‹ Le royaume du CambodgeChapitre 22 sur 37 · IG · texte numérisé non relu

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créature dans cette cavité. Cela fait, on invita lee deux femmes à se placer une de chaque cùté, tenant tlans leurs mains une des mains dn l'enfant : « Tirez, leur dit le juge; l'enfant appartiendra h la plus forte. » logeante se mit résolument k firer de toutes ses forces, tandis que la -véritable mère, craignant de blesseï' son enfant, cédait, au contraire, ft l'effort fait de l'autre côté. Dfes le premier instant, le juge ayant remarqué le mouvement si différent des deux femmes, eut son opinion 'faite sur l'affaire qui lui était soumise. 11 arrfeta l'épreuve; on sortit l'enfant du trou où il avait été à moitié enfoui et on le rendit h sa véritable mtre aux applaudissements de la foule . qui avait assisté à cet émouvant spectacle.

On fit frapper la géante do cent coups de rotin et l'affaire finit ainsi. On sera, sans doute, frappé de l'analogie de ce jugement avec celui que la tradition attribue chez nous fi Salomon. On peut même dire qu'aux niaiseries près, inséparaldes des récits orientaux, ces deux jugements sont les mômes.

Mais que ce jugement mémorable ait été rendu par le premier législateur des Hébreux, ou par le troisième de leurs rois, peu importe : notre bul, en citant ce fragment do littérature khmer, que l'on retrouve h très peu près le même en Europe et dans l'extrême Orient, a été de fournir une preuve de plus à la croyance assez commune aujourd'hui que la première civilisation s'est formée d'abord en Asie, et qu'elle s'est répandue ensuite vers l'est, c'est-à-dire en Indo-Chine, l'archipel .Malais, la Chine, le Japon, et, vers l'ouest, dans les différentes contrées de l'Europe. En traitant de la religion des Cambodgiens, nous avons vu comment ils se figurent que le monde s'est constitué originairement.

Les géographes khmers représentent géographiquement la terre par un grand cercle entouré d'une ceinture do montagnes. Au milieu se trouve une énorme montagne h base carrée ; c'est le mont Méru, au sommet duquel est placé le Tray-trong, une sorte de paradis terrestre.

Cette montagne centrale et sacrée est entourée de sept autres montagnes moins élevées et formant autant de ceintures autour de la première. Toutes ces figures sont concenlriques et représentent, sur le plan, une série de carrés inscrits les uns dans les autres.

Ces montagnes, disent les KhmLTS, sont séparées outre elles par des océans ambians ; elles sont de moins en moins élevées à mesure qu'elles s'éloîgnenl du mont Méru. Il faut voir là, sans doute, les contreforts successifs de l'immense chahie de l'Himalaya, désignée

par les Indous sous le nom de Sumêru et par les Rhmers sous celui de Prea-Sum^.

Les mers intérieures dont il est ici question correspondent aux bassins nombreux et profonds que Ton remarque sur les flancs de rilimalaya.

Vis-îVvis de chacune des faces du mont Méru, et à une grande dislance, se trouve un tvip (dvipas), ou continent entouré d'eau.

I.o continent qui est îllouest par rapport au Méru porte le nom de Amor-Cayemi-thvip. Il a 7,000 yuch de périmètre (le yuch n*est que le vodyana des Indous évalué à neuf milles marins).

Au sud, se trouve le Chompu-tvip, représenté par une figure curviligne et dont le périmètre est de 10,000 jiich. Il s'agit ici bien évidemment du Djambadvip des Indous, c'est-à-dire de Tlnde proprement dite, dont la figure affecte assez bien la forme.

A Test, s'élève le Bovithi-thvip, ayant la forme d'un demi-cercle, dont le diamètre et l'arc réunis ont 7,000 )iich.

Knfin, au nord est rOuda-Caro-thvip, dont la forme est ronde et qui a 8,000 yuch de circonférence.

Chacun de ces grands thvips est entouré de cinq cents petits mondes (sans doute les ties).

Les khmers n'ont point de cartes géographiques embrassant une grande étendue de pays. Us représentent quelquefois sur le papier, ou sur la toile, une portion limitée de leur territoire, suivant un plan toujoui-s sans échelle, intelligible pour eux seuls et fait en dépit de toute règle de proportions. Sur ces plans les objets sont l'epi-ésentés de prolîK ci il nVst pas rare d'y voir un homme plus grand qu'une maison et celle-ci plus élevée que les montagnes voisines.

La science astronomique des Khmers est nulle : ils se figui*enl que le soleil et la lune, dans leur cours journalier, décrivent une circonférence ciivonscrite au mont Méru. Comme tous les peuples de Tlnde et de la Chine, les Indiv-Chinois attribuent les éclipses à la guerre implacable qu'un Asuivy Asoura , nommé Réahu Rahou a déclarée au soleil et à la lune.

La iu\ Ihologie indoue nous apprend que Rahou est le nœud ascendant personnilio, ou la tète du dragon, et ketou est le nœud descendant, ou la queue du dra^:;on. Rahou' était un Asoura qui. au moment du

barattemenl [de la mer et de la production de Fambroisie, se mêla furtivemeut aux dieux pour boire la liqueur qui donnait l'immortalité. Le soleil et la lune dénoncèrent Tintrus au dieu Vichnou qui lui coupa la tête avec son disque tranchant. Mais Rahou n'en res(a pas moins immortel et c'est sa tête qui, par vengeance, se jette encore sur le soleil et la lune pour les dévorer.

C'est là l'idée folle ou naïve, comme on voudra, que la plupart des peuples orientaux se font des éclipses.

Au moment d'une éclipse, les bonzes khmers se réunissent au palais du roi pour faire des prières et des invocations. Sa Majesté fait ses ablutions de manière à se nettoyer de ses vieux péchés et être prêt à tout événement. Des aumônes sont faites aussitôt aux pauvres, car c'est le moment où les bonnes œuvres sont le plus méritoires. C'est aussi assurer le bonheur d'un enfant que de lui raser le toupet juste au moment d'une éclipse.

L'astrologie judiciaire a été de tout temps très en vogue en Orient. Ce sont les Horas qui sont les grands maîtres de cette prétendue science. Nous avons fait traduire quelques-uns de leurs livres de sorcellerie et nous pouvons assurer qu'ils n'ont rien de remarquable, ni de bien curieux. Le plus important est celui qui traite de la détermination des instants favorables pour tout faire, tout entreprendre dans la vie ordinaire. Les Khmers les plus audacieux ne se mettraient jamais en voyage, par exemple, sans consulter un devin et savoir de lui quel sera le moment propice pour le départ. Voici un spécimen de ces prescriptions astrologiques :

Dimanche. — Ne partez pas le matin avant le lever du soleil, il vous arriverait quelque désagrément ; vous vous égareriez en chemin, ou vous vous perdriez entre compagnons de route.

Ce jour-là, lorsque le soleil commence à poindre à l'horizon, c'est un excellent moment pour partir ; tous vos désirs seront alors exaucés. Ravana étant allé voirie dieu Indra à ce moment, en reçut un très beau cadeau.

Entre huit et neuf heures, si vous allez du côté du sud, vous recevrez des choses qui vous feront plaisir, soit un cadeau ou une bonne parole. C'est l'heure ou Vibhisana, le devin des géants, rendait ses oracles.

Il ne faut pas partir à midi pour aller faire la guerre, car on serait infailliblement vaincu. C'est le moment ou Khara partit avec son armée pour aller combattre Rama, qui le battit.

A deux heures, c'est un moment favorable pour se diriger vers le nord ; là vous serez bien reçu et vous obtiendrez ce que vous désirez. C'est riieure choisie par Rama pour épouser Sita.

A six heures du soir, le dimanche, ne sortez pas, votre maison pourrait être dévalisée par des voleurs ; il vous arriverait, en outre, des malheurs en route qui seraient peut-être la cause de votre morl« C'est Theare ou Laksmana blessa d'un coup de lance le fameux géant Khambha-

Karna.

Vers sept heures du soir, si vous sortez, il vous sera causé des dommages, parce que c'est l'heure à laquelle Sita fut enlevée par un émissaire de Ravana pendant que Rama poursuivait le cerf couleur d'or.

Lundi. — Le matin de ce jour, si vous allez vers l'ouest, vous recevrez les cadeaux d'une femme charmante, ou vous entendrez bien parler de vous. C'est l'heure ou Tchandra jouait le Moha-Srap .

Vers onze heures, c'est un bon moment pour se diriger vers le nord ; vous rencontrerez des amis qui vous feront des cadeaux.

Vers midi, si vous sortez, il vous arrivera malheur. C'est l'heure que Mayava choisit pour se battre avec Bali, mais il fut vaincu et tué par celui-ci .

Vers deux heures de l'après-midi, si vous sortez vous rencontrerez des ennemis qui chercheront à vous nuire, mais vous entendrez de bonnes paroles. C'est le moment pendant lequel Vibhisana se livrait à la divination.

Nous ne continuons pas ; le reste ne vaut pas mieux que ce qui précède. Dans d'autres articles, on indique les moments favorables pour voyager soit pendant les jours de la lune croissante, ou ceux de la lune décroissante.

Le calendrier des Khmers est /i/mWo/a/r^, ou mixte. 11 fait commencer et finir les mois avec la lunaison. Comme dans le calendrier indien, le mois lunaire est divisé en deux parties, chacune de quinze jours lunaires; la quinzaine éclairée fmit avec le joue de la pleine lune et la quinzaine obscure avec le jour de la nouvelle lune.

Trois ères sont en usage au Cambodge :

i" L'ère de Prea-Put-Sacrach, commence le jour de la mort de Sakya- Muni, le troisième jour de la semaine, un mardi, 15 du mois Pisac, an-

née du serpent, correspondant au mois de mai de Tannée 543 avanl Jésus- Christ. C'est Fère religieuse des buddhistes.

2** L'ère de Moha-Sacrah (la grande ère), commençant, disent les Khmers, le jour du deuxième couronnement du roi cambodgien Prea-Kel- Mealea, mais qui est plus vraisemblablement Fère que les Cingalais appellent Shakavaroussa ou Shaka, qui commence en Fan 78 de Jésus- Christ. Elle correspond au règne du célèbre roi indou Shalivahana.

3o L'ère de Cholla Sacrach, qui date du moment de l'arrivée à Ângcor des livres sacrés apportés de Ceylan par des religieux buddhistes. Celleci commence en l'an 638 de Jésus-Christ.

Les deux dernières ères sont usitées pour fixer les époques des règnes des rois, mais c'est la troisième surtout qui est employée dans les contrats d'affaires, la correspondance. De telle sorte que l'on peut dire que la première ère est religieuse, la seconde officielle ou politique et la troisième civile.

Le cycle est lunaire et de soixante ans ; on remploie presque toujours concurremment avec l'ère Chollasacrach pour exprimer les millésimes.

On se sert, à cet effet, d'une série de douze mots auxquels on attribue des significations de noms d'animaux. Cette série répétée cinq fois de suite, dans le même ordre, donne une période de soixante années qu'on divise en six décades. Dans chaque décade, les années sont numérotées de la première à la dixième par des mots composés des noms de nombre pâli.

Le tableau suivant, qui n'est qu'une traduction du tableau cambodgien, fera comprendre la composition du cycle khmer.

Année du bœuf. .

— du tigre . .

— du lièvre. .

— du dragon .

— du serpent .

— du cheval •

— de la chèvre

— du singe . .

— de la poule.

— du chien. .

— du cochon .

— du rat . . .

1 Année du bœuf. .

2 — du tigre . .

3 — du lièvre. .

4 — du dragon .

5 — du serpent.

6 — du cheval .

7 — de la chèvre

8 — du singe. .

9 — de la poule.

10 — du chien. .

1 — du cochon .

2 — du rat . . .

to

Année du bœuf. .

— du ligre .

— du lièvre. .

— du dragon .

— du serpent.

— du cheval .

— de la chèvre

— du singe

— de la poule .

— du chien . .

— du cochon.

— du rat. . .

Année du bœuf . .

— du tigre . .

— du lièvre. .

— du dragon .

— du serpent .

— du cheval .

— de la chèvre

— du singe . .

— de la poule.

— du chien . .

— du cochon .

— du rat . . .

Année du bœuf. .

— du tigre . .

— du lièvre. .

— du dragon .

— du serpent .

— du cheval .

— de la chèvre

— du singe . .

— de la poule .

— du chien ^ .

— du cochon .

— du rat . . .

Pour désigner une année quelconque du cycle, il faut d'abord énoncer Fère et le nom de Tannée ensuite.

Ainsi, par exemple^ pour notre année 1874, on écrirait : Cholla Sacrach, 1236, année du chien, la 6".

Vannée cambodgienne se compose de douze mois lunaires, composés alternativement de 29 et de 30 jours, donnant ainsi un total de 354 jours. Le premier mois de Tannée est toujours le mois de C/tetet est composé de 29 jours.

On ajoute, h des époques que les lieras dé^rminent et qui varient entre trois et quatre ans, un mois intercalaire de 30 jours, que Ton nomme Tuttogéasat et que Ton place après le mois Pacthammasat.

Les lieras corrigent Terreur résultant de Tapplication de cette règle

Kiiiijoutaiilmniu iJi'U\ juiirs, suivant le cas, à l'un dos mois iWuh- aiiiii'T de la période lunaire de I y ans.

Les mois liinair.'s portent les noms suivants :

Kho-cbel. ou mois de chel ; klie-pisac, kh.'-cb6s. khe-asal, qui piviid le nuni dt- paethammasat d^ns les annùfs intercalaires; Ifhe-srap, kliepboltroljot. khe-asoch.khe-cadoi;. klip-meac-ase, khc-bfjs, kbe-nifac, khe-plialcum.

l'ïiiiiue «iiiiviiji;u TJi|Hiug.

Ainsi qui' nous l'avons dit, le mois est divisé en deux parties.

La première partie, celle de la lune croissante, conipreml invariablement llïjonrs, ([ue l'on désigne ainsi : )" jour de la lune croissaute; 2" joui' de la lune croissante...

Le 8' jour est le tbngay-sel, ou dimaiicbe.

Le 14* est celui on les bonzes se fout raser la tète.

I^ I îi'' est le jour de la pleine lune et le plus boiioié des diniancbes.

La seconde moilié du mois est celle de la lune décruissante et comprend alteriiâlivemenl 14 et 15 jouis, suivant que le mois a 29 ou ;iO jours.

Ou désigne ces jours comme il vient d'èlre dit pour la lune croissante : 1" jour de la lune décroissaule; 2' jour...

2i2 LE UOÏAl ME DU CAMBODGE

Le S'' est aussi le Ihnguv-sd.

Le 14'' les bronzes se fmil laser la tele.

Enfin, le dernier, 1 i ou 15, est celui ou la lune est cuàdée (iinie).

Les Rhniers ont une période de sept jours correspondant à uoire semaine; seulement, au lieu de fêter le septième jour, ils fêteut le huitième jour de la lune, le 15, c'est-à-dire la pleine lune, le huitième jour de la lune décroissante et enfin le dernier jour du mois.

Les jours sont divisés en deux parties de douze heures chacune. La première part de six heures du malin et finit h six heures du soir; la deuxième commence abrs pour finir à six heures du malin. Mais on ne compte pas les heui*es de la même manière dans les deux parties. Le matin, h partir de sept heures, on compte ainsi : une heure du matin; deux heures du matin... six heures du matin, ou thngay-trang (soleil vertical). Après midi, on dit : une heure du soir; deux heures du soir... six heures du soir.

A partir de sept heures du soir, on compte ainsi : une heure de la nuit; deux heures de la nuit... et ainsi de suite jusqu'à la douzième heure finissant à six heures du matin.

Ces douze heures sont bien, en effet, des heures de nuit, car le soleil, dans ces latitudes, se lève et se couche toute Tannée dans le voisinage de six heures.

Ouelquefois, on divise la nuit en quatre veilles. La première va du coucher du soleil à U heures ; la deuxième se prolonge jusqu'à minuit ; la troisième de minuit à trois heures et, enfin, la quatrième part de trois heures et finit au jour.

De prime abord, la numération affecte la l'orme quinquennale, car les Khmers comptent ainsi : un, deux, trois, quatre, cinq. Arrivés là, ils n'ont pas employé de mois particuliers pour exprimer les nombres 6, 7, 8, 9. Alors, ils disent : cinq un, cinq deux, cinq trois et cinq quatre. Dans Técriture, ces quatre derniers nombres sont représentés par un seul caractère. Mais le nombre dix s'exprime par un seul mot, dap, et il s'écrit comme dans nolie numération, au moyen de l'unité accompagnée, à sa droite, d'un caractère équivalent à notre zéro et qui en a aussi la forme. Pour exprimer les centaines, l'unité est suivie de deux zéros, de trois pour les mille.

Le système esl, par suite. iKnemcnt décimal. Les Khmers le tiennent vraisemblablement des liulous, ainsi que sans doute les Arabes qui Tout transmis aux peuples deriùirope. Lcsvslèmede numération écrite, fondé

sur la valeur de position des Ccuaclères, et que Ton appelle systèuie arabe, est probableraeut d'origine sanscrite.

Les Siamois ont absolument la môme numération que les Khmers. Lamonnaiede zinc, appelée cas ou sapec, est la plus employée au Cambodge et celle qui ne varie jamais. Il faut 60 de ces pièces de monnaie pour faire un tien, dont la valeur est de 0 franc 09 centimes. Il faut dix tiens pour faire une ligature, ou 0 fr. 90 centimes. Enfin, la réunion de dix ligatures se nomme bâch, et équivaut h î) IV. La nen est un lingot d'argent de forme parallélipipédique , valant KMJ ligatures invariablement, soit 90 francs.

La nen a des subdivisions qui ne sont employées que dans les calculs, mais qui n'existent pas comme monnaie courante/ ainsi : le dcnli, ([ui est le dixième de la nen ; le clii, qui est le dixième du denli; le hun, qui est le dixième du chi ; le li, qui est le dixième du hun.

La piastre cambodgienne, appelée prac-bat ou preasat, est une pièce d'argent dont la valeur est de quatre ligatures. Elle porte sur Tune des faces l'effigie de Foiseau sacré Hangsa, ainsi que la date de la fabrication exprimée dans trois ères usitées au Cambodge. L'autre face de la pièce est ornée d'un monument à tours, représenté en élévation. C'est l'image d'un ancien palais des rois khmers. A côté, on lit : Crung-Kampuchéa (royaume khmer) et Inteacpat (ancien nom d'Angcor, l'antique capitale). La piastre mexicaine, dont la valeur officielle est, ou était au moment où nous écrivons ces lignes, de 5 fr. 35 cent., varie de valeur au Cambodge. Elle vaut moyennement 6 ligatures.

Le lingot d'or pèse 375 grammes, et vaut 16 nens d'argent, c'est-à-dire 1 ,440 francs. Il y a le petit lingot d'or, dont la valeur est la moitié du précédent.

L'unité de poids au Cambodge est la néal, ou livre de 600 grammes. La livre se subdivise eu 16 tomlongs ou taëls. Le tomlong est conséquemment de 37 grammes 50 centigrammes. Le taël se subdivise en 10 chis, le chi étant de 3 grammes 75 centigrammes. Le chi se subdivise en 10 huns, le hun étant de 0 gramme 375 milligrammes.

Ces poids, qui sont employés dans le détail, sont empruntés aux Chinois.

Les poids purement cambodgiens senties suivants: Le tomlong, qui, comme nous venons de le voir, est de 37 grammes 50 centigrammes. Ils se subdivise en 4 bats. Le bat vaut donc 9 grammes 375 milligrammes. Le bat se subdivise en 4 slongs, le slong valant 2

grammes 34 i milligrammes. Le slongse subdivise en i fuongs, le fuong valant I gramme I7i milligrammes. Le l'uong se subdivise eu 4 péys, le péy valant 0 gramme 293 milligrammes.

Ces poids serveut concurremment avec les précédents dans le commerce de détail.

Pour le gros commerce, les marchandises lourdes, ou se sert du hap ou picul.

On fait usage de trois sortes de piculs ; le picul, dont le poids équivaut au poids de 40 ligatures ou 100 livres cambodgiennes; le picul de 42 ligatures, et enfm le picul de 45 ligatures.

Le picul de 40 ligatures, qui est le plus usité, se subdivise en demipiculà de 20 ligatures chacun.

L'unité pour les mesures de capacité est le thang d'environ 40 litres. Il se subdivise en deux taus de 20 litres chacun ; enfin le tau se subdivise en deux contangs de 10 litres chacun.

On ne se sert guère de ces mesures que dans le commerce du riz.

L'unité de mesure pour les longueurs et la coudée, mesurant 0 mètre 50 centimètres environ.

Les multiples de la coudée sont la brasse, qui vaut quatre coudées, ou 2 mètres ; le son, qui vaut 20 brasses, ou 40 mètres.

Les sous-multiples de la coudée sont : le cham-am, ou Tempau fran- (;ais, qui est la moitié de la coudée ; le thuop, qui est le douzième du cham-am.

Knlin pour les grandes distances, les Ivhmers ont le yuch, qui n'est autre que le yodyana des Indous et qui a été évalué à neuf milles marins.

Le triomphe plusieurs fois séculaire d'une leligioii essentiellement égahtaire, comme le buddhisme. a fait disparaître au Cambodge, en supposant qu'elle y ail autrefois existé, rinstilution des castes, inventée dans rinde par les brahmes. Néanmoins, dans la division en classes de la société actuelle, que nous allons essayer irétabUr, on pourra reconnaître les traces bien anciennes, mais encore sensibles de l'exislenco des castes dans l'ancien royaume khnier. Celte raison, unie h une foule d'autres que nous avons énumérées en parlant des croyances religieuses des Kluueis modernes, nous porte à croire que le l)rahma-

nismo a eu son temps de prospérité clans le sud de Tlndo-Chine, où il a laissé de nombreux témoignages de son passage. Car, en effet, nulle part peut-être, Tlnde étant exceptée, on ne retrouverait, au même degré qu'au Cambodge, le cachet du brahmanisme aussi profondément incrusté dans les lois, les institutions politiques et les idées superstitieuses de la population.

La classification dont nous venons de parlcM» se réduit à six catégories d'individus, savoir : 1° Les membres de la famille royale; 2^ les prea-vongs ; 3' les bakus ; 4° les bonzes ; î>**la population libre; 0°les esclaves.

Voyons quelle est la place occupée dans la société cambodgienne par chacune des classes que nous venons d'énumérer.'

i. — Nous avons dit, dans un article spécial, ce qu'il importait de connaître sur les membres de la famille royale, si nombreux au Cambodge qu'on peut bien les considérer comme formant une classe à part dans l'État. Le rqi actuel, qui n'a pas encore dépassé sa quarante-quatrième année, a plus de cinquante enfants vivants ; ses frères en ont une part proportionnelle et Taîné des enfants de Norodon, qui n'est pas encore majeur, est déjà quatre ou cinq fois père. Tout ce monde là est ou se place naturellement au-dessus des lois, des coutumes, et personne ne trouve rien à redire à leur conduite. Il suffit que ces messieurs ne se révoltent pas ouvertement contre l'autorité supérieure pour que tout le reste leur soit, sinon permis, du moins largement toléré.

S'il n'y avait encore que les princes à s'élever au-dessus de toute pudeur et de toute justice; mais c'est qu'il y a aussi leurs nombreux parents, les beaux-pères, les belles-mères, les beaux-frères, les cousins, les serviteurs, les esclaves... qui s'abritent sous ce pavillon protecteur pour se livrer impunément à tous les excès.

2. — Les prea-vongs, ou prea-vongsa, sont les descendants des rois * du pays, ayant dépassé la cinquième génération sans s'être retrempés dans le pouvoir suprême, ni avoir contracté des alliances princières de nature à les maintenir au haut rang occupé jadis par leurs aïeux.

Les prea-vongsa correspondent à une caste indoue, dont les membres sont les descendants de ceux des premières castes qui, par leurs alliances ou de toute autre manière, ont perdu leur position sociale et forment une caste relativement inférieure désignée sous le nom de varna-sankara, dont le mot cambodgien vongsa n'est, sans doute, qu'une corruption.

La postérité, ou la ligne descendante des princes khmers est celleci : Lo roi ou hiong ; les fils du roi ou prea-ang-meclias ; les petits-fils du roi ou ueac-ang-merhas ; les fils des précédents ou neac-ang, et, onlin, les fils des ang appelés neac ou monsieur.

(Test h partir de ce dernier degré que Ton ne fait plus partie de la famille royale et que Ton appartient h la classe, ou à la caste des prea- Yongsa. Ceux-ci ont àù constituer autrefois une caste à part; ils forment encore une sorte de corporation privilégiée assez semblable aux castes de r Inde; ils sont dispensés de la corvée en nature et ne paient aucune capitation. Les filles des prea-vongs se marient dans lour classe ou épousent des princes ; mais elles ne peuvent s'allier, sans déchoir, h des hommes du peuple, voire même à des mandarins d origine plébéienne. Lorsque de pareilles unions se réalisent, et cela arrive quelquefois, les enfants qui en résultent ne sont plus comptés comme faisant partie de la grande famille des prea-vongsa.

Les prea-vongs sont soumis aux lois du royaume, mais ils ont des chefs particuliers, qui entretiennent parmi les membres une sorte de discipline et qui règlent les différends qui s*élëvent entre eux. La plus haute dignité à laquelle puisse prétendre un prea-vong est celle de Prea-ang-Keu. Ce personnage est le chef supérieur de la caste ; il a des Fonctions analogues à celles exercées sous les anciens rois de France par le chancelier, avant la création du garde des sceaux. Au Cambodge, le Prea-ang-Reu cumule quelquefois les fonctions dévolues à cette haute dignité avec celles de Cauféa ou premier ministre.

thi emploie pour parler au Prea-ang-Keu les formes de langage usitét's lorsqu^on s* adresse aux bonzes, qui se rapprochent, comme on sait, des marques de respect que Ton prodigue au roi et aux princes lorsqu'on leur parle ou qu'on leur écrit.

Les autres chefs des prea-vongsa sont : Prea-Réam (Rama) ; Prea- Leae (Lakshmana) ; Prea-Sutin ; Prea-Solau ; Prea-Bat-aphey-tos.

Ces chefs n ont aucune assimilation avec les mandarins en activité de ser\ice ; mais ils sont très considérés du peuple, qui se prosterne en leur présence, comme c'est l'usage de le faire devant les principaux dignitaires de l'Ktal

Néanmoins, et dans le cas d'exlinclitm complète des vrais membres de lu famille royale, on n'appelle pas un prea-vong au trône et Ton donne la prél'érence, on ne dit pas pouniuoî, à un chef de la secte des liakus, personnages égaliMuent très considérés.

Les contestations des proa-vongsa entre eux sont jugées par les chefs delà caste; mais les différends qui s'élèvent entre eux et les particuliers sont réglés par un tribunal présidé par 1(^ Prea-Ang-Keu et dont les autres membres sont désignés par le roi.

3. — Nous avons dit, dans un article spécial, ce que c'étaient que les bakuSy appelés aussi préam ou bréani, que les Cambodgiens prononcent prém ou brém, mot qui vient, sans nul doute, do Brahma ou Bréma*, la première personne de la trimourti brahmanique. Les préams seraient donc des disciples ou des ministres de Brahma, c'està-dire des religieux connus dans l'Inde sous le nom de brahmes.

C'est dans cette secte, aujourd'hui moitié politique et moitié religieuse, que Ton choisit, ainsi que nous le savons déjà, les candidats au trône, lorsque les véritables prétendants font défaut. Un très vieil usage impose même au roi le devoir d'abdiquer tous les ans, pendant trois jours, en faveur du chef de celte secte. Cette abdication provisoire de la souveraineté a lieu dans le mois de méac, et le brahmQ qui en profite est appelé Préam-Sdach-Méac (le brahme qui règne dans le mois de méac).

Pendant les trois jours de suspension des pouvoirs réguhers, le roi ne fait aucun acte d^autorité ; il ne touche pas h ses sceaux; il ne gouverne pas, en un mot, et n'encaisse môme pas, pendant ce temps, les revenus du royaume, qui sont défalqués du total des recettes pubHques et mis à la disposition du souverain des trois jours.

Le roi actuel s'est débarrassé de cette gênante obligation d'abdiquer, si peu quecesoit^ le pouvoir que les génies prolecteurs lui ont mis dans la main. II va sans dire qu'il retient aussi Targent qui revenait à cette majesté postiche et passagère.

Cette transmission des pouvoirs donnait lieu tous les ans à une fête solennelle et originale.'La cérémonie commençait par un simulacre de couronnement et de sacre ; ensuite, on portait le nouveau maître en triomphe autour du palais et dans la capitale. Seulement, dans cette fête étrange, les attributs delà royauté, qui sont d'ordinaire en or enrichis de diamants, étaient, pour la circonstance, transformés en objets de même forme en bois brut, sans aucun ornement. Los armes elles-mêmes, poignée, lance et fourreau, étaient façonnées en bois. Au lieu de la couronne en or, de forme pyramidale, des anciens roi khmers, le Sdach-Méac

* Dans difTérentes contrées de l'Inde, on appelle Brahma lo plus souvent Bréma.

^28 LE KOYAl'ME DU CAMBODGE

/»lait coiffa» d'une sorte de hoiinel lilanc pointu, de même éloffe el assez semblable h celui que portent les postulants à la prêtrise le jour de leur ordination.

Dans cette» cér(^nionie, le In^ros du jour montait un bel éléphant des écuries royales, pare comme pour le roi, mais avec un harnachement de clinquant. Quant à Tescorte, elle était absolument semblable à celle qui revient au monarque, seulement les armes des gardes étaient en bois.

Nous n'avons jamais pu savoir d'où provenait cette vieille coutume d'obliger le souverain à abdiquer tous les ans, à la même époque et pendant trois jours seulement, le pouvoir suprême en faveur du chef du clergé brahmanique. 11 n'y a que les brahmes, qui formaient la première caste dans Tlnde, que Ton peut soupçonner d'avoir imaginé une pareille loi, afin de montrer au peuple que les souverains, qui sortaient de la deuxième caste, c'est-à-dire des kchatiryas, et qui leur étaient par suite inférieurs comme caste, étaient tenus, même lorsqu'ils avaient atteint la suprême puissance, d'afficher publiquement leur subordination à la caste sacerdotale un certain temps dans l'année.

Originairement, cette subordination devait être très réelle, et la cérémonie qui la consacrait devait avoir un caractère sérieux. Plus lard, les souverains, profitant de l'afTaiblissement du prestige des brahmes, dans les pays oii le buddhisme prévalut, entourèrent la fête de détails ridicules, afin d'en atténuer la portée.

4. — Les prêtres delà religion brahmanique constituaient dans l'Inde la première caste. Les ministres du Buddha ne réclamèrent jamais, dans aucun pays, une pareille faveur pour eux, mais on peut dire que le peuple, enlndo-Cliine au moins, ne les entoure pas moins déconsidération el de respect.

Dans aucun cas le clergé ne saurait être actuellement considéré au Cambodge comme formant une caste distincte dans la nation, ayant des prérogatives héréditaires, lo monopole des honneurs du sacerdoce... etc. Les avantages dont jouissent les bon/es sont accordés à la robe plutôt qu'àTindividu, qui rede\ieut un simple particulier dès qu'il s'est dépouillé, ce qui se voit tous les jours, de l'habit religieux. De plus, le sacerdoce est abordable pour tout le inonde, et Ton voit quelquefois dans la même bonz(»rie un prince et un homme du peuple, revêtus tous les deux du même habit jauFie, vi\anl cote à cote en très bons confrères. 11 n'y a donc dans ce corps religieux rien qui puisse être pris ou considéré comme unv caste, et c'est là ce qu'il importait d'établir.

Nous croyons que le prestige qui est attaché à Thabit religieux au Cambodge, vient de la haute position sociale occupée dans l'antiquité par le clergé brahmanique. Les prêtres buddhistes ont adopté dans leur costume une sorte d'écharpe étroite, qu'ils portent sur l'épaule gauche et qui va se nouer sous le bras droit. Cette écharpe correspond évidemment au cordon qui distinguait, dans F Inde, les sujets des trois premières castes et qui était porté de la même manière.

De même qu'autrefois, la libéralité envers les prêtres est un acte très méritoire ; c'est surtout le devoir du roi et des principaux personnages du royaume, qui font distribuer chaque matin la nourriture à ces religieux.

5. — C'est dans la population libre, appelée à cause de son indépendance relative neac-chéà (les gens qui se portent bien, qui sont heureux), que l'on prend les fonctionnaires, sans avoirégard à l'instruction, et sans tenir compte souvent de l'honorabilité. Ce sont les hommes Hbres qui se livrent au Cambodge à l'agriculture, à la pêche, à l'industrie et au commerce.

6. — L'esclavage est la vraie plaie du Cambodge, plaie qui se maintîenttrès vive encore, malgré les remèdes dont le gouvernement trançais,dans sa sollicitude pour un peuple placé sous sonprotectorat, a conseillé Tapplication.

Les esclaves peuvent être rangés en trois catégories, savoir : Les esclaves pour dettes ; les neac-ngears, ou esclaves d'État et, enfin, les esclaves à vie, d'origine sauvage généralement, sans faculté de rachat.

Nous allons indiquer le degré de dépendance de chacune de ces trois catégories d'esclaves et les moyens que la loi leur réserve pour recouvrer la liberté.

On désigne les esclaves pour dettes par le mot « khnhom » (serviteurs).

On a pu voir par le court extrait que nous avons donné du code khmer, et spécialement dans le chapitre qui traite du prêt simple et du prêt à intérêt, quelles sont les différentes causes qui créent l'esclavage pour dettes. Il résulte de cette partie de la législation khmer qu'un individu tombe dans l'esclavage lorsque, après avoir emprunté une somme d'argent, et avoir laissé accumuler les intérêts jusqu'à ce que leur somme soit devenue égale au capital emprunté, il se trouve dans l'impossibilité de payer son créancier. On peut tout aussi bien devenir l'esclave d'un autre citoyen, si l'on ne peut lui solder une amende qu'on lui doit par suite d'une condamnation. Quelquefois, au lieu de livrer la personne

roiKlaiiiiii'i* à s<Mi iiiIvrTsain* rlaiis lo procès, les juges la font vendre, aliii ilr |iailaf.MT, suivant l'usage, le produit de la vente entre la partie ;.'a;^iiiiiil(', ri.lat i*( 1rs nienibres du tribunal.

I.rfiali'iin'iil, Irs esclaves pour dettes peuvent toujours se racheter en rruiliniirsaiil la sninnie pour laquelle ils sont tombi^s en esclavage. Le maitrr iir peut |ias s'nppnser au rachat ; s'il est prouve} qu'il s'y est refusé, la hbcratifui pure et simple du dtM)iteur peut (^Ire prononcée.

Le travail dc^ TesclaNe lait chez le maître est, quelle que soit la somme ihie. coiisidrré c(uumr étant rétiuivalenl de l'intérêt, les frais de nourriturc cl «rhabillement. L'esclave, par suite, quelle que soit son habileté l'I Non acIÎNitc, ne peut jamais taire aucun hénétlce et réunir la somme ncci»>saire piuir st» racheter. La seule chance qui puisse lui venir, c'est de tr\m\er un [larenl. ou un \êritable ami compatissant, qui veuille bien p.i\iM' ile >a poche la run*;on. Sou\out. ceux des esclaves qui ne se trouuni pa> bien vlau< une mais'»!». s'arraïueu^ «le taç*.n à passer chez un autiv ui.itiiv cil ilccuLmt le tn.HiveÀU à d«idMinmai:«^rranci»?n.

l es cnt'.iMts lies de parents esclaves sout es^rîives aussi. En naissant. v\*> pviu^iv^ C'.valuîvs >o trouvh^îît devoir, s*: Ion ces loi^ barbare*, la Hv»v'iii/ J'.* H'.»î\:«.!'i;-s.*,'..<fr !*:•:.(.':.;< lu t:!.iîtr»r «le l'?iir^ p^^r»? et mère. On :.-.• ' .•••• ." .• >.-\w.-.* .i..: •;•.'.■.?:;■.■:* i: il fi'rj'-f . c-iire ■z'i'^. «Ut U Ir^-^Î5lateur. :../'.'•. ■ >i ^••.'>N.;vxi.' '.A •.••.;.•■»; "' X :yc 'U"*i ■iU'JlI"'! li.m s«^r^ioe «îans la ••i >• • i 1 > ■.!.•; i.. •.■; « ' '*:' i ' \i*^. •!:'.•«:• r' L'ir. iz- fo-is p«>ur

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LE ROYAl-ME DU CAMBODGE '^^\

est en voyage au moment où il est ri^gulîferement requis par son créancier, celui-ci n'a rien à dire; mais si le (lél)iteur, rtanl préstMit, ne se rend pas aussitôt à l'appel du maître, il doit payer une amende fixée parla loi et coriespondante à la durée de la maladie, de la fcte ou des travaux qui motivaient sa présence chez le maître.

L'esclavage pour dettes est en usage dans Tlndo, mais, pas plus qu'au Cambodge, il ne saurait y constituer une caste spéciale, puisque l'état de ces individus peut être modifié ou changera chaque instant; qu'ils peuvent toujours se racheter, et que dans les deux pays la situalion des débiteurs n'est somme toute qu'une sorte de pacte, sous des conditions librement consenties, qui suspendent bien certains droits, mais qui laissent l'homme dans son intégrité native. Dès que ces esclaves ont payé leur rançon, ils reprennent leur Hbcrté et leurs droits ; ils ne portent en eux aucune Hétrissure et il n'est pas rare de voir l'esclave du jour devenir le lendemain le chef de ses anciens maîtres. Le fait d'avoir été esclave pour dettes n*est pas un empêchement pour arriver à la prêtrise, au mandarinat et à toutes les fonctions publiques.

Dans les familles riches les esclaves sont traités avec ménagements, seulement on les relègue dans les cuisines, les étables ou les barques ; mais chez les gens de moyenne condition, les esclaves sont considérés comme étant de la maison ; on les admet à la taljle de la famille et l'on a quelquefois assez de confiance en bux pour leur confier les clefs des armoires et des coffres renfermant l'argent et les bijoux de la maison.

Les neac-ngéars sont des esclaves d'État à perpétuité, réduits h cette malheureuse condition par de grands crimes commis par eux ou leurs ancêtres, et qui sont destinés h exécuter dans le royaume certains travaux considérés comme étant plus particulièrement humiliants. Ici, nous nous trouvons en présence d'une sorte de caste analogue aux castes déconsidérées de l'Inde ancienne.

Les crimes qui entraînent une punition aussi terrible, et qui rejaillit sur la descendance du condamné^ sont : la rébellion et les attentats contre la personne du roi, considéré comme un dieu, ou contre les membres de la famille royale également inviolables. Mais ce qui ressort de plus étonnant et de plus révoltant de cette loi inique, c'est que les prisonniers de guerre subissent le même sort que les criminels, les régicides. Il faut un jugement rendu par une haute cour pour infliger un châtiment pareil, mais, le plus souvent, la volonté seule du chef de TKtat suffit.

Les neac-n^éars se divisoni en deux classes : les comias et les pois. Â la date du 24 mars 1877, il y avait dans le royaume du Cambodge IKOIJ) romlas el 0,o80 pois, non compris les femmes et les enfants. Les comias sont les moins déconsidérés; néanmoins, le service pour ces deux catégories dVsclavos d'État est le même : il co.nsiste à garder les éléphants royaux, les chovaux de guerre, à travailler dans Tarsenal maritime et sur les chantiers de construclion des établissements publics, mais loujours sans livrée flétrissante et sans chaîne aux pieds. Les neac-ngéars sont également affectés h la garde des temples et au service desl)onzeries; ils portent le palanquin royal lorsque Sa Majesté se promène ; ils battent le tam-tam, piquent les heures et font la garde au palais. Los uns et les autres des deux catégories ne doivent, comme d'ailleurs les corvéables libres, que quatre-vingt-dix journées de travail h TKtaf . F^e reste du temps, ils remploient comme ils Tentendent.

Pour tout ou partie de ces journées de corvée, les substitutions entre neac-ngéars sont permises; ils peuvent même racheter, si les exigences du service ne s'y opposentpas, tout ou partie de ces trois mois de travail h un prix Tixé par un long usage. Lorsque les neac-ngéars sont employés au service public, ils n'ont aucune solde ; ils reçoivent simplement une ration de riz et de sel.

Autrefois, les neac-ngéars étaient tenus d'habiter certains villages qu'on leur assignait. Aujourd'hui, ils se fixent où ils veulent. Ils profitent de certaines franchises ; ainsi, ils ne paient aucun impôt et ils ont gratuitement la jouissance de terrains cultivables et de nombreuses pêcheries sur les fleuves et les lacs.

Ces esclaves ne se marient guère avec des femmes libres. Lorsque des mariages de ce genre se concluent, le tiers des enfants qui en proviennent subit la condition du père et les deux autres tiers celle de la mère avant le mariage. II en i^l de même dans les mariages entre les filles des neac-ngéars et les hommes libres. Ceux des enfants que le sort fait libres dans une loterie de ce genre, ne sont pas pourtant dispensés de toule obligation : ils doivent donner une certaine somme d'argent au mandarin Juthea-Sangcréam, qui n'est pas leur chef, auquel ils ne doivent rien, mais qui a droit, à titre d'apanage, d'opérer ce prélèvement.

Il y a toute une législation intéressante qui régit cette catégorie d'esclaves, mais on comprendra qu'il nous est impossible de nous arrêter plus longtemps sur un sujet déjà bien trop développé.

Dans chaque village de neac-ngéars, ceux-ci désignent leur chef, et

Taulorilé supérieure confirme ce choix en conférant un litre à Tindividu ainsi élu. Ce chef sert d'intermédiaire entre ses concitoyens et le pouvoir central; c'est lui qui est cliargé d'envoyer tour h tour les neac-ngéars de son ressort taire le service qu'ils doivent h l'Etat. Le chef est personnellement exempt de corvée et c'est là tout ce qu'il relire de sa position et de l'avantage d avoir été honoré des suffrages de ses concitoyens.

Ces esclaves d'État ont deux moyens de se racheter, mais il faut de toute nécessité l'autorisation du roi. Ils se rachètent en versant au trésor royal une somme fixée par le roi lui-même et qui est très variable, comme les caprices de celui-ci ; ou bien, ils mettent, avec toujours le consentement de Sa Majesté, en leur heu et place un esclave, ou un étranger, qui consent à la substitution moyennant certains arrangements passés entre intéressés et dans lesquels le gouvernement n'intervient pas.

Quelquefois, pour des services importants rendus à l'iitat, mais surtout au roi directement, les neac-ngéars sont libérés entièrement.

Les çsclaves irrachetables sont très peu nombreuv au Cambodge ; ils ont été vendus en bas âge par leur père et mère, suivant un écrit de vente, fait en due forme et qui n'est autre chose qu'un acte de condamnation h Tesclavage à perpétuité pour celui dont le nom y est inscrit, ainsi que pour ses descendants.

Cène sont pas les Cambodgiens qui trafiquent ainsi de leurs enfants, mais bien les Annamites, qui sont souvent réduits à la plus extrême misère par suite d'une forte perle au jeu.

Les sauvages des contrées montagneuses de Test, pris par les Laotiens et vendus aux Cambodgiens et aux Chinois dans le haut du Mëcong, à la limite du territoire khmer, sont voués également à Tesclavage perpétuel.

Nous n'avons pas compris, avec intention, parmi les esclaves, les serviteurs volontaires, qui sont assez nombreux dans un i)ays où le pauvre peuple a tant besoin de protection. On voit assez souvent, en ellet, des particuhers non endettés s'offrir comme serviteurs sans solde chez les grands mandarins, ou les notaBles influents, surtout chez les princes qui n'ont alors qu'à les nourrir et h les habiller. Souvent ces individus sont de très honnêtes gens, qui fuient la persécution et l'exploitation dont tant de gens sont atteints au sehi d'une société pourrie comme cellelà ; mais souvent aussi ces chercheurs de protection sont de fieffés coquins, qui, sous le masque du désintéressement, se promettent bien de battre monnaie à la faveur de la sécurité qu'ils trouvent, quoi (lu'ils

Tasseiil, sous lo toil (ruu liaul persuiiuage, où ne se présenleut pas racilemiMit les gi'iis dr jusiicc et surtout de police.

F-,'escIa\a},a% sous toutes les formes qu'il alTecte au Cambodge, est d'origine indoue. Nous lisons, en effet, dans Manou, liv. VlU, st. 413 : «( Il y a sept espèces de serviteurs, qui sont : le captif fait sous les drapeaux ; le domestique qui se met au service d'une pei*sonne pour qu'où rentrelieune ; le serf né d'une femme esclave dans la demeure du maître ; celui qui a ét6 acheté ou donné ; celui qui a passé du père au fils ; celui qui est esclave par punition, ne pouvant pas acquitter une amende. »

Les rigueurs d(; resclavage ont été adoucies au Cambodge sur la demande de Tautorité française, qui met tous ses soins à en préparer l'abolition complète.

Le mariage est une institution bien ancienne chez tous les peuples civilisés ; il est très en honneur au Cambodge^ où l'opinion publique réprouve tout individu qui, arrivé à un certain âge, ne se marie point ou ne se fait pas bonze.

Un mari, qui vient de perdre sa première femme, doit, s'il tient à se ménager une liante considération parmi ses concitoyens, ne pas se remarier, c'est-à-dire ne pas reprendre une femme du même rang, et on considère qu'il fait mieux encore s'il endosse définitivement Tliabit religieux. Pourtant, il n'encourt aucune réprobation, s'il se remarie après le deuil et dans les délais admis par l'usage. Ceux qui ont plusieurs femmes, ne s'enferment pas d'ordinaire dans les couvents après la perte de Tune ou de plusieursd'entre elles. Les veuves se font bonzesses quelquefois; mais il y en a beaucoup qui se remarient après trois années de veuvage ; on les blâmerait si elles se pressaient plus que cela. Dans tous les cas, les veuves ne sont pas au Cambodge un objet de répulsion comme dans Tlnde, où la seule rencontre d'une veuve est considérée comme un augure malheureux.

Le mariage est interdit au Cambodge dans les premiers degrés de parenté. 11 est cependant permis entre cousins-germains, à condition que le père ou la mère du jeune homme soit Tainé du père ou de la mère de la future. C'est là une condition expresse de l'union entre cousins-germains.

LE ROYAUME DU CAMii(.)DGE :W5

Les rois et les princes épousent fréquemmeut leurs demi-sœurs, leurs tantes, leurs cousines au degré prohibé par les lois. Le peuple leur passe tout cela, parce que, dit-il et croit-il, les princes sont d'essence divine et que les lois humaines n'ont pas été faites pour eux. Cependant, l'opinion publique trouverait scandaleux qu'un roi, ou un prince, épousât une sœur du même ht que lui, ou qu'il prît pour femme à la fois une dame quelconque et sa fille. Cela rappelle la loi hébraïque, qui prescrivait de brûler vif celui qui épousait la mère et la fille.

Dans le peuple, les mariages entre oncles et nièces ne sont pas permis. Un veuf ne peut épouser la sœur de sa femme qu'avec l'autorisation d'un mandarin de la cour, faisant partie d'une catégorie de fonctionnaires désignés sons le nom de sang-crey. Le postulant donne au mandarin auquel il s'adresse quarante ligatures ; celui-ci garde le dixième de cette somme pour lui et il verse, s'il est honnête, la grosse part au trésor public. L'autorisation est accordée par le fait seul de l'acceptation de l'argent.

Dans le peuple, un frère qui a épousé sa propre sœur, a ses biens confisqués; les deux conjoints sont condamnés chacun h quatre-vingts ligatures d'amende et on les force à se séparer aussitôt. L'ancienne loi était très sévère contre l'inceste : les coupables étaient expropriés ; on les frappait de quatre-vingt-dix coups de verges chacun ; on les attachait ensemble sur un petit radeau et on les abandonnait, sans vivres, au courant du fieuve. Personne ne songeait à secourir ces malheureux, qui ne tardaient pas il mourir de faim.

L'on apu voir, dansl'exlrait que nous avonsdonné du code khmer, que la polygamie est permise et que la loi elle-même reconnaît à chaque homme le droit de prendre trois femmes légitimes. Mais il n'y a guère que les mandarins et les notables qui profitent de cet avantage ; les hommes du peuple s'en tiennent aune seule femme et ils ne jalousent pas ceux dont les moyens leur permettent d'en avoir plusieurs. En réalité, il n'y a guère dans chaque ménage qu'une vraie femme, qui a tous les droits, toutes les prérogatives de la femme mariée et h laquelle les autres femmes de la maison sont subordonnées.

Les jeunes gens ne se marient pas avant Tàge de seize ans ; il en est de même des filles, si même elles sont nubiles alors, ce qui arrive généralement. Les fiançailles ont heu quelquefois plusieurs années à l'avance, mais le mariage n'est jamais célébré avant que les fiancés aient atteint l'âge voulu.

:m LE ROYAUME Dl* CAMBODGE

Il n'y a do véritable cérémonie nuplialo que pour la propoii-lhom (la grande épouse); il y a présents el riboto pour les autres, mais c'est tout.

F.a demande de la main d'une jeune lille destinée aux honneurs de première épouse, et la célébration du mariage qui s'ensuit, donueut liiHi à des démarches, à des cérémonies vraiment originales, qui valent que Ton se donne la peine de les décrire.

Lorsqu'un jeune homme a fait choix d'une fdle pour être son épouse, ou lorsque ce sont les siens qui ont fait ce choix pour lui, on se préoccupe d'abord d'obtenir le consentement de la famille et aussi surtout celui de la jeune personne elle-même. D'ordinaire, c'est le jeune homme qui s'arrange de façon à sonder les sentiments de celle-ci à sou égard. On s assure ensuite des bonnes dispositions des pareuts: et, à cet effet, on commissionne une entremetteuse, qui prend pour la circonstance le titre de che-chou (rapporteuse). On choisit presque toujours, pour cet office, une commère sans grande considération, qui connaît, ou quia été employée à un titre quelconque dans la maison où Ion veut l'envoyer. Celle-ci n'a point qualité pour faire une démarche sérieuse et elle ne fait qu'aller lâter le terrain pour faire connaître ensuite aux intéressés qu'il est suffisamment solide pour qu'ils puissent s'y aventurer eux-mêmes h peu près à coup sûr.

Si les renseignements rapportés par la che-chou ont fait concevoir l'espérance que la demande en mariage sera agréée, on se dispose a remplir cette formalité préliminaire. Pour cela, on cherche, autant que possible parmi les amies des deux familles, une ou deux dames bien posées et bien élevées, qui veuillent bien se charger de la mission d'aller faire une demande en mariage régulière. Cette fois les messagères sont appelées les neac moha (les grandes dames); elles font déterminer par les astrologues le jour et l'heure où tous les augures doivent être favorables pour laccomplièsement de leur mission, el le moment désigné venu, elles se mettent résolument en route. Des servantes les suivent apportant sur des plateaux en cuivre bien fourbis, ou dans des vases en argent, des présents consistant en fruits, gâteaux, etc. Mais ce qui n'est jamais oublié, c'est l'arec elle bétel, deveuus dans ce cas, comme on sait, des signes d'engagement, des symboles de sincérité et de fidélité. Les ueac-moha font annoncer leur visite plusieurs joursàfaNance ; on les re(;oit avec solennité au milieu d'un concours de parents et d'amis. Les père et mère, ou les tuteurs de la

jeune personne pour laquelle fout cet appareil est déployé, invitent les nouvelles venues à s'asseoir sur des nattes disposées sur le plancher en face d'eux. Dès qu'elles sont assises, et comme par un mouvement mécanique instantané, on se salue réciproquement en s'inclinant très bas et en portant les mains jointes à hauteur du front.

Ces préliminaires finis, Tune des négociatrices s'adrcssant directement à la mère de la jeune fille, lui dit sans périphrases et rondement ces mots : « Nous venons vous annoncer que M. X... serait très honoré d'allier sa famille à la vôtre ; et, dans ce but, il nous envoie vous demander la main de votre demoiselle pour son fils. »

Il est bien rare que ces dames soient mal reçues dans les familles, lorsqu'elles y vont remplir un pareil mandat. En supposant même que l'on ne soit guère disposé à consentir à l'union proposée, on les éconduit poliment, en leur disant que l'on consultera les oracles, les devins, l'inclination de la fille... Mais ordinairement ces sortes de demandes sont faites à coup sûr ; tout se passe sur un terrain déjà préparé où Ion n'est pas exposé à rencontrer des broussailles.

Néanmoins, la mère ne lâche point son enfant tout d'abord ; elle demande du temps pour réfléchir, pour examiner la question avec son mari, pour consulter les proches parents, les devins... De leur côté, les neac-moha notent, avant de se retirer, l'âge de la fille. Tannée, le jour et l'heure de sa naissance. Elles se sont procurées à l'avance les mêmes renseignements en ce qui concerne le garçon, et, en sortant, elles vont remettre ces documents a un devin de confiance qui, avec ces données simplement, fait des calculs en vue de savoir si les futurs ont des chances de vivre en bonne intelligence et si, enfin, leur union sera heureuse. Ces dames apportent le résultat des opérations du devin aux parents du garçon. Si le devin, après un mûr examen, conclut au mariage, les neac-moha sont renvoyées chez les parents de la fille pour leur apporter les prédictions favorables tirées des oracles et pour leur demander une réponse définitive. Ceux-ci, comme bien on pense, ont consulté également un devin de leur choix, qui leur a donné par écrit son opinion à l'égard du mariage projeté. Si les devins sont d'accord pour fournir un avis favorable, ce qui arrive lorsqu'il est notoire que l'affaire est du goût des amoureux et des parents, la mère de la demoiselle, parlant au nom de la famille, dit : « Mesdames, nous vous remercions de vos bons offices et nous déclarons adhérer au mariage que vous nous proposez. »

o38 LE UUYALME 1)1 CAMBODGE

Si Taccord entre les devins n'existait pas, et siTun deux faisait surtout pressentir pour celle union un avenir assombri, cela suffirait, à coup sur, pour tout rompre, car on ne trouverait pas dans celle population naïve et superslitieuso une volonté assez décidée pour se placer au-dessus des décisions ridicules de crtte maligne engeance des sorciers.

Lorsque tout s'esl passé à souhait, on avise à fîiire les fiançailles. Pour cela encore, au jour et à rheure indiqués parles magiciens, on euvoie de nouveau des cadeaux aux parents de la future. Ces présents sont conduits par une dame de qualité, mariée et n'ayant jamais été veuve, car unepersoilne qui, ayant perdu son mari, se serait remariée, n'aurait pas la considération exigée pi»ur une mission de cette importance. Ordinairement, on choisit une dame ayant beaucoup d'enfants et respectable à tous égards. Celle-ci est accompagnée de son mari et d'une foule de parents et de connaissances du jeune homme. Les cadeaux sont portés en arriére sur de beaux plateaux ; ils consistent en gâteaux, en quelques autres provisions de bouche et obligatoirement d'une grande quantité d'arec, de bétel et de chaux nécessaire pour la préparation des chiques masticatoires. Ce bélel est coutenu dans deux boîtes, renfermées chacune dans un sachet en soie brochée d'or. La dame tient Yuu de ces petits sacs à la main: son mari prend Tautre, et tous les deux, mai'chant de IVont, gravissent les degrés extérieurs de la salle de réception. Ils s'avancent ensuite, louji^urs coude à coude, dans l'intérieur de la pièce où la famille est réunie et ils déposent les deux coffrets sur des nattes déplovées en avant des chefs de la maison. D'autres personnes font passer les provisions que l'on aligne également sur la natte faisant, pour Tinslant, oflice de nappe.

Les envMjés el leur suite s'asseoient vis à-\is des maîtres de la maison sur des naltes qui ont éléà l'avance disposées pourtuix. Ils s'inclinent alors tous ensemble en signe île salut. Puis, s'atlressant aux père el mère de la demoiselle, la messagère leur dil : ^ Vous ave/ bien voulu consentir au mariage de votre tille av^c le iils ileM. X.... nous venons auprès de

vous aujourd'hui avec les pouvoirs nécessaires pour pn»céder en communaux fiançailles. >*

La dame idlVo ensuite les cadeaux ap[iurl»'s, elenpremière hgne l'arec el le bétel, i-hi se presse alors des deux coié> autour de la table et le repas commence. Dans ce feslin, la mastication de l'arec et du bélel est la chose essentielle, à cause de la signification qu'on y attache, et c'est loujoui^i un jeune garçon qui rullVe aux hommes et une lillelle aux fem-

mes. Les convives passent un gros moment à mâcher cette chique, h la tourner et la retourner dans leur bouche avec force grimaces, et h rejeter, dans des crachoirs 'en faïence malpropres, la salive rougeàtre qui leur remplit la bouche. C'est à faire venir le mal de mer à un vieux matelot.

Avant de se retirer, la députalion remet un cadeau d'une certaine valeur aux parents de la fîUe : ce sont des bracelets, une bague, des boucles d'oreilles, un vêtement complot en belle soie, des écharpes... Si ceux ci acceptent les présents, ils s'engagent définitivement et l'entremetteuse leur dit: « Vous devez, dès ce moment, considérer le fiancé de votre fille comme votre propre enfant ; admettez -le à venir chez vous quand il voudra pour vous visiter, vous soigner au besoin et vous aider dans vos travaux. » Ensuite, tout le monde se retire.

Lorsque les fiancés sont jeunes tous les deux et qu'ils ne sont pas encore d'âge à être mariés, la conclusion du mariage est ajournée à une époque que Ton fixe ultérieurement. Quelquefois, le fiancé est admis h demeurer chez sa future, où il est épié, observé dans son humeur, sou caractère, son aptitude au travail, ses sentiments à l'égard de sa fiancée et de ses parents, ses goûts... Après cette épreuve, les parents delà demoiselledoivent dire leur dernier mot et, à cet effet, ils font venir l'entremetteuse pour lui signifier leur acceptation, ou pour lui donner les raisons de leur refus, s'ils croient devoir renoncer à cette alliance. Après cela, et quoi qu'il soit décidé, le jeune homme rentre chez lui.

On ne se marie pas pendant les trois mois du Prasa, c'est-à-dire pendant la retraite ecclésiastique, ni dans les mois composés de vingt-neuf jours. Les autres mois sont considérés comme étant favorables au mariage, mais ily a encore à déterminer la semaine, le jour et l'heure où la cérémonie doit être faite, et tout cela est l'affaire des horas, ou devins. Dès que ceux-ci ont fixé l'époque, on fait de part et d'autre les préparatifs d'usage : on élève tout près de la maison de la future un Rung-riepcar-propon (hangar à l'usage d'un mariage). C'est le ])andei des Indous; il se compose d'un seul pavillon ouvert h tous les vents, dont la toiture est très inclinée, le plancher élevé de quatre ou cinq pieds au-dessus du sol. Cette installation est plus ou moins richement ornée suivant les ressources des personnes qui marient leurs enfants. La toiture est en feuillage ; elle est masquée, àl'intérieur, par des tentures d'étoffe rouge, les colonnes supportant le toit sont peintes en rouge, ou elles sont recouvertes de feuiUes de papier de cette couleur collées avec soin au bois.

Pour la célébration du iiîariag(3 d'un prince, les toits des pandels reçoivent, sur toute leur surface, de larges bandes d'étoffe rouge et blanche régulièrement alternées, formant des rectangles ou des losanges.

Le fiancé s'0(xupe spécialement de faire construire près de la demeure de son futur beau-père une maison pour son ménage, car l'usage veut que le nouveau couple demeure pendant quelque temps auprès des parents delà fdle, avant de jouir d'une entière indépendance. En attendant, les époux sont sous l'autorité des grands parents, qui surveillent et dirigent leurs premiers pas dans cette nouvelle existence pour eux, leur donnent des conseils, des leçons et des exemples de propreté, de travail, d'économie.

Quelques jours avant le moment fixé pour la cérémonie du mariage, Tentremetteuse de qualité se rend auprès de la mère dé la fiancée, afin de prendre ses ordres à l'égard des cadeaux à offrir, suivant Tusage, par* le jeune homme. Les deux dames en arrêtent ensemble l'espèce, le nombre et la valeur et Ton n'a plus ensuite qu'à penser au festin, qui donne bien du tracas aussi, car une noce est au Cambodge, comme partout, l'occasion d'une ripaille. Dans les grandes maisons, pour ces circonstances, le nombre de plats ne finit point ; il y en a souvent au delà de cinquante sans compter les gâteaux variés, les confitures et les fruits. C'est au mari qu'incombe la dépense» du cadeau de noce et du festin.

Quinze fois sur vingt, le mariage est célébré sans le concours des bonzes et sans l'accompagnement d'aucune cérémonie religieuse. Si Ton désire donner au mariage la consécration de la religion, ou invile les bonzes de la plus proche bonzerio à aller dire des prières sous le pandel où sont réunis les époux et une grande assistance de parents et d'amis. Après les prières, les religieux arrosent les mariés d'eau lustrale et ils se retirent. Dans aucun cas, l'autorité civile n'intervient dans ces sortes de contrats et cérémonies.

Enfin, le jour arrive pour le futur d'être conduit en pompe au domicile de sa fiancée ; il est introduit par la personne qui a fait jusque-là l'office d'intermédiaire. On le fait asseoir sur la môme natte et à la droite de sa future. Les parents et les amis, des deux côtés, sont réunis et une nouvelle cérémonie commence ; celle-ci est appelée chanf/^dai lier les mains) et elle consiste à passer un bracelet de sept fils de coton non tressés aux poignets de chacun des conjoints. C'est ce que Ton appelle dans l'Inde la Panigraha (l'union d«'s mains). Notons aussi, en passant, que dans l'ancienne législalion hébraïque la célébration du

LE ROYArME Di; CAMBODOR 341

mariage était une cérémonie fort simple dans laquelle les parents, sans le concours de prêtres ou de magistrats, prenaient la main droite de chacun des époux et les plaçaient Tune dans Tautre.

Revenons aux époux que nous avons laissés assis Tun h côté de l'autre dans la salle d'honneur. Autour d'eux, se tiennent des personnes qui ont à la main des fleurs d'aréquier. A un moment donné, le fiancé prend une de ces (leurs et il l'offre au beau-père, aprî^s l'avoir salué en s'inclinant trois fois; il offre de la même manière une autre de ces fleui's à la belle-mère et, enfin, une troisième au plus proche parent présenta la fête, frère ahié ou sœur aînée, cousin ou cousine-germaine de rigueur plus âgés que les époux, car on ne doit pas de politesse de ce genre h de plus jeunes que soi. Chacune de ces personnes dépose la fleur qu'elle a reçu sur un plateau mis en avant d'elle ; alors les parents du garçon font mettre dans le plateau du père de leur bru neuf domlongs (20 francs), dans celui de la mère sept domlongs et cinq dans le troisième.

C'est le tour maintenant de la formaHté du chang-dai. Les père et mère des deux époux leur enroulent autour des poignets quelques fils de coton non tordus, ni tressés. Les assistants s'approchent et leur passent aux doigts des anneaux de même nature. Ceux qui se sont présentés pour her les conjoints leur font des cadeaux purement facultatifs, mais qui atteignent quelquefois une grande valeur. Ce sont des bracelets et des bagues en or plus ou moins enrichies de diamants, des étoffes de soie, des esclaves, des chevaux, des bœufs, des buffles, des éléphants...

Enfin, les parents se lèvent pour la grande salutation. A cet effet, ils prennent des bougies allumées et font sept fois le tour des époux en leur présentant toujours le côté droit. Ceux-ci se retirent ensuite dans l'intérieur de la maison, où les suivent quelques dames âgées. Ils quittent leurs vêtements de gala pour revêtir des habits moins riches, qui leur permettent de s'occuper, par eux-mêmes, des préparatifs du festin et de servir ce jour-là, conformément aux usages, leurs proches parents. LesvieiUes suivantes assistent à ce changement de tenue, qui se fait lestement et sans rien découvrir de ce qui doit rester couvert. Pendant ce travestissement, les époux s'offrent des chiques de bétel, sorte d'engagement réciproque renouvelé h l'écart, sous l'œil tolérant de quelques vieilles femmes, qui songent bien moins h s'y opposer qu'à regretter le temps où on leur en laissait faire autant. On rentre ensuite dans la salle commune.

Les mets du festin sont apportés et déposés sur des nattes. Chacun prend place suivant son degré de parenté et son âge. Les hommes et les femmes forment des groupes distincts et séparés. Seuls, les deux époux ne prennent pas place h table ; ils doivent faire les honneurs de la maison, et servir, ou faire le simulacre de servir, les parents et les invités. D'abord, on honore les dieux domestiques et les ancêtres en leur offrant une part de chaque plat; ensuite, le repas est servi aux gens de la noce. Les deux époux sont servis après, dans un appartement particulier, où ils prennent leur repas tête à tête. A la fin du dîner, ou fait une nouvelle distribution d'arec et de bétel et Ton se sépare la chique à la bouche.

Le soir de ce même jour a lieu une nouvelle assemblée, au domicile conjugal, de dames âgées, chargées de présider au phsam-domncc (la réunion dans le même lit). Avant la nuit, on dispose la couche nuptiale ; puis, on conduit les époux dans leur chambre, où un certain nombre de dames leur présentent sur un plateau des gâteaux pétris en boulettes, ou simplement de petites boules de riz cuit. L'épouse prend une de ces boulettes et la met dans la bouche de son mari; celui-ci en fait autant à l'égard de sa femme, ce qui veut dire que les époux sont solidaires et qu'ils doivent s'assister, se nourrir l'un l'autre. Enfin, les vieilles rapprochent la tête du mari de celle de sa femme et font à haute voix le v(pu suivant : « Soyez unis pour toujours et soyez heureux. » Tout est fini alors et on laisse décidément les époux seuls et tranquilles chez eux.

Los nouveaux mariés font leurs visites de noces trois jours après leur mariage. Ils vont d'abord saluer leurs proches parents ; ils portent ensuite leurs remerciements à la principale entremetteuse, qui s'est si bien employée pour les faire heureux. Il n'est pas rare que dans ces premières visites aux parents et aux amis, les mariés reçoivent à nouveau des présents de valeur et même de l'argent qu'il est de bon goût de toujours accepter.

Pour la deuxième et pour la troisième épouse les choses se passent plus simplement. Une jeune fille libre ne consent pas à devenir la troisième femme et même la deuxième d'un Cambodgien quelconque. On prend celles-ci parmi les jeunes esclaves des amis et connaissances* mais il faut de toute nécessité le consentement de Tesclave et celui de ses parents. 11 n'y a plus ensuite qu'à indemniser le maître. La seule fête que Ton fasse dans ce cas, c'est un repas copieux, ofTerf d'abord

aux ancêtres des deux familles, et mangé ensuite eu petit comité.

De ce que nous venons de dire, il résulte que, au Cambodge, le mariage avec la première femme est une affaire de convenance sociale, dans laquelle les parties contractantes apportent des conditions égales, ou équivalentes, de rang et de fortune. Le mariage avec la deuxième est quelquefois un acte concevable dans lequel le sentiment, Tinclination, jouent un certain rôle. Souvent aussi, ce n'est qu'une question de vanité et de cupidité de la part des parents, qui ne craignent pas de faire le sacrifice de leur fille pourTunir k un homme haut placé, dont ils espèrent se faire un appui pour arriver plus aisément à la fortune, aux honneurs. La troisième femme est presque toujours achetée.

Lorsqu'une veuve trouve à se remarier, les préliminaires du mariage sont bien simplifiés : on s'adresse directement à elle pour obtenir son consentement^ qui suffit. A la rigueur, on peut faire d'une veuve une première femme, mais il n'y a alors ni l'offre du bétel, ni la cérémonie du chang-dai ; tout se borne à un repas plus ou moins ragoûtant. Après le repas, les invités se retirent et tout est dit. Lorsque les deux époux sont laissés seuls, ils allument chacun une bougie qu'ils mettent sur Tautel des ancêtres et ils se prosternent pour les honorer et demander leur bénédiction sur l'alliance qu'ils viennent de contracter.

Dans les mariages entre esclaves, si l'amant et l'amante sont au pouvoir du même maître, la cérémonie est vite bâclée. Dès qu'on a obtenu le consentement des parents des deux futurs, le maître ayant, de son côté, donné le sien, les deux esclaves élèvent un modeste autel aux ancêtres et ils rendent h leurs mânes les honneurs d'usage; ils vontsaluer leurs parents, leurs amis, les chefs de leur habitation, qui quelquefois président à la cérémonie de l'union des mains, leur font quelques cadeaux, mais rarement ils se décident à leur donner le plus beau présent qu'on puisse désirer en ce monde, la liberté I

Si les deux esclaves ont des maîtres différents, il faut l'autorisation de ceux-ci et un arrangement entre eux qui permette de réunir dans la mômehaJ3itation les deux époux.

Ce sont les bakus qui couvrent d'eau lustrale les princes et les princesses qui se marient. On place, à cet effet, les deux altesses sous un immense dais tout enguirlandé et on fait tomber sur elles une pluie d'eau bénite.

L'usage et l'étiquette veulent que le prince qui se marie aille saluer le roi dans la salle même du trône, en présence de tous les mandarins de

la capitale convoqués à cet effet. La princesse remplit ce devoir dans rintérieiir du palais, sonsFoeil des autres princesses et de tout le personnel féminin de la cour.

Ainsi que nous l'avons dit, la polygamie est permise au Cambodge. Les lois accordent trois femmes, à' chaque homme, mais les chefs, les richards, ne se contentent pas de ce chiffre, déjà raisonnable, et ils s'adjoignent toujours un certain nombre de concubines, appelées mi-kha, ([u'ils achètent généralement. Il arrive cependant qu'un père de famille offre une de ses filles à un grand personnage en reconnaissance d'un service éminent qu'il en a reçu. Les mi-kha de celte provenance sont mieux vues que les autres et souvent même on les qualifie de propon. épouses.

Les hommes du peuple se contentent d'une seule épouse; ils ne suivent pas en celaTexemple de leurs chftfs, heureusement pour la propagation de Fespèce, car on sait que la polygamie est une cause de dépeuplement.

Ch( V. les [)cuples polygames, la femme est dans une position inférieure par rapport ariiommo ; de plus, elle est presque constamment en butte h des rivalités, à des jalousies, qui amènent des dissensions domestiques dont elle Ihiit par devenir la victime. Il y a des arguments sérieuxà fmre valoir en faveur du divorc(» ; on ne saurait en trouver pour défendre l'institution de la |)n]yganne.

Dans les jurandes maisons, les mi-klia font la cuisine, le thé, les cigarettes, préparent les chiques de bétel pour le chef de la maison et les premièies femmes, (ilonl la soie et font des étoffes^ font de la musique, chantent et dansent pour récréer les maîtres du logis.

Avant de parler du divorce entre époux, nous pensons qu'il est utile de faire connaître ce qui arrive dans le cas de rupture entre fiancés.

Le renoncc^raent au mariage, après les fiançailles, se nomme phdacliconchop-péac (rompre la promesse verbale). Si ce sont les parents de la fiancée, ou celle-ci elle-même, qui renoncent au mariagi», sans qn'ii soit prouvé que le futur ait commis une faute gravequi lui vaille une telle avanie, celui-ci les traduit enjusticeel ils se voient condamnés, s'ils ne justifient |)as leur conduite, à une amende de vingt-quatre domlongs, f/o/i/ douze destinés à punir la lèvre supérieure d'avoir menti et les dnuze autres infVujés nnnme punition, et pour le nunne motifs â la lèvre inférieure. Les frais des liangailles sont remboursés intégralement au gari^nm. Si c'est cehii-ci cpii, sans motifs légitimes, renonce au mariage. Ions

LE ROYAIME Dr CAMBODGE 3'*ri

les frais qu'il a faits pour les fiançailles sont perdus pour lui, et il est en outre condamné, pour avoir abus(^ une fille honnête, à quatre-vingts liji^atures d'amende que l'on répartit ainsi : un tiers au gou\ernemenl, un tiers aux juges et un tiers à la fiancée délaissée.

Le divorce, léng-propon (laisser sa femme), tsl, comme nous l'avons vu, autorisé dans certains cas par le code, mais il est très peu pratiqué dans toutes les classes de la société. On retrouvt» cette institution du divorce sous toutes les latitudes et surtout chez les plus anciens peuples. Les législateurs khmers ont réglé avec grand soin toutes les questions qui s'y rattachent. Lorsque la séparation a lieu par accord mutuel, la femme doit abandonner k son mari les biens dont il était possesseur avant leur union, ainsi que les cadeaux de noces qu'elle doit préalablement lui rendre. S'il y a eu des enfants pendant k cohabitation, les biens sont considérés comme étant communs et alors on les divise en trois parts, dont deux sont au mari et la troisième h l'épouse. Celle-ci garde auprès d'elle les enfants jeunes ; mais dès qu'ils ont atteint l'ûge de raison, les juges les consultent elles laissent hbres de se fixer soit avec le père, soit avecla mère. Dans le partage des enfants, on suit le plus souvent un vieil usage qui veut que le premier né appartienne au père, le deuxième à la mère, le troisième au père, le quatrième à la mère et ainsi de suite.

Il est rare que ce soit le mari qui demande le divorce, car il a à sa disposition les moyens nécessaires pour réduire sa femme sans la renvoyer.

La femme est fondée à réclamer le divorce dans les cas suivants: lorsque le mari a coutume de l'injurier gravement et sans motifs ; lorsque le mari calomnie les proches parents de son épouse en présence de celle-ci; lorsque le mari soupçonne son épouse d'infidélité sans preuves suffisantes; lorsqu'il l'abandonne sans ressources et sans donner de ses nouvelles pendant plus de trente-deux mois. Dans ce dernier cas, la femme fait constater le long abandon dans lequel elle a été laissée et les juges lui rendent son entière liberté. A partir de ce moment, elle peut se remarier, si bon lui semble, mais alors elle est considérée comme si elle était veuve pour ce qui est des formalités h remplir pour la demande en mariage, la célébration de la féte^ la noce...

Si, par exemple, le mari revenant, enfin, dans le pays, voulait reprendre sa femme, restée libre, et que celle-ci y consentît, il devrait faire h nouveau la demande en mariage et l'épouser comme s'ils avaient toujours été étrangers l'un à l'autre.

Kn dehors des cas que nous venons d'indiquer, lorsqu'une femme veut

S'iO LE HOYAIME DU CAMBODGE

se si^'parcr de son infiri, elle poi-lo sa demande devant los juges, qui exainiiioul les raisons sur lesquelles (*ette démarche est fondée. Le mari est appela el inlerro^^é. Le tribunal se prononce ensuite sur la nécessité «racconlorledivorce, ou de refuser la sanction delà loi à la séparali(ui réclamée seulement par Tun des conjoints. Lorsque la demande de rr-pouso est ncrordée, celle-ci subit nécessairement une amende qui est le double de la somme dépensée par le mari au moment du mariage, auj^MUcMitéi» de (jualre-vingts lij^atures. Les juges retiennent les trois ilixif'mes do l'amende et abandonnent le reste au mari. Les quatre-vingts lif^atures sont partagées jmi trois lots égaux : un revient au gouveriMMuenl, un autre aux juges et Tautre au mari. Les biens que les époux ont acquis pendant leur union sont également divisés en trois parlies, dont deux sont adjugées au mari et la troisième à la femme. Si la fcuunc a eu une dot, elle la rapporte chez ses parents en rentrant chez eux.

Si un Cambodgien ne veut plus d'une femme qu il a achetée, il a le <Iroit de la ren\o\er, mais il ne peut lui réclamer alors que la moitié de lu somme déboursée pour Tachât. Si, au contraire, c'est celle-ci qui veut s'en alb*r,clle doit pa\or le tout.

l.cs ini-kha pi»u\cut quitter leur concubinaire en leur rendant la somme que iclui-ci adcboiirsêe [»our los a%oîr: mais elles ne peuvent emmener a\ee elles leurs tMitunls, si elles en ont: eeu\-ci demeurent de ri-

\ oiv \Hn\v plus de renseigîiemenls sur le divorce l'extrait que nous a\ou> iloiine ilu code caniboïk'it'n.

l .1 vuuiîc. q'ji dcNrait »M!>» la pt-rs^irine principale de la familk». puisque ces* el-'- qui est îa tij^e essoutiell". -.Ih la race, est rele;iuée .-^u ^■.•ô»:'.-.î pli:* .11; l'auiboJ.^e Ncaîuïi'.'iîîs. -.Ile j«.'uit. l•:•rsqu^.•Ue est uïîujue. eu 'orsijucîU' •..•ccupe :e prvniie;' "iiu: pjrnîi le^i teinm'-s de la l'îviîs..»;!. J-..."i.' .i^>!v. ^'Mihle ' '.•îî>i«ieri:;oi] -.^i aiuais, •■u pres^juê jamais. .*!!e 't es' e\:.»o>ee ( j:iv mm/." .ii'j;.; l...» t.»î- iïi.ièr»e •''emme .1 .lutorité sur 'c>.ii':e> .• -/Nî .;:.'.|.i! Ji .^r 't. :!î..:\u^*. ^u-'ie l' îrir-ur. h^s L-ijoux... 1 ^ i .erti.\> «.•:»■:•• \*:^ '"Munio -i 1:1 lii-ine "jr-uiiiinf â».'^ vccasii.^ns Je

■ Sf >;ivr"i»î •: q^.raj:;. •;..•,% H.-:ih' \* [i^r-'iU-. IlhiiS. 1h pj.^S S./ri\»nt.

LE ROYArME DU CAMBODGE :\M

elles s'entendent bien et elles se donnent comme dans Tlnde le nom de sœurs.

On accorde beaucoup d'égards aux vieillards dans les familles; on les consulte en toute occasion et on suit généralement leur avis.

Ainsi que nous avons pu le voir en traitant du mariage, on établit les filles, au moins dans les premiers temps de leur union^ à côté de la maison parternelle; mais il est de règle que la plus jeune, si elle s'établit, reste avec les parents, ainsi que son mari.

Les enfants mâles sont envoyés à la bonzerie vers Tàge de douze ans, afin d'apprendre à lire et à écrire leur langue. L'instruction des femmes est absolument négligée au Cambodge; on ne les élève guère que pour les travaux domestiques, et les grands personnages, pour leur agrément particulier, leur font apprendre la musique, le chant et la danse.

La propriété territoriale n'existe pas au Cambodge, car, comme on sait, rÉtatest le propriétaire absolu du sol. Néanmoins, on laisse la jouissance des terrains à ceux qui les défrichent et les approprient à un genre quelconque de culture, surtout au riz. Il arrive aussi que l'on exproprie les premiers occupants sans dire gare, sans l'excuse de l'utilité publique et pour s'emparer uniquement d'un champ tout prêt à être exploité.

La fortune d'un Cambodgien se compose d'efiets mobiliers et immobiliers, sauf la terre. Généralement les plus riches même n'ont pas beaucoup d'argent, mais ils possèdent des barques, des éléphants, des chevaux, des bœufs, des buffles, qu'ils louent ; ils ont quelquefois un grand nombre d'esclaves qu'ils emploient chez eux, sur les biens qu'ils cultivent ou dans des entreprises commerciales et industrielles de toutes sortes. L'argent est prêté à très gros intérêt, mais il est sujet aux naufrages.

Les biens d'un Cambodgien veuf, et qui meurt sans enfants, vont tous à l'État, c'est à dire au roi. S'il ne laisse que des filles, le gouvernement s'empare de la moitié de la fortune et leur distribue l'autre moitié. Si celles-ci sont jeunes, les biens sont mis en dépôt chez leur grand-père, qui devient leur tuteur.

Lorsque le gouvernement est créancier du défunt, le roi fait prélever d'abord sur la succession la totalité de la créance, et le reste, s'il y en a un, est partagé entre les héritiers.

Lorsqu'un chef de famille meurt laissant plusieurs femmes ot plu-

MH LE UOYAIME 01 CAMBODOE

sieurs enfants, rt^iifant ou le> enfants qui Vont plus particulièremeul soigné pendant sa maladie, se partagent la fortune suivant le rang de leur mère. A cet effet, les biens sont divisés en sept parties; sur ces sept paris, le fds de la troisième femme en a une, celui de la deuxième en a diMix l't ci'lui de la première quatre. Si ces dames ont plusieurs enfants, la répartition se fait toujours suivant la proportion que nous venons d'indiquiM*. Les enfants qui sont absents au moment de la maladie et de la mort de leur père perdent unt» partie de leurs droits k la succession.

S'il n'y a pas d'enfants, la première femme garde tous les biens et la familh^ n^stt» constituée. Si la deuxième et la troisième femme voulaient quitter la maison avant la fm du deuil, c'est-à-dire avant trois ans^ elles en auraient le droit, mais à la condition de renoncer h leur part de succession. Après les trois ans, si les veuves se séparent, les biens sont partagés entre elles suivant la règle établie pour leurs enfants lorsqu'elles en ont, c'est-à-dire que la première a quatre parts, la deuxième en a deux et la troisième une.

Les veuves d'un même homme peuvent se remarier après trois ans de deuil; les deux dernières n'ont pour cela rien à donner à TÉtat: mais si la première se remarie, et qu'elle soit sans enfants du premier époux, elle doit d'abord se débarrasser de la moitié de sa fortune au profit du trésor royal. Si elle ne se remarie pas, le gouvernement prend tout à sa mort.

L'enfant adopté nMionce à riiéritage de ses vrais père et mère et il ne peut éln» jmursuivi pour les dettes que ceux-ci auraient contractées de leur vivant. Si un chef de famille, après avoir adopté un enfant, devient père légilimemont, le lils d'adoption ne perd pas tout espoir à la succession, puisque la loi lui réserve des droits égaux à ceux des enfants légitimes.

Les enfants ([ui, au momenl de la mort de leur père, sont au service particulier du roi, (uil <lroil à trois parts et demi de la succession.

In mari ([ui pour cause de stérilité de sa première femme, en épouse une autn» (|ui lui donne un lils, celui-ci est Tunique héritier du père et il pourxdit, après le décès de celui-ci, aux besoins de la première veuve et de sa propre mère.

La loi iudouc consacre également \o droit delaîné des enfants à la plus grauile pari du patrimoine «les i»ère et mère. »« L'aîné d'une famille, «lit la loi, y'// r.st rri'turu.r, peut puMulre possession de la totalité du pairi-

LE ROYAUME l)V CAMBODGE 349

moine de ses père el mère et les autres frères doivent vivre sous sa tutelle, comme ils vivraient sous celle de leur père. »

Généralement, dans Flnde, les partages se faisaient ainsi : l'aîné avait une part double, le second une part et demi elles autres frères chacun une part simple. Les frères donnaient h leurs sœurs de la même mère le quart de leur portion pour les aider à s'établir.

La coutume, si ancienne dans divers pays, de brûler les cadavres est généralement appliquée au Cambodge où les fûtes ' de la crémation sont célébrées avec magnificence pour les princes, les grands personnages et les gens riches. Les Cambodgiens tiennent cette coutume des Indous, qui considéraient l'incinération du corpscomme une grande et dernière purification ; mais la crémation était aussi très en usage chez les Romains, les Grecs et aussi chez les Juifs, qui, comme les Khmers, se rasaient les cheveux en prenant le deuil. En Europe, la coutume d'inhu- • merlescorps a prévalu depuis longtemps, malgré ses inconvénients, dont le plus direct et le moins contestable est de faire des cimetières des lieux d'infection fort incommodes pour les voisins.

Nous parlerons, avec quelques détails, de l'incinération du corps d'un mandarin que nous avons connu; mais avant, nous croyons utile de dire quelques mots sur les funérailles réservées aux souverains du pays.

Lorsqu'un roi est sur le point de mourir, le prince héritier, les autres membres de la famille royale et tous les mandarins d'un rang élevé assistent à ses derniers moments, reçoivent ses derniers ordres, ses dernières volontés.

Dès quele roi est mort, les mandarins connus sous le nom de phusaméaléa remplissent^ dans les diverses cérémonies des funérailles, le rôle des achars dans les fêtes analogues concernant les particuliers. C'est l'héritier qui verse les premières gouttes d'eau lustrale sur le mort; les autres princes aspergent le cadavre qu'on livre ensuite aux phusa-méaléa, qui le lavent avec soin, l'habillent de soie blanche et lui font avaler une certaine quantité de mercure. Cela fait, un phusa-méaléa découpe une feuille mince d'or pur qu'il emboutit de manière h faire la place du nez, du front, et il applique ensuite sur le visage du défunt ce masque

métallique.

Le cercueil destiné h recevoirla dépouille du roi affecte la forme d'un

* Nous employons le motfùle pour parler le langage des Khmers, auxquels la mort n'appaiaU pas sous les mêmes couleurs qu'à nous.

350 LE ROYAUME [)[] CAMHODGE

troue de coue renversé ; il se compose d'une enveloppe en beau bois du pays, doublée, à Tinlérieur, de feuilles de cuivre. La base est fermée par une plaque de cuivre brasée, ou soudée à la chemise intérieure ; le couvercle supérieur est en bois et mobile. La base est percée d'un trou au centre par où s'écoulent les matières provenant de la décomposition lente du cadavre. On recueille ces matières dans des bassins eu or et on les porte ensuite en pompe dans les eaux du ileuve.

On couvre la surface extérieure du cercueil de dessins découpés dans des feuilles d'or, et tous ces ornements sont plus ou moins mélangés de verroterie. On place la bière sur un escabeau magnifiquement décon* entouré de petits modèles de parasols royaux et surmonté d'un immense parasol à sept étages, formant une sorte de dais. Sur la plate-forme soni des éventails et des arbustes artificiels à branches et à feuillage d'or; les degrés sont recouverts de feuilles de banian fraîches, disposées de manière à tigurer des dentelures sur les contre-marches. Le plafond do l'appartement est masqué par des tentures, d'étoffes blanches, piquées de (leurs de même couleur, de feuillages frais et artificiels, de guirlandes ou plutôt de longs boudins de verdure figurant le corps tourmenté d*uii immense serpent, ou dragon. Les fieurs sont répandues à profusion sur le cercueil, sur l'autel, sur les gradins et sur le parquet de la chapelle sépulcrale.

Le fond de la bière est garni de plusieurs doubles d'étoffe de coton : c'est là-dessus que le mort est placé, assis^ les jambes pliées^ les genoux relevés verticalement, les coudes appuyés sur les genoux, les mains jointes et appliquées sur la bouche. On coiffe le cadavre d'un bonnet léger en coton, terminé au haut de la tète par une pointe élevée. On engage du coton cardé dans les espaces vides et Ion eu met aussi h la partie supérieure, de manière à rendre tout mouvement du corps impossible.

Tout le temps que le cercueil est conservé dans le palais^ les repas sont servis au défunt aux heures et avec les formalités d'usage. Les mets sont placés à coté de la bière et on les y laisse quelques instants avant de les ramasser. Enfin, une grande quantité de bonzes, se relayant de temps en temps, récitent des prières à l'intention de l'âme de leur ancien souverain.

Pendant ce temps^ on élève hors du palais, avec les bois les plus estimés du pays, un catafalque, nommé mén, aux proportions grandioses, à flèche élevée, et le tout disposé de manière h imprimer un

caractère de grandeur aux funérailles. Toute cette charpente est couverte d'ornements dorés ou argentés ; les entrecolonneinenls sont garnis de tentures blanches, de guirlandes de verdure et de Heurs.

C'est dans l'intérieur de ce monument que Ton dresse le bùchei destiné à consumer le corps du défunt. A chacune des portes du mén, on place des statues de yakchas, géants armés de sabres ou de bâtons. Ces personnages sont les gardiens de tradition de tous les endroits où le mystère et la superstition ont pénétré.

Au dehors, près de chacune des portes, Ton dresse un grand nombre de petits autels, sur lesquels les plus hauts personnages du royaume exposent des objets d'art, des productions bizarres de la nature, tout cela mêlé de nos jours à des échantillons grossiers de l'industrie européenne et à des fleurs fraîches ou artiiicielles. Sur ces autels tlambent des bougies nombreuses, protégées contre les effets du vent par des verrines en cristal, tandis que, à côté, les brùle-parfums et les baguettes odoriférantes avivent constamment leur feu à la brise du soir.

Sur la même place, sont des pavillons particuliers pour le roi, sa cour, les princes, les bonzes et les mandarins.

Au jour indiqué pour la translation du corps, les princes, les mandarins vêtus de blanc et la tête complètement rasée, viennent se joindre au nouveau souverain pour assister aux obsèques. Les musiques du pays sont convoquées et on déploie ce jour-là un appareil considérable, auquel concourent la force armée, le clergé, les corps de l'État, le sérail au complet, la population. . .

Le cortège se met en marche, précédé de l'escorte qui revient au roi régnant. Le chef supérieur du clergé, porté sur un riche palanquin, vient ensuite précédant le char funèbre sur lequel se tiennent debout deux phusa-méaléa vêtus de blanc de haut en bas. A part le grand chef des bonzes, on ne remarque aucun autre religieux dans le corlège.

Derrière le char, les anciens serviteurs du roi portent^ sur des plateaux en or, les objets et les ustensiles dont leur maître avait coutume de se servir. Sur d'autres plateaux en argent, en cuivre, en porcelaine, sont des bûches de bois d'essence odoriférante destinées à composer le bûcher.

Un jeune prince, porté sur un palanquin royal, précède immédiatement le char funèbre; il porte au front un bandeau tressé en pailles grossières d'où part un cordon en colon qui va dans l'intérieur du cercueil se lîxer aux vêtements du défunt, indiquant, peut-être, l'union

:;.ii LE KOYAl ME DU CAMBODGE

mystique que l'on supposa» devoir exister encore entre le trépassé et sa famille.

Près du cercueil, sont les effigies on bambous de deux éléphauls montés sur des chars, et portant sur leur dos une grande quantité de défroques de religieux dont héritent ceux d'entre eux qui assistent Hux obsèques.

Arrivé au mén, le cortège en fait trois fois le tour et on dépose ensuite le cercueil au milieu de la salle intérieure et sur un autel. Il reste là, bien gardé, trois jours complets pendant lesquels seize bonzes, réunis quatre à quatre dans des petites chapelles en chaume élevées aux quatre angles du monument, lisent des passages des livres saints ou psalmodient des prières.

Pendant le temps que le corps reste exposé, trois fois dans le jour et trois fois dans la nuit, des députations de dames du palais sont envoyées pour témoigner des regrets de toute la cour; les personnes qui ont été plus particulièrement attachées au service domestique du roi lui expriment hautement la douleur qu'elles éprouvent de ne plus pouvoir lui continuer leurs devoirs. Quant au successeur, il est tenu de se rendre matin et soir au mén pour exhaler sa désolation et promettre de faire un bon usage du pouvoir dont il vient d'hériter.

Par une remarquable anomalie, concurremment aux cérémonies delà crémation, qui conservent un caractère sérieux et funèbre, ont lieu, dans le palais et au dehors, des dans<^s, des luttes, des courses, des jeux variés, enfin toutes les réjouissances des grands jours de fête. Ce mélange de joies et de pleurs, constituant pour des Européens un contraste si choquant, est parfaitement rationnel chez un peuple convaincu que la vie n'est qu'une succession d'existences meilleures les unes que les autres pour ceux qui se sont observés et qui ont mérité celte faveur.

Le troisième jour, les phusa-méaléa lavent la face du cadavre nue dernière fois a\ec du lait de coco ; on dresse le bûcher à la place de Tautel funéraire et Ton y dépose le cercueil ouvert parle haut. Au coucher du soleil, le nouv(?au roi, placé sur une haute estrade à quelques mètres du mén, prend une torche et allume une mèche en coton imprégnée de poudre qui communique aussitôt le feu au tas de bois du bûcher. Cette phase principale de la cérémonie est annoncée au loin par des détonations d'armes à feu, par le bruit et par Téclat d'une foule d'artifices, par le sou de mille instruments de musique, de gongs, de lams-tams. Pendant la

LE KOVAUSIE DU C.IMBODGE 353

combusfiiiii, les mamlarins passant h lour de rùlc, jnllciil diuis l.'s llammes chacun cin(| tougics en ciic el ciiic| fia(|ucls de liaguollcs odoiifc-

ranles. Les dames de la cour fondent en larmes à ce moment et emplissent les L^clius voisins de leurs ciis plainlils.

3o4 LE ROYAUME DU CAMBODGE

Le brasier est éteint au bout d'une heure environ, et les' ossements restés dans la caisse en cuivre sont déposés sur un tapis étalé sur le sol; on les lave avec soin et on les enferme dans une urne en or, en attendant que Ton ait pu construire une tour en maçonnerie pour les y déposer, ainsi que Furne qui les contient. Les cendres et les résidus de toute espèce provenant du bûcher sont portés processionnellement au bord du fleuve et jetés dans Teau.

Aprèslamort du roi Ang-Duong,on coupa, suivant le désir qu'il en avait exprimé quelques instants avant sa mort, les chairs de son corps en petits morceaux et on les servit dans des plats d'or aux oiseaux de proie. Il n'est pas rare de trouver parmi les purs buddhisles des individus qui vouent ainsi leur corps à être dévoré par les animaux, en mémoire, et par imitation du martyre deMandgalyana^ disciple de la main gauche du Buddha, qui fut assommé à coups de bâton par les hérétiques, qui livrèrent son corps aux oiseaux de proie.

Chez certains peuples, les grands coupables finissent ainsi ; et celte manie, non raisonnée aujourd'hui, des dévots khmers de vouer les chairs de leur corps à la voracité des oiseaux de proie, pourrait bien n'avoir été à l'origine qu'un acte de haute piété, ou un sacrifice expiatoire.

Le service funèbre, dont nous allons maintenant parler, a été célébré à la fin de Tannée 1873, à Phnom-Penh, àToccasion de la mort du Luc Butes, un mandarin cambodgien d'un rang élevé, jouissant de restimo et des sympathies pubhques.

Nous avons personnellement conservé le souvenir le meilleur de ce bon vieillard, toujours gai, obligeant, sympathique à tous, chef d'une nombreuse famille, qui, nous le savons, Ta vivement regretté. C'était un ingénieur de la marine, chargé en chef des réparations et de la construction des barques royales, de renfrelien des navires et, enfin, du matériel naval du gouvernement. 11 habitait sur le bord du Mëcong, au centre de son chantier, dans une immense maison en bois assez proprement tenue, et surtout fort agréablement située en face de l'immense estuaire formé par les quatre bras du fieuve.

Ce mandarin avait perdu sa première femme cinq ans avant qu'il ne mourût ; il l'avait faite ensevelir, suivant Tusage, dans un cercueil en bois de kaki, qui fut calfaté et mastiqué soigneusement sur toutes les jointures et que l'on garda dans un coin de la chambre principale de la maison, dérobé aux regards par un simple rideau à travers lequel on pouvait voir brûler toujours une bougie et des bâtons odorants* Le bra\e

homme ue se décidait pas à faire incinérer le cadavre de son épouse ; il disait à ses enfants et petits-enfants : « 11 est bien inutile que vous fassiez la fête de la crémation pour votre mère ; je n'en ai pas pour longtemps ; attendez encore et vous nous brûlerez tous les deux en même temps. » En effet, Fintéressant vieillard, après s'êlrs traîné un peu plus de temps qu'il ne pensait d'une maladie à une autre, s*éteignit le 20 novembre 1873- Le roi, qui l'affectionnait et qui perdait en lui un de ses plus honnêtes et de ses meilleurs serviteurs, voulut faire les frais des funérailles.

Un peu avant la mort du Butés, lorsqu'on le vit s'affaiblir peu à peu et que Ton put prévoir une fin prochaine, sa famille fît venir quatre bonzes qui prièrent pendant l'agonie. Ces prières, ou plutôt ces observations sur la vie humaine, que Ton fait répéter mot pour mot au malade, s'il est encore en état de parler, sont en pâli et voici quel en est le sens général :

« Le corps d'un homme ne vit pas longtemps ; lorsqu'il s'éteint, ce n'est plus qu'une matière inerte abandonnée dans le monde. »

« La vie d'un homme n'est pas limitée ; personne ne peut en prévoir le terme : on vient au monde et Ton en sort, suivant les desseins du Buddha. 11 faut donc se hâter de l'honorer et d'acquérir des mérites. »

L'assistance écoute prosternée et les mains jointes, selon l'hommage dû aux saintes écritures. Les bonzes marmottent des prières autant de temps que brûlent deux bougies d'une dizaine de centimètres de longueur, allumées derrière le chevet du malade. On attend que ces bougies soient éteintes pour laver le cadavre, si la mort est survenue avant la complète extinction des flambeaux.

Auprès de l'agonisant étaient déposées des bougies et des baguettes odoriférantes non allumées ; ce sont là des objets servant pour les adorations, qu'un Cambodgien dévot doit toujours avoir avec lui et que le mourant est censé emporter pour en faire usage dans sa nouvelle existence. Nous entendîmes un achar prosterné prononcer à chaque instant le mot arahang^ que le malade s'efforçait de répéter, car c'est là une pratique de dévotion très méritoire au Cambodge. Dès qu'il fut mort, ses enfants lui fermèrent la bouche, les yeux et on coupa aussitôt tous les fils qui fixaient à son corps différentes sortes d'amuletteSé L'achar, se penchant une dernière fois sur le cadavre, prononça encore le mot arahangi

Disons, eu passaiil, que le mot arahniig^ qui siyiiilie, paralt-il. en pâli, sainl. juste, a 616 adopti; pat- les buddhisles de l'Indo-Chiue pour ■ remplacer le inoiiosyllabe 'Un dos Itrahmes. Eu effet, l'on attache à ces deux mots, dans l'Iudc et l' Indo-Chine, à 1res peu près la même siguificafiori et on les prononce absolument dans les marnes circonstances. Uans riiide, ci/H, ou tfWH, est un mot sacré ; r'esl le mol mystique de la divinilt^ et les ludous le prononceut au commencement de toutes leurs prières, de toutes leurs invocations. Les Khmcrs de nos jours^ qui n'otil plus la notion de Dieu, ont retenu cependant le monosyllabe ôra, mais ils ne le prononcent plus aujourd'hui que lorsqu'ils conjurent les dieux infernaux, les méchants esprits. Ce mot était dans rindu mémo considéré par certains brahmes comme uu maiitram puissant sorvaut à évoquer ou à conjurer. Les brahmes actuels fout mystère du vrai sens de ce mot sacré, que les Indiens prononcent avec recueillement et qui est, comme nous l'avons dit. le nom symbolique de l'Être suprême, c'est-Adire du dieu Brahm.

Dès que le mandarin eut rendu le dernier soupir, ses eufaiils cl petits-enfants, assis sur des nattes, prirent le cadavre sur leurs genoux et le lavèrent avec de l'eau lustrale contenue dans quatre énormes marmites en terre. Cette opération pénible, et forcément repiquante, à défaut d'enfants ou de très proches parents, peut être faite par les esclaves du défunt, qui deviennent libres, selon la loi. après avoir rendu ce dernier devoir k leur ancien maître. Celte habitude de laver les morts chez les huddhisics vient, sans duulo, do l'exemple que donna le Buddha Sakya-Muni lui-même en prescrivant à ses disciples de laver son corps dans l'eau lustrale lorsqu'il serait mort.

Le rite de l'ablution une fois tini. on fit avaler au cadavre uu peu de mercure, afin de le consener jusqu'au moment de l'incinération ; on lui mit dans la bouche un petit lingot d'argent, et on lui appliqua ensuite sur les lèvres, sur les yeux, les narines et les oreilles, des petits carrés de papier doré, comme pour fermer toutes les ouvertures du corps. On écrivit sur ces billets des formules sans grande signification comme celles-ci : » Cet homme, de son vivant, a dû dire de bonnes et de mauvaises choses, n 11 va sans dire que cette phrase était écrite sur le papier qui couvrait la bouche. Sur les autres, on lisait successiveraeiil : \' De son vivant, cet homme a dil voir de bonnes et de mauvaises choses; il a dtl entendre de bonnes et de mauvaises choses, i- Lutin, sur la bande de papier posée à l'eiidroil du cœur, ou avait écrit : « Cet

homme , de son vivant , a été quelquefois bon el quelquefois mauvais. »

Ces préliminaires achevés, on fit au mort la toilette : on lui saupoudra le visage de farine de riz mélangée de safran ; on peigna ses cheveux et on les enduisit d'huile de coco ; on l'habilla de blanc, c'est-àdire de deuil ; on lui couvrit le visage d'un foulard blanc et une pièce entière de coton fut employée à faire un bandage autour du corps. Cela fait, on réunit les mains pour leur faire tenir un cornet végétal, contenant trois feuilles de bétel, une bougie et trois bâtonnets odorants. Pendant la mise au cercueil, trois bonzes ne discontinuèrent pas de prier pour l'âme du défunt.

La bière était faite avec des madriers en bois de kaki, que le vénérable ingénieur faisait débiter quelques jours auparavant pour le service de Tarsenal ; elle était étroite en bas, élevée, évasée par le haut et terminée par un couvercle voûté. On mit dans le fond une forte épaisseur de sciure de bois, couverte d'une couche de feuilles de goyavier réduites en poudre au pilon ; ensuite, venait un lit de feuilles de thé sur lequel était développé un mince matelas. Le cadavre fut déposé là-dessus, le corps allongé, la face en dessus, la tête relevée par un petit coussin, les mains jointes et ramenées sur la poitrine. Les jambes furent rapprochées el maintenues dans cette position au moyen de quelques tours d'un petit cordage en coton ; les pieds furent assujettis de la même manière ; le milieu du corps, à la hauteur du ventre, fut garni de quelques tours de corde et on lui passa, enfin, au cou un grand anneau ou collier tressé en fils de coton. De ce collier partait un cordon qui suivait le corps, remontait le long de la paroi intérieure du cercueil et passait au dehors par le joint du couvercle. A l'extrémité extérieure de ce cordon était fixée une longue bande d'étoffe de coton, dont nous aurons à parler bientôt. Par-dessus le corps, on superposa des feuilles de papier et le vide supérieur fut comblé avec des feuilles de tabac hachées grossièrement. Pendant le temps consacré à ces divers arrangements, les parents, les amis et les serviteurs du défunt épanchaient leur chagrin ; ils interrogeaient le mort avec respect et, comme s^l eut pu encore les entendre, ils lui faisaient une foule de reproches amicaux de ce qu'il les quittait.

Le cercueil fut clos et les joints des planches bouchés au moyen d'un mastic composé de terre glaise, de riz pilé et de feuilles de bruyère hachées et broyées. On le mit dans l'appartement où le défunt se tenait

de préférence de son vivant et on entretint autour une ou deux lampes allumées. Autour de la maison, sur des mâts élevés, flottaient de longues flammes blanches et autres emblèmes de deuil.

Les proches parents, les serviteurs libres et les esclaves prirent le deuil ; tous se firent raser les cheveux, sauf ceux d'entre eux qui étaient mandarins et auxquels les lois du pays, rigoureuses à cet égard, font une obligation de porter le toupet d'usage, à moins d'un deuil officiel ordonné à la suite du décès du souverain.

Tous les jours, aux heures ordinaires, on servait le repas au mort. Les mets contenus dans de petits bols étaient alignés sur un grand plateau en cuivre^ que Ion approchait le plus possible du cercueil. Sur un autre petit plateau en argent, on servait la provision obligée d'arec, de bétel et de tabac. Enfin, on disposa auprès de la bière un rechange complet de vêtements de deuil à l'usage du trépassé.

Dans la maison, quatre ou cinq bonzes priaient, tenant dans les mains la bande d'étoffe dont nous avons parlé, afin d'être, pendant la prière, en communication avec le défunt. Ces bonzes étaient nourris dans la maison et on leur donna, en outre, des étoffes teintes en jaune et pouvant servir à la confection de leurs habits. Chaque jour, des files de bonzes se présentaient, disaient quelques prières, et chacun d'eux recevait cinq mètres de cotonnade blanche et cinquante centimes d'argent donnés au nom de la famille. Ce cadeau d'usage ne fut pas le seul que reçurent les religieux ; chacun d'eux emporta en plus trois mètres de toile, cinquante centimes d'argent^ du bétel, de l'arec, du tabac, des bougies, des baguettes odoriférantes, et ce supplément était dû h la libéralité du roi.

C'est au bout de trois jours ordinairement que le cercueil est porté au bûcher. Si Ton a dos motifs pour retarder l'incinération, on peul le garder chez soi, ou le porter dans une bonzerie, ou bien encore dans un petit pavillon isolé et élevé aux frais ^ de la famille. Il arrive quelquefois que l'on enterre les morts pour les exhumer plus lard au moment où on veut les brûler.

Pour la translation du corps de la maison mortuaire au bûcher, on a un immense corbillard surmonté d'un dais orné de longues franges, de tentures blanches et d'autres attributs de deuil. Le cercueil est mis sur ce char funèbre, sur lequel prennent place quatre bonzes, qui se tiennent debout pendant la marche. Un autre bonze, porté sur un palanquin couvert d'un grand parasol jaune, précède le corps de vingt pas. Enfin, en avant de tout, un achar h pied porte une bannière blanche appelée

tong-prea-lung (le drapeau de Tâme). A la hampe de ce drapeau pend une marmite pleine de riz non cuit, et dans une besace passée à Tépaule, Fachar porte un approvisionnement de bétel, d'arec, de tabac et, enfin^ la quantité de chaux nécessaire pour la préparation des chiques.

La partie du couvercle du cercueil directement placée au-dessus de la tête du mort, est toujours garnie de cierges enflammés et de bâlx)nnets odorants qui brûlent pendant la marche du cortège. Un enfant, fils ou petit-filsdudéfunt, est porté sur un palanquin spécial, dont la place est immédiatement en avant du corbillard; il a le front ceint d'un bandeau de joncs tressés sur lequel vient se fixer le cordon sortant du cercueil. Dans la circonstance, c'était le petit-fils du mort, qui élait censé conduire son grand-père à sa dernière demeure. L'usage veut que cet enfant entre dans les ordres dès que son rôle dans cette cérémonie est achevé ; aussi, dès que la combustion du cadavre fut à peu près consommée, un religieux s'approcha de Tenfant, lui passa les habits de son ordre et l'admit comme novice dans le couvent dont il faisait partie. Si le défunt n'a ni enfants, ni petits-enfants mâles, un esclave peut en tenir lieu et nous savons qu'il devient hbre, de par la loi, à partir de son admission dans les ordres.

Le cercueil était couvert de fleurs, de découpures de papier doré et argenté, ainsi que le dais qui était chargé de guirlandes de verdure et de fleurs. Une musique simple, composée de tambourins, d'une sorte de trombone et d'une flûte^ jouait pendant la marche. Une jeune fille portait à la main un plateau rempli de paddy griflé et de petites pièces de monnaie qu'elle jetait sur la voie et que les pauvres s'empressaient de ramasser. Au Cambodge, on considère l'aumône faite eu pareiUe occasion comme très méritoire . De même qu'autrefois chez les Grecs et les Romains, les convois funèbres des Khmers sont suivis par des pleureuses h gages.

Nous avons vu que le catafalque sous lequel on brûle les corps des rois et des princes portait le nom de mén. Lorsqu'il est destiné à recevoir la dépouille mortelle d'un citoyen, ce monument prend des noms plus modestes qui varient alors suivant la forme géométrique qu'on lui donne : il s'appelle phnom-yung (montagne de la délivrance), si sa forme est conique ; il prend le nom de param, si l'ensemble affecte la silhouette d'un tronc de pyramide quadrangulaire.

Dès en arrivant, on fit faire au cercueil trois fois le tour du phnomyung, en allant de droite à gauche; ensuite, on le déposa au centre

du petit monument et on le laissa là trois jours exposé à la vue du public. Durant ce temps, les parents et les amis s'établirent sous des hangars en feuillage disposés à leur intention tout près de la sépulturei tandis que des bonzes arrivaient quatre par quatre et se retiraient successivoment après avoir débité les prières d*usage.

Au bout de trois jours, on dressa le bûcher et l'on y plaça la bière qui était maintenue tout autour par de longues barres de fer enfoncées dans le sol. Sur la tête de ces supports étaient fixées des marmites pleines d'eau que l'on décrocha, et que l'on vida sur le bûcher, au moment ou il devint nécessaire d'arrêter la combustion.

Le cercueil fut placé ouvert sur le bûcher. Les feuilles d'or qui couvraient la bouche, le nez, les yeux... du mort furent retirées el devinrent la propriété de l'achar et de ses aides.

Avant de mettre le feu au bûcher, on lava une dernière fois le visage du mort avec du lait de coco . Un grand nombre de bonzes s'approchèrent à ce moment, ramassèrent à terre la longue bande de toile dont l'un des bouts pénétrait dans le cercueil et, s'étant prosternés, ils psalmodièrent des prières. De tout ce qu'ils dirent alors, nous avons retenu seulement ce qui suit : « La vie d'un homme n'est vraiment pas longue. — Le corps de l'homme est destiné à rester couché sur la terre privé de mouvement et à disparaître tout à fait. — Ne vous figurez point que vous vivrez toujours. — La vie des créatures est variable dans sa durée : on naît et on meurt comme une mèche que l'on allume et qui s'éteint seule dans plus ou moins de temps sans laisser traces de sa forme antérieure. »

Dès que les religieux ont fini leurs prières et leurs méditations, l'achar ramasse la bande de toile qu'ils tenaient entre leurs mains ; il la roule et la passe à ses aides, qui l'exposent rapidement au-dessus dos flammes du bûcher, afin de la purifier du contact du cadavre et la rendre ainsi propre à être utilisée dans le ménage.

lînfin, l'achar fait trois fois le tour du cercueil en agitant une torche allumée qu'il lient à la main, de manière à faire tomber des flammèches sur le bûcher. Les aides imitent la même manœuvre, et ceux des assistants qui veulent honorer le mort, ou font autant. Les torches qui servent dans ces cérémonies sont censées avoir été allumées à un feu sacré el perpétuel, conservé dans certaines pagodes comme le symbole du feu primitif et que l'on rallume, lorsqu'il vient à s'éteindre, à un incendie causé 'par la foudre. Quelquefois, ces torches sont

allumées aux bougies qui ont éclairé Tagonie de la personne dont il s'agit de brûler le corps, ou bien au soleil au moyen d'un \erre ardent.

Au premier jet de lumière qui sort du bûcher, les musiques jouent, les fusées partent et c'est aussi le moment de conférer les ordres à Tcnfant qui a conduit le deuil.

On fait cuire au feu du bûcher le riz contenu dans la marmite accrochée à la hampe du drapeau de rame; ensuite, on jette de Teau sur le brasier et on Féteint tout à fait. Le riz cuit et la provision d'arec, de béte], de tabac, sont placés à côté du résidu, et par suite à portée de l'âme vitale du défunt, qui se dégage de ces cendres pour s'envoler avec cet approvisionnement, destiné, sans doute^ à calmer l'appétit de quelque Cerbère redoutable.

Après l'extinction, l'achar et ses quatre aides réunissent un tas de cendres mouillées et le façonnent de manière à lui donner grosso modo la forme humaine, avec la tête tournée vers l'est. Quand c'est lîni, les sinistres mouleurs tiennent un instant conseil et se demandent s'ils ont bien fait d'orienter ainsi leur statue. Quelquefois, ils recommencent leur œuvre et ils placent la tête dans l'aire de vent opposé; mais alors, ils prennent subitement la résolution de tout refaire et ils placent défînitivement l'image dans la position primitive. On couvre ce modèle de larges feuilles de bananier et on étend par-dessus une toile blanche. Huit bonzes s'approchent de ce tas de cendres façonné, marmottent quelques prières et se retirent.

La famille et les amis entourent cette poussière à laquelle on a donné tant bien que mal la forme humaine, et tous se prosternant respectueusement, prononcent ces simples paroles : « Nous sommes venus pour recueillir vos ossements. » Chacun se met alors h chercher dans la cendre et à ramasser les os qui s'y trouvent; ensuite, on réunit tous les résidus du bûcher que l'on va déposer au pied d'un arbre sacré, ou que l'on jette dans le fleuve.

Les os calcinés, et réduits à un très faible volume, sont lavés une première fois avec de l'eau ordinaire et relavés dans l'eau lustrale ; on les recueille dans un sac en toile que le plus proche parent emporte d'abord chez lui. Le lendemain, les bonzes vont réciter quelques prières sur ces derniers restes, afin d'obtenir que l'âme, qui s'en est séparée, repose en paix dans le Nirvana, ou, si elle est destinée à vivre sous une autre forme, qu'elle soit heureuse dans cette autre existence.

Les ossements proirenant des crémations sont le plus souvent réunis en paquet dans un linge et déposés derrière Tidole du Buddha dans les pagodes, ou dans de vieilles tours ruinées et qui passent pour être sacrées; ou bien, ils sont entassés au pied d'un figuier sacré et, enfin, quelquefois on les jette dans le fleuve à l'endroit le plus profond. Les gens aisés les mettent dans de petites tours en maçonnerie appelées rhedey^ qu'ils obtiennent d'élever sur les terrains consacrés au culte. Dans ce cas, on enferme les os dans une urne en faïence, en porcelaine, en cuivre ou en argent, suivant le degré de fortune et de générosité des héritiers, et cette urne est déposée dans une tour creuse, au-dessous d'une statuette du Buddha.

I^s rois et les princes conservent quelquefois dans leur palais, renfermés dans des urnes en or, les restes de leurs proches parents; mais ordinairement, ils font construire d'immenses colonnes sépulcrales pour y déposer les urnes dont nous parlons. Ces tours sont consacrées par un jour entier de prières et l'usage exige que, pour ce dernier service, on offre aux bonzes des vêtements complets et neufs.

Les fêtes de la crémation, lorsqu'elles sont brillantes, arrivent à coûter jusqu'à cent barres d'argent, environ neuf mille francs. Cette somme est distribuée en cadeaux aux religieux, en aumônes^ festins, feux d'artifices, construction du catafalque, achat du cercueil, indemnités aux pleureuses de commande.... La dépense heureusement peut i^tre beaucoup réduite, et le plus souvent elle n'excède pas cinquante francs.

Les familles qui, pouvant le faire, ne brûlent pas leurs morts, sont mises à l'index et elles sont peu considérées. Une femme qui n'a pas fait brûler le corps de son mari est considérée comme n'ayant pas rempli vis-à-vis de lui tous ses devoirs et elle ne peut plus se remarier. Malheureusement, la loi est en cela partiale, puisqu'elle ne condamne pas au célibat le mari coupable du même manquement aux devoirs dus à une épouse morte.

Dans les bonzeries, lorsqu'un religieux est gravement malade, le chef du couvent lui demande s'il veut renoncera la prêtrise : « Vous êtes trop malade, lui dit-il, pour continuera porter votre habit ; consentez-vous îi le quitter ?...» S'il répond oui, ce qui arrive ordinairement^ on lui retire ses vêtements jaunes et on continue à le soigner comme auparavant. Si le malade, se méprenant sur la gravité de son état, refusait de se laisser défroquer, il serait fait suivant sa volonté ; on lui laisserait sa robe, qu'on

lui retirerait lorsqu'il cesserait d'a\oîr sa connaissance, car la règle est de ne point mourir, si possible, en possession des ordres.

Lorsqu'un bonze meurt, ce sont ses confrères qui lavent son corps. Les frais des funérailles sont à la charge des parents; et si le religieux meurt sans héritiers, sa fortune fait les frais des funérailles qui sont quelquefois splendides et contrastent avec les mœurs austères des moines buddhistes.

Les prisonniers sont mal soignés dans les prisons du Cambodge, s'ils n'ont pas des parents qui leur\iennent en aide. Qu'ils soient ou non malades, on leur distribue la pitance ordinaire ; quelquefois on leur sert un peu de thé, que les Cambodgiens aiment beaucoup, et c'est tout.

Les parents peuvent faire à un des leurs mort en prison, les funérailles qui leur conviennent, pourvu qu'ils en paient les frais.

Les malheureux qui sont abandonnés au régime de la prison, ne sont l'objet d'aucune attention particulière ; aucun médecin ne les visite lorsqu'ils sont indisposés, et leur lit, c'est toujours la planche recouverte d'une natte. Dès qu'un prisonnier est mort, on lui retire d'abord la chaîne ; on le roule dans sa natte et on le porte sur une civière à l'endroit où il doit être enfoui.

Un registre^ qui reste entre les mains du chef delaprison, mentionne le nom du défunt, la date du décès et on n'en parle plus.

On abandonne h la voracité des oiseaux de proie les dépouilles des suppliciés, à moins que la famille de ces malheureux, ou leurs amis, n'obtiennent l'autorisation de leur faire des funérailles plus en rapport avec les devoirs que l'on doit à des cadavres quels qu'il soient.

On ne brûle jamais les enfants mort-nés ; on les enterre quelquefois, mais, le plus souvent, on les porte dans un endroit reculé de la forêt, où on les abandonne complètement. La loi indoue est formelle à cet égard; elle dit : « Après avoir laissé le corps d'un enfant mort-né dans la forêt, comme un morceau de bois, ses parents sont soumis à une purification de trois jours. » Point de crémation non plus pour les femmes mortes en couches, ou simplement enceintes; on les enterre, mais elles reparaissent bientôt sous la forme de revenants très redoutables.

En principe, on ne porte le deuil que des personnes plus gradées ou plus âgées que soi. Les mandarins prennent le deuil du roi, et ils le gardent jusqu'après l'incinération du corps, qui peut avoir lieu de suite, mais que l'on ajourne souvent à des mois et même à des années après le décès.

Les serviteurs libres d'une famille, ainsi que les esclaves, gardent le deuil jusqu'à ce que le corps du maître, ou delà maîtresse de la maison, soit brûlé.

Dans la famille, il est de règle qu'on ne porte le deuil que des parents plus âgés que soi ; mais ce qui révolte dans ces usages, c'est que le mari ne porte jamais le deuil de sa femme, ou de ses femmes.

Le deuil des grands parents, du père et de la mère, est porté trois ans. La femme porte le deuil de son mari trois années ; après ce temps, elle peut, si elle veut et si elle trouve^ se remarier. On porte le deuil d*un oncle et d'une tante trois ans, si on a été élevé chez eux comme leur enfant ; sinon, le deuil cesse après la cérémonie de la crémation. Dans la même famille, les frères et sœurs ne portent le deuil que de leurs aines. Les père et mère ne portent pas le deuil de leurs enfants.

Le deuil consiste à se raser complètement la tête tous les quinze jours, à s'habiller de blanc, à ne porter sur soi aucun bijou, aucun ornement et à jeûner le jour sel (dimanche).

Plus on étudie les coutumes des peuples de l'antiquité et plus on leur trouve des points de ressemblance. Pour ce qui regarde spécialement les funérailles et le deuil, la similitude des usages est frappante.

En Egypte, on ne faisait pas de funérailles aux criminels; on les exposait au dehors et on les laissait dévorer par les oiseaux de proie et les bêles fauves.

Chez les Grecs, lorsqu'un malade venait d'expirer, on l'appelait à haute voix; on le lavait et on le couvrait d'essences; on lui mettait une pièce de monnaie dans la bouche et à coté de lui un pain. La pièce était pour Caron, le batelier des morts, et le pain pour le chien Cerbère, le gardien des enfers. En Grèce, lorsqu'on portait les morts à leur dernière demeure, les parents et des joueurs de flûte précédaient le cercueil. On recueillait aussi les cendres dans des urnes, après l'incinération du corps.

La cérémonie des funérailles chez les Juifs durait sept jours pour les citoyens et trente pour les princes. On jeûnait pendant ce temps et on se rasait la chevelure. Les Israélites brûlaient aussi quelquefois les morts.

A Rome, lorsqu'un citoyen était mort, on le questionnait aussi h haute voix; on exposait son corps pendant sept jours, vêtu de blanc, dans le vestibule de la maison. Quand on le portait en terre, la marche s*ouVrait par deux joueurs de flûte et de trompette. A la suite du cercueil,

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venaient un grand nombre de pleureuses à gages. On brûlait les corps, après leur avoir mis une pièce de monnaie dans la bouche. Les cendres étaient ramassées dans une urne que Ton déposait dans le caveau de la famille. Les pauvres étaient ensevelis sans aucune pompe.

L'usage de fermer les yeux et la bouche aux morts, et de les laver dans Teau lustrale avant de les enterrer ou de les brûler était commun H un grand nombre de peuples de l'antiquité. Aujourd'hui même, Teau bénite dont les chrétiens aspergent les morts n*est pas autre chose que la représentation de Teau lustrale des anciens peuples païens.

Quant à la livrée du deuil, elle est presque chez tous les peuples le noir ou le blanc et quelquefois ces deux couleurs combinées.

Nous allons passer en revue les principaux traits caractéristiques des mœurs et des coutumes des Cambodgiens. Ceux qui nous suivront avec quelque intérêt dans cette rapide inspection seront frappés de l'analogie des coutumes de ce peuple avec celles des Indous.

Les Khmers sont timides et assez discrets, sauf pourtant lorsqu'ils ont aperçu un objet étranger qui leur a plu, auquel cas ils sont capables de commettre toutes les indiscrétions en vue de l'obtenir; ils sont peu parleurs, peu menteurs et lorsqu'ils mentent, c'est à la manière des enfants, lâchant la vérité pour peu que Ton insiste pour la leur faire dire ; ils sont judicieux, et lorsqu'ils se donnent la peine d'examiner avec soin une affaire, le jugement qu'ils portent est bon généralement; ils sont polis au point de ne jamais élever la voix lorsqu'ils parlent à quelqu'un, et l'on n'entend guère que les débauchés de la capitale prononcer en public des paroles grossières et indécentes.

11 n'y a pas de pays où l'étiquette soit plus compliquée, plus impérieuse et plus observée qu'au Cambodge. Dans la rue, un Cambodgien qui voit venir un chef important se range pour le laisser passer ; s'il est à cheval, il met pied à terre et ne se remet en selle que lorsque le chef est déjà éloigné. Les bonzes sont l'objet de grands égards : on les salue en joignant les mains et en les élevant au-dessus de la tête. Ce salut est appelé parles Khmers « thvai-bangcom » ou « manassaka » et dans l'Inde « namaskara » On salue le roi, les princes, les chefs religieux et les plus

hauts dignitaires de la cour, en s^ accroupissant visage contre terre et les bras étendus en avant. Ce salut porte le nom de « pranam » au Cambodge et de « sachtanga » dans Tlnde. On salue un égal en joignant les mains et en les appuyant sur la poitrine Pour saluer un petit chef, ou une personne considérée, on joint les mains, on les porte à hauteur du frout et Ton s^agenouille un instant. On désigne cette façon de saluer par ces mots: « sompea-crap » (saluer en se baissant). C'est le salut connu dans rinde sous le nom de « andjali. »

La posture des Cambodgiens devant leurs chefs est humiliante ; ils se prosternent et se tiennent accroupis tout le temps qu'ils sont en leur présence. Lorsqu'un grand mandarin, un prince et surtout le roi, passent près d'eux, ils tombent subitement par terre, sur leui*s genoux et sur leurs coudes, comme si le feu du ciel les eut atteints.

Dans les visites, les Cambodgiens cèdent le pas, à grade égal ou à condition égale, aux personnes qu'ils reçoivent ou qu'ils reconduisent. Quant aux inférieurs, lorsqu'ils se présentent chez un grand chef, ils ne se retirent qu'après avoir été dûment congédiés et c'est alors à reculons, et à demi accroupi^, jusqu'à ce qu'ils soient rendus hors de la salle de réception.

Jamais un mandarin ne marcherait de front et surtout devant un confrère d'un rang plus élevé que le sien ; aussi on les voit sur la voie publique alignés sur une seule file et les gens du peuple eux-mêmes, lorsqu'ils se rencontrent en route plusieurs ensemble, se forment aussi sur un rang, les plus âgés ou les plus considérés tenant la tête. 11 est de règle alors que si le premier trouve un objet ou une somme d'argent, U doit en faire part à la suite entière; si c'est le second, il ne doit partager qu'avec ceux qui viennent après lui; enfin, si c'est le dernier qui trouve, il ne partage avec aucun camarade et garde le tout pour lui. Nous croyons pouvoir affirmer qu'il existe dans le midi delà France un usage analogue.

Cette manie de l'étiquette a fait imaginer une foule de formes de saints. Ainsi, les hommes saluent, au dehors, en remettant leur ceinture autour de la taille, s'ils l'ont à ce moment sur Tépaule ou autour de la tête pour se garer du soleil ; ils saluent aussi eu relevant les coins de leur pagne, s'ils les ont lais^sés tomber pour leur commodité ; ou bien, en inclinant ou en ployant leur parasol: en joignant les mains, afin d'éviter le balancement des bras, ce qui est considéré comme une insolence en présence d*uu chef, et souvent, mais pour des petits chefs

seulement, les Khmers se contentent de s'incliner en passant à leur hauteur.

Les Cambodgiens sont propres, sobres, peu querelleurs et point médisants ; ils sont paisibles, au contraire, et même gais la plupart du temps; ils se mettent fort rarement en colère ; ils sont très endurants et, partant^ faciles à gouverner. Mais leur instinct sauvage se révèle à la longue lorsqu'un de leurs chefs, oubliant toute mesure, et se plaçant au-dessus des lois, les pressure, ne leur rend pas justice à l'occasion et les pousse, enfin, aux dernières limites du mécontentement, de l'exaspération. Il n'est pas rare alors qu'ils cherchent à se faire justice eux-mêmes et il y va généralement de la vie du fonctionnaire injuste ou prévaricateur. Notons qu'ils ne s'en prennent qu'au -coupable, jamais à sa famille, ni à ses biens, ni non plus aux autres autorités locales, et ils redeviennent calmes, voire obéissants dès que leur ressentiment est passé. Le plus souvent, le mandarin emporté dans une tourmente populaire de ce genre est remplacé sans qu'il soit fait une enquête sérieuse sur les faits qui ont amené l'assassinat, ni sur l'attentat luimême. Si le crime a été commis par un petit nombre de mécontents, on les poursuit et on les juge, si on peut les saisir. Il n'est pas rare de voir au Cambodge la population entière d'une province se révolter contre son gouverneur et obéir tout de même aux agents inférieurs, payer l'impôt suivant l'usage, et accueillir avec bienveillance les envoyés que le gouvernement députe pour s'informer des causes de la révolte et pour tâcher de l'apaiser.

Les Khmers sont assez probes, et, en fait de vols, on n'entend guère parler que d'enlèvements d'animaux, de buffles surtout, qu'ils-vont vendre dans les pays limitrophes. En prétendant que les Cambodgiens sont assez probes, nous entendons parler uniquement des gens du peuple, et nous avons été en position de vérifier souvent l'exactitude du bon témoignage que nous leur rendons à cet égard ; mais les mandarins, en général, sont concussionnaires et ils ne méritent pas qu'on les estime au même degré. La cause de cette différence dans la moralité des citoyens du même pays provient surtout du vice des institutions politiques^ et particulièrement du système adopté par le gouvernement de ne pas payer, ou de payer insuffisamment ses fonctionnaires.

Leâ meurtres sont très rares, et cela est bien étonnant dans un pays où l'administration est désordonnée, la justice vénale et la police mal organisée, mal faite ou impuissante*

Les Khmers ne sont pas sans qualités provenant du cœur; ils sont quelquefois sensibles, assez hospitaliers et toujours charitables. Nous les avons vus plus d'une fois s'apitoyer eu présence de grands malheurs publics ou privés, lis cgnstruisent dans leurs villages^ à leurs frais ou de leurs bras, de vastes salas^ sortes de maisons en bois, ou en bambous, commodes, vastes, aérées et bien couvertes, pour servir d'asile aux voyageurs. Ceux-ci trouvent là, le plus souvent, du bois tout coupé et de Feau. Ces salas servent aussi de tribunal aux mandarins de rendrait et de relais de poste pour le service de TÉtat. Dans les \illages où la sala fait défaut, les habitants sont toujours prêts, quoique bien paresseux, a élever tout à fait à faux frais des sortes de gourbis assez commodes qu'ils offrent aux passants, afin d^éviter de les recevoir chez eux. C«e dernier genre dliospiialiié est contraire à leurs goûts et à leurs usages.

Lorsque les paysans voient passer des voyageurs, ils leur apportent euxHOdèmes sur la route de Feau et quelquefois même du vin de palme tout frtis renfermé dans des nœuds de bambous. Quant à la charité, ette est pratiquée natureUement et par tout le monde au Cambodge, où an pauvre^ est toujours assuré de tn>uver da riz à manger dans une maison quek\HH|ue oili il lui conviendra dVntrer.

Les gens aisés mettent quelquefois à leurs bonnes œuvres une certaine ostentation : ainsi, itn voit de temps à autre à Phnom-Penh des aftiches auuou^ant que tel j«>ur. à telle heure, il y aura devant la maison de tel individu une dtstributiou d^aam«)ues. Les habitants se portent en foule ^ur les lieux : U?s uns. et c'est la maji>ritê. par pure curiosité, les autres pi.Hir protiter des Ubêmlitês annoncées. Au m«>ment indiqué, la personne c^rttable parait sur uue sorte JfestniAle et lance sur la voie de petites splu^res eu cin.» de lu ^irosseur d'ime noix* et J«Kit quelques-unes reufertneut de^s billets sur lesq^uets '.«u a inscrit Tobjet. Tespèce d'animal. \>utu somme dur^eut ntioa a l'iuteutiou de douner. Ce sont queIquefoi> aussi les membres^ de lu famille bieiituilrice ^{ui <^mt portes >ar ces IhItetscxj^umie de>»unt être donnes eu aumùue. alai:^ oa ne manque pas d*ajvHiter qu ils seront rti». bete> pur uue Mieur >(ue Ton tndi«{ue et qoi est d\H>iinuiâv eie^ee. Ces bdlets $out *nus4 oiiucu* « Je doune mu femme v(ao]^^ t-^'h^tmui uiu uto^en d'uu eiephutit : «ju mou dis pour lequel je douucidi uuchc^^i : uiu tuttte iout I équipaient est une tortue* on bien ua v.vrtuiu uoutiiHv de l>uf«>^ à argent. » Lu lutte s en;£a^ entre ceux K{kii <lKHvheiU i x>mpui'%ir deîv pi^xteus^ns bouiesv Certaîn3^v après s'être

LE ROYAUiME DU CAMBODGE

donné bien du mal, et avoir reçu force horions, sont très désenchantés lorsqu'ils s'aperçoivent que au lieu de s'être emparés d'une boule en cire, ils n'ont mis la main que sur une noix d'arec, un cilron, ou tout autre objet de même forme et dimension, lancé en même temps pour donner un peu de gaieté dans l'assistance. Quelquefois, on met simplement des pièces de monnaie dans des citrons, ou des figues qu'on jette ensuite dans la rue ; tantôt, ce sont des cocos sphériques, à écorce bien

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Outils des bijoutiers.

lisse, qu'on enduit d'huile pour les rendre encore moins saisissables et sur lesquels s'acharnent les plus jeunes gens. 11 est interdit de les prendre autrement qu'avec la main, sans intermédiaire de linges, de terre, de sable et de toute autre matière adhérente. Sur l'écorce, on écrit la somme attribuée au prenant. Lorsque c'est un objet qui doit lui revenir, la forme en est gravée sur l'écorce même du fruit.

Le plus souvent l'aumône est dégagée de ces accompagnements risibles et bruyants : le maître de maison se place sur le seuil de sa porte et

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il donne à chaque pauvre qui se présente une petite boule en cire renfermant un billet portant la somme à donner. Le porteur va s'adressera un banquier placé près de là, qui fend la boule et compte la somme indiquée. Eu vrais croyants au dogme delà métempsycose, les Cambodgiens sont persuadés que le bien qu'ils font dans ce monde, ou plutôt dans cette vie, leur vaudra une existence meilleure à la première transmigration.

Les Khmers sont contemplatifs, religieux, superstitieux, mais point fanatiques^ ni intolérants. Ces habitudes contemplatives, cette indifférence marquée pour tout ce qui se passe autour d'eux, leur sont communes avec tous les peuples des pays sub-tropicaux, qui sont soumis comme eux à des influences climatériques qui portent Thomme vers la vie contemplative ; ils respectent les ministres des autres cultes que le leur, y compris les prêtres catholiques, et s'ils admettent que Ton puisse avoir des croyances différentes et même opposées à celles qu'ils professent, ils ne comprennent pas et, au fond, ils méprisent ceux qui se font gloire de n'avoir aucune religion.

Les Cambodgiens sont naïfs, crédules, mais peu curieux et peu observateurs ; ils sont courageux à la chasse et très peu à la guerre ; ils sont très portés au sommeil, légers, distraits, inconstants, irréfléchis et irrésolus. Ce dernier défaut, ils le poussent jusqu'aux dernières limites. Les fonctionnaires eux-mêmes, qui sont plus accoutumés à commander et à régler les affaires du service ou de justice, sont d une lenteur désespérante pour prendre une résolution; on n'obtient d'eux, quand on les interroge, que des faux-fuyants, des réponses évasives. Cette noncba* lance et ce manque d'initiative, sont certes bien naturels aux Cambodgiens, mais les chefs en font aussi un calcul, afin d'allonger les affaires le plus possible, espérant trouver dans l'avenir les chances d'un solution plus favorable à leurs intérêts particuliers.

Les habitants de cette contrée ne sont réglés pour rien ; ils n'ont point d'heures pour leurs affaires, ni pour leurs repas, ni pour le repos, ni pour le sommeil.

Dans toutes les classes de la société, les hommes sont particulièrement frivoles; ils aiment à s'affubler de vêtements étrangers et surtout d'uniformes de soldats et d'officiers européens. Ils sont aussi résignés et fatalistes, et si jamais on élève quelque part un temple à la patience, que l'on songe au moins à mettre Timage d'un vrai Cambodgien au fronton. Oh ! quant à cela, ils sont indifférents, impassibles et cuirassés

contre toute émotion : on peut leur faire des observations, les contrarier, les offenser même, rien n'y fait et tout cela porte comme si c'était sur le marbre d'une statue ; en attendant, et tout en laissant dire, ils font à leur tête. Ils ne sont pas moins résignés que patients, et tout ce qui leur arrive les trouve presque absolument insensibles. C'est là, sans doute, une conséquence de leur croyance en la transmigration des âmes, qui les porte à se figurer qu'ils ont mérilé le mal qui leur arrive par des fautes commises dans une précédente existence. Le fatalisme de ces peuples est tel qu'ils ne sont guère portés à se secourir entre eux, qu'on laisse mourir sans soins des malades très susceptibles d'être sauvés et que souvent on laisse noyer ou brûler de pauvres diables qu'il eut été facile de tirer d'embarras. Est-ce fatalisme, paresse ou indifférence que tout cela ? Nous pensons qu'il y a les trois réunis.

Les Cambodgiens sont peu intelligents ; ils sont indolents, peu travailleurs, sans mémoire et partant peu instruits, ce qui ne les empêche pas de se croire, même sous ce rapport, très supérieurs aux étrangers en général. Ils sont orgueilleux et vaniteux au point de ne pas souffrir, lorsqu'ils occupent une haute position, que ceux qui sont au-dessous d'eux aient des maisons, des barques construites comme les leurs, des vêtements de la couleur de ceux qu'ils portent, des boîtes à bétel du même métal, des parasols de môme forme et de même couleur que les leurs.

Les Indo-Chinois, en général, sont peu reconnaissants et que ce soit flegme, froideur ou absence de bons sentiments, ils ne font guère montre, en tout cas, de gratitude en retour des services qu'on leur a rendus et des bienfaits dont ils ont profité. Ils sont souples, insinuants, flatteurs et serviles ; leurs compliments sont toujours outrés et ils élèvent non seulement le roi, les princes, mais aussi leurs chefs et, enfin, tous ceux qu'ils ont momentanément intérêt à louer, au niveau des Dieux. On les voit quelquefois se précipiter à genoux, saisir à pleines mains les pieds de la personne qu'ils veulent flatter et faire le simulacre de les embrasser. Il n'est rien assurément qu'on ne puisse.tirer d'un Cambodgien en employant la louange et la flatterie.

Les chefs sont temporisateurs et assez retors en affaires; ils ajournent, ainsi que nous l'avons dit, toute affaire qui doit leur occasionner des ennnis sans compensations suffisantes et ils apportent dans la discussion d'un différend, d'un débat quelconque, un contingent de ruse et d'intrigue extraordinaires.

Les mandarins sont très joueurs; les gens du peuple jouent moins et, pour satisfaire cette passion, ils ne mettent pas, en tout cas, comme les Annamites, leurs habits, leurs bijoux et voire même leurs enfants eu gage.

Le peuple est très processif, ce qui arrange les juges qui en profitent pour le plumer.

Les Cambodgiens ne sont.pas cruels d'instinct, mais ils le deviennent vite lorsqu'on les a froissés dans leur orgueil et, enfin, lorsqu'ils ont une vengeance personnelle à exercer sur quelqu'un. Les exécutions dans ce pays-là sont rares et Ton ne coupe guère la tête qu'à ceux qui se révoltent contre l'autorité du roi, ou qui courent après ses femmes. Les autres criminels savent qu'avec un peu d'argent, il est aisé de fléchir la justice, les geôliers, et de garder malgré tout la tête sur les épaules.

Les gens riches ont en général peu d'ordre ; cependant ils sont économes, souvent avares et quelquefois généreux par ostentation. Us font valoir leur fortune dans le commerce et prêtent à gros intérêt. Les pauvres sont insouciants et peu prévoyants; ils vivent de peu et ils n'emploient pas leur temps à rechercher les occasions, les moyens de s'enrichir surtout par le travail. Us répugnent à tout emploi fixe, les assujettissant à une occupation régulière et de longue haleine; ils voient là une forme de l'esclavage, et ils préfèrent travailler, par exemple, uu mois ou deux dans l'année pour rien et être libres ensuite, que d'être tenus d'une manière continue les douze mois avec une grasse rétribution. D'un autre côté, malgré leur forte complexion, les Khmers sont incapables de développer une force physique considérable de quelque durée; ils sont plus propres aux travaux peu pénibles, exigeant de la patience et un faible effort à produire; en un mot, ils n'ont ni la force, ni la vigueur, ni l'activité des Européens.

Il est rare de trouver dans cette population des individus qui ne soient pas propres; ils se lavent, se baignent ou prennent des douches plusieurs fois dans le jour et on ne voit sur eux ni crasse, ni vermine. Mais il faut renoncer, lorsqu'on est forcé de vivre dans ce pays-là, à employer les indigènes à un travail délicat ; on les utilise à bord des barques comme nageurs, on leur fait couper de Therbe pour les chevaux, puiser de l'eau... Il y avait, dans le temps, à l'hôtel du protectorat français de Phnom -Penh, un Cambodgien choisi parmi les plus aptes à faire un domestique; eh bien, il n'a jamais pu laver, d'une manière convenable.

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les torchons de la cuisine; jamais il n'a été capable, après les avoir passés dans l'eau et savonnés, de distinguer s'ils étaient propres ou sales, et il avait pris le parti de ne plus s'occuper de cette question et de les frotter chacun un temps déterminé, après quoi, noirs ou blancs, il les étalait sur les buissons.

On ne trouve pas un Cambodgien qui sache lire sur un cadran de montre. Il y a peut-être deux cents pendules ou horloges dans le palais du roi, ce qui n'empêche que lorsqu'on veut savoir l'heure, ce qui est rare, on la déduit du chemin parcouru déjà par le soleil.

Ily aparmiles Cambodgiens très peu de boiteux, de bossus et d'infirmes en général. Néanmoins, la longévité est moindre chez eux qu'en Europe. A âge égal, les Khmers paraissent plus vieux que nous et l'on ne voit guère parmi eux des vieillards dépassant soixante-dix ans. Les jeunes femmes qui ont eu un ou deux enfants ressemblent déjà à de vieilles mamans. La folie est également très rare au Cambodge; l'idiotie y est plus commune.

Les Cambodgiens aiment beaucoup la vie de famille ; ils se marient toujours jeunes et nous avons vu que lorsqu'ils ne peuvent pas avoir d'enfants, ils s'en procurent par voie d'adoption. Lorsqu'il leur naît un enfant, leur principale préoccupation est de le soustraire à l'influence des démons et des méchants esprits. A cet effet, ils le couvrent d'amulettes et pour empêcher les mauvais génies de pénétrer dans le corps du nouveau-né, ils lui serrent légèrement les extrémités des bras, des jambes^ le cou, avec des anneaux en fils de coton bénits. Les mères manifestent souvent leur affection pour leurs jeunes enfants en leur sentant la tête ; c'est là un genre de caresse fort antique et bien conservé parmi les peuples de l'Inde et de l'Indo-Chine.

Dans la supputation de l'âge d'un enfant, on compte toujours pour un l'année où il est né, quelle que soit d'ailleurs la date de sa naissance.

Ainsi que nous l'avons dit^ on envoie les enfants à l'école dans les bonzeries vers l'âge de onze à douze ans. Parallèlement à l'instruction, très bornée d'ailleurs, que les élèves vont chercher dans ces couvents, ils en reçoivent une autre purement éducative se rapportant aux usages, c'est-à-dire à la manière de se conduire dans la famille et dans la société. Dans un monde aussi formaliste en matière d'étiquette et de bienséance, ce n'est pas une mince besogne que de se familiariser avec les règles vétilleuses qui régissent les rapports des individus entre eux.

Les enfants indo-chinois sont vifs et intelligents ; ils sont, au physique

ol au moral, pluR pri^coces que les enfants européens du même âge. A Ircizo ou qualor/o ans, le développement de leurs facultés est vraiment oxlraordinalro; puis, loulàcoup, ces facultés, au lieu de continuer h progrossiMv, s'amollissent peu a peu et il n'en reste plus guère à l'âge où t»llos foruiont lo plus besoin. Ces enfants écrivent en peu de temps hnir langue en caracl^res latins, et ils apprendraient le français assez \\{i\ s'ils no manquaient de courage, de constance et s'ils n'abandonnaioul loui*s étudos avant d'avoir obtenu complètement le résultat voulu. A quatorze ou quinze ans, les enfants du roi, des princes, des mandarins, des notal^les, s'adonnent déjà à Topium et aux femmes ; les autres épixniveul le lu^soiu de s'émanciper, de courir les champs et de ne plus rien faîrt\ t*opon,lant, nous devons dire que les Khmers font grand cas des soîeuoos» des arts et qu'Us ont beaucoup de considération pour ceux qui s'y Uxivut et y réussisseul.

Le res[HVt (Hmr les parents est une vertu commune au Cambodge ; et UiUi seulement les enfants fout preuve de soumission à Tégard de leur |>^i» et ui^irt\ mai:^ ks plus Jeunes ont même de la déféreiice pour leurs tHres el leurs Si^ur^ aiuê^. Les eufants sont Laissés très libres et les ^tvuts ttt^ :s^\HXupeul ^u^re d eux lorsqulls ont atteint Tàge de huit à uouf ;itu;î^ Ou les reucottlre au dehiors seuls, nus. exposés aux intemptutes du tempisi et aux Jauges de la rue. faisant tourner la toupie, joaaul i saute-ujtoutou et timut la brasse dans le deuve. Jeanes. ces uioutajt"vls. oui le ^euln.» énorme, résultat sous doute de la maoîe qo*OD a de les lK>un*er de ri/. Ou les barbouille, «{uand ils sont toal à (ait jeuiies, d uu badi^^eon composé de farine «ie riz et de sa&an parfiunés. Lorsqu ou d Joiuie i la peau une teinte unitorme avec ce cosaiétîqiie. ou orue le >is<i^e ot le^ épaules «ii* uiuuchetures un peu plus foncées. Les. jeunes tilles :( les îoiumes oui{ueUes fuut usujie de oet artitic^ pour acctoitiv leurs. .Uarmes, Ce îi *j|sl aujounihui que pur pure cotfnetterie v^ue l ou 5. oiui i huile parminee oi Je sumu : mais c etuit aatre&>c> une utiuiii^iv Je pliuiv :iux Jieux (ue Tou <e lij^urail -être couleur «ror.

lue g\>uluuiv' bie*i .epaudue osi riuiuui>?r?a uiadie Je oheveux noués que îic^ iKuubiUs îiv)i4tiii NUI :t Nouiim ( u !a tèie. i*une jolie ^uiriaiide Je Ueuiïv tViucheNOi .ùtiueiies inoJuisiui iu )ei ^iTet. Ce petit t^Kipet. oiUio Je uoiN ju .{uaiit [Kiiîes iiaitt^^ )\x mvss^^s lumUees^ eanjoii mt H jaiiic vUUi i»v ui« Au ;itUie» oi :u;s;d^ee< u -uanièiv i laisser dépasser ».u* Ov»aive îuôvUv u ae^eux, iMOjeiet J' ^itiiuairt» sur Le ctlté tiruit* •v>. H A'iilu;c vie^v >i\^4.i>ii 5^ laùvus. C ^>i iue ies. K^uibreuses (Miitunies

anciennes qui rappellent le temps où le brahmanisme avait pris possession de la presqu'île indo-chinoise.

Les parties sexuelles des jeunes enfants des deux sexes sont masquées par une petite plaque en cuivre, en argent ou en or, découpée en forme de cœur, appuyée et retenue au corps par une chaînette qui en fait tout le tour.

Au retour d'un voyage, ou lorsqu'on ne s'est pas vu depuis longtemps, on ne s'embrasse pas, on ne se serre pas la main, même entre parents et amis ; on se salue suivant les règles hiérarchiques et tout est dit.

Il existe une sorte de familiarité bien digne de remarque entre Cambodgiens se connaissant ou ne se connaissant même pas: ils se traitent de frères, s'ils sont ou s'ils se croient du même âge ; si la différence est sensible, le plus jeune qualifie l'autre de frère aîné, ou d'oncle, ou même de grand-père, si la différence d'âge est très considérable. Les mandarins, les princes et aussi le roi, dans les rapports non officiels, accordent la même déférence aux personnes de moindre condition, mais plus âgées qu'eux.

On doit toujours faire précéder le' nom de la personne à laquelle on s'adresse d'un mot poli correspondant à sa position sociale : excellence, si c'est un grand mandarin ; monsieur ou madame, si c'est une personne considérée ou âgée ; sieur, si c'est un homme du peuple et, enfin, néang, qui a la même valeur que le mot précédent, mais qui ne s'applique qu'aux femmes du peuple. Il y a bien aussi quelques termes de mépris, mais on les emploie rarement ; ainsi, la particule a, devant un nom d'homme, indique le mépris, ainsi que le mot mi placé devant un nom de femme. Dans l'Inde, on appelait les dieux en général sauras et les démons a sauras.

Les Khmers ne vaquent pas à un certain besoin sans se laver, avec la main gauche, l'endroit sali. De là, l'impureté de la main gauche avec laquelle il n'est point convenable de rien offrir à quelqu'un, ni de s'en servir pour manger, ni surtout pour verser à boire aux voisins. Dans les cabarets en Europe, il y a plus d'un coup de poing donné pour punir la même inconvenance. C'est là un préjugé que les Européens ont dû emprunter aux Indous, car ils n'ont pas eu, ou ils n'ont pas à l'heure présente, les mêmes raisons qu'eux pour mettre si complètement de côté leur main gauche.

Ces peuples sont très pudiques ; on ne les voit pas sortir vêtus d'une manière indécente, ni se baigner nus. Sur les anciennes sculptures, on

VJti Mi nOYAIlIE D\: CAMBODGE

ijr li'oijvf'rijil piiK une Mole, pas un personnage dans Fétat de nudité roiij|J<'l<'. lU hiilmi'hl pa^ qu'on leurpariede leurs femmes et de leurs lilli'h. ifjjji:» on U'ïïv fait grand plaisir lorsqu'on leur demande s'ils ont des ruiiihib r{ ronilii<Mi ils «Ml out. Il ne faut pas, non plus, leur faire complinirni hnr liMirrUilionpoinl, s'ils sont encore jeunes, surtout, et c'est leur t'iiin*. nnn grave nWo.Mo que do leur toucher, même amicalement,, la tète.

Onqnilli* la cliiinsHuro pour entrer chez les mandarins, les princes, (liuiii II* puliiiH (lu roi (*l dans los temples. Le roi lui-même se déchausse liir.s(|iril pt^nMnMlans uni* pagode.

I.t^ nom (lil t/t* ftimille ost inconnu chez ce peuple; chaque individu rt^C«^il» <^(^ naisijiani, un nom propre, pris parmi les noms d'animaux, de piorron pnVionsos, do minéraux^ métaux... tels que: chien, chevreuil, iImiiiihuI, orisliiK MM*rt\ argents or. noir^ bleu, blanc... Dans les familles ) u^liosi» ou oUango oo pivniitM* nom contre un autre au moment de la \'Oiviuouio \io Kl louli' du Iou{hM. Lorsqu'on veut désigner spécialement uuo por^ouih\ iKinui d\'iulros |H>rlant le même nom. on fait suivre le ii\\ui \)u lUN^vi do ivUii do s;;! fommo et rvciproquoment. On dit aussi quel- \)iK'KKis, lui loK tiU \Hi )vIîMU< do un tol« ou bien un loi %L? tel village.

\ s\\>s\\\\x\\ K'^kxi^wl o^^( iitjùfcvuf. ol ^tt^J u^iàFri^e pas à se développer

.' o.\AU^u^^i'^ \^<^ vî\Xî.:.tv; vv;^>;i.>o< 5il^^i*rv3^ ^^quef-ws qu'il faut en

. .*. ,v. a ;.!. v; A^ N.\j:.t ^ii, ^x: y ^<fi i:cKW. -ft q;îÊ ivâ p»>rte malheur.

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sans coulures. Dans les cFimpagnes. les femmes tressent des nattes et tissent des étoffes de coton et de soie. Quant aux dames du monde, elles vivent dans une inactivité absolue.

Les parents ct'ilèbrcnt la nuhililé do leurs filles par quelques prières dites par les bonzes e! par un grand festin, auipiol on convie les parents et les amis. Après la fête, la jeune personne est mise au lit, sous sa moustiquaire, et la règle exigerait qu'on la laissât \h pendant cent jours à la file, mais ordinairement c'est quatre, cinq, dix ou vingt jours au pins que dure celte claustration fort gônante dans un pays chaud, d'autant qu'on ne permet guère h ces pauvres enfants de sortir de dessous ce filet h mailles serrées.

Au palais, lorsqu'une dame du roi atteint le septième mois de sa grossesse, on fait venir des bonzes afin d'obtenir par leurs prières une délivrance heureuse. La musique joue pendant l'office et le roi doit Ôlre présent à la cérémonie. Après le départ des prêtres buddhistes, nu brahme passe à l'héroïne du moment une chaine en or qui s'appuie sur l'épaule gauche et vient se nouer assez bassons l'aisselle droite. La grosseur du maillon indique le rang occupé par la dame h la cour. Ce bijou, sur lequel les brahmes récitent à leur tour des formules de prières, est une sorte d'amulette destinée à écarter les mauvais esprits pendant la dernière période de la gestation, en même temps qu'il est le prix de la reconnaissance de Sa Majesté pour celle qui doit bientôt lui donner un héritier.

Dès que cette cérémonie est finie, on conduit la femme grosse dans une sorte de réduit isolé dans le parc du palais cl qui est connu sous le nom de tomnac-somphop {salle d'accouchement). Cette salle a été préalablement préparée et consacrée par des prières ; on en a aussi chassé, à l'aide de mamtrams spéciaux, les revenants, les dénions, les méchants esprits. Avant de se retirer, les personnes qui sont allées jusqu'il la salle d'accouchement s'emparent de bougies allumées et font sept fois le tour de la nouvelle recluse. Chez les Indous, lorsque la femme d'un brahme esl enceinte, il y a des cérémonies particulières usitées pour chacun des mois de la grossesse.

Les Khmers ont de grands égards pour les femmes et notamment pourcellesqui sont enceintes. Les lois d'ailleurs protègent ces dernièiea contre toute violence et il suffit, de leur part, d'une simple déclaration faisant connaître leur étal intéressant pour qu'on s'abstienne do leur appliquer la flagellation, ou autres peines corporelles prévues parles

378 LE nOYAUME DU CAMBODGE

lois, fussent-elles infligées pour des motifs graves et par décision de la justice. Les Cambodgiens ne souffrent pas que les femmes exécutent sous leurs yeux los travaux pénibles réservés aux hommes. On ne voit pas à leur bord, comme dans les barques annamites, par exemple, le mari bien installé à labri sous le ronfle, tandis que la femme et les enfants sont aux avirons et à la barre.

Les femmes cambodgiennes allaitent leurs enfants pendant une durée de deux, (rois et même quatre ans ; il est ^Tai que c'est sans grand épuisement pour elles, car dès que c'est possible, elles les bourrent tant qu'elles peuvent de riz et de fruits.

Rien n*est plus calme que Fintérieur d'un ménage cambodgien ; le mari est toujours convenable avec sa femme et ses concubines ; il ne leur parle presque jamais sur un ton élevé et il ne les brutalise jamais. Les esclaves eux-mêmes sont traités avec douceur et rarement avec autorité.

Les familiarités, los compliments adressés aux dames sont de mauvais goût, et lorsqu'on est en visite chez quelqu'un la stricte politesse veut qu'on ne fasse aucune attention aux femmes de la maison, si, ce qui est rare, il s'en trouve dans la salle de réception. Les grandes dames ne sortent que accompagnées, et seulement pour aller faire leurs emplettes, ou pour aller faire leurs dévotions dans les temples, porter elles-mêmes leurs petits cadeaux au Buddha, c'est-à-dire aux bonzes, car tout ce qu'on offre à Tidole leur revient finalement.

Chez elles, les femmes fument le tabac en cigarettes, et mâchent le bétel. Ce sont les seuls agréments qu'elles se permettent, car elles vivent très retirées. On s accorde à les trouver bien élevées, pudiques, fidèles et très peu dissolues, si on les compare surtout aux femmes annamites qui vivent h côté d'elles. Celte différence dans le tempérament de ces dames ne peut donc pas être attribuée à une influence climatérique quelconque ; elle est due évidemment à d'autres causes et surtout au mode très différent d'éducation qu'elles reçoivent étant jeunes.

La blancheur relative de la peau est un privilège très apprécié et les jeunes filles qui sont favorisées à cet égard ont affaire à un grand nombre d'adoraleui*s.

La considération et les égards dus aux femmes sont recommandés par les législateurs indous : u Partout oîi les femmes sont honorées, disentils, les divinités sont satisfaites ; mais lorsqu'on ne les honore pas, les actes pieux sont stériles. »

é costume des hommes est simple; il se compose d'un langouli, dont les bouts tombants sont réuQÎsà l'avant, passés entre les cuisses et. eniin, relevés et engagés derrière daos la ceinture, de manière à donner , à cette partie du vêlement l'apparence d'une culotte de zouave. Dans certaines contrées du Cambodge, ce langouti est si petit qu'il sufïit k ' peine à cacher les parties sexuelles. Le torse est nu. ainsi que la tète et les pieds. A la rigueur, le langouli pourrait tenir seul, ainsi arrangé, à la taille, et la ceinture qu'ils portent n'est on réalilé qu'un ornement, qui se compose le plus souvent d'une belle pièce de soie servant à plusieurs fins : on la passe en ceinture ou en bandoulière ; on l'enroule autour de la tête comme un turban arabe, pour se garantir de l'ardeurdu soleil; on la trempe dans l'eau fraîche et on se l'applique sur les épaules et la poitrine, afindese rafraîchir le haut du corps ; on s'en sert, enlin, comme d'uïie serviette pour s'essuyer après s'être lavé, ou bien encore pour essuyer la sueur.

Journellement, les mandarins, les princes et le roi lui-môme n'ont pas d'autre vêtement que le langouli et la ceinture. Les jours de fête, ou lorsqu'ils vont visiter leurs chefs, les Khmers passent un pelit veston court on madapolam, quelquefois en soie, à col droit, les manches collantes et boulonnant droit sur la poitrine. Les riches mettent à ces vestons des boutons en argent ou en or bombés et délicatement ciselés. Il n'est pas rare, non plus, qu'ils soient garnis de pierres précieuses.

Dans les grandes cérémonies officielles, les mandarins portent des pagnes doubles magnifiques, en belle soie, d'une valeur de trois ou quatre cents francs. Leur veston alors est taillé dans de superbes étoITes de brocart provenant des fabriques de Madras, de Surate et de Chine. Le roi et les princes s'habillent comme ils l'entendent, mais les mandarins, et surtout les gens du peuple, ne sont pas autorisés à porter certaines couleurs, des langoutis noirs ou rouges, par exemple, ainsi que des écharpes jaunes. Ces couleurs sont réservées, le jaune surtout, aux membres de la famille royale. Au palais, dans les grandes audiences, la ceinture des employés de l'État doit être blanche et nouée d'une certaine façon. Au dehors, la tenue est moins de rigueur ; la veste blanche peut être remplacée par un vêtement de même forme en drap, qui est toléré d'ailleurs, même à la cour, pendant les fraîcheurs des mois de novembre et de décembre.

Le roi a seul le droit d'être chaussé dans son royaume. Cependant, depuis quelques années, on a chausséles cavaliers et les fantassins de la

garde royale ; mais ceux-ci sont encore si peu faits à cet accoutrement que lorsqu'ils sont de faction, et qu'ils voient venir le roi, au lieu de s'apprêter aie saluer avec leur arme, ils se débarrassent au plus vite de leur schako et de leurs bottes.

Les femmes portent, comme les hommes, le langouti relevé, la ceinture et la veste courte, souvent remplacée par une longue écharpe que ces dames croisent sur la poitrine et autour des reins, de manière à se couvrir suffisamment. Quelquefois, elles mettent une longue robe, ayant la forme d'un fourreau étroit avec des manches étriquées. Les pagnes des femmes, leurs ceintures, leurs écharpes, sont d'ordinaire en soie, de couleurs vives, criardes, produisant, dans les grandes réunions, des effets pittoresques.

La tête est rasée, sauf un petit toupet de cheveux taillés courts queles hommes et les femmes portent sur le sommet de la tête ; celles-ci se distinguent des hommes par une longue mèche de cheveux qu'elles laissent pousser au-dessus de chacune des tempes. Ces mèches, toujours bien peignées et bien pommadées, pendent le long des joues, formant une sorte de cadre noir au visage ; ou bien on les relève et on les passe derrière les oreilles. Les jeunes filles portent leurs cheveux longs et tombants. Autrefois, les Khmers portaient les cheveux longs, réunis en gerbes et noués au-dessus de la tête. On trouve encore sur les points isolés du royaume quelques jeunes filles qui onl conservé, avec raison, celte vieille coutume. Ces différentes manières de porter la chevelure sont, à n'en pas douter, très anciennes et tout à fait indoues. Nous lisons, en effet, dans le précis des lois attribué à Manou: « On doit avoir latêio rasée, ou les cheveux longs et tombants, ou réunis en faisceau sur le sommet de la tête. »

Le tatouage n'est pas pratiqué au Cambodge, mais il est très en usage au Siam et surtout dans le Laos.

Comme tous les peuples orientaux, les Cambodgiens sont grands amateurs de bijoux. En ce moment pourtant, les hommes ne portent guère que de fortes bagues en or ciselé et enrichies de pierres précieuses. Les moins riches se contentent d'anneaux en argent ou en cuivre. Les princes et les fils de mandarins aisés ont des ceintures tressées en fils d'or ou d'argent. Les agrafes des ceinturons du roi tiennent à des plaques d'or ciselées et chargées de diamants.

Les grandes dames sont couvertes de bijoux aux doigts, aux bras et au cou; elles portent en même temps de longues chaînes en or qu'elles

passent sur une des épaules et qui vont aboutir sous le bras opposé, embrassant ainsi tout le haut du corps.

Les anciens Khmers, hommes et femmes, portaient des pendants d'oreilles d'une grandeur démesurée; ils passaient également aux bras, au-dessus des coudes, des sortes de tubes d'or et d'argent ployés en forme de bracelets, et qui renfermaient des bandes de papier sur lesquelles étaient écrites des formules de prières, des mam trams magiques. Aujourd'hui^ les femmes seulement portent des boucles d'oreilles d'une dimension raisonnable, sauf pourtant les paysannes qui garnissent les grands trous qu'elles se font percer aux lobes des oreilles, avec des petits cylindres de bambous de trois à quatre centimètres de diamètre.

Les jeunes filles et les garçons des familles riches^ des princes particulièrement, se distinguent par de gros anneaux creux de métal d or ou d'argent, passés au-dessus des chevilles, et portant de petits grelots qui tintent au moindre^mouvement. Ces sortes de chevillets sont très à la mode dans l'Inde et les Dieux en portaient aussi, il faut croire, puisque les statuaires ne manquent jamais de les figurer sur leurs idoles.

Les Khmers sont d'une extrême frugalité : ils mangent peu de viande et ne boivent journellement ni vin, ni aucune liqueur fermentée. La nourriture des gens du peuple se compose de riz bien lavé et bouilli dans une petite quantité d'eau, sans graisse, sans beurre, sans huile et même sans sel. Us arrivent de cette manière h cuire les grains de riz sans les trop amollir, comme on fait chez nous où les plats de riz forment une sorte de bouillie pâteuse propre seulement à coller des affiches. Le riz cuit par les Indo-cliinois n'est pas désagréable à l'œil ; il n'est pas chargé d'eau et a très bon goût; il constitue la base de la nourriture, comme le pain chez nous. En dehors du riz, le repas se compose de tubercules de différentes espèces cultivées ou sauvages, de poisson frais ou salé assaisonné d'une sauce préparée avec des fruits non mûrs, acres ou acides. Les Cambodgiens aiment beaucoup la viande de porc, qui est certainement meilleure qu'en Europe l'été, et qui se digère bien., Dans les familles pauvres, on n'en fait guère usage à cause de son prix relativement élevé, à Phnom-Penh surtout où les droits d'abatage sont considérables.

Les Khmers font deux repas dans le jour : un entre huit et dix heures du matin etl'autre entre quatre et six heures. Dans l'intervalle des repas,

ils consomment des gâteaux, lorsqu'ils en ont, et surtout des fruits non mûrs, cueillis avant qu'ils aient acquis leur grosseur naturelle. Il y a des fruits cependant, tels que Torauge, la banane, la papaye, la goyave, qu'on laisse se développer comme grosseur et mûrir à point avant de les cueillir. Le maïs frais et braisé est un régal très apprécié ; et quand les grains sont durs, on les mange grillés, ou bien bouillis avec une légère addition de sucre, La boisson ordinaire, c'est l'eau pure, dans laquelle on met quelquefois en suspension des fleurs odorantes pour la parfumer et lui communiquer un principe qu'on croit être rafraîchissant. Les jours de gala, on a du thé et l'on tâche de se procurer du via de palme frais.

Les gens aisés se sont mis à vivre comme les Chinois, qui sont plus raffinés dans leurs goûts, et se font servir du poisson sec et frais, des petits poissons en saumure très appétissants, du gibier, des volailles, des légumes, des fruits confits, des gelées... Le thé non sucré est la boisson favorite et on peut dire la seule. Cependant, certains viveurs se paient aujourd'hui du vermouth, du vin et du cognac, dont ils font un usage modéré.

Dans presque toutes les sauces dont les Khmers font usage entre une certaine quantité de lait de coco, sorte d*émulsion que l'on obtient en pressant la pulpe blanche de ce fruit. On fait aussi un grand usage de sugou que Ton extrait de la mot?lle farineuse d'une espèce particulière de palmier. Pour obtenir le sagou, on met la moelle dont nous venons de parler dans une auge ; on Técrase avec un pilon ; on vei'se ensuite de Teau, on agite le tout et on passe le liquide dans un tamis. La fécule se dépose au fond du vase ; il ne reste alors qu'à décanter et à réduire en poudre par la simple pression des doigts. On fait également usage dans ce pays d'un ragoût connu sous le nom de earri^ sorte de sauce pimentée et colorée avec du safran. En général, la cuisine des Cambodgiens est très épicée .

L'eau potable est celle des tleuves et des rivières, claritiée et puriâée au moyen de l'alun. On a inspiré aux Indo-Chinois, sauvages et autres^ de sottes préventions contre Teau de certaines rivières et surtout contre celle qui provient des montagnes, tandis que, au contraire, il en est d'autres qui sont réputées excellentes et même curatives,

La règle veut que des individus de rang dififérent ne mangent pas ensemble. D'après i^ela, le i-oi doit prendi-e ses repas tout seul, et nous pouvons assurer qu'il observe tidèlemenl cet usage et qu'il n'admet à

Ba table ni ses frères, ni ses femmes, ni ses enfants. Dans les familles le repas est servi d'abord au chef de la inaisOTi sur un grand plateau en cuivre [^ïorlant un certain nombre do bols dans lesquels sont les viandes cuites, le poisson, les condiments. A la chasse, ou en voyage, les aliments sont servis simplement sur de grandes feuilles de bananier coupées au moment du repas,

Les Cambodgiens ne se servent pour manger que des doigts de leur main droite, la gauche étant exclue pour cause de souillure, d'impureté; ils n'ont ni fourchettes, ni baguettes en tenant lieu, et dont se servent avec tant de dextérité les Chinois et les Annamites leurs voisins et coreligionnaires.

Suivant la prescription de Brahma, les Cambodgiens n'oublient jamais de se laver la bouche et les mains aprfes chaque repas. Les Européens fixés en Indo-Chine ont adopté cet usage tout h fait oriental, et on ne manque pas de leur servir après le dessert des rince-bouche pleins d'eau, à la surface de laquelle flotte une ou deux feuilles d'une plante aromatique servant à frotferles dents, les lèvres et le bout des doigts. Ce soin de propreté est indispensable lorsqu'on a mangé ceilains fruits, des mangues surtout, qui poissent la bouche et les mains.

On sait que les Indo-Chinois mâchent constamuicnt des chiques formées de tabac, de tranches de noix d'arec, de chaux de coquillages, degambier, de sapan pour la coloration en rouge, le tout roulé dans une feuille de bétel. Le but qu'ils se proposent d'atteindre à l'aide de celte mastication est d'entretenir à la bouche une ceilaîne fraîcheur, d'empêcher la carie des dents, les aphtes et les antres affections de ce genre. Mais cetle composition rougit atrocement la bouche, noircit les dents, déforme les lèvres et enlaidit les plus gracieux visages. On a prétendu que l'aclion do la chique h bélei était utile aux fonctions digeslives; cela est possible, et ce qui est certain, c'est qu'elle détermine une abondante salivation, qui se colore en rouge au contact de la chique, et qui sort do temps en temps de la bouche des indigènes avec une certaine vitesse et comme un (lot de sang. La feuille de bétel est piquante, amère et aromatique; elle apporte au mélange, de même que l'arec, un principe astringent capable de fortifier les gencives et de consolider les dents, mais celles-ci se corrodent vite si l'on a l'habitude d'exagérer la proportion de chaux.

Les Cambodgiensconstruisentleurs demeures en buis ou eu bambous, ou bien avec ces deux éléments de construction combinés; ils les élèvent

38 i LE ROYAUME DU CAMBODGE

sur des pieux de un mètre à un mètre cinquante centimètres de hauteur. Cette disposition a l'avantage de placer la partie logeable au-dessus des inondations, et hors de la zone des crues du fleuve ; ce système est encore excellent, parce qu'il isole et préserve les habitants de Thumidilé considérable du sol, ainsi que des insectes, des reptiles de toutes sortes, des bêtes fauves. Remarquons que les représentants incontestés de la race mongole en Indo Chine, les Chinois et les Annamites, n'élèvent pas leurs maisons sur des pilotis et que les pièces qu'ils habitent sont toujours de plainpied avec le sol.

Généralement les maisons se composent de deux corps de logis joints ensemble par une plate-forme à ciel ouvert et sur laquelle s'accomplissent la plupart des fonctions du ménage. Cette plate-forme, comme le reste de la construction, repose sur une série de pieux. Les deux pavillons ont à peu près la même forme et les mêmes dimensions. Le plan de chacun d'eux, à hauteur du plancher, figure un rectangle assez allongé. La toiture est faile en chaume, ou en grandes feuilles de palmier assujetties entre elles au moyen de faufdures. Ces toitures présentent deux grands pans sur les longs côtés et deux croupes dont l'une surplombe l'entrée principale. Ces croupes sont à pénétration, de sorte qu'elles se terminent vers le haut par une surface verticale fermant l'ouverture angulaire laissée par les longs pans. Ce mode de construction donne une pliysionomie originale à ces maisons se rapprochant du genre appelé rustique en France*.

Les toitures en chaume interceptent la chaleur solaire, mais elle ont l'inconvénient de n'être pas toujours absolument étanches et de donner asile aux insectes. La partie inférieure de ces maisons sert de débarras, de remise pour les chars et d'abri pour les animaux domestiques.

L'entrée est sur une petite face; on y accède par un escalier, et le plus souvent par une échelle à main. Quelquefois, on établit en avant de la porte une sorte d'estrade sur pieux, qui sert de perron. Chez les grands personnages, cette estrade est remplacée par une belle sala ou l'on reçoit les visiteurs,

La porte d'entrée est généralement à charnières dans le haut, et on l'ouvre en agissant sur la partie basse avec la tête ou les bras pour la soulever. Lorsque celte sorte de trappe est horizontale, on la maintient

> Voir page 103.

dans cette position, si Ton veut, au moyen de crochets en bois descendant du toit.

Après avoir passé la porte, on se trouve dans une première pièce approximativement carrée. Le plancher, comme d'ailleurs celui de toute la maison, est formé d'une sorte de claire-voie pour permettre à Tair de circuler librement et de se renouveler dans la partie habitée. Cette claie est composée de brindilles de bois placées parallèlement et traversées par des lamelles de bambou. Dans cette pièce se trouve une estrade d'un

Ouliis de cbarpeuticrs cainbodgieus,

pied d'élévation, construite dans le même genre que le plancher, sur laquelle le maître de la maison a seul le droit de se tenir. Là s'asseoient aussi les visiteurs du même rang, ou condition que le propriétaire, et quant aux domestiques, ou suivants des personnes en visite, ils s'accroupissent sur le plancher inférieur. Si le visiteur est un personnage d'un haut rang, il prend seul place sur l'estrade et le maître du logis en descend aussitôt.

Vers le milieu de la pièce où nous sommes se trouve une colonne en bois dur qui monte du fond et sert à soutenir la ferme de pénétration de la toiture. La cloison en feuillage et bambous qui limite ce comparli-

ment du côté opposé à la porte d'entrée s'élève jusqu'à rencontrer la eroupe; elle est percée à droite d'une porte qui donne communication dans l'intérieur^ lequel est divisé eu deux grands couloirs dans le sens longitudinal de la maison. Le premier, celui dans lequel on pénètre d'abord après avoir franchi le seuil de la porte, a trois ou quatre ouvertures carrées, comme les sabords d'un navire, qui servent à la fois de fenêtres et de portes de communication avec la terrasse intermédiaire où nous avons dit que s'accomplissaient les principales fonctions du ménage. Cet appartement est réservé aux femmes, aux enfants de la maison et aux servantes; toute la famille y prend ses repas et c'est là que se font les travaux de lissage, de dévidage...

Le compartiment de gauche n'est séparé du premier que par une cloison peu élevée, ne joignant pas le faîtage, et quelques autres cloisons transversales subdivisent ce côté, où il n'existe pas de fenêtres, mais seulement quelques portes. La famille couche dans l'une de ces divisions et les autres servent de magasin à riz et de décharges de toute espèce.

L'autre corps de logis offre des dispositions un peu différentes et sert d'ordinaire d'atelier et de lieu de décharge.

L'ossature de la charpente de ces maisons est en bambous, voire même quelquefois les fermes, dont les arbalétriers s'assemblent dans des poteaux latéraux, sans que toutefois il y ait aucun moyen de contreventement, ni contre-fiches, ni entraits, enfin rien de ce que l'expérience indique comme étant indispensable à la solidité d'une ferme. Ou doit pourtant remarquer que les poinçons^ qui souvent ne sont pas* autre chose qu'un gros poteau solidement fixé en terre, et qui monte jusque sous le faîtage pour le soutenir, doivent aider à la résistance qu'offrent ces établissements aux vents violents qui régnent à certaine époque de l'année.

Les maisons des familles peu aisées n'ont qu'un corps de logis, flanqué de l'estrade ou terrasse dont nous avons parlé. Les demeures des pauvres sont plus simples et n'ont aucune de ces installations accessoires qui rendent les maisons si commodes. 11 est vrai que s'ils s'en privent, c'est de leur part affaire de nonchalance et de paresse, car ils savent tous construire des habitations de ce genre et que les matériaux se trouvent plus ou moins à leur portée, dans les forêts où il n'y a qu'à les aller couper.

La construction d'une maison au Cambodge est une affaire d'état.

D'abord, on se rend dans les forêts pour couper le bois des colonnes destinées à supporter le conïble. Il faut^ pour que ce bois puisse être utilisé dans la construction, que Tarbre qui le fournit tombe, une fois coupé, à plat sur le sol, sans rencontrer d'obstacles dans la chute, ni sur le terrain. Cette condition est de rigueur, pour que la colonne ne soit pas impitoyablement rebutée, comme pouvant porter malheur aux habitants de la maison dans laquelle on la placerait. Avant de monter la charpente, on va consulter un devin sur le choix de remplacement, sur l'orientation et sur le moment qu'il convient de choisir pour commencer les travaux. On fait ensuite des offrandes au gardien de la terre et Ton se met à creuser les trous pour recevoir les colonnes. Le devin intervient dans tous les détails de l'opération; c'est lui qui indique la direction dans laquelle on doit jeter la terre extraite des trous creusés dans le sol; c'est lui qui détermine la position des colonnes sur le terrain avant de les redresser et c'est, enfin, le devin qui coiffe l'extrémité supérieure de ces grands poteaux d'une pièce d'étoffe sur laquelle il a figuré des signes magiques destinés à écarter les mauvais génies. La colonne centrale est dressée la première au son du tam-tam, de la musique et des cris rauques des ouvriers cambodgiens s'excitant à la besogne les ans les autres.

Les femmes ne doivent pas pénétrer dans une maison en construction ; il est admis partout que cette visite porterait malheur aux futurs habitants.

Lorsqu'une maison est finie, on y introduit d'abord un chat, considéré comme le gardien indispensable des biens de la famille dans un pays où les rats, les reptiles et les insectes portent un si grand dommage aux denrées emmagasinées et aux provisions de toute espèce. Ensuite, le propriétaire se présente avec quelques objets de son mobiher. Un homme placé exprès sur le seuil de la porte le hèle et l'interpelle ainsi : «D'où venez-vous, voyageur?.. » Le propriétaire répond invariablement : « Je viens de Lança (Ceylan). J'ai traversé les mers, ma barque est coulée et, me trouvant sans abri, j'apporte ce que j'ai pu sauver du naufrage et je viens m'établir dans cette maison qui n'est pas encore habitée. » On le laisse monter et s'installer dans son logement^ que les bonzes ont béni une dernière fois à l'achèvement des travaux.

Tout doit être impair dans une maison : le nombre des portes, des fenêtres, les degrés des escaliers ou des échelles à main, caries nombres pairs sont, comme nous savons, considérés comme malheureux. Les

barreaux de la cangue des prisouniers sont pairs, ainsi que les pièces d'autres appareils de supplice ou destinés aux funérailles.

Les liabilalions sont d'ordinaire entourées d'un petit jardin planté d'arbres fruitiers et d'arbusles à fleurs ; elles sont à un seul étage, car le dernier des Cambodgiens ne voudrait jamais consentir à demeurer endessous d'un logement habité. C'est là une crainte superstitieuse, une répugnance invincible chez eux et que les autorités elles-mêmes respectent au pomt de ne jamais ordonner de mettre un prisonnier aux ceps sous le plancher pourtant très élevé d'une maison.

Il est aisé, au Cambodge, à la simple vue de l'habitation d'un personnage, de fixera peu près le rang qu'il occupe dans TÉtat. Ainsi, les pagodes, les demeures des rois et des princes, ont à chaque extrémité du faîtage un ornement se composant d'une forte trompe d'éléphant en bois doré, se redressant au-dessus du pignon en forme d'éperon. Les simples particuliers n'oseraient pas couvrir leurs maisons en tuiles, bien qu'il n'y ait nulle défense de police à cet égard, mais uniquement pour la raison que les mandarins les emploient et qu'il faut qu'il y ait une distinction entre les maisons de ceux-ci et les leurs. Ces sortes de préjugés tendent à disparaître heureusement et l'on commence à voir à Phnom- Penh des maisons cambodgiennes en maçonnerie, recouvertes de tuiles plates bien faites et assez bien cuites.

Les villages sont peu importants; ils sont construits sans ordre, sans goût, sans symétrie, sans régularité. Ou trouve sur certains points des hameaux flottants, c'est-à-dire dont les maisons sont élevées sur de grands radeaux de bambous, disposition qui permet aux habitants de se déplacer suivant que Finondafion monte ou descend.

Le mobilier d'une maison cossue se compose d'un ou deux lits^ en bois ou en bambous foucésen rotins Iressés à jour, garnis de minces matelas et de moustiquaires. Un petit oreiller cyHndrique en rotin ou en cuir verni et une légère couverture en coton complètent les effets de couchage. Le plus souvent môme ce lit n'existe pas et Ton place le matelas, ou tout bonnement la natte sur le plancher. Les matelas des Cambodgiens se replient en trois ou quatre doubles qui se superposent comme les cadres d'un écran ou paravent, ce qui les rend peu encombrants et faciles à transporter en barque, char et éléphant. Les voyageurs européens, qui visitent l'Indo-Chine, se munissent d'un meuble de ce genre, grâce auquel ils piîuvent se coucher et dormir partout assez commodément.

Les Cambodgiens font usage d'un gros coussin ayant la forme d'un tétraèdre, très propre à être placé sous les aisselles lorsqu'on ne veut pas rester allongé; on peut conserver ainsi une position de demi-couché, qui repose et qui permet de jouer à divers jeux, de lire... Le hamac en filet est aussi en usage pour reposer dans le jour. On le suspend à deux décimètres au-dessus du plancher, de façon à pouvoir, en appuyant le pied par terre d'une certaine manière, lui imprimer un mouvement d'oscillation assez rapide pour se donner de l'air. Le mouvement est continué, accéléré ou modéré, par l'action du pied au moment où le hamac est le plus rapproché du parquet. Ceux qui ont une grande habitude de cet exercice s'y livrent mécaniquement, sans fatigue et quelques instants encore après l'assoupissement.

Le linge, les habits, sont ramassés dans des coffres en bois dur inattaquable par les insectes. La chaise est inconnue; on y supplée au moyen de tabourets légers en bambou et des bancs en bois et à dossier, sculptés ou incrustés de nacre. A la capitale, les grands seigneurs meublent aujourd'hui leurs salons à l'européenne.

Les ustensiles les plus ordinaires sont : un grand plateau en bois laqué ou en cuivre, sur lequel on sert les repas; d'autres petits plateaux sont employés à servir le thé ou à contenir divers objets nécessaires pour les soins à donner aux dents, aux lèvres, aux ongles, pour épiler les poils de la barbe, pour la confection des chiques de bétel, les cigarettes; des bols en cuivre pour divers usages, des lampes, des torches, des éventails, des parasols chinois en papier peint ou simplement huilé, des nattes plus ou moins fines, quelques corbeilles et paniers en osiers. Les glaces et les tables sont inconnues.

Les ustensiles de cuisine se bornent à peu de chose : deux ou trois fourneaux en terre portatifs et bien disposés pour le tirage et l'utilisation de la chaleur, des marmites en terre cuite, une bouilloire, quelques haches et coutelas, une théière et de grandes cuillers en métal pour servir le riz.

Dans les ménages industrieux, on trouve le métier à tisser la soie ou celuià faire des nattes, le fourneau pour faire bouillir les cocons, la bassine et le petit moulin à dévider, des installations pour préparer l'indigo.

On voyage à dos d'éléphant, en chars à bœufs * et le plus souvent en barque. La charrette à buffles ne sert que pour le charroi.

' Voir page 113.

Les Khmers sont très sédentaires; ils emploient leur temps à réparer leur maison, leur barque, leurs chars et à confectionner des filets de pêche ou de chasse, des cages, des boites en bois laqué, des instruments de musique, des nattes, dos étoffes. Ils sont cultivateurs, pêcheurs et marchands de bois. Nous devons reconnaître qu'ils sont pou adroits, ot sauf un goût assez prononcé chez quelques-uns pour la décoration, le dessin, la sculpture sur bois, la confection de petits objets en métal repoussé, on a peine à reconnaître chez eux les descendants des anciens Khmers, qui ont laissé de si nombreux vestiges de leur génie et de leur talent artistique. La plupart des Cambodgiens ont une aptitude marquée pour la musique. La nature les a doués d'une oreille musicale et d'une voix juste. Les notables, les mandarins, les princes, ont des orchestres de douze à quinze instruments joués par des hommes ou par des femmes indifféremment*. Les plus pauvres gens ont à leur disposition soit une flûte, soit une sorte d'instrument à cordes rappelant notre violon. Dans les troupes indigènes de la Cochinchine française, il a été toujours difficile de trouver des Annamites assez partisans de la musique et assez solidement constitués pour supporter les fatigues du clairon, tandis que les Cambodgiens ont des poumons qui suffiraient à un orgue.

Les festins ont lieu la nuit. La tenue y est correcte, mais au thé toute étiquette disparaît : on s'accoude, on s'allonge sur les nattes et certains s'endorment profondément, malgré le bruit infernal et incessant de la musique. Le plus souvent dans ces fêtes de nuit, on jouo aux cartes, aux dames, aux échecs ot on fume aussi, bien malheureusement, quoique pou d'opium. Les régates, les courses de chars h bœufs, de chevaux, les combats de coqs et de tourterelles, le jeu du volant, les dominos, font l'objet des distractions de ce peuple.

Une des grandes distractions des hommes du peuple, c'est de s'exercer à couper dans le sens de la longueur une canne à sucre tenue verticale sur le sol au moyen d'un long couteau. On les voit le soir réunis devant les étalages des marchands, tirant d'abord à la courte paille pour fixer les tours, et bientôt le jeu commence par le premier d'entre eux qui se fait donner une canne à sucre, la place d'aplomb devant lui, la maintient dans cotte position à l'aide do son arme el

• Voir page 98.

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