SITUATION RÉVOLUTIONNAIRE
La tentative de Quilici. — L'internationa lisme de M. Flaissières. — • Les excitations du citoyen Cadenat.
On se perd en conjectures sur les causes de la tentative révolutionnaire qui a molivé l'arrestation de M. Paul Quilici, courtier en huiles et rédacteur en chef de la Parole socialiste.
Ce n'est pas l'amour de la réclame. Tout Marseille connaît Quilici. Et dès qu'on prononce ce nom sonore devant un Marseillais industriel ou boutiquier, un sourire de mépris et d'indignation plisse ses lèvres.
— Quilici, dit-il, celui-là veut la révolution... elle arrangerait ses affaires.
Il MYSTÉRIEUSE liRÉVE 1)L PORT DE HA KSI
Aussi est-ce bien avec l'înlentior des inscrits maritimes une bande d< que Quilici s'est mis à leur tête, donnant te conseil de s'armer de leurs Ce Quilici, agent politique, trip d'élections, qui ne parait relever d'au tion ou faction politique, consent, poi ner une contenance, à s'enrégimente régiment guesdisle.
— Le commerce marseillais, dit-il, de plus, est seul juge du différend, e sera pas difficile de constater que si lt merciale de Marseille est de nouveai due, c'est aux capitalistes qu'en incon ponsabililé.
Pour cet agitateur, il n'y a rien de pectable au monde que les prérogalk du syndicat.
C'est ici que se pose une question t Quel syndicat ? Le syndical français < dicat international ? A Marseille, les ne reconnaissent qu'un syndicat : 1« international. Les ouvriers français
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nent. Car il y a ici un syndicat français. L'un de ses membres me faisait part lui-même de cet étonnement.
— Nous ne pouvons croire que le pouvoir protège plus longtemps cette réalisation de l'Internationale au cœur même d'une grande ville française. La loi sur les syndicats professionnels est une loi de protection, d'éludé et de défense des intérêls économiques français, exclusivement français. Les syndicats doivent être dirigés par des Français. La grève d'aujourd'hui, qui se retourne surtout contre nous et contre les intérêts français, est menée par un groupe étranger... Et nous devons, nous Français, payer l'Etat, la municipalité, notre syndicat, pour arriver à quoi ? à être réduits au chômage par une population étrangère qui ne supporte aucune des charges morales et matérielles auxquelles les citoyens français sont soumis.
Ce singulier aspect de la grève marseillaise peut surprendre l'observateur médiocrement renseigné. Mais déjà, hier, lors da ma visite à
la Bourse du travail, j'avais découvert très facilement celle floraison internationaliste.
Dans les vestibules de cette usine de grèves sont alignées quelques centaines de boites aux lettres. Chacune porte, en suscription, te litre du syndicat doutelleestla propriété. El je lisais: Syndicat international de... syndical international des... etc., etc.
Un négociant, auquel je contais le fait, me dit :
— Quoi ? ça vous surprend ! vous imagine* riez-vous, par hasard, que Marseille est une ville française ?...
— Mais la loi sur les syndicats ?
— ■ Notre maire s'en fiche !
Car le citoyen Flaissières a décrété, ce matin encore, que celte grève d'internationalistes était juste, que les réclamations des grévistes étaient fondées.
— En définitive, dit-il, que réclament les ouvriers? Je passe, sans m'y arrêter, sur la question des contremaîtres, cominfî étant sans importance...
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Or, et c'est là un point qu'il est important de souligner La grève a été déclarée parce que certains OUVRIERS AVAIENT A SE PLAINDRE DE DEUX CON- TREMAITRES.
Ces plaintes, depuis, ont été reconnues sans objet.
Si ie docteur Flaissières, maire d'une ville de 420.000 habitants, avait conscience de ses responsabilités, il serait le premier à dire aux grévistes que, les causes premières de la grève n'existant plus, la grève est virtuellement terminée.
Mais, voilà ! Il y a les causes secondes.. Les voici définies, précisées, soutenues par M. Flaissières.
— Ils réclamant, dit-il, la journée de huit heures, la suppression des heures supplémentaires, la suppression du travail de nuit... Mais cela ne saurait être onéreux pour les patrons... Il est certain, toutefois, que l'application de cette nouvelle méthode de travail à laquelle on n'est pas préparé pourra, au début, offrir certaines difficultés.
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1res prochainement, du désarroi causé par celle grève. Les vaisseaux évitent le port, les docks sont encombrés. Le petit et le grand commerce sont privés des marchandises attendues. Le malaise ira donc en augmentant, grâce à cette perturbation née à l'une des principales sources de l'activité commerciale et industrielle.
Déjà, pour n'avoir pas à entrer en pourparlers avec la commission executive de la grève, le syndicat des armateurs s'est dissous. C'était son droit- Cette décision est exploitée par les grévistes comme un symptôme de lassitude patronale.
On voit fort bien percer le désir du comité gréviste. De même que les meneurs des grèves des bassins houillers entrevoyaient l'expropriation des mines à leur profil, les grévistes du port de Marseille espèrent que les entrepreneurs de manutention abandonneront leu rs entreprises. Et le citoyen Girard, un membre très influent de celte fameuse commission executive, de dire :
— Les patrons ont peur!... Ils disent qu'ils
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disent les chefs de la grève... Nous tenons les patrons...
Et voici maintenant qu'apparaît la silhouette du citoyen député Cadenat. Son discours est bref et topique :
— Vous tenez le patronat aujourd'hui, tordez-lui le cou !
(J'ai noté ces paroles moi-même à la Bourse du travail).
Or, les patrons, je le sais, ne se laisseront pas tordre le cou. Ils vont aviser à bref délai. On les attaque. Ils se défendront. Qui peut les en blâmer? La situation le commande, en présence d'un gouvernement qui, défenseur naturel des intérêts de tous, laisse les ouvriers partis en guerre contre le patronat.
S mars.