‹ Le rythme du chant grégorien d'après Gui d'ArezzoChapitre 2 sur 17 · I. Commençons par la terminologie · texte numérisé non relu

I. Commençons par la terminologie

Tous les musicologues auxquels se réfère Dom Pothier admettent une certaine ressemblance, ou, comme je l'ai dit, une certaine assimilation

i. Revue du Chant grégorien, no de mars, p. 124. 2. Même Revue, p. i32.

entre la prosodie métrique et la prosodie rythmique. Celui que Dom Pothier appelle à son aide en dernier ressort1, le vénérable Bède, fait cette déclaration expresse : Videtur autem rythmus metris esse consimilis.

En vain Dom Pothier se réclame-t-il de Littré pour m'objecter que la poésie métrique n'est pas la poésie tonique.

Cette différence, je l'admets avec Littré et avec tout le monde.

Mais il y a aussi une ressemblance.

C'est ce que Dom Pothier paraît ne pas admettre, quoique cela soit admis par tout le monde.

C'est là, croyons-nous, que gît son erreur.

De plus, la différence entre la rythmique métrique et la rythmique tonique n'est pas ce que croit Dom Pothier.

La prosodie métrique scande, nous dit-il, parce qu'elle évalue, tandis que la prosodie tonique ne scande pas, parce qu'elle n'évalue pas 2.

J'ai encore ici la bonne fortune de pouvoir m'autoriser des expressions mêmes d*Hucbald. Entre autres conditions pour bien chanter, il enseigne qu'il faut régler la voix, non pas d'après la loi du phrasé, mais d'après celle du scandé : infrà scandendi legem, vocem continere. En d'autres termes, pour bien chanter, il faut bien scander. Ne doit-on pas en conclure que dans la poésie tonique, de laquelle relève la prosodie guidonienne, on scande tout aussi réellement que dans la poésie métrique, quoique différemment ?

La terminologie que j'emploie, en parlant de tétramètres, etc., n'est donc pas neuve et surtout n'est pas de mon invention. Pour s'en convaincre, il suffit d'ouvrir un auteur traitant de la poésie tonique du ive au xme siècle, de saint Augustin à saint Thomas d'Aquin. Le rythmus du premier : Ad perennis vitœ fontem, et le rythmus du second : Pange lingua glorio s/, sont qualifiés de tétramètres trochaïques catalectiques, quoiqu'ils soient régis par l'accentuation, tout aussi bien que les vers de Prudence : Da, puer, plectrum c/ioreis, écrits selon les règles de la prosodie gréco-romaine, sont qualifiés de tétramètres trochaïques catalectiques.

Donc, qu'il s'agisse de prosodie classique ou de prosodie tonique, les musicologues emploient la même terminologie. Il n'en reste pas moins entendu que pour la première les pieds comprennent plus ou moins de syllabes, tandis que pour la seconde, le nombre des temps est toujours égal au nombre des syllabes.

Des deux côtés, on scande, mais d'après un étalon différent.

Des deux côtés, on parle la même langue, mais avec un sens approprié à chaque prosodie.

i. Même Revue, p. 128.

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