DANTE
Allons-nous-en rêver sur les hauts promontoires ; Le ciel est gai, les champs sont verts, la mer sourit Le vent ne fera plus hurler les houles noires ; Le jusant glisse en paix sur le sable attendri.
La lumière changeante a vêtu la falaise D'un voile tour à tour vaporeux et brillant. Vois comme le soleil, en dorant l'humble glaise, La fait briller, ainsi qu'un matin d'Orient !
L'AUBADE DU PRINTEMPS iSq
Au loin, l'azur est égayé de voiles blanches, Qui vont vers le profil rose du cap Fréhel ; Tout fleurit, comme si d'illusoires pervenclies Avaient jonché de bleu ce décor irréel.
Un liséré d'argent ourle les vagues molles ; On voit, sur le varech lustré, des tons d'or clair ; Les grands coquelicots exaltent leurs corolles Sur la falaise abrupte où se brise la mer.
\ou.s irons voir, au gré de l'invisible artiste Qui prescrit que la vie alterne avec la mort, Des éclairs d'émeraudc et des feux d'améthyste Naître et mourir dans l'eau nonchalante du port.
Une mouette vibre au-dessus des flots tièdes, Comme une âme candide, ailée, ivre d'azur, Qui chercherait un philtre et de divins remèdes Dans la beau lé de l'eau limpide et du ciel pur.
l6o L'AUBADE DU PRINTEMPS
Tout est plein de clarté, de joie et d'harmonie : L'air est léger, il fait bon vivre, et cependaiit Ne sens-tu pas comme une angoisse d'agonie Frémir dans les lueurs vastes du ciel ardent?
Oli ! ce pressentiment secret des moris procliaincs, Qui trouble la chanson fragile des oiseaux. Ebranle la vigueur éphémère des chênes Et plie avi vent la tige svelle des roseaux !
Mes songes d'amoureux et tes rêves d'amante. Rayons avant-coureurs d'une éternelle nuit, S'éteindront bientôt, dans un souffle de tourmente. Au crépuscule immense où tout s'évanouil.
La splendeur du soleil se reflète aux volutes Que dessine l'élan caj^ricieux des Ilots ; La source vive a des chuchotements de Uides. Mais tout linit dans la détresse des sanglots.
L'ALBADE DU PRINTEMPS
Laisse-moi voir tes yeux de princesse lointaine. Extasiés par la lumière du malin.
Avant qu'un spectre noir et f2;lacé ne nous traîne Au précipice inévitable, où tout s'éteint.
Tes clievcux lins et l)londs. couleur de feuilles mortes. Sont clairs, aujourd'hui, comme un nimbe de vitrail ; Hélas! ils sécheront comme des paillos tories. Quand surgira la Morl. suprême épouvanlail.
Dans les baisers de miel, on sent un goût de cendie ; La radieuse chair cache des osseinents... Lorsque Ronsard chantait la beauté de Gassandre, Ses odes s'achevaient, las ! en gémissements.
Des jardins embaumés aux prochains cimetières On va, bon gré mal gré, par un chemin très court. Dormir dans un cercueil, sous les pesantes pierres Qui font la nuit plus sombre et le sommeil plus lourd.