‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 188 sur 270 · PREMIÈRE ESPÈCE, PREMIER EXEMPLE (SUITE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ESPÈCE, PREMIER EXEMPLE (SUITE

les consoler. En outre, le dénouement des récits est attendu dans le poème d'Ovide avec un surcroît d'intérêt, qui ne vient point de la marche du drame, ni des sentiments, mais de la nature et de la composition même de l'ouvrage : c'est que, pour mériter d'y être admise, l'histoire de Niobé doit se terminer par une métamorphose ; le dernier épisode, qui commence au vers en question 3oi , contient donc, non seulement la conclusion du récit, mais encore pour ainsi dire sa justification. Cet élément d'intérêt n'a certainement point échappé à l'auteur, qui est très attentif à la composition comme à toute la technique de son art.

La différence des deux passages quant à l'intensité de l'émotion, celui du livre I calme et normal, l'autre agité et anormal, explique donc la structure rythmique différente des deux vers considérés. Mais elle se manifeste aussi dans ceux qui les entourent. Au livre I, les rencontres du discours et du vers sont normales, c'est-à-dire que les repos importants de l'un s'ajustent à ceux de l'autre. Les fins des vers 23 et 25 sont supérieures en importance logique à tous les repos intérieurs des vers qui les entourent. La période suivante (vers 26-3i) a encore sa division principale à la fin du vers 27 ; dans le second membre, composé des vers 28-3 1, la prééminence appartient à l'hephthémimère du vers 3o, et le rythme devient ainsi plus agité. Ce mouvement traduit une double intention de l'artiste : d'abord, annoncer la fin dii développement, qui en effet s'achève au vers 3i ; ensuite, donner un peu de variété à l'énumération des quatre éléments, qui remplit la période : une symétrie trop rigoureuse aurait risqué d'y paraître choquante, et plus convenable à la science qu'à la poésie. Le livre VI nous présente des faits tout contraires, c'est-à-dire un rythme tout d'abord violemment agité, mais qui sur la fin revient au calme. Aux environs du vers 3oi , les repos logiques importants sont à la penthémimère (298, 3o3). Quant aux coupes finales, celles des vers 298 et 3oi tombent au milieu

REPOS INDETERMINES

d'une proposition, celles des vers 299 et 3o2 entre deux propositions, mais d'étendue médiocre, et étroitement unies par le sens. Reste la coupe à la fin du vers 3oo, qui sépare deux membres dont l'étendue totale est supérieure à 3 hexamètres (les deux vers 299 et 3oo plus le second hémistiche du précédent 298 et les quatre premiers dactyles du suivant 3oi) ; mais l'étendue totale des membres n'intervient pas seule pour déterminer l'impression produite sur l'oreille, il faut tenir compte aussi de leur relation : or ici ils sont très inégaux, et c'est là une circonstance propre à diminuer l'importance de la pause. Dès le vers 3o5, la métamorphose est commencée, ou du moins pressentie :

nullos mouet aura capillos, In uultu color est sine sanguine, lumina maestis Stant inmota genis, nihil est in imagine uiuum.

la péripétie est achevée, et l'émotion satisfaite. Les vers qui suivent ne sont plus dramatiques, mais descriptifs, car ils contiennentle détail de la transformation: ils s'adressent donc moins à la sensibilité qu'à l'intelligence ; le rythme redevient normal, et les repos principaux du discours retournent aux fins de vers (3o5, 309, 3i2 fins de période ; 307 subdivision principale d'une période).

Les vers VII, 21 et II, 99 nous présentent deux repos indéterminés, le premier à la penthémimère1, le second à la fin du vers2. Ils se prêtent à la comparaison aussi commodément que les précédents, grâce à l'analogie des caractères verbaux. Les deux propositions qui précèdent les repos ont leur verbe au même mode et au même temps, aussi bien que les deux qui les suivent. Ces relations sont, il est vrai, plus complexes que dans les vers précédemment étudiés, car les deux

a. V. Dictionnaire, p. 317, n° 1.

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