‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 187 sur 270 · PREMIÈRE ESPÈCE, PREMIER EXEMPLE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ESPÈCE, PREMIER EXEMPLE

faits à étudier (faits hétérogènes) seront alors ceux qui comprennent un repos indéterminé et une coupe IV ; les termes de comparaison (faits homogènes) seront choisis aussi voisins que possible de ceux-ci, dans les passages où les repos indéterminés rencontrent des coupes III ou II, en négligeant ceux où figure la coupe finale.

a) Première espèce.

Les vers I, 25 et VI, 3oi nous présentent deux repos indéterminés dont le traitement métrique est tout à fait différent, le premier figurant à la fin du vers (classe I)1, le second au quatrième dactyle (coupe bucolique, classe III)2. Cette différence doit (telle est notre hypothèse) s'expliquer aisément par le contenu des deux passages.

Elle se manifeste d'autant mieux, que si l'on considère les propositions qui ont place de part et d'autre des repos en question, on trouve que les modes et les temps des verbes sont les mêmes pour le second repos que pour le premier ; cela revient à dire que les conditions logiques des deux passages ne diffèrent pas. Elles sont d'ailleurs très simples : les quatre verbes sont quatre parfaits de l'indicatif; dans les deux cas, le lecteur se trouve au milieu d'une succession d'événements passés.

Au début du livre I, Ovide raconte la création du monde : le chaos, la séparation des quatre éléments, puis leur disposition en des régions distinctes de l'univers :

Quae postquam euoluit caecoque exomit aceruo, Dissociata locis concordi pace ligauit |

i. V. Dictionnaire, p. 217, n° i. ' 2. V. Dictionnaire, p. 3i6, n° ii5/i.

REPOS INDETERMINES

les vers qui suivent contiennent l'exposé de cette disposition harmonieuse (pax concors) . Le livre VI contient entre autres l'histoire de Niobé ; on y retrouve celte allure dramatique qui est encore plus accusée chez Ovide que chez Virgile, et qu'ils ont apprise tous deux à l'école du rhéteur d'abord, chez les tragiques grecs ensuite : le développement des situations et des discours aux dépens des parties proprement narratives. Ovide a pris soin d'ailleurs d'accuser toutes les circonstances propres à accroître la douleur de Niobé, et par suite l'émotion du spectateur. La dernière des Niobides et la plus aimée vient de succomber à la colère de Diane :

« De multis minimam posco » clamauit « et unam », Dumquc rogat, pro qua rogat occidit |...

(VI, 3oo-3oi.)

Ce qu'éprouve la mère, le spectateur peut l'éprouver aussi ; ce qu'elle va faire, il ne peut le prévoir : les événements qui précèdent ne lui en donnent aucun indice. C'est précisément cette ignorance qui donne au passage son caractère dramatique, et qui retient l'attention. A cet appel d'attention correspond, dans la forme rythmique, la rencontre surprenante du repos indéterminé qui suit le verbe occidit avec la coupe bucolique. Cet artifice ne serait point justifié au livre I. Le lecteur y demeure calme, précisément parce que l'avenir lui est connu, parce que les vers 2/1-29 annoncent le développement qui va suivre.

Ce n'est pas l'enchaînement des faits tout seul, c'est encore leur caractère pathétique qui justifie l'anomalie du rythme au livre VI; le début du livre I, au contraire, est un exposé de notions scientifiques, et ne peut émouvoir aucune passion. Il est inutile d'insister sur cette différence ; mais, comme la structure du vers VI, 3oi se rencontre très rarement, nous observerons, pour la mieux justifier, que cet endroit est le plus pathétique de tout le récit ; les souffrances de Niobé y sont en effet à leur comble, et telles que la mort seule peut

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