‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 196 sur 270 · DEUXIÈME EXEMPLE 38 Q · texte numérisé non relu

DEUXIÈME EXEMPLE 38 Q

son étendue est supérieure à celle du second membre de l'exemple précédent

Et cupit

car la voyelle élidée ne disparaît entièrement ni de l'attention ni de la prononciation (v. Plessis, Métrique, p. i5). L'étendue totale du groupe est donc supérieure à deux pieds, sans être égale à trois. Cette différence entre les deux exemples, étant nettement reconnue et affirmée dès le début, ne nous empêchera pas de les comparer, afin d'en mieux préciser les caractères.

La relation logique des deux membres est plus étroite encore dans le second que dans le premier. Celui-ci contient deux notions distinctes, bien que réunies par une antithèse; celuilà n'en contient qu'une seule, car le verbe oro n'a pas de contenu propre ; il ne fait que renforcer la défense qui va être exprimée dans le second membre. De plus, les deux propositions qui composent le premier exemple sont isolables pour l'analyse grammaticale comme pour le sens: ici au contraire, la conjonction quod, rattachée par l'oreille au premier membre, fait, pour l'analyse grammaticale, partie du second, et forme ainsi un lien de plus entre les deux ; par ce caractère, l'exemple en question rappelle les faits d'enveloppement d'une proposition dans une autre, que nous avons exclus de notre étude parce que la valeur logique du repos entre propositions n'y est pas nettement sensible. Il faut noter enfin que les deux membres quod oro et Ne facile sont encore resserrés l'un contre l'autre par la présence de la deuxième coordonnée et monitis... ; celle-ci est attendue et ne peut pas ne pas apparaître à son tour : le lecteur est averti de sa venue par la différence d'étendue entre le premier membre de la période (inde... mortale) et la première partie du second (quod o. N. /.).

Pour que la rencontre de la coupe finale du vers avec le

3qo repos courts de l'étendue totale

repos du discours ainsi défini soit aussi justifiée dans cet exemple que dans le précédent, il faut que le rapprochement logique plus étroit soit compensé par une pause d'émotion (pour ainsi dire) plus prolongée, par une nuance de pathétique plus marquée.

En fait, c'est le contraire qui se produit ; il y a du pathétique dans ce second passage, mais il y en a moins que dans le premier. Une défense (Ne facile) accompagnée d'une prière (oro) contient, il est vrai, de l'émotion par sa nature même; de plus, le mot qui exprime la prière, l'enclitique logique oro a ici une valeur particulièrement grande, comme l'indique sa place anormale ; il précède les mots auxquels il se rattache, au lieu de, les suivre. Le début de la période est également pénétré

de pathétique (tantal gênas o mortale) ; les coupes fortes

y sont atténuées (vers i38 et i3q) et les coupes faibles renforcées (mêmes vers) ; la fin présente aussi le même caractère, bien qu'à un moindre degré. Quant à l'idée contenue dans ces vers (exhortation à ne point manger la chair des animaux), c'est bien celle qui résume tout l'ensemble du passage, et sur laquelle l'auteur veut attirer l'attention et l'émotion du lecteur. Au premier coup d'oeil, il semble cependant que la conclusion 1 38-i 42 ne s'applique pas aussi bien aux vers 1 1 1-137 *lu aux précédents, car il y est question du sacrifice des animaux plutôt que de la nourriture qu'on en tire ; mais on s'aperçoit bientôt que ces deux idées ne sont point distinctes pour le poète, et l'on en remarque une troisième, qui se présente dans ces vers à plusieurs reprises : c'est l'idée des services que nous rendent les animaux domestiques (1 16, 121, 12/i, i34); les vers 111- 1 37 se relient donc sans effort à la conclusion qui les suit, et la mettent en pleine lumière.

Le pathétique du vers XV, i3q est pourtant moins vif, à ce qu'il semble, que celui du vers X, 371 ; l'âme d'un personnage qui souffre et qui agit, nous paraît plus pénétrée d'émotion que celle d'un orateur qui prononce un discours et arrive

REMARQUES SUR LES EXEMPLES PRECEDENTS 3q I

à la conclusion d'un développement bien ordonné. D'autant plus que le discoureur du livre XV paraît assez maître de lui : sa conclusion est prévue dès l'exorde (vers 7 5) ; elle est, de plus, annoncée plusieurs fois chemin faisant; elle est suivie enfin d'une transition assez lourde et assez peu pathétique. Ainsi, à juger le second passage par comparaison avec le premier, il semble que l'équilibre des éléments logiques et des éléments d'émotion y soit moins bien observé, et que l'effet d'ensemble en soit par suite moins heureux. Mais il ne faut pas oublier l'observation faite en commençant, que les deux exemples ne sont pas rigoureusement comparables, parce que l'étendue totale des membres n'y est pas identique.

Voici maintenant quelques remarques, que suggère le nombre des exemples des faits de versification considérés. Leur rareté, tout d'abord, s'explique aisément par le contraste qui s'y trouve entre le rythme du discours et le rythme du vers. De plus, le groupe avec élision est ici représenté par le même nombre d'exemples que le groupe sans élision, bien qu'il soit d'ordinaire beaucoup plus rare : c'est que le premier présente le contraste du vers et du discours plus atténué que le second ; par suite, il est moins surprenant pour l'auditeur, et d'un emploi moins délicat pour le poète. Enfin, le groupe typique :

pudetque | Et cupit a d'autres doublets possibles que le groupe à élision

quod oro | Ne facit(e)

Nous appelons doublets des groupes qui ont le même nombre de temps marqués que les précédents, et la même distribution des temps marqués entre les membres. On peut en effet imaginer les formes suivantes :

Parce

3q2 repos courts de l'étendue totale

oro | Parcite

precanti | Parce

Elles ne se rencontrent pas dans les Métamorphoses. Cette absence n'est pas l'effet du hasard. Les trois derniers groupes, égaux aux deux premiers par le nombre des temps marqués, leur sont inférieurs par le nombre des syllabes ; le contraste du discours et du vers y est donc plus choquant encore, et le poète, soit instinct, soit calcul, a renoncé à les employer.

3° Faits de versification normaux, à rapprocher des précédents. Type : L y | vL.

Parce | precor

Le caractère anormal des groupes très courts dont les membres sont séparés par la coupe finale du vers apparaîtra plus nettement encore, si on les compare avec d'autres groupes à la fois semblables et différents : ceux où les membres réunis contiennent aussi deux temps marqués, mais où le repos du vers est de très faible importance. Nous choisirons les groupes suivants, dont les membres sont séparés par la coupe au premier trochée :

(II, 36i.)

Parce | precor

(Dictionnaire, n6 i 229 ; p. 32o) et

Datque | capitque

(XV, 3o9.)

(Dictionnaire n° 1 23o ; p. 32o). La coupe au premier trochée, à la différence de la coupe finale, n'a, de par sa place dans le vers, qu'une faible durée ; elle ne suggère donc pas au lecteur l'idée d'un repos nécessaire ; ainsi, le contraste qui se produit pour la coupe finale entre le vers (repos obligé) et le discours (pas de repos), n'existe pas pour la coupe au

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