Rien de si sot qu'une vieille amitié
Ce vers de Ronsard est tout à la fin d'une élégie dont la fantaisie du poète a probablement changé l'adresse. La destinataire consacrée par l'impression, c'est Genevre, une petite Parisienne, veuve d'un premier amant, que Ronsard avait consolée tout un an (juillet 1561-juillet 1562), et puis, leur appétit mutuel d'amour étant apaisé, il disait à sa maîtresse un adieu, touchant par le rappel de tendres souvenirs, mais cruel par la désinvolture, on pourrait dire ]e cynisme de la conclusion. Quentin Bauchart, dans Les Femmes bibliophiles de France, signale, t. I (1886), p. 155, n^ 49, dans la bibliothèque de Marguerite, Les Œuvres de Pierre de Ronsard, éd. de 1587 (et non de 1687, comme le lui fait dire une faute d'impression). C'est probablement dans ce livre qui lui appartenait qu'elle a
lu la pièce qu'elle cite (Élégie 25). A défaut de cette édition, on la trouvera dans le t. IV des Œuvres complètes de Ronsard, par Laumonier, Lemerre, 1914-1919, 8 vol. (Élégie XX. Troisiesme pour Genevre, p. 107-I17).
8. Les soldats de Philippes qui nommoient toutes choses par leurs noms, ce sont les soldats de Philippe II, roi d'Espagne, mari d'Elisabeth de Valois et gendre de Catherine de Médicis. Marguerite a pu connaître leurs propos d'une verdeur toute militaire soit par le récit qui lui en a été fait, soit par les Vies des capitaines étrangers de Brantôme qu'elle a lues probablement en manuscrit comme son propre éloge. Trois ou quatre cents
soldats espagnols, qui venaient de prendre le Penon de Vêlez (Maroc, 1564), n'étant pas payés de leur solde, raconte Brantôme (Œuvres complètes, éd. Lalanne, t. II, p. 88-89), débarquèrent à Malaga, et partirent pour Madrid, sous prétexte de voir leurs parents, et là, dans la capitale du royaume, et, si l'on peut dire, en présence du Roi « appertement », ils « commençarent à crier qu'ilz voulloient leurs payes qu'on leur devoit ; et se pourmenans quadrilles par quadrilles dans les rues, braves (richement vêtus) et en poinct comme princes, portans leurs espées hautes, les moustaches relevées, les bras aux costez (le poing sur la hanche), bra voient et menassoient tout le monde, ne craignant n}^ justice ny inquisition : pour la justice qu'elle n'avoit esgard (juridiction) sur
eux, qui estoient gens de guerre ; pour l'inquisition, il n'y avoit ny moyne ni prebstre que, les rencontrant par les rues, ils ne dissent leur colibet ; à l'un : Senor frayle, à donde esta la puta ? à l'autre : Senor clerigo, como va la puta ? et autres petis motz pareilz, scandalleux pour gens d'église. » Philippe II, invité à les châtier de leurs menaces et de leurs insolences, s'y refusa. « Ce sont eux, dit-il, qui me font régner ; je serois bien marry donc de les faire mourir. » Il chargea le duc d'Albe de les raisonner et de les décider à s'embarquer pour l'Italie, où en arrivant ils toucheraient leur paye.
g. Et ne soyez plus si longtemps disciple de Pythagoras, allusion à une des condi-
tions que Pythagore imposait aux jeunes gens désireux d'entrer dans son école, on pourrait presque dire dans son ordre. Ils ne devaient parler de cinq ans et pendant tout ce temps ne faire qu'écouter et même ils n'étaient admis à voir le maître qu'après avoir passé les épreuves finales de ce noviciat philosophique. Marguerite suit ici Diogène Laerce, l'historien des plus illustres philosophes de l'antiquité, en un passage de la « Vie de Pythagore » (1. VIII), qu'elle a lu, soit dans l'édition grecque et latine de Henri Estienne, 1594, p. 573, soit dans la traduction et paraphrase de François de Fougerolles, docteur médecin, L37on, 1601, p. 547-548.