DEUXIÈME SÉANCE
Les « tricotteuges » du parti socialiste. — La sois , sion complète.
De jolis rayons de soleil égaient, en cette matinée souriante, la salle de bal où les élus socialistes pincent parfois un cavalier seul.
Le club est paisible pour l'instant. 11 n'est que dix heures, et la présence des citoyennes donne à cette atmosphère — si chargée de haine souvent — une pureté de joie et de repos. La Convention avait, elle aussi, ses femmes spectatrices. Le Congrès nous offre à son tour un bouquet de dames socialistes. On y retrouve à peu près tous les types de l'époque révolutionnaire. Mme Alfred Edwards, en toilette sombre, yeux profonds et. sourire attristé, évoque une Mme Roland très « smart ».
Mlle Guesde, la fille de Y « apôtre »,. sévère et vengeresse, a des invectives à la Théroigne de Méricourt ; Sidonie Vaillant, l'orpheline
14 LE H0YÂUME SOCIALISTE
anarchiste, est une charmante personne, un peu rouge vêtue, pourtant. D'autres encore :
jeunes femmes aux airs inspirés, jeunes filles créoles apportant l'appoint socialiste des colonies lointaines.
Les « tricotteuses » du Congrès sont douces, agréables, et n'ont rien de la fureur démagogique de leurs devancières.
Il y a aussi Mme Bonnevialle, une socialoféministe militante. Des roses sur la tête, de la dentelle sur le dos, elle est assise au bureau, auprès de M. Rozier qui préside.
Mais le bureau n'est pas au complet. Or, voici que le camarade Ebers monte à la tribune. Il fait bonnassement l'ironique déclaration suivante :
— Je vous propose de mettre le Congrès sous la présidence d'honneur de MM. Waldeck- Rousseau et Millerand !
Cette proposition suscite une réplique immédiate des partisans de M. Jaurès. Des noms sont murmurés. Un délégué se lève et, très véhément, il précise l'intention de ses voisins.
— Le beau-frère de Waldeck ! dit il.
Ce coup de boutoir clôt l'incident. Le calme semble rétabli. Hélas ! bien courte éclaircie ! L'irritante question des mandats renaît. Elle amène un incident gros de conséquences.
M. Brunellière rend compte des résultats de la commission de vérification. Le citoyen Andrieux, n'admettant pas certaines paroles, attaque violemment l'orateur et le bureau.
Voilà le scandale aux épithètes sonores.
Côté Jaurès :
— Alcoolique ! A la douche I Policier ! Enlevez-le !
Côté Guesde :
— Faussaires ! Charlatans ! Voleurs !
Et Andrieux, qui ne se calme point,jette ce cri vers M. Géra ni t- Richard :
M...-.JM* m.
— Le. Congrès n'est pas à la Petite Répugnante. Il est ici !
En vain un ouvrier, un guesdiste, ému, fait entendre ses lamentations.
— Nous sommes ici des représentants de la classe ouvrière manuelle... Nous avons le droit de parler tout comme les intellectuels que vous êtes.
Le parti des esthètes socialistes ministériels ne se tient pas pour battu. Lesguesdistes redoublent leurs cris tapageurs. M. Briand paraît : Paul Lafargue l'interpelle.
— Citoyeu Lafargue, vos grossièretés ne m'intéressent pas !
Andrieux repart en guerre.
— Ta g , sale vieux !
Et les ministériels, partisans de l'égalité sociale, humaine et autre, hurlent :
— Laissez donc ; c'est une brute !
Paul Lafargue, debout, déclare aimablement, en désignant Briand :
— Etre injurié par ce monsieur-là !
— Je lui conseille de parler ainsi, répond
LE CONGRÈS DE i/uNITÉ SOCIALISTE 17
Briand, à ce millionnaire ! lui qui passe sa vie dans un château !
Cet échange d'autobiographies augmente le trouble. On va cogner, c'est sûr ! Et voilà que le citoyen Andrieux reçoit un coup de canne sur le pouce. Une goutte de sang perle au bout du doigt. Le « blessé » proteste naturellement. Un guesdiste fait passer une motion au bureau.
M. Briand tend la main au compagnon ouvrier.
— Non, je n'ai pas confiance en vous, lui répond doucement l'impétrant.
M. Briand recule et dit en désignant le jeune homme :
— Quelle jolie société on ferait avec ce monde-là !
Un guesdiste a entendu.
— Mais, citoyen député, ce monde-là est votre électeur.
Le petit pa'pier demandait l'exclusion de l'agresseur. On vote. Le résultat ne satisfait pas les guesdistes.
L'exode du P. O. F.
* Sans un cri, sans une menace, dignes enfin ! les gnesdistes sortent à la suite de leur chef. L'apôtre s'en va. Zévaès le suit. Vaillant reste et Groussier l'imite. C'est, on le conçoit, un moment de désarroi dans le Congrès. Toutefois, les partisans du groupe Jaurès applaudissent ce départ. Profitant de ce tumulte, les guesdistes enlèvent leurs rouges bannières.
Bientôt un seul drapeau flotte à la voûte.
On peut y lire cette étrange inscription :
Chambre syndicale des égoutiers de Paris et de r Assainissement.
— Le Congrès est purgé, dit-on.
Peut-être, mais la purge n'est pas complète ! Les communistes sont encore là. On propose une suspension pour s'entendre avec ceux qui restent. La salle se vide. Et, dans cette solitude relative, il ne reste plus que quelques groupes discutant sur Fexode de Guesde.
Mme Edwards, demeurée seule, à la table de
TÎT^r
LE CONGRÈS DE L UNITÉ SODA LISTE 19
son mari, lit un journal en expliquant à M. Fribourg F « odieux attentat » dont M. Andrieux,
À la reprise de la séance une sorte d'accord est conclu. On élit la commission d'initiative. La séance du matin allait être close lorsqu'un délégué, apercevant un médecin-major en tenue, crie :
— A la porte, l'officier !
Toute la salle est en rumeur. On s'explique, l'officier de santé n'est pas un militaire, c'est un militant socialiste. On l'encense alors, et tout le mondé va déjeuner.
M. Millerand reçoit.
Le Congrès reprend à deux heures dans le jardin. Grosse affluence. Assemblée houleuse.
Elle est marquée au début par un débat sur les incidents de Chalon.
M. Chalot, un jeune ouvrier, délégué de la Fédération de Saôue-et-Loire, vient expliquer
pourquoi cette Fédération n'est plus avec les ministériels. 11 refait l'historique de la grève sanglante.
Il nous conte que la Fédération nomma des délégués chargés de se rendre auprès de M. Millerand.
— J'étais un de ces délégués, déclare l'orateur, nous nous sommes rendus au ministère, là, le citoyen...
On proteste.
— Pardon, reprend le citoyen Chalot, M. Mil-* lerand...
— Oui ! oui ! M. Millerand ! crie la salle !
Et l'ouvrier très posément, sans colère, lassé, désabusé, désillusionné, retrace avec un accent saisissant de vérité la réception que lui fit le ministre du commerce.
— Vous n'êtes pas habitué aux grèves, dit le ministre ; ça vous saoule un peu.
— Mais, monsieur le ministre, ceux qui sont emprisonnés ou renvoyés, les victimes enfin 1 quel est leur avenir?
Et le ministre de répondre :
LE CONGRÈS DE i/lJMTÉ SOCIALISTE 21
— Le préfet en placera quelques- ans, et moi j'en prendrai à l'Exposition !
— Mais, insiste le délégué, l'avenir de notre syndical ?
Alors, très doucement, persuasif, M. Millerand dit à l'ouvrier :
— Il ne faut pas avouer votre syndicat. Il faut cacher votre bureau.
Le citoyen avoue que lui et ses amis n'ont pu profiter du conseil, et que, pour tout résultat, la caisse de la Fédération a dépensé deux cents francs en démarches inutiles.
— Oh ! l'amour du portefeuille ! conclut l'orateur. Et Ton passe à un autre. Sur celte question de Chalon, il n'y a pas moins de Irente-six orateurs inscrits.
M. Viviani, assumant la lourde tâche d'expliquer ou plutôt de défendre les voles des députés, put, à un moment, se croire perdu. Il venait de dire :
— Il n'y a pas de République quand il n'y a pas de socialiste.
— Mauvais avocat, lui crie-t-on !
ââ LE ROYAUME SOCIAXlSTE
Mais l'avocat se ressaisit. L'éloquence reprend ses droits. M. Viviani triomphe. Il sauve ses collègues. Une courte suspension a lieu.
On apprend à ce moment que Jules Guesde et ses amis, réunis à. la salle Vantier, ont tenu un deuxième Congrès.
L'unité selon Jaurès.
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Il ne s 'agit plus maintenant au Congrès de la salle Wagram, des études sociologiques. Tout le débat, et quel débat 1 tourne autour de la question de Chalon. MM. Maxence Roldes, Turot, Gelez, Vaillant et quantité d'autres apportent leur ordre du jour. Bref, c'est un ordre du jour flétrissant les « massacres de Chalon et leurs complices », de M. Vaillant et un autre de M. Turot, admettant la bonne foi des élus socialistes, qui demeurent en présence. On demande le vote par mandats. Un court dialogue a lieu entre M. Coulant et M. Viviani.
LK COHGRÉS DE L'.tiNll'Ë SOCIALISTE 23
— Tu peux bien accepter la proposition Vaillant, dît Coûtant à Viviani.
— Je te remercie bien, mon vieux, mais je ne veux pas me suicider 1
Mais voilà qu'un courant part du coté Jaurès.
— Marions les ordres du jour 1 Aussitôt dit, aussitôt fait !
Du tac-au-lac, M. Turot demande que l'union de celte carpe communiste et de ce lapin collectiviste soit proclamée par acclamations. Et, comme par miracle, tout le monde oublie ses déclarations d'il y a une heure, et les « massacres de Chalon », et le lâchage des élus et, surtout, l'obligation, la loi iutangible du vote par mandats : l'union se trouve acclamée et proclamée. M. Jaurès n'a plus qu'à venir glaner les derniers lauriers en ajournant le Congrès & six mois.
— D'ici là, dit-il, un référendum socialiste aura fait l'unité complète I
E finita la comedia ! Mais, à celle pasquinade, il faut un mot de la fin. Le voici. Il est de M. Viviani.
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LE CONURÉS DE L'i'MTË SOCIALISTE 25
— Oh!
— Certainement. Un nommé Plais écrivait, d'Indre-et-Loire, au citoyen Briand, une lettre ainsi conçue :
Cher citoyen,
« Ci-joint une liste de groupes. Pour aller « plus vite, faites faire les timbres en caout- « chouc. Si vous pouviez obtenir dix jours.de « délai, nous en aurions beaucoup d'autres.
« Inutile de vous dire que tous ces mandais « seront pour la participation du socialisme « dans les ministères futurs. De son côté, le « citoyen Violette, secrétaire de Millerand, trace vaille l'arrondissement de Chinon, où il a « été candidat ».
Le citoyen Violette a si bien travaillé Chinon et tout Indre-et-Loire qu'en moins de huit jours 20 groupes sortirent de sous terre. Dans le Gard, dans la Haute-Loire, ce fut la même chose. On écrivait à ces groupes ; sur 127 missives, 50 revinrent avec la mention « inconnu ».
— A combien estimez-vous le nombre des
tere.
— Bien ! dis-je, mais que deviendront les élus socialistes ?
— Ils seront rejelés aux confins du radicalisme. Pellelan leur tend les bras!
Paris, Soct. 1900.
LA TOURNÉE M1LLERAND 31
LA TOURNÉE M1LLERAND
An pays de Robespierre. — Le dictateur socialiste. — Le coup d'Etat de Lens.
- Impossible de se méprendre sur le but du voyage quasi-imprévu du ministre socialiste dans le bassin ho ui Hier. Ce n'est pas en deux ou trois jours qu'on organise une tournée, autant que possible triomphale, comme celle qu'effectue M. Millerand. M. Basly, aidé des éléments socialistes d'Arras, avait, bien avant le Congrès socialiste, décidé cette réponse éclatante aux guesdistes en rupture d'union. À Arras, moitié radicale, moitié modérée, la municipalité a voté une quinzaine de mille francs pour recevoir le « camarade » officiel.
Aussi, dès le matin du grand jour, les églantines rouges ont-elles éclos aux boutonnières fies socialistes arrageois, une minorité, certes !
mais remuante, turbulente; décidée ! Malgré cette allure un peu révolutionnaire, les autorités, par égard pour la fonction de M. le ministre du commerce, se sont rendues à la préfecture. Le général de Germiny présente l'armée.
— Nous revenons des manœuvres, dit le général. Les troupes sont bien entraînées et prêtes à toute éventualité.
— Le cabinet dont j'ai l'honneur de faire partie ne sépare pas la nation de l'armée, murmure le ministre du commerce.
Mgr Williez présente le clergé.
— Ce que le gouvernement républicain, dit l'évêque, fait aux humbles et aux laborieux s'adresse aux préférés de l'Evangile. La nation et l'Eglise sont unies dans l'amour du peuple.
— Restez dans ce rôle et. le gouvernement sera avec vous, insinue M. Millerand.
Le conseil général n'est pas venu en nombre. Sur 44 membres, 8 seulement se sont présentés.
Pour les membres du tribunal de commerce, pour la magistrature, pour les juges de paix, pour les services départementaux, M. Millerand
M. Millerand fait un véritable discours sur l'éducation sociale. Il parle du Congrès de l'enseignement clos récemment.
— Le Congrès était présidé, dit-il fortement, par mon èminent ami, M. Léon Bourgeois.
.D'autres autorités passent. M. le ministre serre des mains. Voici les postes et télégraphes, Bon speech.
— Le gouvernement, moi et M. Mougeol, ne négligeons rien pour l'amélioration du sort des agents et des sous-agents.
— Si seulement on nous gratifiait pour le travail supplémentaire, me disait un de ces sous-agents, une heure après.
A l'hoaplce d'Arraa.
Les bons vieillards ot les petites vieilles ont été très heureux de voir le ministre, spéciale*
ment venu pour décorer une religieuse augus-» Une : soeur Saint-Rémon.
M. Millerand n'avait pas de médaille. La sœur supérieure a prêté la sienne au ministre, pour le simulacre et l'accolade de rigueur. Afin de ne pas compromettre le ministre du commerce, on s'est avisé de décorer sœur Saint- Rémon au titre militaire. Ce titre lui vient de ce que parfois elle s'occupe de l'hôpital des troupes. Ce geste a valu à M. Millertfnd, un instant après, aux sourds-muets, l'honneur d'an cantate spécialement composé à son intention par M. Dupont. Des voix fraîches d'enfants et de jeunes filles ont chanté ces paroles i « Vivat ! vivat ! vivat Millerand, le ministre de nos cœurs ! »
La première pierre.
C'est de celle de l'hôtel des postes qu'il s'agit; M. le maire d'Arras a célébré le ministère de défense républicaine. Celte ode à Waldeck a déterminé les socialistes à pousser d'énergiques ;
LÀ ÏOURftÉE HILLERANb 3&"
« Vive la sociale ! » Quelques cris de « Vive l'armée ! » ont retenti. Or, il s'agissait de poser la première pierre. Seulement les médailles commémoralives n'étaient pas prêtes. M. Millerand, qui avait déjà fait le simulacre de décorer une religieuse, a fait le simulacre de cimenter la pierre.
Il prend des outils.
— Tiens 1 dit quelqu'un dans le cortège officiel, tiens ! la truelle maçonnique I
Le secret de la populari té.
Dans les rues, on vend le portrait du a citoyen Millerand ». Les fervents ont des boutons à l'effigie du citoyen Millerand. On crie : a Vive Millerand ! » Les socialistes usent à ce cri leurs poumons. Oh ! pas pour rien. Pour produire cette réclame intensive, les conseillers municipaux socialistes d'Arras — encore une minorité — ont fait le possible et l'impossible.
— Oui, me dit le citoyen Gaudron, conseiller municipal, les ouvriers ont pris part à la fête.
Nous en avons invité cent au banquet. Chaque atelier de un à vingt ouvriers en a envoyé un ; de vingt à cinquante, deux ; de cinquante à cent et au-dessus, trois...
— Et le parti ouvrier ?
— Il n'en a envoyé que cinq.
— Il boude ?
Comme le citoyen Caudron allait répondre, un enthousiaste vient vers lui.
— S'ou plaît ? m'cheu Caudron ! Donnez-mi?
Donnez-mi?... C'est pour mi boire... pour mi boire... pour « arroser » le ministre !
Et « m'cheu » Caudron, citoyen socialiste, s'exécute en donnant dix sous.
— Donc, le P. 0. F. vous boude. Ne seriezvous pas socialiste ?
— Si !
— Collectiviste ?
— Oui !
— L'égal, alors, de ce pauvre diable ?
— Ah ! non ! déclare fièrement le citoyen Caudron... Allons! venez au banquet?
LÀ TOURNÉE MlLLERAM) 3?
Vivent les « boyaux ronges » t
Le succès de ce banquet renforcé de cent ouvriers invités gratis pro populo, n'était pas douteux. Au Champagne, M. Alapetite, le préfet d'Arras en parlance pour Lyon, avait à peine porté la santé de M. Loubet que les socialistes, impatients, crient : « Vive Millerand » !
Le ministre du commerce fait, dans un nouveau discours, le bilan du ministère de défense républicaine. Il compare volontiers les membres du cabinet aux « esprits nobles et généreux de la Révolution ».
Arras est la patrie de Robespierre. Les Arrageois socialistes s'en souviennent à ce moment. Ils crient :
— Vivent les « boyaux rouges I »
C'est le cri de ralliement des Arrageois. C'est sur ce cri que le banquet est terminé. Un petit tour à l'hôtel de ville d'Arras, ce chef-d'œuvre, et Ton part pour Lens.
Sur le quai de la gare, un marchand de portraits chauffe sa marchandise.
38 LE ROYAUME SOCt IL ISfE^
— Demandez, dit-il, demandez le portrait du camarade, du citoyen Millerand, l'ami des ouvriers, le frère des travailleurs ! Dix centimes! deux sous!
— Ça va-t-il ?
— Non ! Boulanger se vendait mieux que ça !
A Lens.
Passons rapidement sur la visite au nouvel hospice. Cette inauguration servait de prétexte au déplacement ministériel. On n'a rien inauguré du tout. Le clou de la journée, le premier clou, c'a été le défilé des sociétés et corporations devant le ministre du commerce. Il y avait quatre-vingt-une sociétés. Près de 10.000 hommes, gymnastes, orphéonistes, jeunes socialistes, etc., etc.
Toutes ces troupes en passant — quelquesunes avec le béret rouge sur la tète et la pipe à la main — poussaient d'énergiques : « Vive Millerand ! » Et que d'autres cris aussi ! Eu voici la liste : — « Vive l'Internationale ! » —
LA TOURNE MILLERÀÏlt) JH)
« Vive la République sociale ! » — « Vive la journée de huit heures I » — « A bas les longues coupes I » (ou travail supplémentaire).
— « Vive le syndicat !» — « A bas la calotte! »
Et les fanfares de mineurs passent en jouant.
M. Millerand salue, impassible.
A un certain moment, au pied de la tribune ministérielle, un groupe se forme. Il chante en chœur ce charmant distique :
Vive la So-cia-lel
V patron dans le canal!
Des orphéons couvrent de leurs cuivres la voix de ces jeunes aèdes de la révolution.
M. Millerand, pour se donner une contenance, reprend le mot de Mac-Mahon :
— Que de musiques 1 dit-il.
M. Basly, fier de son œuvre, tape dans le dos de M. Lavy.
— Hein ! Est-ce réussi ? dit le député de Lens à l'extraordinaire chef de cabinet que M. Millerand a attaché à sa fortune politique.
Il était tout naturel que cette première jour-
née de la tournée Millerand fût close dans le décor d'une scène théâtrale.
11 est huit heures et demie. La salle est comble. Un public très joyeux s'y est entassé un peu lot. Pour charmer les loisirs de l'attente, il chante Y Internationale, la- Carmagnole, etc.
Cette cérémonie n'a rien de solennel. On se croirait à Bobino avant le lever de la toile. Chahut à l'orchestre. Bref silence ! Une main énergique actionné de l'autre côté du rideau le bâton du régisseur. Les trois coups sont frappés ! Quel drame se joue là ? Quelle comédie ? Quelle tragédie? Une affiche occupe un angle de la salle. Ou y peut lire : « Les surprises du divorce. » Tiens ! Tiens ! s'agirait-il de l'union socialiste ? Non et oui. Le rideau levé, nous voyons Son Excellence M. Millerand assis, ayant à ses cotés M. Basly, M. Lavy, elc, etc.
Petit discours de M Alapetite, long discours de M. Basly, et, enfin, grand discours de M. Millerand. Le ministre du commerce fait un tableau édénique de la société future.
Seulement, ce bonheur est loin, très loin !
EL