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LES « JAUNES » DE MARSEILLE

Les victimes du citoyen Flaissières.

La grève du port de Marseille ne diffère en rien des tristes aventures que nous avons suivies

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La mïstérieuse grève du port de Marseille 251

— Non pas... Nous ne réclamons contre les meneurs coupables de l'affaire que de l'emprisonnement et des amendes pour entrave à la liberté du travail.

Ici, je crois bon d'ouvrir une parenthèse pour démontrer que cette tactique du syndicat n* 2 de Marseille est d'une excellente défensive. Les Français de Marseille auront été, en celte occurence, des précurseurs qu'il faut louer.

— El le programme des revendications soutenues par Flaissières... les huit heures... le travail de nuit... etc., etc.

— D'une application impossible, monsieur ! . . impossible !... Voyons 1 est-ce que l'on peut supprimer les heures supplémentaires dans un port comme Marseille où les bateaux-postes arrivent parfois à cinq ou six heures et doivent repartir? Supposez qu'un bateau de la Péninsulaire, par exemple, soit relardé de vingt-quatre heures par la bourrasque... devra-t.il encore perdre du temps pour éviter le travail de nuit? Voyez donc la perte d'argent, quand on pense que ces navires ont à bord plus de trois cents

matelots... ça fait des bouches à nourrir !

— Alors le programme du citoyen Flaissières oe lient pas debout ?

— Pas plus que le citoyen maire lui-même.., d'ailleurs.

— Comment un homme qui défend... dit-il...

vos intérêts ?...

— Nos intérêts, ajoute en souriant mon interlocuteur... Flaissières !... un homme qui nous est arrivé pieds nus et qui possède maintenant fortune et châteaux !

Or, nous étions maintenant dans le petit local du boulevard des Dames. Ils étaient là plus de cinquante autour de leur président, M. Chauvet. De bonnes figures d'hommes intelligents. J'ai vu beaucoup, dans de nombreuses grèves, de ces manœuvres qui n'ont d'autre métier que de louer la force de leurs bras. J'ai vu les mariniers de Rouen, les arrimeurs de Dunkerque, les terrassiers du Havre, mais parmi ces foules, où souvent la force musculaire est le premier et dernier argument, j'ai rarement rencontré, comme à Marseille, l'entendement de l'esprit

venus nous voir... Mais nous leur avons répondu: « Vous avez débouché le pot... vous irez tout seuls chercher au fond ce qu'il y a dedans! »

Quand je vous disais qu'ils ont de l'esprit.

— Et au fond de ce pot, qu'y a-l-il ?

— De l'argent étranger... peut-être !

— Ces étrangers, reprend M. Chaovet, ils veulent prendre toute la place. Savez-vous à quoi vise le syndicat international.., maintenant ?... A nous chasser de la Bourse du travail... Ces Italiens !... ces Italiens !... Voyons, voyons ! Est-ce que la Bourse du travail est à

à Milan, à Gênes !... Non ! elle esta ).,. Marseille est en France?.., On nous Français... ou nous ne le sommes pas?

de -Français syndiqués, combien êtes-

iq cent ouze ce soir... Il y a encore urs, des Français, qui sont venus vers

la fait combien de familles?

atre cents... Et que de misère I

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Là mystérieuse grève du port de Marseille 256

Devant ce tableau, hélas ! si connu des misères ouvrières, je ne pouvais que poser la question déjà posée en des cas pareils:

— Et vivre ?

— Voulez- vous un exemple ? me dit avec un peu de gène M. Breyton... Chez moi, j'ai quatre grévistes, qu'il faut aider... plus ma femme, mes enfants... nous sommes onze à table... nous vivons avec quatorze bons de quatre sous que nous donne notre caisse de secours... La femme fait la bouillie... et nous buvons à la cruche... Mais, à ce propos, puis-je vous demander un conseil ?... nous logeons en garni... On doit, vous comprenez... Est-ce que le propriétaire a le droit, en temps de grève de nous expulser ?

Que répondre à ce brave homme ? Il n'est pas seul dans son cas. A Marseille comme à Montceau, il y a des ouvriers de France, victimes des doctrines collectivistes, internationalistes. Eux aussi crient : « A nous les Français! » Mais les Français de Marseille sont plongés dans l'inquiétude. L'horizon leur apparaît noir. Il semble que, sur le ciel si bleu de la Méditerranée, s'ac-

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cumulent en nuages lourds toutes les fumées des navires qui évitent ce port eu détresse où les bras sont arrêtés, où les cerveaux seuls travaillent, où les estomacs se creusent !

4 mars.

Les idées du citoyen Flaissières. — Ses espoirs. — Ses déceptions.

Aujourd'hui qu'il est avéré que celle grève ne se terminera pas par la victoire ouvrière dont se flattaient les promoteurs du mouvement, les meilleurs amis du maire de Marseille, ceux qui suivaient aveuglément sa politique, commencent à douter de l'avenir, et quelques membres du conseil municipal ne dissimulent pas leurs appréhensions. Ils sentent bien que ces troubles continuels incommodent la grosse majorité des électeurs appartenant au petit comme au grand

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chez eux, — au contraire! — toutes les sympathies.

— Alors, selon vous, le citoyen Flaissières compte encore que cette grève se dénouera par un succès pour l'internationalisme et le collectivisme ?

— Oui ! Mais sachez bien qu'il commence h être à peu près seul de son avis.

Cette déclaration assez extraordinaire m'a été expliquée par un des gros négociants de Marseille :

Les conseillers municipaux socialistes sentent le terrain crouler sous eux.... Il paraît que les élections municipales ont été cassées par le Conseil d'Etat et que les élections sont fixées au mois d'avril. Quand on songe que la liste Flaissières n'obtint à ce moment-là qu'un ensemble de 32.000 voix et que la liste suivante en avait 31 .000, on comprend l'émoi de nos édiles. Mais il est temps, d'ailleurs, que leur tyrannie prenne fin.

$ mars,

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260 LE HOVAtME SOCIALISTE

— El ce rapport, ajoutai je, n'était pas très rassurant sur l'avenir du port français.

— Tout ça, me dit M. J. de Clercq, c'est de l'histoire ancienne... depuis que nous avons de nouveaux chiffres.

— Plus brillants ?

— Hélas ! non.

— Mais peut-être vont-ils le devenir, si les Génois se solidarisent avec les ouvriers de Marseille.

— Eux ! se mettre en grève !... Et pourquoi donc ?... N'ont-ils pas obtenu ce qu'ils demandaient?...

■ — Alors, cette solidarité internationale ?

— Elle existe, puisque les facchini génois ont déclaré qu'ils ne déchargeraient pas les bâtiments dont Marseille est l'escale naturelle.

— Combien de navires sont dans ce cas, monsieur le consul?...

— Oli ! fait M. J. de Clercq en soulignant ce oh ! d'un geste expressif qui pourrait se trailuire en italien par niente !

— Alors... pas internationalistes les Génois?

— Non! Les Génois s Ils sont très habiles., autres el sont là tout à labeur d'autrui... Les mcnts du port ont élé I Marseillais... Les Gén Anglais ont installé, du beaux quais., et magas filent.

— Ils profitent aussi sans doute ?

— Je vais vous don; M. J. de Clercq, hnmmi

Et notre honorable ce amabilité qu'on voudra nos fonctionnaires, com

11 me dicte. J'écris:

— En 1899, l'écart ; Marseille, des navires ei de 4.849 bâtiments dor lions 540 mille 851 lom

Eti 1900, la différend n'est plus que de Z.i'i

moins-value de 1.377 navires donnant 2 millions 568 mille tonneaux de jauge.

— C'est déjà une perte appréciable,

— Voici d'autres chiffres qui la rendent plus appréciable encore. C'est la situation du trafic calculé en tonnes :

Marseille. . . 5 millions 864.000 tonnes.

Gênes -'..... 5 millions 076.000 tonnes.

Marseille. ; .. 5 millions 863.000 tonnes.

Gênes .... 5 millions 203.000 tonnes.

Vous remarquerez que Marseille qui, jusqu'en 1899, avait une tendance à augmenter, commence à baisser. Gênes, d'autre part, augmente avec une rapidité inquiétante. Rien que pour Tannée 1900, une augmentation de 127.000 tonnes indique clairement un état progressif de prospérité.

— A quelles causes, monsieur le consul, attri-

buez-vous cet état de choses ?

— Jl y en a plusieurs... Le percement du

du 20-Septembre. Au théâtre Carlo-Folice, un oraleur chantait la gloire de Mazzini. Cet orateur disait qu'iFh'y avait pas de patriote plus franchement et plus profondément italien.

Aujourd'hui 10 mars, c'était son anniversaire. Gènes, comme beaucoup de villes italiennes, était emplie d'une foule agitant des drapeaux aux trois couleurs. Le municipe marchait en tète d'un cortège. Pas de cris révolutionnaires, pas de loques rouges déployées. Toutes ces sociétés, que l'on dit si frondeuses, sont uniquement patriotes.

Le soir, on ne parlait à Gênes que de cette imposante manifestation. La grève de Marseille était totalement oubliée. On s'occupait peu de la France, et ceux qui s'entretenaient de nos affaires commentaient simplement l'arrivée subite de Déroulède, l'attitude de Zola, etc. Mais tout cela très secondaire.

II n'y a que deux choses actuellement sensationnelles à Gènes : la Chanson de Garibaldi que vient de lire, en public, Gabrieled'Annun-

zio, et l'assassinat d'u capitaine grec.

Et le port travaille Gènes, 10 mars.

Mystère éclairai.

Quelques mois aprè comité internalionalis ces comptes en correc

On a pu dès ce mon de la mystérieuse gr

— L'agent étrange

— Oui !

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