‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 200 sur 270 · SECONDE COMPARAISON /[O · texte numérisé non relu

SECONDE COMPARAISON /[O

exemples de la coupe finale, ceux dont les membres ont une relation syntactique semblable (subordination infinitive) ou très différente (deux propositions non subordonnées). A cette dernière classe appartient le vers I, 5i4

nescis temeraria j nescis

La relation syntactique que nous trouvons ici entre les deux membres (asyndète) laisse en général aux propositions qu'elle réunit une plus grande indépendance que la subordination complétive infinitive qui rattache les deux membres des groupes divisés par la coupe finale. Mais le cas présent fait exception : l'asyndète y prend la force de rapprochement logique de la subordination la plus étroite ; le contenu des deux propositions est en effet le même ; on trouve dans chacune le même verbe, à la même forme, avec le même caractère exclamatif ; le vocatif qui les sépare appartient en réalité aux deux. Quant au repos de surprise ou d'émotion, soit logique soit pathétique, celui de la coupe au cinquième dactyle paraît très peu sensible si on la rapproche de la coupe finale des vers IX, 554 et XV, /|20. Il a pourtant, semble-t-il, quelque valeur par la nature même du mot qui précède la coupe : le vocatif ne passe jamais inaperçu. C'est que tous les détails de ce passage sont importants, l'attention du lecteur y est constamment en éveil : les paroles d'Apollon contiennent à la fois une prière et une argumentation, c'est-à-dire que le mouvement logique en est aussi vif que le mouvement pathétique. Mais cette attention s'attache beaucoup moins au vocatif qu'aux verbes qui l'entourent, beaucoup moins à la coupe au cinquième dactyle qu'aux coupes hephthémimère et finale du même vers. Prenons d'abord le mot dans sa fonction de vocatif: il perd de sa force d'arrêt si nous pressentons que le mot suivant doit être un verbe dont il dépendra pour le sens ; or, il est évident que le seul mot qui puisse terminer le vers est un second nescis. Quant au contenu du mot temeraria, il ne nous apprend rien qui ne soit déjà

connu (v. 5i2) ; on peut le supprimer sans aucun dommage. Qu'y a-t-il de nouveau et d'important dans les vers 5 1 4-5 1 5 ? ce n'est pas l'idée « tu ignores qui te poursuit », qui s'exprime dans temeraria, mais l'idée « si tu le savais, tu ne le fuirais pas », qui est obtenue par le rapprochement des deux verbes qui se correspondent pour le sens et le son : nescis. . . fugis. Ce sont donc les verbes nescis qui retiennent l'attention, et non le vocatif qui les sépare ; d'autant plus qu'à l'intérêt logique qui leur vient de leur opposition k fugis du vers suivant s'ajoute un intérêt pathétique : ce sont presque des exclamations. Ce qui contribue enfin à rejeter dans l'ombre le vocatif, c'est que le deuxième nescis est le plus important, comme il arrive le plus souvent dans les répétitions de ce genre ; l'attention du lecteur est ménagée pour le dernier mot du vers, et c'est là qu'elle se fixe, au détriment du milieu de l'hémistiche.

L'examen de ce passage nous amène à la remarque suivante, qui s'applique à beaucoup d'autres : l'importance d'un mot ou d'une coupe ne doit pas être appréciée en elle-même, mais par comparaison avec ceux ou celles qui l'entourent. Il y a tel vers où certains mots paraissent assez importants, les autres nuls ; tel autre où certains mots paraissent très importants, les autres assez importants. Cependant, l'un et l'autre sont, par nécessité, construits de même façon, car l'auteur y dispose des mêmes coupes ; la valeur relative de celles-ci reste la même, mais leur valeur absolue diffère ; c'est au lecteur à noter cette différence, sans que l'auteur ait aucun moyen de la lui rendre sensible.

Les exemples où la relation syntactique des membres séparés par la coupe au cinquième dactyle, soit

est la même que dans les exemples à coupe finale, soit

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