INDEPENDANCE DU DISCOURS ET DU VEBS
il nous dira: c'est un alexandrin, plus les neuf premières syllabes d'un second alexandrin. Si nous lui demandons de traduire cette définition en symboles, il représentera chaque syllabe par un signe convenu, le même pour toutes, et il écrira par exemple ceci :
aaaaaaaaaaaa aaaaaaaaa
En considérant ces signes, et les objets qu'ils représentent, nous n'y retrouvons plus le discours dont il était question tout à l'heure. Les phrases, avec leur rythme propre et leur sens, ont disparu. Mais le reste, les vers, se suffit à lui-même ; ces signes nous disent tout ce qu'il faut pour distinguer les vers les uns des autres, en déterminer la structure métrique, les définir par opposition à d'autres vers. On peut opérer dans les hexamètres la même dissociation du discours et du vers ; on obtient de même un ensemble de faits métriques, dont tout discours est exclu, et qui malgré cela demeure complet. On se trouve ainsi traduire chaque vers au moyen de signes qui conviennent également à tous, quels que soient les mots qui les composent. Les vers d'Ovide 385-386
Haud procul Hennaeis lacus est a moenibus altae Nomine Pergus aquae
et 390-391
Frigora dant rami, uarios humus umida flores; Perpetuum uer est
sont traduits l'un et l'autre par les signes suivants :
L zrz; L z~u L z~~z i- zrz L zru L z
• -r—, • r-rr. •
L'indépendance réciproque du discours et du vers se manifeste non seulement dans les membres qui les composent, hémistiches pour celui-ci, propositions pour celui-là, mais encore dans les repos qui séparent un membre de l'autre. Et les repos sont pour nous plus intéressants que les membres. Prenons l'un quelconque des repos désignés dans Ovide ou dans V. Hugo par un trait | . Il comprend, nous l'avons indiqué, un repos du discours et un repos du vers. Chacun de ces repos peut être isolé de l'autre, défini et mesuré sans même que l'autre soit mentionné.
Soient les deux exemples cités plus haut, le v. 9 de V. Hugo et le v. 386 d'Ovide.
La Déroute apparut au soldat | qui s'émeut,
Pour définir le repos du discours, je dirai : c'est le repos qui sépare la proposition principale La Déroute apparut au soldat de la proposition subordonnée relative qui s'émeut, s'il me plaît de considérer le caractère syntactique des propositions qui entourent le repos ; si je veux en considérer le caractère rythmique, comme il me faudra le faire dans toute la suite de cette étude, je dirai : c'est le repos qui sépare le membre de période La Déroute apparut au soldat du membre qui s'émeut. Pour apprécier l'importance de ce repos, je le compare non pas au repos du vers qui se rencontre avec lui, mais aux repos du discours qui se trouvent près de lui, par exemple au repos qui suit le membre qui s'émeut. Pour mesurer exactement l'importance du repos en question, j'observe non pas la nature du vers, ou sa division en parties inégales, mais les membres du discours qui prennent place avant le repos ou après lui. Ainsi j'ai pris une connaissance complète de ce repos sans faire allusion au vers alexandrin. De même, — ou inversement, — le repos du vers sera défini, apprécié, mesuré au moyen de caractères qui tous relèvent de la métrique. Dé-