‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 206 sur 270 · LES LONGS REPOS EN UN SEUL GROUPE · texte numérisé non relu

LES LONGS REPOS EN UN SEUL GROUPE

tion des nombres B et A nous indique, pour chaque classe de coupes, la fréquence des repos B par rapport à l'ensemble des repos entre propositions.

Coupes. B/A =

Classe I i3%

» II il »

Les faits résumés dans ce tableau confirment le principe théorique énoncé plus haut. On y voit que les longs repos sont plus fréquents aux coupes les plus importantes du vers : c'est donc que les repos longs du vers attirent, en quelque sorte, les repos longs du discours et inversement. La progression est régulière, et la proportion des longs repos décroît, à mesure que l'on passe de la classe I à la classe II, etc. Dans le chapitre précédent, où il s'agissait de repos courts et non pas de repos longs, on a vu (p. 382) que la même loi se traduisait par une progression aussi régulière, mais exactement inverse, le nombre des exemples croissant à mesure que diminuait l'importance des coupes.

Toutefois, si l'on compare en détail la progression décroissante des longs repos avec la progression croissante des repos courts, il semble que l'attraction réciproque des repos de même importance soit plus apparente et plus rigoureuse pour celle-ci que pour celle-là. En effet, dans le tableau de la page 382, les quatre classes de coupes sont représentées par les quatre nombres i, 5, il\, i5 (%); si l'on additionne les nombres qui indiquent la différence de chacun de ces nombres au suivant, le résultat est (A — f- 9 — f— 1 =) i!\. Dans le tableau des longs repos, la différence des quatre classes n'est que de (2 + 1 + 4 =) 7 . Les quatre termes de la progression sont donc beaucoup plus éloignés l'un de l'autre dans le cas des courts repos ; nous pouvons dire que la progression elle-même est

^26 REPOS LONGS DE l'ÉTENDUE TOTALE

plus nette et la démonstration qu'elle contient plus décisive.

Avant d'accepter comme certaine cette différence que rien ne justifie, il convient d'examiner si la comparaison qui nous l'a fournie est entièrement légitime. Le nombre total des repos A, qui est le même dans la statistique des longs et des courts repos, comprend dans les deux cas les repos indéterminés. Observons comment ces trois sortes de repos : repos longs, repos courts, repos indéterminés, se présentent à l'esprit du poète ou de son auditeur, et quels y sont leurs rapports. Entre les repos courts et les repos indéterminés, aucune comparaison, aucun contact: ils sont aussi éloignés que possible dans la hiérarchie des valeurs rythmiques. Il est donc impossible que l'existence des repos indéterminés et leur affinité pour telle ou telle coupe modifie en quoi que ce soit la disposition des courts repos. Mais il y a bien moins d'éloignement entre les longs repos et les repos indéterminés : ils diffèrent, et profondément, en ce que les premiers sont déterminés et les autres non : ils se ressemblent malgré cela, puisque les premiers ont une durée, une importance très grande, les seconds une durée, une importance aussi grande que possible ; ils sont voisins dans l'esprit du versificateur, bien que séparés par une limite nettement tracée. Aussi le poète peut-il être amené à combiner la disposition des longs repos (combinaison instinctive, et non réfléchie), en considérant celle des repos indéterminés, soit d'ailleurs pour les conformer, soit pour les opposer les uns aux autres. Il s'exerce donc, ou il peut s'exercer sur les longs repos, une influence qui ne s'exerce pas sur les repos courts, et que nous devons écarter, si nous voulons établir entre ces deux sortes de repos une comparaison exacte.

Nous sommes incapables de détruire l'action des repos indéterminés au moment même où elle se manifeste dans l'esprit du poète, mais nous pouvons en supprimer le résultat

INFLUENCE DES REPOS I!\DÉTERM1NES l\'2"j

dans le poème en y supprimant les repos indéterminés euxmêmes. Pour éliminer ces repos et le trouble qu ils peuvent apporter dans la disposition des repos voisins, il suffit de remplacer dans le tableau ci-dessus le nombre A, qui comprend tous les repos entre propositions aux différentes coupes, par un nombre A', qui comprend les mêmes repos, moins les repos indéterminés. Les relations B/A' indiquent la distribution des longs repos une lois délivrés de l'influence dégagée par les repos indéterminés ; ce sont ces relations B/A' que nous comparerons aux relations B/A obtenues pour les courts repos (v. p. 38a).

A' =. A — Repos indéterminés.

Coupes. B/A' =

Classe I a i %

» II il »

Dans ce tableau, la somme des différences qui se remarquent entre les nombres correspondant aux quatre classes de coupes est de (io-h i -+-4 — ) I0î eu<e est donc presque égale à la différence constatée dans l'examen des courts repos (i A)- Cette égalité démontre que la loi d'attraction s'exerce avec autant de rigueur sur les longs repos que sur les repos courts, si l'on écarte des premiers le voisinage des repos indéterminés.

Ainsi disparaît la différence surprenante que nous avions remarquée en observant comment la loi d'attraction s'applique aux repos longs et aux repos courts de l'étendue totale. Mais il ne suffit pas de constater la disparition de cette difficulté. Il faut encore signaler les deux faits suivants. D'abord, le premier trouble que nous observons dans l'application de la loi est imputable aux repos indéterminés. Ensuite, l'influence des repos indéterminés ne s'exerce, directement du moins, que sur les repos placés à la coupe finale. En effet, quand on com-

fl^S REPOS LONGS DE l'ÉTENDUE TOTALE

pare les relations B/A (p. k 2 5) et les relations B/A' (p. l\ 1 7), on ne trouve de différence qu'à la classe I. Ces deux faits n'ont pas encore leur explication ; mais ils nous seront utiles par la suite ; ils nous guideront dans l'explication des difficultés nouvelles que nous ne tarderons pas à rencontrer.

Poursuivons la comparaison des longs repos avec les courts. Si l'on observe l'attribution de ceux-ci aux différentes coupes, telle qu'elle est exprimée par les nombres B/A du tableau p. 382, on remarque que les quatre classes de coupes se répartissent en trois groupes bien distincts, d'après la différence des nombres inscrits en regard : classe I, puis classe II, enfin classes III et IV réunies. Au contraire, les relations B/A des longs repos (p. 425) ne permettent de distinguer que deux groupes : les trois premières classes ont des nombres très voisins, la quatrième seule se signale par une différence notable. Cette distinction moins nette entre les coupes doit être attribuée à la même cause qui produit le rapprochement des nombres signalés tout à l'heure : les deux faits, s'ils étaient établis, prouveraient que la loi d'attraction agit avec moins d'intensité sur les longs repos que sur les courts. Mais le premier n'est pas plus certain que le second ; il disparaît comme lui si l'on élimine les repos indéterminés, si l'on oppose aux nombres B/A obtenus pour les courts repos, non pas les nombres B/A de la p . t\ 2 5 , mais les nombres B/A' de la p . (\ 2 7 . Ceci fait, on reconnaît dans les longs repos des distinctions aussi sensibles que dans les repos courts et la même division des quatre classes en trois groupes : classe I, puis classes II et III ensemble, enfin classe IV. Il est vrai que la composition des groupes n'est pas la même pour les deux sortes de repos : c'est là une différence certaine, qu'il faut maintenant préciser en quelques mots.

A cet égard, les relations B/A sont d'accord avec les relations B/A', et nous conduisent à la même remarque : c'est que le troisième nombre est plus voisin du second que du quatrième.

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