RYTHME A RELATION DU SIMPLE AU DOUBLE
et vice versa.
Dans l'antienne de Magnificat du XIe dimanche après la Pentecôte, nous lisons : et surdos fecit audire et mutos loqui. Le mot audire et les mots mutos loqui sont traités mélodiquement par le rythme du simple au double.
au- di- re mu-tos lo-qui
De même pour la vocalise suivante dans l'Alleluia de Noël :
Encore un autre exemple :
ab .le-ru- sa- lem in Jc-ri- cho
XIIe Dim. après' la Pentecôte.
RYTHME A RELATION SESQUI ALTÈRE 2 -f 3 OU 3 + 2
ge- nu- i
Autre exemple :
Il J Jj'
da-bit
be- ni- gni- ta-
Allduia de la messe de minuit.
Communion, ier Dim. de l'Avent.
RYTHME A RELATION SESQUITIERCE
3 T 4 ou 4 -f 3
J'en ai réuni plus de vingt exemples dans la petite plaquette que j'ai mise sous les yeux de mes auditeurs au congrès de Bruges (août 1902). On me permettra donc de ne reproduire ici que quatre exemples.
bo-nae vo-lun- ta-
lei-son
Après avoir fourni ces exemples isolés, que j'aurais pu multiplier à plaisir, il nous faut prendre, non plus des individualités, pour ainsi dire, mais des phrases suivies, des distinctions complètes, pour mieux vérifier l'enchaînement et la combinaison des rythmes d'après les règles énoncées par Gui d'Arezzo. Je détache trois passages de l'introït Gaudeamus.
Relation du double au simple.
1 Relation du simple au double.
Gaude- a-
om- nés
Relation sesquialtère.
in Do-
1. J'allonge ici, parce que le manuscrit 33g de Saint-Gall nous donne :
=tc
[As J-^~J t> * « * Rythmeégal ternai
Rythme égal binaire.
La phrase mélodique qui accompagne les mots diem festum célébrantes, dans les éditions bénédictines, est évidemment faulive autant qu'elle estpeu rythmique. Nous la reproduisons ici telle qu'elle est donnée par certains auteurs, et telle qu'elle paraît bien sortir des neumes de Saint-Gall.
\fa 7 ■""» ^ " Relation sesquialtère.
di- em fes-
Wm=£
tu m
fr-^u^E
ce- le-
Rythme égal binaire.
Relation sesquialtère.
Relation du simple au double.
bran- tes
La phrase suivante sub honore, etc., a subi autant de transformations dans le rythme que dans le texte. Elle ne présente d'ailleurs ni intérêt, ni difficulté ; je la laisse de côté, et je prends la phrase finale de ce magnifique introït, dont l'original a été composé pour la fête de sainte Agathe :
gau- dent
Rythme égal binaire.
Rythme sesquialtère.
Rythme sesquitierce.
Rythme égal binaire.
: Q n ' h fj I J^i"*! ■ P*R Rythme égal binaire.
et col-lau- dant
Fi- Ii-
Rythme sesquialtère.
Rythme égal binaire.
Rythme sesquitierce.
ou bien
Wk r^""é i J"**1 ! Rythme égal binaire.
Vp è * . é * m J I ^ &
Rythme sesquialtère.
Rythme égal binaire.
Pour qu'on ne m'accuse pas d'avoir choisi mes exemples selon les besoins de ma cause, j'ai pris cet introït dans une revue étrangère de grande autorité. J'ai reproduit exactement, sauf deux variantes que j'ai soigneusement indiquées, la transcription telle qu'elle est donnée dans l'un des derniers numéros. Comme cette revue ne partage pas mes idées sur la métrique grégorienne, il m'a paru piquant d'emprunter mon exempleet de demander la justification de ma théorie à une transcription qui a été faite avec des préoccupations toutes différentes et des vues tout opposées. Mes lecteurs jugeront si j'y ai réussi.
Je donne un second exemple qui m'a été indiqué bien fortuitement aussi par un ami du chant grégorien, dont j'ai eu le regret de ne pouvoir admettre ni la théorie ni la transcription. C'est la communion de la messe de minuit :
In splendo- ri-
Rythme égal ternaire.
{In est une liquescence unissonnante produisant l'allongement.)
bus sanc-
Rythme égal binaire.
u- te- ro
Relation sesquialtère.
Rythme égal du simple au le (anacrouse).
Relation sesquitiercc.
Relation sesquialtère.
F/t^ ^ fr Jj : Rythme égal ternaire.
an- te lu-
1>£ *" **• *~ »s Relation sesquialtère.
ci- fe-
Relation sesquialtère.
<feEEg^=i R>'
thme égal binaire.
Relation sesquialtère.
iê^^
Rythme égal binaire.
Je crois inutile d'apporter un plus grand nombre d'exemples. Je prie seulement mes lecteurs de remarquer que mes exemples ont tous été empruntés à des textes en prose. Si, en effet, j'avais recouru à des textes poétiques, on n'aurait pas manqué de m'objecter (comme on Ta déjà fait) que la métrique du texte justifie et explique la métrique de la mélodie. Quoique cette objection n'en soit pas une, parce que la rythmique de la mélodie grégorienne est indépendante de la rythmique du texte, souvent même jusque dans les chants syllabiques, j'ai préféré choisir des exemples qui ne pussent être sujets à discussion sous ce rapport.
Au point où nous sommes arrivés, une première constatation semble s'imposer : c'est la corrélation exacte et indéniable entre la théorie
exposée par Gui d'Arezzo et la pratique suivie par les compositeurs crré^oriens. De plus, les compositeurs dont les œuvres sont consignées dans la Paléographie, notamment dans le manuscrit de Saint-Gall n° 33q, étant antérieurs à Gui d'Arezzo, celui-ci n'a fait que codifier les règles déjà sanctionnées par la pratique et il les a très heureusement résumées dans les quelques lignes sur lesquelles j'ai établi ma démonstration.
II. — PARENTÉ ENTRE LA RYTHMIQUE GRÉGORIENNE ET LA RYTHMIQUE GRÉCO-ROV1AINE
Dans ma Première question grégorienne, j'ai essayé d'établir entre la rvthmique du chant grégorien et la rythmique gréco-romaine une relation de filiation. On m'a demandé d'en fournir la preuve et d'exhiber l'acte de naissance. Heureusement, on n'a pas exigé le nom de la matrone qui a présidé à l'événement.
D'autre part, on m'a demandé si les deux rythmiques, ayant en effet les relations de la plus étroite parenté, ne seraient pas plutôt deux sœurs : ce qui semblerait résulter des similitudes frappantes qui leur donnent une phvsionomie commune et des divergences non moins visibles qui les différencient.
Faciès non omnibus wia, Nec diversa tamen, qualis decet esse sororum.
(Virgile.)
Il se peut que les deux rythmiques ne soient que deux rameaux développés sur une même tige, deux ruisseaux épanchés d'une même source ; qu'elles procèdent l'une et l'autre d'une théorie antérieure, dont chacune d'elles aurait fait une application spéciale. L'étude de ce problème, pour nous permettre d'arriver à une solution définitive, exigerait des développements que ne comporte pas cette étude, et des recherches que je n'ai guère le loisir d'entreprendre.
Ce que je maintiens, et ce qui suffit à établir le bien fondé de ma thèse, c'est que les moules gréco-romains et les moules grégoriens présentent des analogies qu 'il est impossible de méconnaître, et qui permettent d'affirmer que les deux rythmiques reposent sur les mêmes bases, obéissentaux mêmes principes et arrivent aux mêmes résultats.
Des deux côtés, le pied ou neume le plus restreint est fait de l'unité s'ajoutant à elle-même i + i ? tandis que le pied ou neume le plus développé ne dépasse pas deux groupes quaternaires, 4 + 4.
C'est le double spondée gréco-latin, ô-râ-tô-rês, lequel se trouve à l'extrémité opposée du pyrrhique,/«^.
Entre ces deux extrêmes s'échelonnent les divers pieds classiques, ou les divers neumes, selon le langage grégorien. La similitude entre les uns et les autres est affirmée par Gui d'Arezzo, quand il nous dit : Quum neumœ îoco sint pedum (Microl., xv).
Entrons dans le détail.
Pour les grégoriens, deux neumes peuvent être d'abord en relation d'égalité, qu'il s'agisse de mouvements binaires ou ternaires.
S'il s'agit de mouvements binaires, nous avons les quatre combinaisons suivantes :
m m m m -" • .~ 5 JJ J
4° ' En voici quatre exemples mélodiques :
fruc- tu m
Comm. Ier Dim. Avent.
glo- ri- am