‹ Le royaume socialiste: choses vuesChapitre 17 sur 41 · L. Jdilli · texte numérisé non relu

L. Jdilli

Beaucoup signèrent, et même, Bénasse fut l'un des premiers. La lieu à la date indiquée. Seuls ricin porte les 35 irréductibles qui, àh jour, ayant poussé Bénasse en ava résolus à la lutte à outrance, à la lui l'émeute ».

Le 13 février, les 55 avaient sig aux camarades, dans lequel ils dv.

autres choses : « ce que le patron de:

notre sueur... » « La direction disaiei pari, la direction de l'usine Juillet être nous faire massacrer après not souffrir tout l'hiver ».

Voilà, très net, donné par eux-mêmes, l'état d'esprit du petit groupe qui a pris la tête des événements d'hier.

Si ces événements n'ont pas été sanglants, atrocement sanglants, tout le mérite en revient au sous-préfet, M. Trépont. Grâce à son énergie, à son évident désir de faire respecter les lois, grâce aussi au sang-froid de la troupe, aucun malheur n'est à déplorer.

Les cinquante cinq irréductibles dont nous parlons plus haut ayant réussi à intéresser à leur sort deux cents manifestants, se rendirent donc, dès le matin, par petits groupes, dans la ruelle où se trouve la petite usine Juillet. Une fois au complet, la bande « hurle » ses revendications. Il n'y est pas question de salaire, d'heures de travail, etc., etc.

Les refrains qu'ils poussent sont significatifs En voici deux échantillons :

Y a rien de tel. Que les lebels, Nous les briserons Sur la carcasse des patrons.

Et cet autre :

Marianne !

Sonne la (liane,

La diane aux avachis !

Ces énergumènes décident d'envoyer une délégation à M. Juillet. Elle est reçue. Mais le directeur n'a rien de plus à dire que ce que nous avons rappelé plus haut.

M. Juillet reçoit des gens qui veulent lui casser un lebel sur le dos. Franchement, personne u'osera reprocher à M. Juillet de ne pas accepter d'aussi singulières propositions.

La délégation revient, apportant le refus du directeur.

— Vive la grève générale ! crie la bande.

Le gros des manifestants se dirige alors vers la verrerie Aupècle. En route, cette colonne s'augmente de nouvelles recrues. Les voilà près de cinq cenls devant la grille de la verrerie.

Cette poussée humaine abat la fragile barrière. Les grévistes parcourent les fours, débauchent les verriers qui les suivent en chantant Carmagnole et Internationale.

LES « ANARCHISTES » DE CHAtOH-SUR-SA

clie et énergique lors du tirage au sort ceau-les-Mînes. C'est avec un, réel pi nous constatons aujourd'hui que nous étions pas trompé sur le caractère mari fonctionnaire républicain. M. TréponI, voyant cette journée, avait fait venir suit, de Dijon, un bataillon du 27* régira fanterie, un escadron du (6* chasseurs de Beaune, un escadron du 8 e chasset xonne. Chalon possède un régiment, le fanterie.

M. Trépont fit masser toutes ces for taires sur les deux places principales de La manifestation avance sur le qi Colombière. M. Trépont le fait barrer, tact va avoir lieu. Il y a là un rang de mes, un rang d'agents, et, derrière, lei baïonnette au canon.

Les manifestants sont là. M. Trép conseille de se retirer.

On lui répond par les cris de : « Vive lution 1 »

Les hommes, découvrant leur poitrini

banal désormais — demandent aux soldats de tirer. Pour les engager à cet acte, ils les traitent d'assassins. Le colonel du 56 e demeure calme. Ses subordonnés l'imitent. La troupe est admirable de sang froid.

Les agents et les gendarmes sont débordés. M. Trépont se voit alors dans la dure nécessité de faire faire les trois sommations légales.

Les manifestants ne se retirent pas. Alors, à ce moment, aux termes de la loi, les fusils auraient dû partir. Mais le sous-préfet de Chalon est un homme avisé. Aux manifestants que les trois roulements n'ont pas fait reculer, il n'oppose que les agents et les gendarmes non armés. Le commissaire spécial Muller — qui dut bien regretter le farniente de l'hôtel Semet — va de l'avant. Il s'empare du drapeau rouge. Sur son dos incliné les coups de poing pleuvent. Mais cette prise eslle triomphe de l'ordre public. Les manifestants se dispersent, laissant aux mains des agents une cinquantaine d'entre eux.

Le coup de filet serait bon, s'il s'était abattu sur les 55 irréductibles de l'usine Juillet, cause

première de celte journée, qui, par un miracle de prudence et d'énergie, n'aura pas été une journée rouge.

48 février.

Discours socialiste du millionnaire Laforgue.

C'est un fait établi maintenant que l'aventure de Chalon est un acle d'anarchie. Celte ville industrielle est un centre d'agitation libertaire.

Le danger a été grand, si grand que les socialistes ministériels désavouent la tentative révolutionnaire. Quant aux autres socialistes, ils essaient de profiler do l'occasion : Guesde et Lafargue font des discours dont le but évident est de pousser à la grève générale. L'aulre jour, le millionnaire Lafargue défendait ainsi les petits commerçants qu'un gréviste avait dil êlre hostiles aux ouvriers :

— Le petit commerçant a besoin que l'ouvrier vienne se servir chez lui ; son intérêt est qu'il ait des pièces de cent sous dans sa poche ; par conséquent, il le soulienf. Afin que le tra-

vailleur puisse avoir des pièces de cent sous, il faut que le patron lui en donne ; et ce n'est que par la grève à outrance qu'on forcera les grands industriels à augmenter le salaire de leurs ouvriers.

Et, pour faire payer aux petits commerçants cette rentrée dans la grâce socialiste, le citoyen Lafargue ajouta que les petits commerçants devraient, pour montrer qu'ils soutiennent les grévistes, ouvrir un crédit au comité de la grève.

Ces paroles n'ont pas été sans résultat.

A peine Lafargue avait-il terminé sa harangue qu'un « petit commerçant », M. Gaudillat, du quartier de Saint-Cosme, annonça qu'il ouvrait à l'instant même un crédit de trois cents francs en faveur du comité de la grève.

Mais la grève, rien ne prouve qu'elle soit le vœu des ouvriers. C'est même un peu tout le contraire qu'ils désirent.

L'un d'eux n'a pas craint de dire tout haut ce qu'il en pensait au pré Sainte-Marie, qui est, h Chalon, le forum des grévistes.

LES « ANARCHISTES » DE CHALOJI-SUa-SA

— Ben quoi ! a dît cet ouvrier, la grè raie, on esl bien forcé de la faire, puis les patrons ferment leurs ateliers. Et p»

a « soupe > de la grève générale I

Revenus de leur erreur et de leur fra ouvriers frappent maintenant chaque n portes des usines pour demander à repi travail.

Les anarchistes se tiennent cois. Tre:

wagons de chasseurs à cheval sont arrî

C'est peut-être une des causes di actuel, en dépit de cet ordre du joui Montceau :

« Vous n'avez rien à craindre de vo en ce moment affublés du costume mil on leur commande de vous mettre en mettront la crosse en l'air. »

Les gars de Montceau sont toujours niâtes.

19 mars.

AU LOGIS D'UN LIBERTAIRE La plainte de l'épouse. — La folié des meneurs.

En allant frapper à la porte de ce logement d'une modeste maison du faubourg Saint-Cosme, au coin de la rue Nicéphore-Niepce, je pensais me trouver chez une de ces compagnonnes en casaquin rouge, rétives et hurlantes, comme on en rencontre parfois dans les monômes révolutionnaires.

Pourtant j'eus quelques doutes. On m'avait bien dit que Louis Gros, arrêté sur mandat du juge d'instruction, était un « anarchiste dangereux », un libertaire ; mais cela me semblait bien peu cadrer avec son titre de secrétaire général de la Fédération des syndicats socialistes de Saône-et-Loire. Mes doutes s'accentuèrent quand je me trouvai au premier étage devant une jolie plaque de cuivre gravée portant cette suscription : « M. et Mme Gros. » Je heurtai discrètement.

— ■ Entrez ! murmura une voix faible.

La clef étail sur la porte. J'entrai donc.

Devant moi, dans la pièce tout à la fois antichambre-salle à manger-cuisine une femme était assise.

Elle était blottie au coin le plus obscur, dans un angle, auprès d'un poêle qui donnait, faute de combustible, son dernier rayon de chaleur. Dans une casserole posée sur la porte du four mijotaient quelques croûtes de pain.

Sur les genoux de la femme était un enfant ; à ses pieds, sur un petit banc, une fillette d'une dizaine d'année était assise.

Un peu interloquée d'une aussi brusque irruption, la pauvre femme n'eut pas le temps de cacher le désordre naturel d'une toilette spéciale à toutes les mères en devoir d'allaitement.

Pensant que je venais pour voir son mari, elle me dit avant toute question de ma part :

— Vous venez pour voir mon homme... ils me l'ont arrêté hier... à cinq heures du matin. Il ne s'en doutait pas... Il a été pris de défaillance en voyant ça..» lui qui était si malade...

ûiS LE ROYAUME SOCIALISTE

Toule la veille, il était resté couché par une bronchite... Il n'avait pas voulu aller à la manifestation : « ...Ça se gâte, m'avait-il dit. Ils veulent encore de la grève... moi, je crois que c'est pas utile... »

« Il avait été à Montceau deux jours avant et quand il était revenu, il m'avait dit : « Je crois que tout va s'arranger.... J'ai vu Bouveri et je leur ai fait comprendre que tout ce qu'on faisait là-bas, c'était la ruine de l'ouvrier... qu'il valait mieux reprendre le travail. »

« Car, voyez-vous, monsieur, mon mari, il a toujours recommandé le calme... même que M. Schmidt, le directeur du Petit-Creusot, lui disait un jour : « Heureusement que vous êtes là pour empêcher les grèves !... » C'était toujours comme ça, mon homme parlait toujours pour les autres !... Ah ! il ne méritait pas qu'on le mette en prison ! »

Tout en écoutant ce petit discours, j'avais suivi dans les yeux de cette triste épouse la progression d'une douleur qu'elle ne pouvait plus contenir. •

LëS < ANARCHISTES » DE CHALOU-Si

Elle pleura. Je n'osais rien lui cl dérais cette femme si maigre d creux, les cheveux défaits, les pan étaient un douloureux commentaîr Derrière sa tête, contre le mur, posée sur une corde faisait une a figure de sacrifiée.

Elle reprit :

— Vous pensez bien que ce n lui qu'il allait ainsi de l'avant... lui gagné sa vie... Même maintcnanlilg c'est une bonne journée !

Comme elle parlait la porte s'ouvr entra. C'était sa sœur.

— Rien de nouveau ?

— Non ! J'ai été ce matin voir i focture. On m'a dit que je ne pourr avant quelques jours.

— C'est malheureux, dil la noi

— Qu'allez-vous faire ? dis-je à 1

— Je ne sais ! je n'ai pas de ce vailler... j'ai de l'ouvrage sur n entre deux sanglots, en me montn

L'enfant auquel le sein venait d'être enlevé s'était endormi sur les genoux maternels. La fillette indifférente à noire conversation étail absorbée par sa besogne. Elle découpait une robe pour sa poupée dans uu vieux bas.

Je voyais bien que dans cette maison c'était la gène, sinon la misère. Sur la table quelques pommes de terre non épluchées voisinaient avec du linge de corps. Le sol n'avait pas été balayé depuis deux jours au moins.

Celait une maison en désarroi. On se serait cru au lendemain d'un enterrement.

— Et vivre ? dis-je.

— Je ne sais pas comment... Je n'ai rien...

rien...

— Et le syndicat ?

— Le syndicat ! reprit la sœur deMme Gros, il ne faut guère compter sur lui... Voilà deux jours que mon beau-frère est arrêté. . Ils ne sont même pas venus ici voir ma sœur.

— C'est pourtantvrai, souligna Mme Gros, et ça m'étonne, lui qui aurait donné jusqu'à sa chemise !

Ah ! ajouta-t-elle sincèrement, pourqu cupe-t-il de politique l

— Quand il était chez son ancien pal n'élail pas comme ça, ajouta la sœur,

— C'est vrai, dît Mme Gros, c'est le Creusot qui l'a perdu. ..Ils l'ont entraîné., me le rendront-ils maintenant ?... C'a est sans défense, lui !... Il ne sait pas comme Broulchous... Ah ! celui-là, il a gue bien pendue. Il sait répondre.

, Et, à travers ses larmes, elle cul ce singulier souvenir.

— Pour ça, dit-elle, BroulchouN, plaisir à l'entendre. Il y a quelque lemp au cimetière, sur mon petit qui est mort, choux parlait un peu plus loin pour l'i ment du petit d'un voisin. C'était bon de tor parler. Oh oui ! c'était bon.

Le mysticisme des premiers chrélie rien auprès de ce fanatisme de l'anarchi taire. A se rappeler celle minute d'un t incompréhensible la triste femme oub misère actuelle. Les deux mains posées

bambin endormi, elle revivait ce passé. Pour peu. elle aurait souri. Mais les larmes revinrent.

— Puisqu'ils arrêtent ceux qui parlent, ditelle, pourquoi n'arrêtênt-ils pas Sébastien.

Faure ?... Il parle assez celui-là ï II va partout... Il parle tout le temps 1... On ne lui dît rien !... Et ici, et à MonLceau... Jounioud, il en dit bien d'autres que mon mari.. .On le laisse faire... Et d'autres.

— Jaurès ! dis-je simplement.

— Quand, reprit-elle, quand on a dit Jaurès, on a tout dit 1... Ces messieurs-là, ils ont la vie heureuse et sans dangers.. Ils viennent dans nos grèves passer quelques heures. Ils disent qu'il faut faire la révolution... Ils mettent tous les ouvriers en colère... Quand tout le monde est bien monté, ils s'ea retournent à Paris... Jamais on ne les arrête, eus, pourquoi ?

Question indiscrète I La sœur y répondit :

— Ils ont des amis haut placés, dit-elle. Parole merveilleuse I Elle était dite à point

pour terminer un entretien dont l'enseignement n'échappera à personne. Je pris congé de cette

famille, victime de l'égarement de son chef.

Mais lui-même, ce chef, n'est-il pas victime de l'illusion versée à pleins discours par les orateurs d'un parti où l'anarchie et le socialisme se confondent en un besoin de révolte et de chambardement?

Ces anarchistes enrégimentas dans le socialisme sont loin d'être des hommes libres. Ce sont des fous.

Comme je quittais ce logis visité parle malheur, je fus salué d'un gazouillement pous3é à plein gosier. Je levai la tête. C'était un ménage d'oiseaux. Ils étaient heureux, ceux-là, ne demandaient pas la liberté, sachant peut-être qu'en sortant du cercle si étroit de leur existence ils voleraient à une mort certaine.

Assurés d'une branche de chènevis dans une modeste cage, ils s'en contentent et chantent sans se soucier s'il est, de par le monde, d'immenses forêts qui regorgent de fruits,

S S février.

*1 ^ f ijk^L-i^l-

ARNARCHISTES QUI S'IGNORENT Sabotiers révolutionnaires.

En désavouant l'échauffourée pour la mettre sur le compte des anarchistes chalonnais, les chefs parisiens du parti socialiste ont donné carte blanche au gouvernement pour la répression.

Cependant ils savaient bien, ces ministériels, que les principaux agitateurs de ce centre industriel appartiennent tous au parti socialiste. Ce désaveu, lancé pour décharger le ministère de toute responsabilité, est tout simplement une trahison honteuse envers de pauvres gens simples d'esprit, de condition modeste, et qui, sur la foi d'orateurs écoutés, rêvaient, hier encore, des réformes sociales.

Pendantdelongsmois,depuisque ce ministère préside aux destinées de la France, les syndiqués chalonnais ont connu tontes les joies (Tune liberté complète. Les orateurs parlaient hautet souvent.

Ce qu'ils disaient? Oh ! rien de bien neuf ! Ouvriers à l'éloquence rude, ils redisaient, en leur langage sonore et bref, les discours entendus aux grandes assises socialistes. Ils se réunissaient dans leur « cercle » d'études, remâchaient la matière d'un congrès récent, en attendant le congrès prochain, et chaque jour ils s'enfonçaient davantage dans cette folie révolutionnaire qui fait de chaque socialiste une sorte de dictateur*

Puis, soudain, parce que des escarpes de moins de vingt ans ont tenté de faire un coup, voilà, qu'on arrête les « brahmes » du parti socialiste. Et les grands chefs de dire : « Nous les ignorons, ce sont des arnarchisles ! »

Eux, ils s'ignorent bien plus encore, ces anarchistes.

Mais tout de même les grands chefs ont peutêtre raison. Tel qu'il est actuellement orienté dans ces pays d'usines, le parti socialiste a des tendances de chambardement et de brutalité assez semblables au désir destructeur du parti anarchiste. I/aqarchiste veqt détruire et erç

rester là. Le socialiste veut détruire et reconstruire à sa guise. Le plus logique est peut-être l'anarchiste, car je ne vois pas beaucoup un des meneurs actuellement sous les verrous reconstruisant une France nouvelle avec les ruines dont il serait Fauteur.

Car il faut bien le dire, à distance, ces farouches chambardeurs vous apparaissent comme des hommes d'une autre espèce, forts comme Hercule, avec la taille de Titan. De près, c'est bien petit, bien réduit, bien souffreteux.

J'ai voulu voir David qu'on a relaxé pour raison de santé, dit-on. Il habite avec sa femme, une chambre et une cuisine, rue Saint-Georges: La maison date des siècles anciens. L'escalier tortueux, fait de madriers énormes, vaut à lui seul le dérangement. Je frappe à la porte basse: Une voisine apparaît à la lucarne mitoyenne.

Quelle pauvreté dans tous ces logis ! Cela me fait souvenir d'une parole de Mme Gros :

— Chez David, ce doit être une grand misère aussi 1 Ils ont un enfant estropié, et ça ne gagne pas gros un sabotier;

Non, il ne doit pas faire bon vivre ici. La voisine me dit :

— David est chez son patron et sa femme est en journée chez une dame.

A peine sorti de prison, déjà au travail ! Je vais chez le palron. M. Jallet, rue aux Fèvres. Je passe avant par l'atelier où deux pu trois sabotiers taillent et rognent le bois silencieusement.

Me voici chez M. Jallet, boutique proprette, bien achalandée;

M. Jallet, trente-cinq à quarante ans, bon sourire. Il a, près de lui, sa femme et sa fillette.

— Non, je n'ai pas encore vu David, mais il va venir... Justement je voulais m'employer pour le faire relâcher. C'est fait, ça va bien.

— B vous manquait, peut-être 1

— Certes, oui 1 C'est un très bon ouvrier...

Je puis en répondre, je le connais depuis son enfance... D'abord, pendant ces deux jours de manifestation, il n'a pas quitté le travail... Aussi avonsr-nous été surpris, ma femme et moi, d'apprendre son arrestation.

Le patron, un peu frondeur, ajoute :

— Son arrestation ! c'a été extraordinaire... Ilsélaient venus, monsieur, le matin au petit jour, trente-cinq gendarmes ! Il y en avait sur toutes les marches de l'escalier... Et de la cavalerie dans la rue... Tout ça, pour arrêter un homme malade.

— Dame ! on le traitait en chef départi. N'estil pas président du syndicat !

— Quoi ?... oui !... il est président du syndicat des sabotiers... un point, c'est tout !

— Mais si les sabotiers...

— Les sabotiers ?... Ils sont neuf syndiqués ! Et le patron y va de son gros rire. Ma foi ,

moi, je Timite. L'occasion est trop rare dans ces pays-ci pour ne pas en profiter.

Cette situation est plaisante, n'est-ce pas ? Un sabotier malade, élu par huit sabotiers bien portants, qui suscite pour son arrestation un tel déploiement de troupes.

— Ils feraient bien mieux d'arrêter Sébastien Faure ! ajoute le patron... II est venu gagner de l'argent ici avec ses conférences incendiaires. Et ce qu'il en a gagné J

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