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un pareil travail d'allongement selon les besoins du texte, sans péril pour elle-même:
N'est-il pas de toute évidence que s'il y avait mesure régulière, techniquement existante, dans le chant primitif, comme elle l'est réellement dans notre art moderne, ces allongements en briseraient constamment le cadre et créeraient l'irrégularité des mesures^, irrégularité que nous soutenons être un des principes fondamentaux de ce genre de composition?
Il en est de même pour des mélodies entières, qui, adaptées à certains textes plus longs ou plus courts que l'original, s'allongent ou se resserrent suivant le nombre des syllabes à traduire et la place des accentuations toniques des mots du nouveau texte.
Les nombreux Introïts dits <(Gaudeamus» ainsi que les Traits peuvent être étudiés avec fruit, à ce sujet.
Enfin, d'autres raisons, historiques pourrait-on dire, s'ajoutent aux preuves matérielles données précédemment, pour nous convaincre en dernier ressort que le chant primitif n'a jamais été mesuré à la moderne, en dépit de toutes les argumentations les plus spécieuses de certains théoriciens actuels.
I^ Si le chant primitif avait été régulièrement mesuré, nous n'aurions pas à constater, au moyen âge, de si laborieux tâtonnements pour créer cette mesure régulière qu'on prétend avoir existé pendant les siècles précédents, ce qui est démenti, ce semble, par ce que nous connaissons de la rythmique ancienne ^ applicable uniquement aux pièces versifiées.
II® Si cette mesure avait été réellement en usage dans le chant prosaïque, elle serait indiquée par un moyen quelconque, dans la notation. Des signes spéciaux eussent été créés pour éviter toute erreur d'interprétation. Or, on ne trouve aucune trace d'un essai semblable dans la notation neumatique; seules les fins de mots musicaux y sont indiqués par la forme du signe dans les groupes.
Bien plus, dans certains manuscrits en notation sur lignes, ce sont les mots eux-mêmes qui sont séparés les uns des autres par des barres verticales, montrant par ce procédé que chacun d'eux forme un tout complet^ texte et
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1 Et si Ton voulait respecter le cadre de la mesure adoptée uab initio», il faudrait de toute nécessité dénaturer les rythmes propres de chaque groupe pour les faire tenir dans le cadre de ladite mesure. Cela équivaudrait à détruire le leitmotiv, et cela ne se peut; encore une fois les neumes nous prouvent que ce leitmotiv est intact.
2 II est superflu d'ajouter que les théoriciens anciens n'ont jamais parlé de risn de tel, nous l'avons montré dans la IIl« partie, paragr. lo.
mélodie^ et confirme ainsi notre théorie des mots musicaux à sens mélodique complet, traduisant les mots du texte.
Iir Si cette mesure avait existé dans la notation neumatique — à supposer que le signe l'indiquant nous ait échappé — il est évident, qu'à l'époque de la création de la notation sur lignes dite guidonnienne^ on eût transporté dans cette nouvelle notation toutes les indications nécessaires à la parfaite exécution de la mélodie ! Or rien de semblable n'existe nulle part!
IV** Enfin, il est inadmissible de soutenir que le chant primitif ait pu être chanté partout, mesuré régulièrement jusqu'au IX® siècle, et que tout à coup, partout à la fois, la tradition ait disparu ! Puis, qu'au XII® ou au XIII® siècle, les musiciens se soient mis au travail pour inventer un nouveau genre de musique, qui eût été tout bonnement celui des huit siècles précédents! Est-ce seulement vraisemblable?
La notation neumatique, au contraire, nous montre la division de la phrase en moiSy la division des membres de phrase, avec leurs points d'arrêt, et nous regrettons d'avoir à constater dans la notation bénédictine des recoupements de membres de phrase mélodiques démentis par la notation en neumes.
Nous pouvons même ajouter, curieux rapprochement de grande importance, que la musique ecclésiastique des néo-Grecs est précisément encore rythmée par temps batttis successifs et nullement par mesures, comme dans notre art musical occidental! N'y a-t-il pas là une indication de l'exécution primitive traditionnelle? Il est bon d'y réfléchir.
Concluons :
Il ne s'agit pas de vouloir découvrir, envers et contre tout, dans la mélodie dite grégorienne ce qu'on y cherche, mais il faut se borner à constater ce qui s'y trouve.
Or, il n'y a ni suite de notes toutes égales, selon la méthode de Solesmes, ni suite de notes se groupant par mesures régulières modernes, selon les desiderata de certains mensuralistes.
Il est en effet aussi impossible de créer la mesure, en respectant les neumes, quel que soit le mode de traduction rigoureuse que Von aura adopté, que de supprimer la mesure dans nos œuvres modernes, en les respectant telles qu'elles sont gravées.
Dans le premier cas, on aura beau mettre des barres de mesure tous les 2, 3, 4 groupes, on ne créera pas la mesure moderne, qut ne peut s'y trouver.
Dans le deuxième cas, on aura beau enlever nos barres de mesure, on ne détruira pas le rythme mesure qui s'y trouve; la preuve en est qu'à l'audition d'une œuvre, nous battons instinctivement^, mentalement, la mesure qu'elle accuse, bien que nous n'en ayons pas sous les yeux la partition.