‹ Le rythme du chant dit grégorien d'après la notation neumatiqueChapitre 21 sur 48 · III · texte numérisé non relu

III

Le troisième signe d'ornement est l'oriscus, i . Toujours joint à un signe mélodique simple, roriscus est obligatoirement un signe d'ornement ; c'est une ^broderie d échappées.

Ex

Ce ne peut être une seule note liquescente, attendu que tout groupe à note finale liquescente possède un mode de notation fixe, usuel, sans le secours de l'oriscus; et, autre preuve, Toriscus se rencontre quelquefois à la suite d'un groupe liquescent lui-même! ce qui, selon la théorie actuelle, formerait une suite de deux liquescences fondamentales, chose impossible.

De plus, la liquescence pouvant être ascendante ou descendante, à quoi la reconnaîtrait-on dans roriscus, signe toujours semblable? Arien. — La notation neumatique étant parfaite, tout y étant prévu, il n'en peut être ainsi, aucun signe ne faisant doute, ni double emploi.

Par conséquent, c'est un signe spécial, un ornement «sui generis», qui n'a rien de commun avec aucune autre combinaison, un ornement véritable, qui se place dans la ligne mélodique sans entraver sa marche, sans nuire à son ordonnancement général.

Neumatiquement, il est composé d'un épiphonus u et d'une apostrophe inférieure liquescente ' c'est à-dire t/» et cursivement ^ ; c'est le mouvement mélodique, véritable torculus d'ornement à liquescence finale.

Les deux premières notes sont conjointes ascendantes, la dernière est disjointe de la précédente, et généralement à distance de tierce, quand elle n'est pas unissonnante avec la première note du groupe qui la suit immédiatement. Jamais l'oriscus n'est accolé à un groupe final de membre de phrase, ou final d'une phrase entière!

Donnons la traduction de l'oriscus accolé à tous les signes usuels. Nous n« classons pas par rythme, ce ne serait d'aucune utilité, ni même d'aucun intérêt.

P Adjoint à la Virga,

Cas d'emploi extrêmement curieux, et rare.

On trouve l'oriscus écrit isolé sur une syllabe, dans la communion « Vox in Rama». Sur le mot ^audita^ ce fait paraît détruire notre théorie! Nullement on va le voir.

Le texte porte: « Vox in Rama audita est"».

Les syllabes «ma au:^ font élision ensemble dans la prononciation, et Vu de la syllabe «a?/* se prononçant aou» comme dans <!i autem "» pron, «aoufemy^, il y a plutôt ici une seule syllabe à inflexion variable que deux syllabes «a — ou — » séparées. Ces deux syllabes «ma — au)> se fondent

alors en une seule quasi-diphtongue prononcée «maaouy^, c'est-à-dire pour le

membre de phrase entier « Vox in Ramaaoudita est:f>, et l'oriscus d'ornement adjoint à la virga vient dessiner graphiquement cette inflexion variable dont nous parlons, en la voilant, en la dissimulant, avec élégance même.

— io5 —

La mélodie, au lieu d*être celle-ci, suivant la notation usuelle bénédictine *

Ex. 198.

y- ^zp-j^ ^Ë^

Gradualis p. 43.

Vox in Ua - ma au - di - la est

devient cette autre, infiniment moins «légère», quoique plus ornéel

Lento.

Ex. 199. F

f^ië^

St. Gall p. 16.

Ëinsledeln p. 4j.

Grad. p 4i.

ou

Vox in Ra - ma'^^au - di - la est

Le signe neumatique sur « Voxi^ indique au premier coup d'œil le «cachet» lento, presque lugubre, de la mélodie. S'il y avait sentiment maëstoso franc, il y aurait la virga accentuée ou la bivirga: s'il y avait sentiment dolce, il y aurait le distropha.

Les deux notes répercutées de la notation bénédictine sous-entendent cette bivirga ou le distropha) ce qui est fautif, parce que le pressus neumatique indique ici une nuance, et non un rythme précis de tant de subdivisions.

11"^ Adjoint au scandicus.

Assez fréquent. Ici plaçons une observation qui s'applique à tous les cas. L'oriscus ainsi adjoint à un groupe,

i"* est-il toujours traduisible par une même suite d'intervalles?

2e Se 2e "ta

Ex. 200.

2** la première note de ce groupe est-elle toujours à l'unisson de la dernière du groupe auquel elle est adjointe comme ornement?

Ex. 201. :|

:lt&Lj

' La notation rémo-cambraisiennc est identique.

— io6 —

3^ peut-elle être le degré supérieur ou inférieur immédiat ?

Ex. 202.

Nous croyons en toute sincérité que, selon le mode de la pièce, l'enseignement oral *, et à son défaut le goût personnel de l'exécutant, tranchait la question.

Pour nous, modernes, nous devons nous contenter, faute de preuves certaines, de faire appel à notre instinct musical selon la tonalité ou la modalité employée, et adopter pour cet ornement les intervalles les plus logiques.

Dans les exemples qui vont suivre, nous écrivons le groupe mélodique le plus naturel :

Ex. 203

Ec -

ce

Gom. «Dictte»».

St. Qall p. 4.

Qnd. p. 9.

vc — stra

Int. «Qaudete».

8t. Qall p. 3.

Qrad. p. 7.

qui se

— dos

Tract. fQal Régis».

St. Gall p. 67.

Grad. p. 19.

fir -

ma — mon — tum—-

Off. (iFactiis est domluuB».

Bt Gall p 57.

Qrad. p. 136.

Si Ton veut bien comparer ces quatre fragments avec leur notation bénédictine, il sera impossible de nier la vraisemblance de notre interprétation. On verra que les premiers transcripteurs, en notes sur 4 lignes, de la notation guidonnienne (neumes sur lignes), ont simplifié la mélodie dans l'impossibilité de traduire convenablement les notes d'ornement. Us ont

1 tt facili colloquio... » disent souvent les anciens auteurs.

* Le trait sur la syllabe «ctf» doit indiquer Tunisson de ces deux notes.

' Notes «collisibilesB de renseignement ancien.

gardé la note principale, — à leur avis, — du groupe d'ornement, en lui faisant prendre corps avec le groupe mélodique qui servait de point d'attache à l'ornement subséquent. Fort heureusement pour nous, ces notateurs n'ont pas adopté un mode uniforme de transcription du groupe ; cela nous permettra en effet de reconstituer l'ornement tout entier par compilation :

Comparez avec Tex. 2o3.

st. QalL

Ex. 204. A

Not. Bénëd.

NeumcB sous-ent <^ </

wi

ur>

fc/®

St. Oall

— etc.

U rrr-r^^^ï ? ff ^£^AqLf^ ^^^^r^ p^

^•^ ' • etc.

oT

Niera-t-on que dans les ex. A. B. C. la note culminante médiane de l'oriscus ne soit conservée? et que dans l'ex. D, à deux reprises, ce ne soient la première et la dernière? Qu'en conclure, sinon que dans les trois exemples A. B. C. la mémoire, ou la tradition locale, a obligé le notateur à respecter plutôt la note médiane que les deux autres, et dans l'exemple D. la première et la dernière plutôt que la médiane? Qu'en résulte-t-il? c'est que, simplification mise à part, l'oriscus était chanté exactement comme nous le prétendons, et cette prétention repose uniquement sur la forme graphique du signe neumatique. On ne se trouve pas ici en face d'une déduction hypothétique, mais en présence d'un fait certain que nous constaterons partout.

111° Adjoint an Torculus.

Très usité sous toutes les formes.

k-lV

— io8 —

Rot. MnM.

Ex. 205. Efe^^g^^

Corafortamini timei-e .

I Com. uDlcito)!. St. Gall p. 4. Qrad, p. 9.

Ex. 206.

Not Bëndd.

Keumes ■ona-entendas.

^^SaSEiS^^^

— — rai — ne

Do — mini

Grad. « Banedlctns*».

St. Gall p. 11.

Grad. p. 80.

ete.

Ex. 207.

Not. Bënëd.

Netimoa feona-eutendua.

dcducct —

^^te:

le salata — — - ri Ju — — —

stus

=-eç

Grad. «Dlffuaa estn.

St. Gall p. 17.

Grad. p. [67].

AU. uVenltoExuItomasM.

AU. (( Deua Jadez ».

St. Gall p. 127. Grad. p. SOS.

Dans ces trois exemples nous retrouvons : la note initiale de Toriscus conservée (ex. 2o5); Y initiale et la médiane (ex. 206); la médiane ZIoSb (ex. 207).

IV° Adjoint à la clivis.

Moins usuel que pour les autres signes.

Ex. 208.

^fSÊJ^[ E^^^ t7v^ j^^

rit

ro

gni

me — — - — — cm — nis

Not. Bënéd.

Neumes 8ou8«ent

Notea eonservéea.

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