‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 197 sur 270 · COMPARAISON AVEC DES FAITS NORMAUX · texte numérisé non relu

COMPARAISON AVEC DES FAITS NORMAUX

premier trochée. Avec ce contraste disparaît pour le lecteur toute surprise : avec la surprise doit disparaître le caractère pathétique qui la justifie, et cette absence d'émotion dans les passages où figure la coupe au premier trochée doit être à priori le principal résultat de la comparaison instituée entre eux et les précédents. Une autre conclusion, également aisée à prévoir, sera la suivante : la relation logique des membres séparés par la coupe au premier trochée sera plus étroite encore que celle des membres séparés par la coupe finale, et tellement étroite, qu'ils tendront à se réunir pour l'esprit en une seule notion.

Le nombre des exemples qui contiennent la coupe au premier trochée est beaucoup plus grand que celui des exemples relatifs à la coupe finale (7 contre 2), et ceci ne saurait surprendre. Mais cet accroissement du nombre des exemples n'est pas sensible également pour les deux types logiques représentés dans les deux exemples précédemment étudiés, le type à coordination renforcée (pudetque\ Et cupit), et le type à enclitique logique (quod oro | Ne facile). Des deux, c'est le second, on l'a vu, qui suppose entre les deux membres la plus étroite relation, la moindre distinction logique : or celui-ci seul apparaît dans un plus grand nombre d'exemples pour la coupe au premier trochée que pour la coupe finale (3 contre 1) ; le premier type ne se montre que dans un seul passage, aussi bien pour la coupe faible que pour la coupe forte. Les trois exemples restants de la coupe au premier trochée appartiennent à un troisième type, qui suppose entre les deux membres un rapprochement logique encore plus intime que les deux précédents : c'est le type Esse | reor. Ici, l'un des membres est une proposition principale, l'autre une proposition subordonnée complétive infinitive : c'est-à-dire que leur relation syntactique est la plus étroite qui se puisse concevoir. Mais il y a plus : à la proposition principale est rattachée, non pas toute la subordonnée, mais seulement une partie ; or cette

distraction (pour ainsi parler) des éléments d'une proposition au bénéfice d'une autre, n'est possible que si toutes deux se confondent pour l'esprit en une seule unité logique (vv. I, 554 ; XII, 5o5 et XIII, \[\, ces deux derniers exemples très voisins l'un de l'autre).

Revenons aux deux premiers types, qui seuls permettent la comparaison entre les coupes considérées. L'enclitique logique est représentée, pour la coupe finale, parle verbe relativement rare, c'est-à-dire frappant, oro, pour la coupe au premier trochée par l'exclamation banale precor. De plus, le premier est placé avant le mot sur lequel il s'appuie, le second après : c'est le premier évidemment qui garde le plus d'indépendance, et qui retient le plus longtemps l'attention. Voilà pour la dépendance logique ; voici maintenant pour les caractères pathétiques. Des trois precor (II, 36 1 ; II, 362 ; V, 218), les deux derniers éveillent sans aucun doute chez le lecteur une assez médiocre émotion, par le seul fait qu'ils contiennent une simple répétition du vers précédent; on peut voir, en se reportant aux passages, que leur valeur n'est point pathétique, mais logique : ils servent de transition entre ce qui les précède et ce qui les suit. Reste donc le seul passage II, 36 1 à comparer au passage étudié ci-dessus XV, i3g ; en négligeant toutes les autres considérations propres à démontrer l'infériorité du pathétique dans le premier, il suffît d'y faire remarquer la présence du vocatif mater après parce precor ; de même que le système syntactique demeure incomplet même après renonciation des deux verbes, de même l'émotion demeure incomplète jusqu'à l'apparition du vocatif, et c'est au vocatif surtout qu'elle s'attache. Au contraire, aux vers XV, i3o-i/io, le groupe quod oro \Ne facile forme au point de vue pathétique un tout complet, non seulement indépendant, mais encore prépondérant par rapport à la suite.

Quant au type à coordination renforcée, qui se trouve pour la coupe finale au vers X, 371 (voir ci-dessus), pour la coupe

SUITE 3q5

au premier trochée au vers XV, 3og, il est inutile de développer la comparaison des deux passages, tant le premier est visiblement plus frappant que le second, parla nette distinction logique des deux membres, et par le pathétique de leur contenu. Les deux verbes pudetque \ Et cupit forment un tout syntactique et logique complet ; les deux verbes Datque \ capitque sont enveloppés dans la masse des éléments syntactiques qui leur appartiennent en commun, et qui contiennent la notion logique essentielle {figuras nouas) ; l'on peut trouver même que leur importance n'apparaît pas assez : ils contiennent en effet le plan du développement qui suit. Dans ce passage du livre XV, il n'y a pas trace d'émotion, même de celle qui peut se trouver dans un exposé purement logique, par exemple dans une argumentation particulièrement serrée et pressante ; l'interrogation n'y est qu'une banale ligure de rhétorique. Au contraire, le passage du livre X est, on l'a vu, tout rempli de pathétique. Pour finir, nous remarquerons que le type à coordination renforcée que... que..., ...que et... etc., ne peut guère admettre à la fois la coupe au premier trochée sans élision et l'étendue minima des membres, c'està-dire la terminaison du second à la première moitié du deuxième pied (coupe trihémimère), soit les deux conditions qui définissent le type normal

Parce | precor

Il faut choisir entre le type à élision

- (w) lww-

Est qu(e) | et erit

et le type prolongé d'une brève

Datque | capitque C'est ce dernier qui se trouve dans les Métamorphoses (XV,

3f)6 REPOS COURTS DE l'ÉTENDUE TOTALE

3og). Cette disposition des faits rythmiques peut être énoncée en d'autres termes. On dira, que dans le cas où les deux membres séparés par la coupe au premier trochée ont le plus d'indépendance logique (car cette indépendance est plus grande dans le type Datque \ capitque que dans les deux autres Parce | precor et Esse \ reor), leur étendue totale est précisément plus grande. L'accroissement de l'importance du repos se produit à la fois dans l'ordre logique et dans l'ordre rythmique.

(3) Deuxième espèce.

Après les groupes dont les deux membres, bien qu'ils ne comprennent ensemble que i temps marqués, sont malgré cela séparés par la coupe finale, nous étudierons ceux qui ont également leur coupe à la fin du vers, mais une étendue totale légèrement supérieure, soit de 3 temps marqués. L'étude des exemples nous montrera, pour ces groupes comme pour les précédents, que le contraste entre le court repos du discours et le repos important du vers n'est pas un accident fortuit : il produit chez le lecteur un effet de surprise et d'émotion ; peu importe d'ailleurs, que cette émotion s'attache aux idées ou bien aux sentiments exprimés, à l'enchaînement logique de celles-là ou bien au caractère pathétique de ceux-ci, qu'elle soit perçue par l'intelligence ou par la sensibilité.

L'étendue totale étant dans les repos de ce genre plus grande que dans les précédents, on peut conclure par induction que le contraste du discours et du vers y est moins sensible, et la surprise qui en résulte moins grande. Nous n'essayerons pas de justifier cette induction par l'étude des exemples. En effet, la différence des deux durées est très faible ; la différence dans le degré de surprise produite sera également peu sensible ; de plus, la surprise peut s'expliquer dans les divers passages par

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