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LA RYTHMIQUE, LE SOLFÈGE ET L'IMPROVISATION

La sonorité, le rythme et le dynamisme. — Harmonisation des facultés imaginatives et réalisatrices. — La musique pure et iexpérience corporelle. — La force psychique de la Rythmique. — L'étude du mouvement éveille V organisme tout entier. — L'étude du solfège éveille le sens auditif (élévation des sons, discernement des tonalités et des timbres.) — L'étude de l'improvisation au piano extériorise les notions de rythmique et de solfège et renforce le sens du toucher. — Liste des exercices de rythmique. — Liste des exercices de solfège. — Liste des exercices d'improvisation. — Rapports étroits de ces exercices.

Il n'est pas suffisant de développer chez l'enfant les facultés auditives pour lui faire éprouver et aimer la musique, car dans celle-ci l'élément le plus violemment sensoriel, le plus étroitement lié à la vie, est le rj'thme, le mouvement !

Celui-ci, ainsi que le dynamisme, dépend complètement du mouvement et trouve son modèle le plus accompli dans notre système musculaire <^^ Toutes les nuances du temps (allegro, andante, accelerando, ritenuto), toutes les nuances de l'énergie (forte, piano, crescendo, diminue ndo), nous pouvons les réaliser avec notre corps, et l'acuité de notre sentiment musical dépend de l'acuité de nos sensations corporelles.

Une gymnastique spéciale apprenant aux muscles à se contracter et à se décontracter, aux lignes) corporelles à s'élargir ou se rétrécir, dans le temps et dans l'espace, doit renforcer le sentiment métrique et l'instinct du rythme. Et cette gymnastique doit s'adapter aux tempéraments les plus différents, car les individus même les mieux partagés par la nature au point de vue musculaire et intellectuel, ne réagissent pas tous de la même façon, les uns obéissant trop lentement, d'autres trop vite aux commandements. Certains sont capables d'accomplir aisément tel exercice dans un temps donné, mais ne peuvent subitement en entreprendre un autre et continuent ce premier exercice malgré leur désir ardent de l'interrompre. D'autres encore, après avoir parfaitement débuté dans leur exécution corporelle, se troublent au bout d'un moment^

(1) Voir chap. IV, page 53, lignes 25, 26 et 27.

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et terminent dans la confusion et le désarroi ce qu'ils avaient nettement et clairement commencé.

En effet, pour exécuter corporellement un rythme avec précision, il ne suffit pas d'avoir saisi intellectuellement ce rythme et de posséder un appareil musculaire capable d'en assurer la bonne interprétation. Il faut encore et surtout établir des communications rapides entre le cerveau qui conçoit et analyse, et le corps qui exécute.

Ces communications dépendent du bon fonctionnement du système nerveux. Or, à notre époque, il est rare que nos facultés soient bien équilibrées et que nos fonctions cérébrales et corporelles soient complètement harmonisées. Les bons rapports entre les facultés Imaginatives et réalisatrices sont trop souvent compromis grâce à un manque d'orientation dans les courants nerveux grâce à l'antagonisme de certains muscles, produit par le retard des ordres cérébraux commandant leur contraction ou leur décontraction. La conscience d'une résistance constante dans le système musculaire, d'un désordre dans le système nerveux produit le désordre cérébral, le manque de confiance en ses propres forces, la peur de soi-même. D'autre part cette inquiétude générale a pour résultat l'inaptitude à se concentrer. Le cerveau se trouve en proie à des sollicitations incessantes qui l'empêchent de fonctionner dans le calme et d'accorder au contrôle de l'organisme, à l'analyse des ordres à lui donner, le temps et la sécurité d'espiit nécessaires.

Mieux notre vie est réglée, et plus nous nous sentons libres. Plus nous avons de mots dans notre vocabulaire, et plus nous verrons s'enrichir notre pensée. Plus notre corps possédera d'automatismes, et plus notre âme s'élèvera en toute joie au-dessus de la matière. Si nous sommes toujours obligés de penser à notre corps, nous en perdons forcément une partie de notre liberté d'esprit, car la majorité des intelligences sont esclaves de leurs formes corporelles, prisonnières de la matière. Et, contrairement à ce que l'on croit généralement, c'est l'exagération d'un intellectualisme prématuré, d'études et habitudes d'analyse trop spécialisées qui, au lieu de rendre l'esprit lucide, y apporte le trouble et le déséquilibre. Ce que l'on appelle la musique pure, est une musique complètement dématérialisée qui ne s'adresse pas directement à nos facultés sensorielles et cherche à éveiller nos sentiments au moyen de développements et de combinaisons d'ordre métaphysique. Mais cet art de tendances supérieures ne peut être perçu que par des esprits ayant triomphé des résistances corporelles, et son élévation au-dessus des contingences matérielles n'exclut pas l'existence des moyens physiques primaires. Tant que ceux-ci n'auront pas été complètement développés, il y aura conflit entre les sensations et les sentiments, et la lutte incessante entre le corps et l'esprit empêchera la spiritualisation nécessaire de la matière. En réalité, la musique ne peut devenir entièrement pure tant que le corps n'aura pas été purifié.

Or il est impossible de purifier le corps si l'on n'a fait les efforts nécessaires pour voir clair en lui et reconnaître ses impuretés.

Un des premiers résultats d'exercices destinés, d'une part, à créer des automatismes nombreux et à assurer l'intégralité du fonctionnement musculaire — d'autre part à établir des communications rapides et sûres entre les deux pôles de notre être et à favoriser l'expansion de nos rythmes naturels, — un des premiers résultats de ces exercices est d'apprendre à l'enfant à se connaître, à se dominer, à prendre possession de sa personnalité. Instruit du merveilleux mécanisme de ce corps admirable, qui nous a été donné non pas pour que nous le méprisions mais bien pour que nous le préparions à loger dignement notre âme, — certain de pouvoir exécuter aisément tous les mouvements suggérés par d'autres ou voulus par lui-même, sans effort, sans préoccupation, — l'enfant sent naître et grandir la volonté d'user des forces abondantes qui sont en son pouvoir. Son imagination se développe de même, car son esprit, délivré de toute contrainte, de toute inquiétude physique, peut dès lors s'abandonner à toute sa fantaisie.

La fonction développe l'organe, la conscience des fonctions organiques développe celle de la pensée. Et du fait que l'enfant se sent délivré de toute gêne physique et de toute préoccupation cérébrale d'ordre inférieur, il conçoit de la joie. Cette joie est un nouveau facteur de progrès moral, un nouvel excitateur de la volonté.

Tous les exercices de la méthode de Rythmique ont pour but de renforcer la faculté de se concentrer, d'habituer le corps à se tenir, pour ainsi dire, sous pression en attendant les ordres des zones supérieures, — de faire pénétrer le conscient dans l'inconscient et d'augmenter les facultés inconscientes de tout l'apport d'une culture spéciale ayant pour effet de les respecter. De plus, ces exercices tendent à créer des habitudes motrices plus nombreuses et des réflexes nouveaux, à obtenir pour le minimum d'effort le maximum d'effet, à tranquilliser ainsi l'esprit, à renforcer la volonté et à instaurer l'ordre et la clarté dans l'organisme.

Toute la méthode repose sur ce principe que l'étude de la théorie doit suivre la pratique, que l'on ne doit enseigner des règles aux enfants que lorsqu'on les a mis à même d'expérimenter les faits qui ont engendré ces règles, et que la première chose que l'on doit enseigner à l'enfant c'est l'usage de toutes ses facultés. C'est ensuite seulement, qu'on lui fera connaître les opinions et les conclusions des autres. Avant de semer la graine, il faut préparer le terrain. En ce qui concerne spécialement la musique, on met un outil dans la main des enfants avant que ceux-ci sachent ce qu'ils ont à en faire. Et nous avons déploré souvent qu'on leur enseigne le piano avant qu'ils soient musiciens (^), c'est-à-dire avant qu'ils sachent entendre les sons, avant qu'ils

(1) Voir chap. III, i Le piano et la demoiselle de Conservatoire » page 42 et chap. V, page 62.

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sachent éprouver en tout leur organisme les rythmes, avant qu'ils aient l'audition intérieure des sons, le sentiment intérieur du mouvement, avant que leur être tout entier ne soit en état de vibrer à l'unisson des émotions artistiques.

Le but de l'enseignement de la Rythmique est de mettre les élèves à même de dire à la fm de leurs études, non pas : «je sais» mais «j'éprouve», — et ensuite de créer en eux le désir de s'exprimer. Car lorsque l'on éprouve fortement une émotion, l'on sent le besoin de la communiquer aux autres dans la mesure de ses moyens. Plus nous possédons la vie, plus nous serons à même de répandre la vie autour de nous. Recevoir, donner, telle est la grande règle de l'humanité. Et si tout le système d'éducation par le rythme est bâti sur la musique, c'est que la musique est une force psychique considérable, une résultante de nos fonctions animiques et expressives qui, de par son pouvoir d'excitation et de régularisation, peut régler toutes nos fonctions vitales.

L'étude « in adu » des rythmes de la personnalité (quelle que soit du reste la méthode adoptée pour l'entreprendre) est plus qu'une méthode de pédagogie. La Rythmique, en effet, est une force analogue à l'électricité et aux grandes forces chimiques et physiques naturelles; elle est une énergie, un agent radio-actif, radio-animique, qui a pour effet de nous restituer à nous-mêmes, de nous faire prendre conscience non seulement de nos forces, mais aussi des forces des autres, des forces de l'humanité. Elle nous oblige à nous pencher sur les profondeurs insondables de notre être énigmatique et changeant. Elle nous fait pressentir les secrets de l'éternel mystère qui régit la vie des hommes à travers les siècles, elle imprime à nos pensées un caractère de religiosité primitive qui les élève et qui relie entre eux le passé, le présent et l'avenir. Et par cela elle nous paraît appelée — dans un avenir bien lointain encore, et quand des esprits supérieurs auront collaboré en nombre suffisant à son expérimentation — ■ à créer des relations plus étroites entre les régions cérébrales et nerveuses, à unifier toutes les forces vives de l'individu. Mais, désireux de me restreindre à mon rôle de pédagogue musical, je désire insister particulièrement ici sur le rôle strict qu'elle joue dans la formation de la personnalité musicale, indiquer la nature et la forme des exercices jusqu'aujourd'hui inventés, — puis établir succinctement les rapports existants entre cette éducation élémentaire et celle qui la suit immédiatement dans l'ordre des études musicales, celle des facultés auditives (solfège) et des capacités de création rapide (improvisation).

L'étude du « Mouvement » éveille : Vorganisme tout entier.

L'étude du « Rythme » éveille :

Le sens rythmique corporel et le sens auditif (des rythmes),

développe à l'aide d'une culture spéciale du système musculaire et des centres nerveux, les qualités de réceptivité puis d'expression des nuances de force et d'élasticité dans le temps et dans l'espace, — de concentration dans l'analyse et de spontanéité dans l'exécution des mouvements rythmés. Elle apprend aux élèves, à lire, noter, puis créer (intérieument et extérieurement) les rythmes.

développe à l'aide d'une culture spéciale de l'oreille les qualités de réceptivité puis d'expression des nuances de force et de durée des sonorités, — d'appréciation rapide et réfléchie des sons, — de concentration et de spontanéité dans leur analyse et dans leur réalisation vocale. Elle apprend aux élèves à lire, noter puis créer (intérieurement et extérieurement) les rythmes sonores.

L'étude du « Solfège » éveille :

Le sens des degrés et des rapports d'élévation des sons (tonalités) et la faculté de reconnaissance de leurs timbres.

Elle apprend aux élèves à entendre et à se représenter mentalement les mélodies et leurs contrepoints dans toutes les tonalités, les harmonies et leurs combinaisons de toute nature, à les déchiffrer et improviser vocalement, à les noter et composer.

L'étude de « l'Improvisation » au piano

combine les notions de rythmique et de solfège en vue de leur extériorisation musicale à l'aide du toucher, éveille le sens tactilo-motile, et apprend aux élèves à traduire sur l'instrument les pensées musicales mélodisées, harmonisées et rythmées.

Voici les exercices propres à éduquer, selon ces principes, le corps, l'oreille et l'esprit.

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