DIFFÉRENTES CATÉGORIES DE LONGS REPOS
L'importance des coupes au tiers, estimée par le sens rythmique du poète, serait donc plus semblable à celle des coupes à l'hémistiche qu'à celle des coupes féminines. Voilà ce que le traitement des longs repos permet de supposer. Mais une conclusion toute contraire se dégage de l'observation des courts repos, puisque le troisième nombre B/A (p. 382) y est plus voisin du quatrième que du second. Quelle explication donner de cette différence? Aucune, et cela pour deux raisons. D'abord, la contradiction signalée n'infirme en rien la loi d'attraction, à laquelle se rapporte tout notre effort ; cette loi détermine l'importance relative des quatre classes de coupes, mais non point l'affinité d'une certaine classe avec l'une ou l'autre de ses voisines. Ensuite, dans le domaine même des courts repos, le rapprochement de la classe III et de la classe IV n'est pas solidement établi. Il est confirmé par l'observation des courts repos tous réunis, mais démenti si l'on isole certains d'entre eux ; en effet, parmi les nombres qui indiquent la répartition des repos de très courte durée (relations G/B, p. 384), le troisième se trouve, comme dans les tableaux des longs repos, plus voisin du second que du quatrième.
{S) Différentes catégories de longs repos.
Après avoir réuni les exemples de longs repos en un seul tout, il convient de distinguer entre eux, de mettre à part les groupes de 5 vers, ceux de 6, etc. , comme nous avons distingué entre les courts repos ceux des groupes de 2, 3 temps marqués, etc. Quel est, pour chacun des types de période les plus caractéristiques, le nombre des exemples qui incombent à chacune des classes de coupes ; quels enseignements nous apportera la comparaison des différents nombres ?
Les deux catégories les plus intéressantes à comparer entre elles seront ici, comme dans l'étude des courts repos, les plus voisines
et les plus éloignées de l'étendue moyenne. Parmi les courts repos, nous avons choisi, d'une part ceux des groupes qui ont une étendue de 5 temps marqués, presque égale à l'étendue normale, qui est celle de l'hexamètre, d'autre part les repos des groupes de 2 temps marqués, aussi éloignés que possible de la normale. Parmi les longs repos, nous choisirons, pour les comparer ensemble, d'une part ceux des groupes relativement normaux et fréquents de 5 vers, d'autre part ceux des groupes exceptionnels et rares qui contiennent i3 vers et plus. Soit B le nombre total des exemples de groupes ayant plus de !\ vers, C le nombre des exemples de groupes ayant 5 vers d'étendue, G le nombre des exemples de groupes ayant i3 vers et plus. La question que nous poserons est celle-ci : à quelles places du vers trouve-t-on le plus souvent, d'une part les repos presque banals, d'autre part les repos très rares? Traduisons ces mots par des nombres. Soit C/B la relation du nombre des exemples presque banals au total des exemples de longs repos. Soit G/B la relation du nombre des exemples très rares au même total: quelle classe de coupes présentera pour chacune des deux relations à comparer des nombres plus considérables ?
Il y a intérêt toutefois à ajouter ici une troisième catégorie de repos aux catégories G et G, une troisième relation aux relations G/B et G/B. Cette dernière, en effet, ne nous permet pas de fonder des conclusions solides. On verra dans le tableau suivant qu'elle correspond pour certaines classes de coupes à la proportion de 1 pour 100. Cette proportion ne peut se rencontrer que si le nombre des exemples des repos G pour chacune de ces classes est très faible. Il est à la classe I, c'està-dire à la coupe finale, de i3 pour un total B de 844 ; à la classe IV, c'est-à-dire aux coupes faibles (premier trochée, etc.) de 2 pour un total B de 110. Si les nombres i3 et 2 étaient augmentés de très peu, portés l'un à 17 et l'autre à 3, la proportion qu'ils déterminent serait modifiée; elle pas-
RAPPORT DES NOMBRES A LA LOI d'aTTRACTION h'3l
serait de i pour ioo à 2 pour ioo. Or, c'est peut-être le hasard qui fait que le poète a admis i3 repos du groupe G à la classe I plutôt que 17 ; c'est sûrement le hasard seul, qui fait que l'on trouve dans les Métamorphoses 2 exemples et non pas 3 des mêmes repos à la classe IV. La proportion 1 pour 100 est donc, ou risque d'être, le produit du hasard, et ne peut servir de base à aucun raisonnement ; les nombres obtenus pour la catégorie G, et correspondant aux proportions G/B, ne valent que comme des indications, etdoiventêtreappuyéspard'autres. Nous choisirons, pour adjoindre à la catégorie G, la catégorie F, qui contient des groupes notablement inférieurs quant à l'étendue, ceux de 10 vers, mais par contre beaucoup plus fréquents (52 pour les quatre classes de coupes réunies au lieu de Ai). La proportion F/B désignera la relation du nombre des exemples de la catégorie F au total des longs repos B pour chacune des quatre classes de coupes.
Coupes.
Classe I
Avant d'examiner les nombres que ce tableau contient, essayons de prévoir ceux qu'il devrait contenir. S'il est vrai que les repos les plus importants du discours sont attirés vers les repos les plus importants du vers, ce principe, déduit de la théorie, se traduira ici par les faits suivants. D'abord, le nombre des exemples des groupes relativement peu étendus et banals sera proportionnellement plus grand pour les coupes faibles du \ers que pour les coupes fortes, et la proportion G/B qui correspond à ce nombre ira croissant de la première ligne du tableau à la dernière. Ensuite, les groupes relativement très étendus et très rares seront proportionnellement moins fréquents pour les coupes faibles que pour les coupes fortes ;
les proportions F/B et G/B, à l'inverse de la proportion C/B, seront représentées par des nombres décroissants.
On a vu que pour les courts repos (p. 384) les faits confirment exactement la loi. Les indications contenues dans le tableau ci-dessus ne sont pas non plus différentes, dans leur ensemble, de celles que la théorie faisait présager. Les lignes II, III, IV, nous montrent une progression croissante dans la colonne C/B et décroissante dans les colonnes F/B et G/B ; cette dernière est d'ailleurs la moins intéressante des trois, parce que la proportion i pour ioo est moins sûrement établie que les autres. Cependant, quand on observe le détail de ces faits, on y remarque, plus accusé et plus inquiétant, le même affaiblissement apparent de la loi d'attraction que nous avons remarqué en étudiant les longs repos en une seule masse (voy. ci-dessus le tableau p. /|25). En comparant l'ensemble des repos longs à l'ensemble des repos courts, nous avons constaté que l'attraction réciproque du discours et du vers s'exerçait moins vivement sur les premiers. Quand nous comparons les différentes catégories de repos longs aux différentes catégories de repos courts, nous retrouvons la même imperfection d'accord entre les faits et la loi qui semble les régir.
Mais ici, elle se manifeste par deux accidents distincts. On reconnaît d'abord l'affaiblissement de l'attraction, qui a pour effet de rendre les différentes classes de coupes plus semblables l'une à l'autre dans la répartition des repos longs que dans celle des repos courts ; nous aurons à expliquer comment la cause invoquée plus haut pour expliquer la différence des deux espèces de repos prises d'ensemble (l'influence des repos indéterminés), peut s'appliquer à leurs diverses catégories. En outre, on trouve, chose nouvelle et plus grave, des nombres qui apportent à la loi proposée, non pas une atténuation seulement, mais un démenti formel. Il faut exposer les faits remarquables avant de les expliquer, et mettre à part, dans l'exposé comme dans l'explication, les faits qui indiquent