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VUE UUÉVË AU CREUSOT

Ni rouge, ni jaune, celui-là est un indépendant, un bon ouvrier de France, un de ceux que les socialistes appellent des réfraclaires.

Charleux (lirait que c'est un vil capitaliste, car il quitte le Creusot avec quelques centaines de francs, ses économies et il va porter ailleurs la force de ses bras, et sa petite science d'ouvrier.

Le Creusot, $0-26 juillet 1900.

A Anton .

L'essai dégrève tenté par quelques meneurs, au Creusot, vient d'avoir son triste épilogue au Palais de Justice de la vieille et bonne ville d'Aulun.

C'est un modeste immeuble élevé face à la cathédrale, sur une place où des tilleuls séculaires versent une ombre paisible et bienfaisante, el dans le voisinage duquel la maison d'arrêt ouvre le gouffre sombre de sa porte grillée.

Dès hier, le tribunal, présidé par M. de Villebïchot, a commencé sa pénible besogne.

Wï Lg aOTAUliE SOCtALlITE

Peu d'acquittements, beaucoup de condamnation», malgré l'attitude très radoucie des délinquants.

On appelle l'affaire du premier accusé, un nommé Baclol.

Un garde assermenté de l'usine, cité comme témoin, s'avance à la barre.

— J'ai vu, déclare-t-il, Baclot, dans un état d'exaltation violente, encourager les ouvriers à cesser le travail. Il parlait d'aller démolir les courroies de transmission. Baclot est un meneur fini 1

Baclot est le type de l'ouvrier sublime. Cheveux ramenés sur le front, avec mèche à la Girmrdin ; regard dur, les deux yeux enfouis dans la profondeur des orbites ; barbe noire, inculte ; face d'illuminé. Il dodeline constamment de la tête. C'est un tic. Naturellement Baclot proteste.

Le président de Viliebiobot le ramène à la réalité. Il lui rappelle son casier judiciaire et les propos qu'il aurait tenus au sujet des courroies de transmission.

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— Je l'ai pas dît, murmure Raclot d'une voix à peine distincte.

Ci : deux mois de prison.

L'accusé suivant, un maçon, a crié pendant la bagarre :

— Chargez sur les gendarmes... Chargez 1 Celui-là, Désiré Marchand, est une eorted'in-

génu, qui, les mains sur ses genoux, semble indifférend à ce qui se passe... 11 ne nie pas le propos dont il est incriminé :

— J'ai dît ça comme un enfant, sans méchanceté pour personne.

11 ne nie pas davantage ses antécédents.

• — J'ai subi, il y a dix ans, à Aubusson, une cou damnai ion pour ivresse !

Ci : 15 jours de prison.

Eclipse socialiste.

L'audience est levée. Les deux condamnés, liés ensemble par une « menote » unique, traversent 1» place où l'ombre des tilleuls a grandi. Les deux acquittés, encadrés, eux aussi, par

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des gendarmes, pénètrent à leur suite dans la prison.

La lourde grille est refermée. Les rares assistants retourneut à leurs affaires. Le quinconce est presque désert. Seules, sur un vieux banc de pierre, parlant bas, trois femmes sont assises. C'est la sœur de Lariette et c'est la femme de Lagrange — les deux acquittés.

Pendant la demi-heure précédant la levée d'écrou, ce fut entre les deux femmes, qu'accompagnait une amie, un dialogue d'une mélancolie poignante.

— Oui, je sais bien, disait Mme Lagrange, une petite femme au visage hâlé; oui, je sais bien que c'est votre frère.., mais moi, c'est mon mari... c'est lui qui fait aller la maison. S'il avait été condamné, comment donc aurais-je fait pour vivre... Mon mari, c'est mon gagne pain.

— Tout ça, reprenait la sœur de Lariette, tout ça, c'est leur politique, leur damnée politique. Je voudrais qu'ils aillent au diable, tous ces députés voyageurs ! Ils viennent pourchauf-

nisc la candidature Allemane en publiant le résultat des quêtes en sa faveur. Soit: i9 francs 65.

Quant au citoyen Faberot, on l'excommunie !

Pourtant, en saine logique, il y aurait peutêtre moyen d'expliquer un peu clairement la situation.

Aux élections de 1898, M. Faberot, député socialiste de cette même circonscription, se représentait contre M. Baudin, candidat radical. M. Faberot fut battu .

Aujourd'hui, M. Baudin, élu sous d'autres cieux, quitte la place. M. Faberot, en brave homme de chapelier qu'il est, ne médité pas longtemps sur le parti à prendre.

— Je remonte sur la brèche, se dit-il.

El il trouve un concurrent ! Un radical? Non. Un socialiste? Oui. Et lequel? Allemane, son meilleur compagnon d'armes. C'est à désespérer de la nature humaine.

On conçoit l'effarement de M. Faberot.

Nous allons aviver sa douleur en rappelant quelques idées anciennes du citoyen Allemane.

Le 28 mai 1898, le ci-dessus Allemane jugeait ainsi, dans son journal, l'élection du XI 9 . Le titre est déjà un poème. Mais dégustez le reste :

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