‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 10 sur 270 · DISTINCTION DU DISCOURS ET DU VEHS · texte numérisé non relu

DISTINCTION DU DISCOURS ET DU VEHS

entre propositions et des coupes du vers. Nous avons donc à observer à la fois ces deux éléments. Si au lieu de considérer « la rencontre » en général, nous considérons telle ou telle rencontre en particulier, c'est-à-dire l'un quelconque des points marqués | dans le passage en hexamètres ou dans le passage en alexandrins, partout et toujours l'impression rythmique d'ensemble se résout en deux impressions associées : le repos entre propositions et la coupe du vers. Ainsi, au vers 386 d'Ovide, le repos | comprend les deux repos suivants : d'abord celui qui sépare la proposition Haud procul Hennaeis . . . Nomine Pergus aquae de la proposition non illoplura Caystros. . . audit in undis (repos entre propositions), ensuite celui qui sépare le premier hémistiche du second, c'est-à-dire la coupe penthémimère (coupe du vers). De même au vers 9 de V. Hugo, le repos | comprend les deux repos suivants : d'abord celui qui sépare les deux propositions La Déroute apparut au soldat et qui s'émeut (repos entre propositions), ensuite celui qui sépare les neuf premières syllabes du vers des trois suivantes (repos du vers). De même, tous les repos à étudier sont des repos complexes, composés de deux repos distincts.

Les termes que nous avons employés jusqu'ici pour désigner ces deux repos ne sont pas satisfaisants. Ils ne mettent pas assez en lumière, et la parenté qui leur vient de leur association, et la différence qui leur vient de leur nature. Il faut en trouver d'autres qui aient plus de symétrie. Désormais, au lieu de « coupe » du vers, nous dirons « repos » du vers; les mots « coupe » et « repos » sont donc synonymes ; d'ailleurs nous les définirons l'un et l'autre par la suite en même temps que l'objet qu'ils désignent. Au lieu de « repos entre propositions », nous dirons « repos du discours », du moins toutes les fois qu'il ne sera pas nécessaire de distinguer les repos entre propositions des repos intérieurs à la proposition, qui seront laissés en dehors de l'étude. En opposant ainsi le discours au vers, nous donnons au mot discours un sens à la fois plus général et

plus restreint que le sens ordinaire ; plus général que dans l'expression « prononcer un discours », plus restreint que dans les expressions « les dix parties du discours », « le discours parlé et le discours écrit ». Ainsi défini, le discours désigne le groupe logique et rythmique formé par les mots ; le vers désigne le groupe rythmique formé par les pieds (en latin) ou par les syllabes en nombre fixe (en français). Le discours est l'objet de la science appelée grammaire, le vers est l'objet de la science appelée métrique.

2° Indépendance réciproque des éléments composants. — Le discours et le vers, le repos du discours et le repos du vers, sont choses non seulement différentes, mais indépendantes. Nous pouvons isoler l'un de l'autre le vers et le discours, les deux éléments qui, réunis, composent le poème, et observer l'un d'entre eux tout comme si l'autre n'existait pas.

Adressons-nous à un homme ignorant; qui ne connaît rien à la poésie, ou à un homme instruit, mais capable d'oublier pour un moment ce qu'il en connaît. Dictons-leur les vers de V. Hugo. Ils les écriront à la suite les uns des autres, comme de la prose : « Le reste de l'armée hésitait sur leurs corps et regardait mourir la garde..., etc. » Et en effet, ces mots seront pour eux de la prose. Mais en tant que prose, cette prose est parfaite et complète ; ces phrases, en tant que phrases, n'ont rien perdu à perdre leur caractère poétique : elles ont gardé un sens et un rythme qui leur appartiennent. La même expérience se ferait aussi aisément sur les hexamètres d'Ovide.

Voici maintenant la contre-épreuve. Adressons-nous à un métricien expert, et lisons-lui les vers de V. Hugo, en lui demandant quels sont ces vers et quel en est le nombre. Il nous dira : ce sont des alexandrins ; il y en a tant. Si nous nous arrêtons après avoir lu le premier vers et une partie du second :

Le reste de l'armée hésitait sur leurs corps Et regardait mourir la garde...

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