REPOS CORRESPONDANT A L'ÉTENDUE TOTALE DES MEMBRES
Nous avons décidé (v. pp. 101, 348 et 353) qu'après avoir traité des repos indéterminés, nous observerions, dans leur rapport aux repos du vers, les trois sortes de repos déterminés du discours : repos de l'étendue totale, repos de l'étendue relative, repos de l'ordre des membres, en conservant l'ordre dans lequel ils se présentent à notre perception. Le troisième chapitre de cette Troisième Partie aura donc pour objet les repos de l'étendue totale ; le quatrième, les repos de l'étendue relative ; le cinquième, les repos de l'ordre des membres.
En outre, il nous a paru convenable de négliger les repos moyens, ordinaires, qui ne paraissent pas devoir présenter une affinité marquée pour certaines coupes, et de considérer seulement ceux qui se signalent à l'attention soit par leur brièveté, soit par leur longueur (v. p. 352). Ainsi, chacun des trois derniers chapitres de cette partie comprendra deux sections : l'une pour les repos courts, l'autre pour les repos longs.
Section A : Repos courts.
a) Définition (p. 379). — b) Étude d'ensemble (statistique) (p. 382). — c) Étude détaillée des exceptions (étude particulière) (p. 384). — <*) Première espèce (p. 38/j). — [î) Deuxième espèce (p. 3g6).
a) Définition.
La durée des repos de l'étendue totale est en proportion de la longueur des deux membres réunis. Pour définir les repos de très courte durée, il faut donc définir les groupes de membres de très faible longueur : les deux opérations se confondent en une seule.
Le groupement des repos, c'est-à-dire des couples de membres, en catégories distinctes, doit se faire, nous l'avons observé déjà (v. Introduction, pp. 76 et 78) en rapportant la longueur des membres considérés à celle du vers. Nous appliquerons cette méthode de définition, non seulement aux repos de l'étendue totale, mais aussi aux repos de l'étendue relative ; c'est la plus simple et la plus naturelle de toutes. En effet, dans un poème donné, l'image rythmique du vers employé est sans cesse présente et dominante à l'oreille du poète comme à celle de l'auditeur ; ils ne la confinent point, d'ailleurs, dans le domaine proprement métrique, mais elle se projette, pour ainsi dire, jusque sur le rythme du discours. Quand il s'agit seulement d'établir entre les couples de membres un classement sommaire, de distinguer par une impression générale et confuse les plus courts des moyens et des plus longs, notre instinct même nous conduit à former cette distinction en comparant la longueur des groupes de mots à celle de l'hexamètre.
Tout groupe de mots dont l'étendue est inférieure à celle
d'un hexamètre isolé, c'est-à-dire qui contient moins de 6 temps marqués, nous donne, quand nous écoutons un poème écrit en hexamètres, une impression de brièveté, de non-indépendance. Tous les repos dont les deux membres réunis composent un des groupes ainsi définis doivent donc être classés parmi les repos courts. L'hexamètre est ainsi le type de l'étendue logique et rythmique tout juste suffisante pour occuper à elle seule toute l'attention de l'auditeur. A un groupe de moindre longueur, il manque et l'indépendance, et la complexité qui en est une des conditions. L'indépendance: une portion de discours qui mesure moins de 6 pieds ne peut avoir pour limite à ses deux extrémités en même temps la coupe finale du vers, la plus importante de toutes ; elle ne peut remplir à elle seule toute l'étendue d'un vers isolé ; elle se trouve nécessairement en contact étroit dans l'intérieur du vers avec un autre groupe de mots, soit le précédent, soit le suivant. La complexité : pour occuper tout l'effort de notre intelligence, il faut, semble-t-il, qu'un groupe d'unités quelconques (ce sont, dans le cas présent, des temps marqués) puisse être soumis au moins à une double analyse, c'est-à-dire non seulement divisé, mais encore subdivisé. Cette condition est remplie par tous les groupes qui renferment au moins 6 temps marqués. En effet, nous les divisons en deux parties égales (hémistiches), soit 3 — f— 3 temps marqués ; puis nous subdivisons chaque hémistiche en deux parties inégales, i-f-2 ou 2-1-1. Il faut deux opérations: division, puis subdivision, pour faire apparaître le groupe élémentaire composé de 2 unités. Nous l'appelons élémentaire, parce qu'il représente pour nous la plus grande simplicité possible : notre intelligence, qui prend connaissance des objets par comparaison, a besoin de saisir en même temps deux objets au moins, et suspend son effort d'analyse quand les objets à observer se trouvent réduits à ce nombre. Ce sont là, non point des hypothèses ou des principes établis par la raison, mais des faits