‹ Le royaume du CambodgeChapitre 3 sur 37 · REPTILES · texte numérisé non relu

REPTILES

Cheloniens. — Le sujet le plus intéressant de cet ordre de reptiles est lachelonia-imbricata, connue sous le nom de tortue-caret^ dont la carapace est formée de belles écailles imbriquées comme les tuiles d'un toit. On pêche ces tortues autour des îlots du golfe de Siam et on les porte à Kompot où Ton travaille les écailles pour en faire des boîtes, des écrans, des peignes, des éventails... Les nuances de ces écailles sont le blond, le brun et le noir, toutes transparentes. On soude les écailles entre elles par la chaleur et sans agent intermédiaire ; ensuite, on les ramollit à l'eau bouillante pour leur donner la forme que l'on veut.

11 y a une autre torlue marine h écailles; c'est la chelonia-virgata.

Parmi les tortues d'eau douce nous citerons celle connue des Cambodgiens sous le nom de tasay, dont les œufs sont si estimés que les rois et les princes se les sont réservés pour eux seuls et, sans doute aussi, pour Tusage du nombreux personnel féminin de leurs palais. Un certain nombre d'esclaves d'État sont affectés uniquement à leur recherche et le code édicté des peines sévères contre les habitants qui cherchent à se les approprier.

11 y a une foule d'autres espèces de tortues qui vivent de poissons et de fruits sauvages qui tombent dans les rivières. On les pêche à la ligne en ayant soin d'amorcer Thameçon avec du poisson ou avec les fruits que ces animaux préfèrent.

Les tortues des champs sont très petites par rapport aux précédentes; leur chair est généralement saine et délicate.

Sauriens. — Deux espèces de jeckos : l'hémidactibus, ou grand jecko, qui se nourrit de rats, de cancrelats, d'insectes de toute espèce, et le margouillat, qui est tout petit, très familier, qui débarrasse les maisons des moustiques et autres insectes insupportables.

Le caméléon [calotos-versicolor) est une sorte de lézard dont la tête est triangulaire, les yeux saillants et la peau granulée. Sous l'impression de la colère ou de l'amour, cet animal enfle son corps qui change alors de couleur et qui de gris verdâtre qu'il est ordinairement, passe au jaune, au vert franc, au violet, au rose et au rouge.

11 existe un petit lézard, appelé chéas dans le pays, qui se tient dans la terre et que les Rhmers recherchent pour le manger. Aucun de ces lézards n'est venimeux.

Le caïman, ou crocodile, dont le corps est long de plusieurs mètres chez les adultes, est assez répandu dans les eaux douces del'lndo-Chine ; ses dents rapprochées et disposées sur deux lignes parallèles sont très pointues. Le crocodile n'a ni ouïe, ni oreilles; il a quatre pieds, comme les quadrupèdes, qui lui servent à voyager à terre, assez loin des rivières et des étangs, pour aller chercher sa pitance. Cet animal est féroce et très dangereux pour les hommes et les bêtes qui tombent à l'eau ou qui se baignent. Les Indo-Chinois trouvent la chair du crocodile excellente, aussi ils cherchent à s'emparer des jeunes sujets pour les élever dans des parcs disposés à cet effet sur les bords des rivières et afin de les vendre plus tard sur les marchés lorsqu'ils sont gros et gras. Le crocodile se nourrit de poissons et de matières animales de toute

espèce. La femelle pond dans le sable des grands bancs découverts du Mécong, laissant au soleil brûlant de ces latitudes le soin de faire éclore ses œufs. Dès que les petits sont nés, ils plongent dans le fleuve.

Ophidiens. — La famille des serpents est malheureusement bien nombreuse en Indo-Chine. Le plus gros de tous est le Boa consùicteiir, devin ou empereur; il atteint quatre ou cinq mètres de long quelquefois, mais il n'est pas venimeux et les indigènes, qui aiment beaucoup sa chair, s'emparent des plus jeunes sans aucune appréhension. Les plus gros de ces reptiles avalent des singes et des chevreuils entiers, ainsi que tous les petits animaux qui se laissent surprendre par eux.

Il y aune foule d'espèces de couleuvres dont les principales sont : La xenopettis-unicolor; la cylindrophis-rufa ; la coriphodon-korros ; la dendrophis-picta ; la compsosomia-radiatuno ; Teurostus-plumbeum ; Thomalopsis-buccatus ; lachrysopelea-ornata; la bungarus-fasciatiis ; la bungarus-semifasciatus.

Les serpents venimeux ne manquent pas non plus; parmi ceux-ci, nous remarquons : Le naya, ou naya-tripudiam, connu plus particulièrement sous le nom de serpeiit à lunettes; le calophis-masculiceps ; le plecturus-fischeri ; le hydrophis-lyndsayi ; l'hydrophis-atriceps ; Thydrophis-elliotii; l'enhydra-bengalensis ; le bothrops-viridis ; lebothropsgraminens ; le coUosoma-rhodostana. . .

Batraciens. — Les grenouilles sont très variées. La plus remarquable est celle que l'on connaît sous le nom à^ grenouille-bœuf ^ à cause de son coassement qui est aussi fort, et ressemble comme ton au mugissement du taureau. Cette grenouille est pourtant toute petite ; au moment des orages, elle s'enfle de manière à acquérir un volume trois fois supérieur à sa grosseur ordinaire et c'est alors qu'elle pousse ces cris prodigieux.

Le kanchanh-chec est une autre espèce de grenouille chanteuse, dont les doigts sont munis à leur cxtrémitéde ventouses hémisphériques.

Les crapauds rendent de bons services à l'agriculture, et surtout aux jardins potagers, en dévorant les insectes nuisibles.

Poissons. — La faune des eaux douces de l'Indo-Chine serait du plus haut intérêt scientifique, non seulement par le nombre des espèces nouvelles qu'elle contient, mais surtout pour les déductions spéciales auxquelles elle peut donner lieu.

Nous ne sommes pas en mesure de fournir la nomenclature de toutes ces espèces, et nous nous bornerons à donner ici la liste de quelques

ji

poissons provenant du grand lac Tonli-Sap, qui ont été déterminés au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Nous devons cette note à Tobligeance de M. le docteur Sauvage, naturaliste du Muséum.

Silures : clarias macrocephalus; micronema blekeri; belodontîclitysmacrochir; callichrons bimaculatus; hemiarius stornii; hemipimelodusborneensis; pseudopangasius polyuranodon; wallagorussulii ; pangasius larnandi; pangasius pleurotenia; pangasius macronema; helicophagus hypophlalmus ; hemihagrus nemurus; arius cochinchinensis.

Cyprins : puntius proctozysron ; punlius laoensis; siaya syaya ; amblypharynchichtys truncatus; balantiocheilus melanopterus ; rohita pectoralis ; rohita sima.

Ophicephalidœ: ophicephalus striatus.

Labyrinthici : anabas scandins; trichopus siamensis ; trichopus trichopterus ; trichopus parvipinnis.

Voici, pour finir, quelques autres poissons remarquables du Cambodge : le psot, un des plus gros poissons du Mécong, est une sorte de marsouin dont on extrait beaucoup d'huile; le chiam, petit requin d'eau douce; le thka, scie ou espadon, qui est un poisson de mer, mais qui existe aussi dans le Tonly-Sap; le pabel, ou raie (c'est le raia sinensis); le kranh est un poisson qui se traîne souvent a terre; le krepot (letraodon albopunetatus) est un petit poisson à mâchoires taillantes, qui est très dangereux pour les baigneurs ; il mord et enlève le morceau comme un emporte-pièce. Les riverains du Mécong sont couverts de cicatrices dues à la morsure de ce poisson . Enfin, le krem, qui est un tout petit poisson de combat, intrépide et facile à exciter. Mis dans un même récipient, ces poissons se battent entre eux jusqu'à la mort. Notons qu'ils changent de couleur en entrant en colère.

Page 1