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LE TRAVAIL PEUT REPRENDRE

Il faut bien reconnaître que le but poursuivi par les « jaunes » est surtout d'arriver le plus vite possible à une reprise partielle du travail.

Peu préoccupé de politique, assez indifférents, en somme, aux manœuvres des partis qui s'agitent autour d'eux, les jaunes acceptent l'aide

Mais des gars arrivent. L'un deux :

— Ou a dit que vous embauchiez pour le Creusol ?

— Nous embauchons, non ! mais nous pouvons vous faire partir.

— Comment 1 dîs-je, le Creusât ?

— Oui I me répond le citoyen Monamy, un bon et beau gars comme le Creusol a besoin de mineurs pour quelques jours, plusieurs des nôtres sont partis... Trente-cinq ce malin. Les socialistes vont encore dire que nous sommes des fainéants, mais voila qui leur prouvera le contraire. Puis, ces bras occupés allégeront notre budget de secours de ce côté. Les secours que nous donnions à ceux-là seront donnés à d'autres.

De cet exemple, on ne peut déduire qu'une chose, c'est que les membres du syndical n" 2 veulent travailler.

Vainement, on objectera que les puits ne sont pas en état. Le puits Sainte-Eugénie est tout prêt à fonctionner. Pour commencer on y pourrait employer 200 mineurs. Ils pourraient extraire 1 00 tonnes de charbon par jour.

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LES CENT-JOUHS DE MOSTCEÀC-LES-MINEâ 157

Vous ne voulez pas, vous ?

— Si, mais y a le syndicat. Faut qu'y triomphe !

— Alors vous êtes socialiste collectiviste.

Vous êtes pour l'association ou l'eutenle internationale des travailleurs et la mise en commun des moyens de production, la socialisation du sol.

— Y sait pas ! me dit-il dans un gros rire.

Ce rouge ne comprenait pas la théorie rouge.

Je lui en dis quelques mots. Après quoi il me répondit :

— Tout ça, c'est desblagues de députés ! Tout ce que nous voulons, nous, c'est que ça change.

— Quoi \'

— Les affaires !

— Lesquelles?

— La grève ! nous n'en voulons pas.

—7 Elle est volée.

— Pas par nous !

L'in son séisme de ce dialogue caractérise la situation. La grève, en effet, a été décidée par quelques individus. Le syndicat rouge n'en voulait pas. Un comité de grève a été élu. La grève

écrivait ces choses-là à une époque ou peu de monde savait lire. Aujourd'hui où (oui le monde écoule, ces paroles sont impunément prononcées en plein air.

C'est cet assemblage de misère, d'angoisses, de crainte, de colère, de mauvais désirs qui fait que la situation est inquiétante ici. Elle mérita d'être patiemment observée. C'est un conflit qui intéresse maintenant la France entière. L'argent afflue, c'est bien. Ceux qui avaient faim vont manger. Mais quelle puissance au monde pourra refaire un cerveau k ces hommes égarés?

25 février.

VERS LA LIBERTÉ Dernières chansons-

Il y a évidemment quelque chose dans l'air.

Voici une belle après-midi. Lo poleil est chaud, le ciel blou, le temps clair. La manifestation,

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francs par jour, versés par les travailleurs français. Les travailleurs français ont autre chose à faire que d'aider une grève sans objet.

De désillusion en désillusion, les grévistes de Montceau commencent à se rendre compte qu'ils sont lancés dans une aventure dangereuse.

La soupe populaire, c'est biep ; mais ce n'est pas tout. Là encore il y a des désillusions. En voici une qui est de taille.

Deux cuisiniers ont été révoqués par le comilé de la grève. On leur a repris leur calotte blanche. Ces deux valets de la sociale avaient eu l'imprudence de mettre dans la poche de leur pantalon treize portions de viande.

Et dire qu'on accuse les socialistes de n'être pas prévoyants !

26 février.

L'œuvre des Jaunes.

Elle marche bien, très bien. Chaque jour de nouveaux rouges viennent se faire inscrire, Je

dois même dire, moi qui assiste parfois à ces scènes, à ces retrouvailles, que ces ex-rouges no quittent pas le syndical n° 1 sans déclarer que cela soulage leur conscience.

me fois de plus sur le caracnt louchant de ces distribu-

■ise partielle du travail n'est l'un désir de M. Waldeck-

onscil voudrait, pour répon-

ii Boyer en toute assurance sérieuse détente se soit pro-

reprisc partielle du travail détente. Mais la Compagnie avec les jaunes et les roucéder. La solution ne sera

: ou la majorité des rouges

les jaunes.

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Celte voile-face n'est pas si impossible et si loin d'èlre accomplie qu'on pourrait le croire. Quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, ronvricr de Monlceau est surtout individualiste. II se syndique par intérêt. Mais il lient à son indépendance matérielle. Or, entre une assiette de soupe populaire qui l'astreint à des exercices, à des promenades et une petite somme d'argent qui Jui assure celte soupe chez lui, il aura vite fait de choisir.

Les rouges, quand ils sauront, iront vers les jaunes, parce que chez eux, on est libre, aimé, respecté.

— J'en ai assez, disait un rouge, d'être nourri comme des moutons à l'étable.

Celui-ci est brave. II s'est crânement évadé du bétail socialiste.

27 février.

166 LE ROÏAUtfK soclAListti

DESSOUS DE GRÈVE Traça do meneurs. — L'6r égaoger.

Les docteurs du socialisme vous diront :

« Tout est calme ! Ça va bien... attendons jusqu'au 18 mai I »

Les apothicaires de Fiodifférenlîsme vous diront : « On exagère... tout est calme... ça va très bien. »

Mais, même avec ce calme apparent, est-ce que la situation n'est pas anormale et dangereuse ? Suffit-il, pour rassurer l'opinion publique, de dire aux gens que la grève cpnvalescenle va mieux ? N'est-il point permis de porter plus profondément son diaguostic et de démêler les causes réelles d'une immobilisation ouvrière qui réduit en de notables proportions la production d'une région française 7

Ramenée à sa pi us simple expression, la grève de Monlceau-les-Mines se réduit à ceci : des milliers d'ouvriers ignorants de toute politique

KiiÉÉrik.

Les ceivt-jours de hontcbaim.es-mlmis 16?

suivant, faute de mieux, des orateurs socialistes.

Laissons donede côté ces foules moutonnières, éludions le but poursuivi par les meneurs, l'intérêt qui les fait agir et le parti plus ou moins avantageux qu'ils tirent d'une situation créée, entretenue par eux.

Maxence Roldes, agitateur professionnel, est assezeonnu pour que nous ne perdions ni temps, ni encre à refaire sa psychologie.

Bouveri, maire socialiste, guide ses mouvements sur ceux des socialistes qui, pour lui, représentent une majorité électorale, Cette majorité lui vaut, à la mairie, 2.400 francs par an. Il est prisonnier de celte fragile majorité.

Desbrosses, ancien marguillier au Magny, ambitieux, prédicateur rouçe, trouve dans celle agîtalion quelques bonnes œuvres à établir.

C'est lui qui, tout dernièrement, assisté de Bouveri, daubait sur les petites sœurs des pauvres, gardes-malades.

— N'allez plu», disait-il, chez ces «bigotes» qui vous ruinent. Nous venons de créer une

société de femmes gardes- malades socialistes. Elles vous soigneront mieux.

Mats ni le citoyen Bouverî, ni le citoyen Desbrosaes n'ajoutaient que ces sœurs laïques étaient les femmes des principaux chefs de la grève actuelle. La citoyenne Desbrosses, qui lit en public les lettres qu'elle adresse aux citoyennes Paule Mink et Sorgue, est très écoulée. Quant à la citoyenne Chalot, elle dirige ces gardes-malades socialistes, dont la location est moins chère que celle des religieuses.

Le citoyen Chalot touche, lui, du syndical, 1 50 francs par mois, plus 50 francs comme secrétaire de la fédération.

C'est donc en somme moins l'intérêt de la classe ouvrière que l'intérêt particulier qui fait demeurer sur la brèche ces militants de la sociale.

Le compagnon Casserole.

Un pied dans le socialisme, un pied dans l'anarchie, le compagnon Casserole est bien le

LES CENT JulftS M MONT CEAU-LES-M INES 169

plus extraordinaire des courtiers en révolution. Son entrée dans la politique date des succès du député René Chauvin. Ancien garçon coiffeur, Casserole se sentit la vocation. Comment, étant ancien sous-officier à Auxonne, est-il devenu antimilitariste ? C'est son secret. Mais est-ii si révolutionnaire que cela? D'allures, non ! Marié, fort bien, coquettement logé à Chalonsur-Saône, menant la simple et heureuse existence d'un bourgeois bourgeoisant. Il fait de la bicyclette et dirige un journal. Il est vrai que ce journal est bourré de conseils anarchistes. Il préconise l'emploi du revolver, la mort des bourgeois par le feu, par le fer. Incendie et carnage, telle parait être sa devise. Mais personne n'est dupe de cette façade rouge : sous cet aspect furieux et révolté, le compagnon Casserole cache un esprit rusé. Il est si peu à craindre que la police cbalonnaise le laisse manœuvrer en paix. Elle ie regarde passer en souriant d'un sourire

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ces trois lignes de l'envoyé spécial de la Petite République parlant des souscriptions rouges :

« Les souscriptions, dit-il, continuent d'affluer au syndicat rouge ; il en vient maintenant de l'étranger, spécialement d'Autriche et d'Allemagne ».

Ah ! qu'on ne vienne pas dire : « Voilà comment on écrit l'histoire ! »

L'histoire de la grève de Montceau ? mais elle s'écrit toute seule I

Et c'est pour le triomphe de tous ces intérêts particuliers que ces pauvres gens se contentent d'une écuells de soupe.

/" mars.

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