IO
Tum pater | JE-ne- | as, ro- | mariée | conditor | urbis.
Mais cette forme synthétique est trop lourde pour la rythmique grégorienne, qui préfère les formes analytiques. Aussi ne trouve-t-on que rarement le molosse J J J. Il y en a cependant des exemples dans les longues tenues de quelques graduels, dans celui par exemple du 3e dimanche de Carême, où l'on trouve plusieursgroupes composés de trois distropha, ce qui donne Jj j~] /J, équivalant à J J J.
La relation grégorienne 2 | 4 ou 4 | 2 se présente d'ordinaire sous les trois formes que voici :
N° 1 J-JTJ N° 2 J jn j
C'est-à-dire procéleusmatique et demi-spondée.
C'est-à-dire choriambe.
•^ *•' J#i J J C'est-à-dire ionique mineur.
En voici des exemples pris, comme tous les autres, dans les éditions bénédictines :
Passim.
N°2 j$=l8Çll|
Alléluia de Noël.
N°3 gjz^jl Jj 7
Comme contrôle, prenons trois pieds latins, un choriambe Armïpôtëns, un ionique mineur Dîômëdês et un molosse piïgnâvït; puis plaçonsles sous les trois petits fragments mélodiques cités plus haut, et nous verrons comment la rythmique gréco-romaine et la rythmique grégorienne cadrent ici de la façon la plus exacte.
Ar-mipo tens Di- ome-des pu- gna-vit.
ce qui nous donnera la mensuration suivante :
^p^fp
Ar-mipotens Di-o- medes pu- gna- vit
La troisième relation grégorienne, ou sesquialtère, 2 -j- 3 et 3 -4- 2, correspond à la nombreuse famille gréco-romaine des crétiques et des péons. Je donne ici le schéma de chaque pied.
conditor,
C rétique
id.
Acha tes,
Uacchius
na tara,
Palimbacchius
le-gitima,
î^1' Péon
colo-nia,
(o uo)
2<! Péon
Mene-demus
3e Péon
ccleritcr,
4'- Péon
On comprendra sans peine que, pour donner quelques spécimens des neumes grégoriens correspondant à tous ces pieds, il faudrait allonger démesurément cet article. Je me contenterai encore de prendre quelques mots latins et de les placer sous une mélodie déjà présentée. Prenons donc cette phrase : La nature n'agit pas avec précipitation : Noti agit natura celeriter. Non agît, crétique ; nâtûra, palimbacchius ; célérité}^, 4e péon. Ces trois pieds gréco-romains se placent naturellement sous la mélodie suivante: Genui te. Alléluia de la messe de minuit.
E^NgfrM^
Non a- git na- tu- ra ce-le- ri-ter.
Enfin la quatrième relation grégorienne, ou sesquitierce, correspond aussi à la famille des épitrites, 3 + 4 ou 4 + 3, comme il résulte du petit tableau suivant :
jerEpitiite sâcër— dotés, 3-1-4.
2e — côndï — tôrës, 3 + 4.
3e — Dëmôs — thënës,4 + 3.
4e — Fêscën — nïnâ, 4+3.
Un simple coup d'œil jeté sur un Liber gradualis ou sur un Liber antiphonarius de Solesmes montrera à chaque instant ce double groupement : J J J + J~j J"J, ou bien : J~j J~j + J~7"w, dans lequel il sera facile de constater que le cadre rythmique de l'épitrite grégorien est exactement semblable au cadre de l'épitrite classique.
A ces diverses constatations, qui semblent bien catégoriques, j'ajoute, en terminant, un argument non moins significatif.
Quiconque veut, après avoir donné un précepte, le mettre mieux en lumière, se sert habituellement pour cela de la comparaison. La comparaison donnant du relief aux similitudes et aux différences, est le procédé le plus sûr pour faire comprendre en quoi et comment deux choses sont semblables ou dissemblables. Or, tous les musicologues grégoriens, pour donner à leurs élèves une idée plus exacte de la manière dont le chant doit être exécuté, rapprochent l'exécution musicale de la déclamation poétique. Nous retrouvons sans cesse sous leur plume ces comparaisons : Omne 'tnelos more metri diligenter mensur andum est ; ou encore : veluti metricis pedibus cantilena plaudatur, etc.
Gui d'Arezzo, pour ne nous arrêter qu'à lui, puisque nous avons
placé sous son patronage la présente étude, Gui d'Arezzo revient jusqu'à cinq fois sur cette comparaison dans un chapitre qui n'est composé que de quelques paragraphes :
Le chapitre xvdu Micrologue débute ainsi : Igitur quemadmodum in metris sunt litterœ et syllabœ, partes et pedes, et versus... Lettres et syllabes sont les éléments (oratoires, dites-vous, ou plutôt grammaticaux qui composent les parties {partes) ou pieds (pedes), dont se composent elles-mêmes les distinctions ou vers grégoriens [et versus).
Bientôt après, Gui d'Arezzo ajoute : Proponatque sibi musicus quitus ex lus divisionibus facial caution, sicut metricus quitus pedibus facial versum.
Et plus bas : Oportet ergo ut, more versuum...
Et plus loin : Sunt vero quasi prosaici cantus... Metricos autem cantns dico, quia sœpe ita canimus. ut quasi versus pedibus scandere videamur, sicut fit quuni ipsa metra canimus.
Gui d'Arezzo distingue donc deux sortes de mélodies, au point de vue rythmique : les unes d'un rythme fort libre, qui les rend semblables pour l'allure à la marche de la prose; les autres d'un rythme métrique, calqué sur le mètre poétique.
C'est dans ce même paragraphe que le célèbre musicologue compare le compositeur grégorien au poète lyrique : sicut enim lyrici poetœ... ; qu'il compare les neumes aux pieds et les distinctions aux vers, Quum et neumœ loco sint pedum et distinctiones loco versuum ; qu'il énumère les différentes formes rythmiques des neumes : iambiques, spondaïques, dactyliques, ista neuma dactylico, illa vero spondaico, illa iambico métro decurret ; qu'il compare enfin les distinctions aux vers et nous apprend qu'elles sont tour cà tour des tétramètres, des pentamètres, des hexamètres, etc.. dislinctionem nunc tetrametram, mine pentametram, alias quasi hexametram cernes.
Pourquoi rappeler tout ce parallélisme entre le rythme grégorien et la métrique gréco-romaine, si au contraire c'est la marche de la période oratoire qui doit régler l'ahure de la mélodie grégorienne ?
Je m'arrête ici et je me résume en deux mots :
i° Correspondance exacte entre la théorie de Gui d'Arezzo et la pratique des compositeurs grégoriens : théorie et pratique qui établissent le caractère mathématique de l'alliance des pieds ou neumes dans le chant grégorien ;
2° Parenté étroite entre les pieds gréco-romains et les neumes grégoriens d'une part, et d'autre part, institution d'un parallèle incessant par les musicologues entre la rythmique grégorienne et la rythmique classique.
Après cela, quelle qualification convient-il de donner au rythme grégorien : rythme oratoire ou rythme prosodique ?
Nos lecteurs décideront.