‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 203 sur 270 · DÉFINITION ^ I · texte numérisé non relu

DÉFINITION ^ I

de beaucoup (repos longs). Cette section comprendra les mêmes parties que la précédente : d'abord la définition des repos longs de l'étendue totale, ensuite l'étude des faits de versification réunis en groupes plus ou moins nombreux (étude statistique), enfin l'étude distincte de quelques-uns d'entre eux, qui présentent un contraste marqué entre le repos du discours et le repos du vers (étude détaillée ou particulière).

a) Définition.

Nous avons défini plus haut les courts repos par rapport à l'hexamètre : ce sont en effet, on l'a vu, ceux dont les membres contiennent moins de six temps marqués. Nous ferons de même pour les longs repos. Mais pour ceux-ci, la considération du vers ne fournit pas aussi aisément la définition cherchée.

Un vers isolé et réduit à ses éléments métriques offre, nous l'avons dit plus haut (p. 38o), le type d'une période organisée, divisée en deux membres qui peuvent se subdiviser eux-mêmes en deux parties. Toutefois, cette période n'est pas aussi rigoureusement symétrique que certaines des périodes que l'on trouve réalisées dans le discours. D'abord, les deux hémistiches sont rarement tout à fait égaux, car s'ils renferment le même nombre de temps marqués, ils peuvent ne pas renfermer, ou plutôt ils ne renferment jamais le même nombre de durées de brève. Ensuite, les deux sous-hémistiches sont toujours inégaux, quant au nombre des temps marqués, et presque toujours, quant au nombre des durées de brève. Cette désharmonie dans la structure du vers a sans doute son explication, que nous n'avons pas à rechercher ici ; mais elle empêche de considérer le vers, pris à part, comme le type d'un groupe rythmique parfait. Essayons maintenant de réunir assez de vers consécutifs pour obtenir une période

Cahen. 27

4l8 REPOS LONGS DE l'ÉTI5\DUE TOTALE

qui présente toujours, non seulement deux divisions, mais deux subdivisions exactement égales : nous verrons qu'il faut quatre vers au moins pour satisfaire à cette condition. La période de quatre vers est donc la plus simple des périodes parfaites : on y trouve la division binaire dans sa rigueur, et elle peut servir de type pour la construction, non seulement d'un discours en vers, mais d'un discours quelconque. Aussi l'étendue de quatre vers sera-t-elle considérée par nous comme l'étendue typique ou normale des portions de discours en vers qui s'offrent à notre observation ; les longs repos seront donc ceux dont les deux membres réunis occupent plus de quatre vers.

Ce n'est sans doute pas un hasard, si dans la poésie lyrique française, l'étendue d'une strophe est rarement inférieure à ce nombre de quatre vers. Un groupe rythmique qui comprend quatre fois l'unité de rythme, et qu'il faut par conséquent diviser et subdiviser avant de parvenir à cette unité, est assez complexe pour se suffire à lui-même. Au contraire, les groupes de trois ou deux vers ont une tendance visible à s'agglomérer les uns aux autres.

L'instinct rythmique des anciens ne peut manquer d'être sur ce point tout semblable au nôtre, et nous n'aurions besoin d'aucun témoignage pour affirmer cette identité. Rappelons toutefois que ce témoignage existe : quatre hexamètres, telle est d'après Cicéhon l'étendue normale de la période (v. Orator, 221 et suiv.). Le passage mérite d'être cité. Nous voyons en effet, d'abord que cette limite n'est pas imposée : il est tout à fait licite de rester en deçà, ou de passer au delà ; ensuite, qu'elle a été choisie, non seulement en raison de la longueur totale des quatre éléments qui la déterminent, mais aussi à cause de ce nombre de quatre, qui satisfait l'esprit, abstraction faite de l'ampleur des éléments auxquels il s'applique. Ce dernier motif est indiqué, très clairement, dans la première et la dernière phrase du texte, que voici : « Constat enim Me ambitus et plena comprehensio e quattuor fere partibus quae membra

LONGUEUR MOYENNF DE LA PERIODE l\ 1 Q

dicimus, ut et aures impleat et ne breuior sit quam satis sit neque hngior. Quamquam utrumque nonnumquam uel potius saepe accidit, ut aut citius insistendum sit aut longius procedendum, ne breuitas defraudasse aures uideatur neue longitudo obtudisse. Sed habeo mediocritatis rationem, nec enim loquor de uersu1 et est liberior aliquanto oratio. E quattuor igitur quasi hexametrorum instar uersuum quod sit constat fere plena comprehensio. His igitur singulis uersibus quasi nodi apparent continuationis , quos in ambitu coniungimus ». Ce texte est signalé par E. Norden, Vergils JEneis B. VI (passage cité p. io5, n. i). Le même auteur renvoie à un autre passage de Cicéron (<( de Oratore, III, 181 sqq. ))) ; mais il ne s'y trouve rien qui concerne l'étendue de la période.

En fixant à quatre hexamètres la longueur de membres qui correspond à une durée de repos supérieure à la normale, nous n'avons pas délimité avec une précision parfaite le nombre des longs repos. Soit une période qui comprend quatre vers complets, plus une partie du précédent ou du suivant, ou des deux, faut-il l'admettre au nombre des longues périodes?

Prenons comme exemple celle qui commence à la penthémimère du vers II, 346 et qui finit à la penthémimère du vers 35 1. 11 suffit d'en considérer les éléments métriques, tel que les présente le schéma suivant :

L~ ^|a — — — L- L ^~^ — z~z zrz u~u zru 6 z Lzrz z~z ^^t~z zrz ~z~z<L^

i . Ces mots semblent signifier que les périodes d'une étendue supérieure à celle de quatre hexamètres étaient, au jugement de Cicéron, plus fréquentes en vers qu'en prose. A. défaut d'observations précises, il y a tout lieu de considérer l'assertion de Cicéron comme exacte, d'autant qu'il la présente comme couramment admise. En théorie, le fait s'explique aisément. Chez le poète et chez ceux qui l'écoutent, l'attention est plus vivement excitée, et les limites qu'elle embrasse varient dans une plus large mesure.

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Il semble qu'une période telle que celle-ci doive être encore considérée comme ayant une étendue normale, et que le repos qui en sépare les membres, à la penthémimère du vers 348, ne puisse être compté parmi les longs repos. En effet, de même que l'œil, dans le schéma, embrasse tout d'abord le groupe compact des quatre vers entiers, et n'aperçoit qu'ensuite les parties en excès, de même l'oreille, accoutumée à mesurer le discours en vers en prenant l'hexamètre comme unité rythmique, reconnaît dans la somme des vers complets le caractère principal de la période, et fait abstraction des fragments de vers qui dépassent ce domaine si nettement et simplement délimité. Que chacune des parties de vers incomplets contienne i, 2, 3 ou 4 temps marqués, ces différences ne sont guère observées, et ne créent point de distinction entre les périodes qui les présentent, à moins toutefois que l'attention ne soit attirée précisément sur leur caractère particulier. Ces périodes sont réunies en une seule catégorie, celle des périodes de quatre vers ou à peu près ; elles n'excèdent donc pas en réalité l'étendue normale.

Pour apprécier à sa juste valeur la difficulté de classement que présentent ces périodes, il faut considérer le cas où elle est le plus sensible, c'est-à-dire la période où les parties de vers incomplets ont l'étendue la plus grande qui se puisse concevoir. Elle est représentée par le schéma suivant, dont l'équivalent réel ne se trouve d'ailleurs pas dans les Métamorphoses :

Dans cette période, le nombre des vers complets est de l\, le nombre des temps marqués de 34- Si l'on tient compte du

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