‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 195 sur 270 · PREMIÈRE ESPÈCE, PREMIER EXEMPLE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ESPÈCE, PREMIER EXEMPLE

Le pathétique du fond trouve son expression dans la forme : il s'y traduit par la longueur anormale de la période, et le désordre apparent (accumulation des particules de coordination, et par suite complexité de l'organisation syntactique). Le sujet du passage justifie d'ailleurs tout ce déploiement de pathétique. Dans toutes les Métamorphoses, il n'y a guère de situation plus émouvante (entendez : où le personnage soit supposé ressentir plus d'émotion), que celle de Myrrha, tourmentée par un amour criminel et près de mourir pour y échapper.

En résumé, l'accident rythmique qui résulte du contraste entre le discours et le vers peut avoir deux expressions ou deux interprétations différentes, l'une venant de l'intelligence, l'autre de la sensibilité. Au point de vue de la pure raison, qui règle les divisions syntactiques de la période, nous dirons que la coupe finale perd ici toute valeur de repos, qu'elle s'efface et disparaît : c'est là un fait anormal, une cause de surprise ; et cette surprise est d'autant plus grande : i° que la coupe occupe dans le vers une place qui lui donne plus d'importance, et reçoit d'ordinaire des repos du discours plus importants ; 2° que le repos du discours qui se rencontre ici avec elle est moins sensible. La même atténuation atteint toutes les coupes fortes des deux vers intéressés, 371 et 372 :

Et modo desperat modo uult temptare, pudetque \ Et cupit, et quid agat non inuenit, utque securi [Saucia trabs ]

au vers 371 la penthémimère, l'hephthémimère et la coupe finale ; au vers 372 la trihémimère, la penthémimère et la coupe finale, au bénéfice des coupes faibles au cinquième trochée (vers 371), au premier dactyle (vers 372), et aussi de la coupe bucolique (vers 372). Mais si l'on tient compte du pathétique du passage, les mots d'atténuation et d'affaiblissement, appliqués à la coupe finale du vers 37 1 et aux coupes fortes qui l'entourent, nous paraissent tout à fait contraires à l'im-

388 REPOS COURTS DE l' ÉTENDUE TOTALE

pression éprouvée par l'auditeur et recherchée par le poète. Ces coupes gardent en effet pour l'attention toute leur importance normale, plus exactement toute leur importance théorique. La durée de repos que leur assigne la constitution rythmique du vers est admise telle quelle par l'auditeur ; mais, rapprochée par lui du repos du discours, elle fait alors naître en lui de la surprise, de l'émotion ; elle inspire en quelque sorte au sens rythmique une émotion parallèle à celle qu'inspire à la sensibilité proprement dite le contenu du discours. La surprise et l'émotion sont d'autant plus intenses qu'il y a disproportion plus sensible entre le repos du discours et le repos du vers. Tous les faits que nous étudions présentent ce double aspect de logique et d'émotion, et se prêtent à cette double interprétation, celle de l'intelligence et celle de la sensibilité; il sera inutile de mettre en lumière cette dualité à propos de tous les exemples, et de les interpréter tous aussi longuement que celui-ci : mais il est parmi ceux où le contraste du discours et du vers et l'anomalie qui en résulte sont le plus frappants. 2° Deuxième fait de versification anormal.

quod oro j Ne facit(e)

(XV, i39.)

LtTw(w)

Ce deuxième groupe n'est déjà plus exactement semblable au précédent. L'étendue totale des membres y est plus longue ; par suite, le repos qui sépare les deux membres a une durée plus longue lui aussi ; il y a un contraste moins sensible entre le repos du discours et le repos du vers avec lequel il se rencontre, et la surprise qui résulte de ce contraste est moindre. Le membre plus long est le second :

Ne facit(e) L — (V)

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