‹ Le royaume socialiste: choses vuesChapitre 13 sur 41 · I-LIS-MIÎfES · texte numérisé non relu

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cheval débouche de la ruelle où les socialistes sont massés. Les rouges sont quatre-vingts maintenant. L'heure est grave pour l'adjoint Goujon. Le voici au pied du mur socialiste.

Va-t-il l'enjamber, le démolir ou s'y appuyer ? Il se campe devant l'officier qui dirige la patrouille.

— Passez donc plus loin, dit-il aux gendarmes.

— Qui êtes-vous ? Que demandez-vous ?

« Je suis, balbutie l'adjoint tout interloqué... Je suis... ad.miui .. administrateur... de la commune.

— Et votre écharpe ?

— Mais... je l'ai?

— Où?

Le citoyen adjoint Goujon, décontenancé, fouille ses poches, ne trouve rien.. C'est une situation tout à fait ridicule... Enfin, il la trouve, son écharpe... Elle n'est pas rouge, elle est tricolore.

— La voilà, mon écharpe! dit-il victorieusement.

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LES CENT- JOURS DE MONTCEÀU-LES-MfNÏS 191

— En ont-ils commis des crimes, pour que les gendarmes les conduisent !... Tas de feignants ! On vous crèvera les boyaux !

El celle qui dit cela est jeune, rose et blonde. L'homme qui est à côté d'elle dit sentencieusement : — Patience ! Il n'y aura pas toujours des soldats !

Voilà les travailleurs qui passent enfin par groupes de cinquante, conduits par les ingénieurs, MM. Martin, divisionnaire, Léon Mathey, divisionnaire, Bouchard, ingénieur mécanicien. Le peloton de gendarmes qui encadreles mineurs va déporte en porte, laissant à chaque seuil le mineur qui y habite. Les cris sauvages ne cessent point. Au 26 delà rue du Centre, comme les cris sont d'une intense colère, une femme sort au long du trottoir. On crie : — A bas la mouche ! Alors la femme pose son enfant à terre. Elle prend une canne et dit à son homme :

— Allons ! viens, mon gros, et qu'un de ceuxlà ose te toucher !

Les harpies se taisent. L'homme et la femme s'ombrassent. L'enfant s'accroche aux jupes de

sa mère. Le peloton de gendarmes s'éloigne. Une cinquantaine de femmes demeurent sur place pour insulter cette brave jaune. Les mêmes scènes se répètent de maison en maison.

On ne craint rien pour l'instant. Mais c'est la nuit, quand les soldats seront moins nombreux, que les haines éclateront. Nous reviendrons en force demain ! ont dit les socialistes. C'est possible ! Mais, pour aujourd'hui, il faut reconnaître que le courage des travailleurs les a déconcertés. Il n'y a pas eu de manifestation sérieuse. .. Force reste à la loi. Le règne des terroristes de Montceau touche à sa fin.

25 mars.

La soupe continue. Les rentrées sont plus nombreuses chaque jour.

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