‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 194 sur 270 · ÉTUDE STATISTIQUE · texte numérisé non relu

ÉTUDE STATISTIQUE

faibles, et bien distinguées des coupes entre vers et entre hémistiches. Ce fait correspond à un caractère qui a été signalé dans l'étude théorique du vers : c'est que seules les coupes des classes I et II sont aptes à séparer des membres rythmiques égaux (deux vers, deux hémistiches). Toutes les autres se trouvent entre des membres inégaux ; par exemple la coupe trihémimère détermine dans l'hémistiche une division des temps marqués en 1 -+- 2, dans le vers une division des temps marqués en 2 H— 4 ; la coupe au premier dactyle donne pour l'hémistiche une division des temps marqués en 1 H- 2, pour le vers une division en i-f-5. Or le repos entre membres égaux est, dans l'ordre de l'étendue relative, le plus long de tous, et le seul ayant la plus grande longueur possible (v. Introd., p. 89). Il est donc naturel que les coupes qui séparent des groupes de temps marqués également nombreux soient semblables entre elles, et nettement distinctes des autres, par l'inlluence d'éloignement qu'elles exercent sur les courts repos du discours.

Entrons maintenant dans l'examen détaillé de ceux-ci. On peut les classer selon le nombre des temps marqués contenus dans les membres réunis: groupes de 2, 3, l\, 5 temps marqués. Considérons seulement les premiers et les derniers. En partant de la théorie, nous sommes conduits à supposer que le nombre des repos aux coupes importantes grandit avec la longueur du groupe. L'observation des faits démontre qu'il en est bien ainsi. Soit B le total des courts repos pour chacune des quatre classes de coupes, G le nombre des repos dont les membres réunis contiennent 2 temps marqués (repos les plus courts), D le nombre des repos dont les membres réunis contiennent 5 temps marqués (repos les moins courts). Les relations G/B et D/B indiquent la fréquence des repos G et D aux différentes coupes.

384 REPOS COURTS DE l'ÉTENDUE TOTALE

Coupes.

Classe I

Les données de ce tableau font ressortir beaucoup plus nettement encore que celles du précédent l'attraction des courts repos vers les coupes faibles ; il indique de plus que le traitement des coupes au tiers n'est pas partout semblable à celui des coupes de la quatrième classe ; la différence apparaît lorsque l'on considère les repos C, les plus courts.

La statistique n'a pas seulement pour résultat de fournir dès avant l'étude détaillée des faits une première confirmation de la théorie. Elle sert, de plus, à montrer quels sont les faits les plus rares ; ce sont ceux-là qui naturellement méritent le plus d'attention, et qu'il faut maintenant observer en détail.

c) Etude détaillée des exceptions (étude particulière) .

a) Première espèce.

Nous considérerons d'abord la coupe la moins conforme à la brièveté des groupes étudiés, c'est-à-dire la coupe finale, et, parmi ces groupes, ceux qui font avec la coupe choisie le plus grand contraste, c'est-à-dire les plus courts. L'étendue la plus courte que l'on puisse supposer à deux membres quelconques est de deux temps marqués, un pour chacun d'eux. Les groupes de deux temps marqués divisés par la coupe finale sont, dans les Métamorphoses, au nombre de deux :

qui se trouve dans un seul passage: X, 371 (v. Dictionnaire,

pudetque |

Et cupit

et:

w !Lu I

l — go

quod oro | Ne facit(e)

qui n'est représenté comme le précédent que par un seul exemple, au vers XV, i3q (v. Dictionnaire, n° 3, p. 222).

Chacun de ces faits de versification sera d'abord étudié en lui-même. Puis, afin d'en mieux accuser le caractère singulier, la surprise qu'ils font naître, et les motifs qui la justifient, nous en rapprocherons d'autres faits de versification, où la même singularité ne se rencontre pas. Nous choisirons ceux où les membres ont la même longueur que dans les repos précédents, soit 2 temps marqués, mais où ces repos du discours très courts se rencontrent avec un repos du vers de faible durée, par exemple la coupe après le premier trochée :

Parce | precor i° Premier fait de versification anormal:

pudetque | Et cupit

La très grande brièveté du groupe fait prévoir une relation logique très étroite entre les deux membres. Chacun d'eux comprend en effet une seule notion très simple, exprimée par un seul mot : la pudeur dans le premier, le désir dans le second. Le rapprochement de ces deux notions est pleinement

justifié et satisfaisant, puisqu'elles se font antithèse. De plus, les deux termes de l'antithèse sont ici aussi étroitement rapprochés que possible, grâce aux autres antithèses qui les entourent, la première développée : modo desperat modo uult temptare (X, 3^ i ), la deuxième implicite : quid agat non inuenit (X, 372). Le style traduit d'ailleurs l'étroite relation des idées : pour les deux membres en question, on notera la composition identique (un seul mot dans chaque), et la coordination renforcée ; pour le reste de la période, des symétries analogues, quoique moins rigoureuses, et l'accumulation des conjonctions.

Si le rythme du discours (le repos) impose un rapprochement des deux notions, le rythme du vers (la coupe) fait supposer, malgré cela, entre elles un motif de disjonction, de suspension. Ce caractère de la forme métrique est inexplicable, si l'on ne considère que les éléments logiques en présence. Deux termes d'une antithèse peuvent être disjoints, si l'un est plus important que l'autre : il n'en est rien ici ; deux membres réunis ensemble par l'ordonnance syntactique de la période gardent dans certains cas, chacun pris à part à l'exclusion de l'autre, des rapports de sens très notables avec ceux qui les entourent : cette explication ne s'applique pas davantage au présent exemple, et l'antithèse étudiée forme dans la période une région bien délimitée. Ce n'est donc pas par le caractère logique, mais par le caractère pathétique du passage, que pourra s'expliquer la contradiction du discours et du vers.

Ce sont, en effet, des émotions, et non des faits ou des idées, qui sont contenues dans la portion de discours considérée (pudet, cupit) ; quant au degré d'intensité auquel elles sont portées dans l'âme du personnage qui les ressent, nous en sommes avertis par tout le reste de la période, ce qui précède et ce qui suit, en particulier par la première proposition (igni Carpitur indomito) et par la comparaison qui termine le tout.

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