‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 201 sur 270 · TROISIÈME COMPARAISON ^OO · texte numérisé non relu

TROISIÈME COMPARAISON ^OO

c'est-à-dire ceux où l'on trouve une subordonnée infinitive suivie de sa principale permettent une comparaison plus facile. Le rapport syntactique des deux parties étant le même, nous n'avons qu'à montrer la différence d'importance du repos d'émotion qui les sépare. On a vu au passage précédent, 1. 5i/j, que lorsque la coupe est faible, ce repos est faible, en d'autres termes, que l'attention néglige le premier membre pour s'attacher au second, ou aux deux réunis. Il en est de même dans ceux que nous allons observer. Soit le groupe :

nebulasque recedere | iussit

Les exemples à subordination infinitive semblent au premier coup d'œil faire exception à cette règle. En effet, quels sont ici les mots qui contiennent l'essentiel de la notion exprimée? C'est l'infinitif avec son complément ; le verbe de la proposition principale ne sert qu'à donner à l'idée sa forme, à la classer dans un enchaînement d'autres notions, en apportant les caractéristiques verbales de l'indicatif : il pourrait être traduit en français par un auxiliaire (elle fit...). Mais on va voir qu'ici précisément l'attention du lecteur se porte sur la forme, le contour extérieur de l'action (verbe principal), plutôt que sur sa matière (verbe subordonné) ; aussi est-ce après l'auxiliaire, à la fin du vers, que se trouve le repos d'attention principal ; c'est l'auxiliaire qui est le mot important, ou en d'autres termes, la subordonnée et la principale forment pour l'esprit une seule notion qu'il n'analyse pas, et dans l'intérieur de laquelle il ne marque pas de repos.

L'ordre des mots dans les propositions et les vers qui précèdent rend dès l'abord cette opinion vraisemblable. Déjà dans la période précédente, le verbe de la proposition principale circumspicit (v. 6o5) est placé à la fin ; dans le vers, il précède, il est vrai, une coupe féminine ; mais celle-ci est, par

4lO REPOS COURTS DE l'ÉTENDUE TOTALE

son importance logique, la principale du vers. Considérons maintenant la période qui nous occupe : repperit (v. 607) termine une proposition avant un repos important (début de discours direct) ; ait occupe la même place, avant la coupe penthémimère du vers 608 ; constitit est au début du vers 609, et pour le sens, sinon pour la syntaxe, au début d'une proposition ; il s'oppose par le style et par la pensée à iussit qui termine le même vers et la proposition correspondante, et les deux verbes se font valoir l'un l'autre. Ce qui justifie l'attribution aux indicatifs des places importantes dans la période 607-609, c'est que l'attention s'attacbe à la place que les faits occupent dans la suite du récit, plutôt qu'à leur nature même ; le récit serait incomplet, s'ils n'y étaient point mentionnés ; mais ils y restent au second plan, le lecteur n'a qu'à en prendre connaissance en gros, il n'a pas besoin d'en approfondir le détail. En effet, la partie du récit contenue dans la période 607-609 n'est qu'une transition entre deux autres beaucoup plus importantes : celle où Junon remarque l'absence de son époux (601-606), et celle où elle le rejoint sur la terre. Cette transition est liée à ce qui précède par la syntaxe et par le sens ; toutefois, on ne peut dire que le lecteur l'attende avec impatience, car le vers 6o5 suffît à lui faire pressentir la descente de Junon sur la terre. Avec la période suivante, la relation est moins étroite encore ; les mots coniugis aduentum résument pour le lecteur les deux vers précédents, et lui permettent de les oublier ; les plus-que-parfaits praesenserat et mutauerat l'avertissent qu'il y a rupture dans la trame du récit, et passage brusque à un nouvel épisode ; le personnage agissant y est Jupiter, et non plus Junon, comme dans la période 607-609 ; lorsque celle-ci reparaît (612), elle est pour ainsi dire séparée de la Junon du vers 609 par un certain nombre d'actions que l'auteur ne mentionne pas (Junon aperçoit Jupiter et le rejoint). Ainsi, l'allure du récit est telle que dans le vers 609, c'est le mot final du vers, le verbe iussit

SUITE l\ I I

qui est, comme nous le préjugions plus haut, le mot essentiel.

On trouve dans les Métamorphoses quatre exemples semblables au précédent par l'étendue, soit s-uil3JwL'3"w | k v, et par la relation syntactique (subordonnée infinitive suivie de sa principale). Ils sont aux vers IV, 376, 442, 577, 7^8. Dans tous, la nature de la coupe peut être expliquée par les mêmes motifs.

i° La relation syntactique est appuyée d'un très étroit rapport de sens ; il consiste en ceci, que le verbe de la proposition principale a tout juste le rôle d'un auxiliaire. Tel est celui de iussit dans l'exemple cité plus haut ; tout autre serait la valeur propre d'un verbe tel que nebulasque recedere mikoh. Par suite, les deux propositions forment une seule unité logique. Le seul exemple qui appelle une remarque à cet égard

est IV, 748 :

et idem contingere | gaudent

où le verbe gaudent paraît moins vide de sens que le verbe correspondant des autres exemples (iussit, cernit, sentit). Si l'on se reporte au passage, on s'aperçoit qu'il ne vaut pas plus qu'eux : l'idée de la joie ressentie est tout à fait secondaire, et le principal effet de l'intervention du verbe est de transformer la forme syntactique impersonnelle idem contingit de manière à la rattacher directement au sujet de la période pelagi nymphae. C'est dire que le verbe gaudent est employé exactement comme un auxiliaire.

20 Si l'on analyse le groupe logique formé par la subordonnée et la principale, et que l'on compare l'importance de l'infinitif à celle du présent, on a vu plus haut que c'est celui-ci qui, malgré son peu de contenu, retient davantage l'attention. Dans les quatre exemples nouveaux, la preuve est d'autant plus facile à fournir que la notion contenue dans la proposition infinitive est précédée d'une autre analogue qui la rejette au second plan. Ainsi pour parité rque adolescere après Crescendo iungi (IV, 376) ; pour turbamue accedere après nec

l\ ! 2 REPOS COURTS DE L ETE1VDUE TOTALE

ulli Exiguus populo est (IV, 44^) ; pour squamas increscere après Durataeque cuti (IV, 577) ; pour idem contingere après factum mirabile (IV, 7A8). Quant aux raisons qui rendent important (relativement) le verbe à un mode personnel, celui qui contient les caractères de temps et de mode du groupe logique considéré, et renvoie au sujet, on les découvrirait chaque fois par la même méthode que pour l'exemple I, 609. Prenons le dernier passage IV, 7/18

et idem contingere | gaudent

L'importance du sujet de la période, et par suite des verbes qui s'y rattachent, est indiquée par la place des mots At pelagi nymphae en tête de la période et du vers 7A7, et de plus par leur opposition au sujet Ipse du vers 7^0 ; ce qui s'est produit pour Persée se produira-t-il aussi pour les nymphes ? Au contraire, la nature de leur action, du miracle qui va se produire, désigné dans la subordonnée infinitive {factum mirabile, idem contingere) nous est déjà connue par ce qui précède (7^3-7/16) ; par conséquent, cette idée, et les mots qui la représentent, passent au second plan. Ce qu'il y a de nouveau, et par suite d'important, c'est, d'abord le fait que les Nymphes s'engagent dans la même action que Persée (temptant), ensuite le résultat de leur tentative (gaudent) : voilà pourquoi les deux verbes occupent des places importantes et correspondantes à la fin des deux vers 7^7 et 7/48.

Revenons aux groupes de trois temps marqués divisés par la coupe finale (^ -^^-^ \ L^rr: : et cuncta licere \ Credimus) ; aussi bien, l'étude des exemples ci-dessus, où la coupe est au cinquième dactyle (*rz - ^^ - ^^ | - - : nebulasque recedere \ iussit) n'avait d'autre objet que de faire mieux apprécier l'anomalie contenue dans les précédents. Le type

et cuncta licere | Credimus

COMPARAISON AVEC LA PREMIÈRE ESPECE l\l3

a plusieurs équivalents rythmiques ou doublets (v. p. 391) possibles. Ce sont :

Grede

Credimus

Crede

cuncta licere |

cuncta licere |

et cuncta licere

Ils ne sont représentés par aucun exemple. Peut-être l'instinct du versificateur est-il pour quelque chose dans cette absence. En effet, quand le premier ou le second membre se trouve réduit au plus petit nombre possible de durées de brève, soit -~-- pour le premier, et -^ pour le second, le contraste entre l'importance de la coupe et la longueur du groupe se trouve poussé à l'extrême, et risque de paraître choquant. (Comparez et cuncta licere \ Credimus avec cuncta licere \ Crede?) Ce qui nous autorise à expliquer cette discrétion par un scrupule de l'auteur, c'est qu'on trouve la même précaution dans l'emploi des groupes de deux temps marqués (v. p. 392).

Si nous poussons plus loin la comparaison des deux types, celui de 2 temps marqués et celui de 3, nous pouvons faire les remarques suivantes : i° Les exemples en sont très peu nombreux (deux pour chacun), ce qui est naturel. — 2° Les exemples du groupe le plus long ne sont pas plus nombreux que ceux du plus court. Ce fait semble s'opposer à un autre fait noté dans la partie statistique (v. p. 384) : c'est que la coupe finale se trouve d'autant plus fréquemment que les groupes sont plus étendus ; mais la rareté relative du groupe

l\ 1 l\ REPOS COURTS DE l'ÉTENDUE TOTALE

de 3 temps marqués s'explique par la difficulté d'employer le type à rythme ascendant (v. p. 398). — 3° Il semble que la relation syntactique des membres doive se relâcher à mesure que leur étendue grandit, et par suite être moins étroite pour le groupe de 3 temps marqués que pour le groupe de 2. Cependant celui-ci est affecté à des coordonnées (pudetque \ Et cupit ; quod oro \ Ne facite) , celui-là à des subordonnées complétives suivies de leur principale (et cuncta licere \ Credimus ; sic tempora uerti \ Cernimus). Mais l'auteur a fait le nécessaire pour que cette contradiction ne pût être blâmée. En effet, ce qui manque aux groupes les plus courts, quant à l'étroitesse de la relation syntactique, est amplement compensé par la rapidité du mouvement pathétique, qui est beaucoup plus grande dans ces deux passages que dans les deux autres. — 4° Les quatre exemples de groupes très courts divisés par la coupe finale se trouvent dans les derniers livres des Métamorphoses (IX, X, XV).

Nous arrêtons ici l'étude des repos très courts de l'étendue totale. On pourrait la pousser plus loin. Il serait facile de l'étendre, pour la coupe finale, aux groupes de !\ temps marqués, tels que :

Juppiter ut sit, ait et de 5, tels que :

Et posuit pennas

et opto |

tegumenque remouit |

Il serait également permis de considérer d'autres coupes importantes du vers, par exemple la penthémimère (coupe de deuxième catégorie), les coupes trihémimère et hephthémi-

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