LA TOURNÉS MILLCR^ND
la réception eut lieu moitié à la mairie, moitié au cercle. M. Millerand s'est montré dans les deux salles, avec Basly derrière, Cadol aussi. A la mairie, comme an cercle, on a repris en chœur Ylnternationale à la barbe des actionnai* res stupéfaits.
Mais le plus stupéfait, certainement, c'a été M. Masure, le président du tribunal de Béthune. Il était assis, au banquet, à la gauche de M* Millerand. Or, en 1893, ce même Millerand, avocat, député, socialiste militant, vint à Béthune, en compagnie de Viviani, de Turot et de Baudin, actuellement ministre des travaux publics. Il s'agissait de défendre la grève en la personne des mineurs. À la suite d'un incident d'audience, M. Millerand, qui plaidait, s'arrêta net et dit à ses collègues :
— Suivez-moi, vous autres, avocats ; nous ne plaiderons plus devant ce tribunal !
M. Masure doit savoir ce que valent, dans la bouche de M. Millerand, les mots de concorde et de paix sociale.
Dans la mine.
Si toutefois, le ministre du commerce voulait avoir un exemple de paix sociale, il n'avait qu'à interroger un de ses voisins de la mine.
Nous étions à 260 mètres sous terre. Le ministre, comme nous tous, avait revêtu le costume traditionnel du mineur. On l'invite à donner un coup de pic. Mais quoi ! des mineurs en binocles, ça ne se voit guère. Et le travail de la mine s'accommode mal de ces précautions d'oplique. M. Millerand cogne, il rate, et, le bras déjà las, avoue :
— Je ne gagnerais pas ma journée !
Alors, j'ai demandé à ses voisins, à ceux qui « gagnent leurs journées », s'ils enviaient le sort du ministre.
La question aurait pu paraître un peu paradoxale aux mineurs. L'un d'eux me dit, avec un sourire :
— Nous sommes contents... comme ça !
Cette réponse me surprit. Tout en allumant