avec addition d'alcool aussi pur que possible.

Avant d'administrer la potion, il est nécessaire de rendre hommage à Dhamwantari, le dieu de la médecine, en brûlant à son intention des baguettes odoriférantes et en offrant des feuilles de bétel, des noix d'arec et, enfin, des chiques masticatoires d'arec toutes prêtes. Il va sans dire que les sages-femmes récitent des mamtrams pour la circonstance et que la guérison est autant attribuée à l'effet de ces prières mystiques qu'à l'influence du médicament.

Les potions avorlives sont connues des médecins, mais elles peu employées.

Les mères allaitent leurs ealanls jusqu'à l'âge de trois et

môme de ^^H

pjgoOe cambdilyicniiu. De=Bio de M. JUréclinl.

mire ans quelriucfois ; mais on les bourre de bonne heure de riz eu 3 bananes et de gâteaux.

Lorsqu'une femme a fait une fausse couche, ou appelle vile un mag

cien, qui met le fœtus dans un pot en terre qu'il tient dans la main gauche, tandis que la droite est armée d'un sabre. Ensuite, le magicien se rend sur le bord du cours d'eau le plus voisin, prononce des imprécations contre Favorton, rompt le \ase d'un coup de sabre et se retire aussitôt abandonnant le tout au courant.

Il y a des sorciers qui gardent en secret ces fœtus, qui sont censés contenir des esprits diaboliques et qui permettent à leurs possesseurs de faire arriver le mal qu'ils veulent à leurs ennemis.

Certains médecins cambodgiens passent pour connaître le moyen de faire cesser la stérilité.

Le traité sur la variole dit que si la maladie débute à Tombilic, on la désigne sous le nom de Socong-Sremot. Prendre une partie de soufre^ une partie de fiel du serpent boa, une fleur du Rhlen-chan-craham, une fleur du Cuhea, mêler ces substances, exprimer et donner cette mixture en potion. Cette médication a pour effet de s'opposer à la marche de la maladie. Le malade doit être surveillé attentivement. Une amélioration sensible se manifeste bientôt après l'usage de cette potion.

Si la variole commence à se montrer à la tête, on la nomme Hemarat-meali. Prenez des racines de Cabal-pram-bey une partie, des rhizomes de Prea-angcal une partie, des yeux de plumes de paon une partie, du papier sur lequel a été appliqué un cachet (ne prendre que l'empreinte du sceau), mêlez, faites torréfier, écraser et réduire en poudre fine, ajoutez de l'eau. En potion et frictions du haut en bas sur le corps. Un mieux sensible suit l'application de ce médicament.

Suivent une foule de prescriptions du calibre des précédentes et variant suivant que la variole se manifeste d'abord sur telle ou telle partie du corps, suivant que les débuts sont oui ou non accompagnés de fièvre et de douleurs et les différentes formes que peuvent présenter les boutons de l'exanthème.

Pour guérir la constipation, prendre Técorce de citronnier, des fruits de borassus coupés en morceaux, faire sécher, réduire en poudre fine, ajouter du miel d'abeilles et avaler en pilules.

On calme les coliques en buvant un bol d'eau tiède dans laquelle on a mis une petite quantité de camphre.

Dans le cas de coliques et tenesme, prendre d'abord du poivre, de l'oignon, piler ensemble, ajouter de l'alcool et prendre en potion. On fait aussi quelquefois des brûlures à la peau du ventre pour faire disparaître les coliques.

Pour la diarrhée, mettre des racines de candal-bat et du tabac chinois haché menu dans trois mesures d'eau et réduire au tiers du volume par TébuUition. Potion.

S'il s'agit de la dyssenterie, il faut couper l'écorce du pon sur l'arbre même et à une hauteur supérieure h la hauteur du nombril de la personne malade. Faire bouillir dans trois mesures d'eau et réduire à une par TébuIIition. Potion. Après cette potion, faire griller du riz, le piler, ajouter de l'eau. A prendre dans la journée en tisane.

Dans les fièvres éruptives, rougeole, scarlatine... siJ'affection débute un samedi, prendre des feuilles de bananier qui commencent à sécher, se procurer de l'eau qui ait servi à désaltérer un coq de combat, égaliser les doses. Potion.

Si c'est un lundi suivent une foule d'autres recettes pour guérir la

fièvre, la rage, les maladies d'yeux, les piqûres de serpent, les abcès, les douleurs, le hoquet, les dartres, l'oppression, l'asthme, l'hydropisie, les bronchites, la lèpre, l'obésité...

Lorsqu'on a ordonné un purgatif trop énergique, on remédie à la superpurgation en donnant à boire au malade le suc d'une canne à sucre torréfiée; ou bien encore, on lui fait avaler une bouillie de riz, àlaquelle on ajoute de la cire d'abeilles. Quelquefois, on prescrit un bain.

Au Cambodge, on attribue au bois d'aigle des propriétés médicinales extraordinaires. On frotte avec ce bois les parties malades; et dans les maladies internes, il suffit de frotter le bois contre les parois du bol qui contient la mixture à prendre pour augmenter la puissance du médicament.

Les médecins connaissent, paraît-il, des potions somnifères, très sûres et dont les voleurs se servent pour endormir les gens qu'ils veulent dévaliser.

Nousn'avons jamais vu au Cambodge les médecins pratiquer la chirurgie; ils sont, au contraire, les seuls citoyensqui soient un peu versésdans la chimie et la pharmacologie ; ils connaissent les simples, leurs quaHtés, et leur science ne va guère au delà. A cet égards les médecins-pharmaciens chinois, établis dans ce royaume, leur sont bien supérieurs et le peuple s'adresse de préférence à eux très souvent.

Les cadeaux faits aux médecins, après guérison, se composent généralement de cinq coudées de cotonnade blanche et d'une pièce d'argent cambodgienne de la valeur de quatre francs.

Quelquefois, c'est cinq coudées de cotonnade, quatre francs, du bétel,

de la noix d'arec, quatre poignées de riz cuit, une bougie obligatoirement offerte sur une tranche de tronc de bananier.

En donnant ici un aperçu sur la faune du sud de Flndo-Chine, nous n'avons pas la prétention d'écrire une page d'histoire naturelle et nous nous contenterons d'indiquer simplement les animaux utiles et nuisibles qui vivent sur le sol ou dans les eaux des lacs et des fleuves de cette contrée.

Disons d'abord quelques mots sur ce pays au point de vue de la faune générale.

L'extrémité méridionale de la grande presqu'île embrasse les embouchures du Mëcongel du Don-Naï. La plus grande partie est basse et de formation récente, résultat d'alluvions apportés chaque année par les débordements périodiques du Mëcong. Près de la mer, le pays est coupé dans tous les sens par des arroyos séparés par des mangliers ou palétuviers, et par des plaines marécageuses couvertes d'eau saumâtre à la pleine mer dans la mousson de nord-est, et pleines d'eau pluviales pendant la mousson opposée.

Un peu plus haut, le pays est très propre à la culture du riz et à d'autres plantes d'un usage économique ou domestique.

Les bords des cours d'eau sont assez peuplés, mais dans l'intérieur du pays apparaissent d'immenses plaines désertes et couvertes de hautes herbes.

La constitution du sol fait de ce pays une région essentiellement propre à la nature vivante sauvage, qui trouve partout la sécurité, malgré le voisinage de l'honime.

Du côté de l'Empire d'Annam et du Cambodge, le pays est plus élevé et même montagneux : il y a des forêts qui offrent aux animaux un abri sûr et, sur beaucoup de points, des fourrés impénétrables àThomme. Dans beaucoup d'endroits, les dépressions du sol forment d'immenses lacs et des étangs, ou bien des marais couverts de graminées gigantesques.

Ces marais, et les profondes forêts qui les entourent, offrent aux animaux de haute taille, éléphants, rhinocéros, buffles, bisons et bœufs sauvages^ les éléments d'une existence facile, non tourmentée et on les

y rencontre en troupeaux nombreux. On est tout étonné d'y voir de grands échassiers qui y vont cacher leurs amours et assurer Texisfence de leur progéniture.

Les clairières qui parsèmentles forêts sont souvent sèches et couvertes d'herbe fine et, enfin, de grêles arbustes qui donnent aux différentes espèces de cerfs les conditions d'alimentation qu'ils recherchent.

La flore forestière, excessivement variée, offre aux quadrumanes une alimentation abondante, qui explique l'immense développement de leurs bandes, dont la quiétude n'est guère troublée que par la poursuite que leur font les grands reptiles que l'ombre de ces forêts -couvre. Des félins d'un grand nombre d'espèces y abondent et trouvent partout une proie facile. Le petit ours à miel recherche, sans bruit, sous leurs couverts les essaims d'abeilles. Les oiseaux forestiers y pullulent et sont remarquables par leur voix et la vivacité de leur plumage. Les légumineuses, les ficus et une foule d'autres arbres y attirent toutes les espèces d'oiseaux qui s'y multiphent en toute Hberté. Des pigeons de plusieurs variétés y forment des agglomérations importantes. Un grand nombre de gallinaeées, tels que paons, faisans, coqs et poules sauvages, habitent les clairières et les hautes futaies qui les bordent.

Les insectivores apportent dans ces solitudes l'agrément de leur chant et trouvent facilement leur nourriture en se jetant sur les innombrables tribus d'insectes qui attaquent les arbres morts, ou sur le point de finir leur existence.

Des pics de toutes tailles frappent les troncs d'arbres morts, et le silence des forêts est parfois troublé par la résonnance toute particulière de leurs coups de bec cadencés, aussi bien que parleur cri strident.

Partout apparaissent des fourmis gigantesques ; quelques-unes élèvent sur leurs galeries souterraines d'énormes monticules d'une terre compacte qui se couvrent quelquefois de végétation.

Les géants des forêts disparaissent enlacés par d'énormes lianes, dont les ramifications constituent des antres profonds et sombres où se dissimulent, pendant le jour, toute une série de rongeurs et d'édentés pour lesquels la nuit est la condition d'existence active.

D'énormes chauves-souris vivent pleines d'activité dans le demi-jour de ces ombrages; d'autres, de plus petit volume, passent des ombreà épaisses dans le réseau des branches .

Lorsqu'on pénètre le jour dans ces forêts la tranquillité semble être complète; on les dirait dépeuplées et pourtant nulle part on ne peut

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5ui pa%s u'est plus riche au point de me de la faune que le sud de riiid/>-Chioe. qui se dislingue entre toutes panni les ripons intertropieakrs par les éléments d entretien qu elle fournit à tous les ordres de riii^toire oaturelle : de Teau partout, un soleil arieuL un sol riche. Voflâ a»«urémefit Afti conditions meneiUeuses pour que la génération soit toujours eu acti%ité.

1^ {plupart des pobsous qui pullulent dans les fleuves et les rivières d/; ee pay« jouissent de la faculté de pouvoir vivre assez longtemps en Ait\u$r% d'nlUti pourqu*ils puissent, dès qu'il a plu, en sortir et gagner en rampant le» bas-fonds où les eaux des pluies leur apportent une riche pitance qu'elles ont prise à la surface du sol environnant. U en est qui

marchent effectivement en s'aidant de leurs nageoires pectorales. Ces petits animaux sont curieux: ils ont de grands yeux saillants et brillants qui leur donnent un aspect particulier de vivacité ; ils courent sur les vases comme des lézards et ils doivent pouvoir vivre assez longtemps en dehors de l'eau, car on les voit traverser de larges rivières la tôte entièrement émergée *. .^

Passons maintenant en revue les animaux domestiques et sauvages, et commençons par l'éléphant, le plus gros et le plus intéressant de tous.

L'éléphant existe au Cambodge, dans le Laos et h Siam, à l'état dômestique et à l'état sauvage. On en compte deux espèces : les tomrey-phluc (éléphants à ivoire) et les tomrey-sda, qui n'ont jamais de défenses. Les premiers sont les plus grands^ les plus recherchés et les plus chers ; ils servent de monture aux grands seigneurs, tandis que les seconds, qui sont les plus forts, les plus doux et les plus aisés à dresser, sont plus spécialement employés aux transports.

Dans un pays privé de bonnes routes et de ponts comme le Cambodge, l'éléphant est d'une grande ressource pour les voyageurs elles commerçants ; deux ou trois personnes, sans compter le cornac qui est à califourchon sur le cou, peuvent se placer dans le palanquin d'un éléphant et avoir avec eux deux ou trois jours de vivres.

Un éléphant moyennement chargé peut faire de huit à dix lieues kilométriques par jour, moitié le matin et moitié le soir, pourvu que, à chaque station, il ait de l'herbe à mauger et de l'eau à boire et pour se baigner.

L'éléphant se reproduit fort bien en captivité et il n'est pas de cornac, ou gardien, qui ne les ait surpris plus d'une fois se préoccupant de la reproduction de leur race On a constaté que pour que l'accouplement ait lieu, il faut que le mâle et la femelle à la fois soient en rut. Les mâles qui se trouvent en cet état deviennent furieux et très dangereux s'ils n'ont pas à leur portée une femelle se trouvant dans les mêmes dispositions. On les entrave alors si l'on a pu s'en apercevoir à temps ; et si l'on a négligé cette précaution, la bête cherche à fuir vers les forêts et devient absolument intraitable. Lorsqu'un éléphant en rut est parvenu à s'échap-

* Les considérations qui précèdent sur la faune générale de rinJo-Ghiiie sont extraites presque littéralement d'une note que nous devons à Tobligeance de M. Germain, médecm-» vétérinaire de l'armée, qui a été longtemps détaché en Cochincbine, où il a su, tout en remplissant, comme il le devait, ses devoirs militaires, se livrer à des travaux scientifiques remarquables.

per, des hommes le suivent partout en battant avec force le tam-tam derrière lui^ ce qui est un avertissement connu de se garer sur le passage. Le rut dure sept à huit jours aux mules comme aux femelles s'il leur a été possible de s'accoupler; dans le cas contraire, il peut durer un ou deux mois.

Les éléphants s'accouplent à la manière des aulres gros quadrupèdes, buffles, bœufs, chevaux. Ceux qui ne sont pas employés à des travaux pénibles deviennent en chaleur une ou deux fois dans l'année ; s'ils fatiguent journellement, ils peuvent passer plusieurs années sans entrer dans cet état. La durée de la gestation est de douze mois et il ne naît jamais qu^un seul petit qui tète pendant deux ou trois années. La durée maximum de l'existence d'un éléphant ne dépasse pas cent ans.

La nourriture ordinaire de ces énormes pachydermes se compose d'herbes sauvages, de feuilles d'arbres, de bambous, de joncs... mais ce qu'ils aiment par-dessus tout ce sont les cannes à sucre ; aussi, on entend souvent les moralistes indigènes prétendre, que « laisser une fille seule à côlé d'un garçon, c'est faire garder une plantation de cannes à sucre par un éléphant. »

Les cornacs un tant soit peu intelligents font de leurs élèves à peu près ce qu'il veulent : nous avons vu des éléphants saluer, se prosterner au commandement du cornac ; d'autres qui se couchaient et se relevaient sur un simple signe, ou qui avançaient et reculaient, s'inclinaient pour éviter un obstacle placé au-dessus d'eux, ou bien qui, au commandement, brisaient des barrières, débarrassaient la route d'un obstacle quelconque, ramassaient avec leur trompe un objet quelquefois très petit... Tous, en tout cas ,sont dressés à lever et plier la patte droite de l'avant de manière à former une sorte de degré d'escalier commode pour s'élever à hauteur du palanquin s'appuyant sur Téchine.

On dit les éléphants très reconnaissants à l'égard des cornacs qui les traitent bien, et il n'es! pas rare de les voir secourir ceux-ci lorsqu'ils sont exposés à un danger quelconque sous leurs yeux. Mais il est arrivé aussi que des conducteurs ont payé de leur vie un acte de brutalité exercé sur leur monture.

Les cornacs sont presque tous quelque peu vétérinaires; ils connaissent et ils emploient des simples efficaces peut-être pour certaines affections, mais ils s'en servent en toute occasion en les assaisonnant de quelques formules de prières inventées sous l'influence de la plus grossière superstition.

t.K ROYAUMa DU CAMBODGE 65

Un ék^phaiil au(]Ufl il n'a poussé qu'une défense est un animal prédestiné à porler bonheur ù l'officier qui le iiionfe à la guerre. Une trompe de belle longueur qui louche h terre quand la léle de la Ule est dans une position naturelle, est un indice de race pure. Une bosse sur le dos, un dos Irts \oùté, sont des marques tic beauté et les indices de belles qualités intellectuelles.

A l'élatsauvage, l'éléphanl est un animal dévastateur et les cultivateurs le redoutent beaucoup; ils vont par bandes nombreuses, et si l'on en rencontre parfois d'isolés, ce sont d'énormes mâles, puissants et pouvant se passer de toute protection. Les mères n'abandonnent jamais leurs petits et sont très redoutables pour les voyageurs qui passent à leur portée cl surtout pour les chasseurs on quèle d'éléphants jeunes.

Les éléphants se tiennent généralement dans les vastes clairières marécageuses où poussent de grandiis herbes, des joues et des bambous

es LE ROYAUME DU CAMBODGE

épineux et loin de tout chemin fréquenté. Ils n'attaquent pas Thomme, à moins qu'ils ne soient chassés ou que Ton passe trop près d'eux.

La trompe et les pattes d'un éléphant sauvage passent pour être des morceaux délicats.

Le rhinocéros n'existe aujourd'hui au Cambodge qu'à l'état sauvage. Autrefois, s'il faut en croire la tradition, on en élevait dans les environs de la capitale pour les combats qui s'engageaient, à certaines fêtes de l'année, devant le palais du roi.

Le rhinocéros vit dans les endroits marécageux, boisés, et, comme l'éléphant, il mange les grandes herbes et les feuilles de bambous sauvages . Sa corne est un talisman précieux, et on en râpe un peu dans les médicaments pour leurdonnerdes propriétés curatives qu'ils ne sauraient avoir sans cela.

La peau du rhinocéros grillée et ensuite bouiUie longtemps avec des épices est un mets assez recherché.

Il y a au Cambodge plusieurs variétés de porcs; l'espèce la plus commune est celle connue en France sous le nom de porc du Tong-King. Ces animaux ont les pattes relativement courtes, le corps énorme et le ventre traînant à terre. On les nourrit avec le résidu du riz pilé, des troncs de bananier hachés et certaines plantes très communes aux bords des étangs. Leurcliair est excellente et saine : on en fait une grande consommation dans toute l'Indo-Chine.

Le sanglier, chruc-prey (cochon des forêts), est très commun; il dévaste les plantations de patates et de mais ; il est bien plus petit qu'en Europe et moins dangereux pour les chasseurs.

Les chevaux du Cambodge sont petits, comparés à ceux que produisent les autres contrées de l'Indo-Chine. Leur taille varie entre l^jîO et 1",25. Us ne peuvent que très rarement être attelés seuls et encore moins être affectés au service de la selle. Néanmoins, ces chevaux sont bons, ardents, forts pour leur taille, vigoureux s'ils sont bien nourris el bien entretenus. La tête des chevaux cambodgiens est souvent trop forte; elle est soutenue par une encolure relativement grêle, chargée de crins épais et forts. Leur croupe est généralement avalée, inclinée et étroite, ce qui contribue à rapprocher les membres postérieurs les uns des autres, et surtout les jarrets qui se touchent quelquefois. Il arrive aussi que les jarrets sont coudés, ce qui engage les membres postérieurs sous le corps et nuit aux aplombs.

Les Cambodgiens ne ferrent ni les chevaux, ni les bœufs, ni les bufQes«

Le buffle existe au Cambodge à Télal domestique et à l'élat sauvage. Les cultivateurs se livrent à Télève de ces animaux si utiles àTagriculture et qu'ils trouvent à vendre un bon prix aux Annamites de la Cochinchine.

Le buffle est ombrageux et facile à s'émouvoir à la vue de toute personne, ou objet, qu'il n'a pas l'habitude de voir. Le buffle sauvage est extrêmement dangereux.

Le bœuf domestique, de l'espèce dite h bosse ^ est petit, bien proportionné et fournit, une fois gras, une excellente viande de boucherie. Les bœufs de- trait, qui appartiennent à la même espèce améliorée, sont plus grands de taille^ bien conformés et parfaitement appropriés aux exigences du pays et du climat; ils sont rapides et pleins de feu.

Les éleveurs pratiquent la castration sur les mâles avant le dixième mois, excepté sur ceux destinés à faire des taureaux. Ces animaux, même ceux qui n'ont pas été châtrés, sont d'ordinaire très doux et faciles à conduire.

Le bœuf sauvage le plus commun est de couleur grise ; il est très haut de taille et il a ses cornes régulièrement contournées en arrière. On prend au piège les petits de cette espèce pour opérer plus tard des croisements avec la race domestique. Ces croisements fournissent des bœufs coureurs superbes, vigoureux, infatigables.

Un autre bœuf sauvage, appelé dans le pays ansong, a les cornes recourbées en avant; il n'est guère plus gros que le bœuf domestique et a, comme ce dernier, le poil rougeâtre.

11 existe, en outre, une autre espèce de bœuf sauvage, le khting, qui est le plus fort et le plus intraitable de tous. Son poil est noir et luisant. Il existe deux variétés de khtings : le khting-cha, qui a les cornes plusieurs fois contournées sur elles-mêmes, et le khtîng-pos (khting des serpents), dont les cornes sont très fortes, extrêmement pointues et courbées en avant comme celles du buffle. Il est ainsi nommé parce que, disent les indigènes, il mange, à l'occasion, des serpents.

La corne du khting, portée en amulette, préserve de la morsure des serpents. Les habitants des forêts ont une crainte superstitieuse de ce bel animal; ils vantent son courage, son adresse, et ils le supposent invulnérable.

On compte plusieurs espèces de cerfs : lepros^ qui atteint la grosseur d'un âne ordinaire ; Yélan, très remarquable par ses beaux bois ; Y axis et quelques autres espèces de taîUe moins élevée; enfin, le chlu, sorte de petit cervulus d'une finesse et d'une agilité extrêmes.

Il y a aussi plusieurs espèces de tigres :1e tigre royal [felis tigris)^ dont la peau est rayée de longues bandes noires et jaunes et qui atteint jusqu'à deux mètres de longueur ; le tigre étoile, qui est plus petit et dont la peau jaunâtre est marquée de taches noires ; enfin^ le chat-tigre [ca tus- f élis) ^ qui est très commun.

Les panthères sont plus rares et n'atteignent pas une grande taille.

Les chats domestiques n'offrent rien de particulier que la forme de leur queue, qui est naturellement tordue et ramenée en paquet sur Farrière-train.

Les chiens ont la tête du renard et le poil presque toujours rougeâtre.

Le chachac est une sorte de chacal assez commun dans les forêts.

Les singes sont nombreux et d'espèces variées . Le plus gros et le plus beau est le gibbon, dont le poil long et noir est bien remarquable.

Des écureuils de plusieurs espèces pullulent dans les plantations de cocotiers, recherchant les cocos qu'ils percent pour en boire le lait. 11 y a une variété blanche qui fait moins de dégâts que les autres.

Le pangolin [manis-laticanda)^ se nourrit d'insectes et surtout de termites, et, pour cette raison, il conviendrait d'en favoriser la reproduction.

Le hérisson est assez commun, mais il n'offre rien de particulier au Cambodge.

Les loutres s'établissent dans les anfractuosilés des berges des cours d'eau et se jettent sur les poissons qui s'approchent du rivage. Il est extrêmement facile de les plier à la domesticité.

Il y a plusieurs sortes de rats noirs et de souris, ainsi que de rats musqués et des rats-taupes.

La roussette, ou grosse chauve-souris frugivore, abonde au Cambodge. Les Khmers, et surtout les Chinois, en estiment fort la chair. On compte six autres espèces de chauves-souris insectivores.

Voilà pour les mammifères, et nous ne pensons pas en avoir oublié d'importants. Passons aux oiseaux et commentions par les rapâces, dont quelques-uns sont diurnes et les autres nocturnes.

Il y a plusieurs espèces d'aigles-pêcheurs (pygargue) ; la plus commune est rhaliastus-ponticerianus, qui a la tête blanche et les ailes rousses.

. L'haliastus-ycthyastus est plus grand; il a la tête grise, la poitrine brune et les ailes brun foncé.

Plusieurs espèces d'aigles. Le plus commun est Taquila-pennata, qui a la poitrine et le ventre blancs et la nervure médiane formée de plumes brunes. — L'aquila-malayana est noirâtre; il est grand voleur de poussins, de cannetons et de tous petits cochons. ..

On compte plusieurs espèces de vautours. Le faucon du pays a Tœil rouge et le plumage grisâtre.

Parmi les rapaces nocturnes, nous citerons: le ketupa-ceylonensis, un hibou qui détruit les rats et les couleuvres; le kelupa-javanensis forme une autre variété; le chat-huant et enfin deux espèces de chouettes, le stryx-javanica elle stryx-candida. dont le chanta la propriété de beaucoup effrayer les Cambodgiens.

Deux espèces de perruches extrêmement jolies de formes et de plumage, la conurus-mîilaccensis, qui a le bec rouge, et la palœornismelanorynchus, qui a le bec noir.

Deux espèces de calaos : la grande espèce, à gros bec noir et rose, communément appelée calao-bicorne et la petite espèce bucerosmalabaricus.

Nous ne connaissons, au Cambodge, qn'une seule espèce de coq-depagode.

Les espèces de martins-pêcheurs, ou alcyons, sont nombreuses ; ils ont tous la tête forte et le bec très long, mais ils diffèrent énormément parle plumage. Le plus commun est grisâtre. Une autre espèce (coraciasaffinis), connue sous le nom de rollier, a le plumage bleu, à reflets mé-. talliques d'une grande richesse ; sa peau est exportée en Chine où elle sert à garnir les vêtements de l'empereur et des princes.

La veuve (copsichus-saularis) est remarquable par sa belle couleur noire et par le prolongement extraordinaire de deux pennes de sa queue. Son chant est peu étendu, mais il est très mélodieux.

Deux espèces de loriots : l'oriolus-indicus et Toriolus-nelanocephalus.

Plusieurs espèces de merles, dont il nous est bien difficile de donner ici leurs dénominations spécifiques. Il y en a un qui est plus particuhèrement intéressant ; il a sa robe noire, le bec jaune et les oreilles d'un beau jaune d'or brillant; il apprend facilement à parler et il se fait comprendre bien plus distinctement que le perroquet.

Le corbeau (corvus-sinensis) est très commun.

Deux espèces de pigeons : le ramier (carpophaga-œnea) et l'osmotreron-vernans, qui est vert et jaune et qui de loin ressemble à un

perroquet. Les lurturs, ou tQurlerelles, sont représentées par plusieurs espèces ; il est impossible de les manger tellement leur chair est coriace.

Les gallinacées présentent des espèces très variées, dont les principales sont : la caille, la perdrix, le coq et la poule à Fétat domestique et à Tétat sauvage, le paon, le faisan de Tespèce polyplectron-germani, la dinde et la pintade récemment importées en Cochincliine .

La famille des écliassiers compte aussi bien des espèces :

Le vanneau (hoplopternus-bilobus) ; le pluvier; la bécassine; le râle de la grande espèce (hypothœnidia-torquata) et la petite espèce (hypothœnidia-euryzoma) ; la poule sultane; la poule d'eau; la grande grue antigone grise cendrée à collier rouge; la cigogne noire à tête blanche; le héron, l'aigrette et le butor, appartenant tous au genre Ardea; le petit héron crabier; enfin, l'ibis-melanocephalus, qui est un bel oiseau blanc se nourrissant d'écrevisses, de poissons, de sauterelles et de grenouilles.

La classe des passereaux contient une foule d'espèces, parmi lesquelles les colibris se distinguent par leur grâce et l'éclat de coloris.

Les palmipèdes sont aussi très nombreux. Voici les principaux : le plongeon au cou gris velouté, ayant son bec très pointu; deux espèces de cormorans ; la sarcelle ; le grèbe ; les pélicans de deux ou trois espèces; l'oie et le canard domestique; une espèce de petit canard sauvage ' grisâtre dont la chair est excellente; le marabou, ou argala, qui a la tête chauve, une grande taille et qui se nourrit de serpents, de grenouilles et de poissons .

Parmi les insectivores, citons : Fengoulevent, l'hirondelle dont le nid est comestible et une espèce de pie (picus-sundaïcus).

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