RAPPORTS DE LA REPULSION ET DE LATTRACTION /| O
autres repos du groupe, celle de la coupe sur les autres coupes du vers. En effet, le repos | après amores surpasse en durée tous les autres, même le repos du vers suivant (après tulit) où commence le discours direct qui remplit tout le reste du second membre (vers 761-758) ; de même, la coupe du vers 750 surpasse en durée toutes les coupes situées à l'intérieur des deux vers qu'elle sépare, 760 et 751 ; il y a donc entre le repos | et la coupe finale une ressemblance de nature qui nous fait prévoir leur rencontre et la rend agréable à l'oreille.
Passons à la seconde période de la répulsion, le transport des repos longs (ici, le repos | après amores) vers les coupes faibles (ici, la coupe au premier dactyle du vers 761). Supposons l'opération accomplie, c'est-à-dire le premier membre accru du mot Proximus, le repos principal du groupe transporté après ce mot. La force de la répulsion se manifeste par la satisfaction que nous éprouvons à voir le nouveau repos | aussi différent que possible du repos indéterminé [| après aequor, et aussi éloigné que possible de la coupe indéterminée, c'est-à-dire de la coupe finale. En effet, les relations logiques qui unissent le mot Proximus et le reste du second membre sont tellement étroites, que l'on reconnaît une opposition frappante entre le repos qui suit ce mot et le repos indéterminé, qui conclut toujours un ensemble logique plus ou moins indépendant. Le contraste du repos long transformé et du repos indéterminé serait assurément moins complet, si le premier se trouvait établi par exemple après tulit. Quant à l'éloignement de la coupe au premier dactyle, désormais affectée au repos long | , et de la coupe finale, il résulte de leur condition respective : la coupe finale, comparée aux autres, n'est plus la coupe indéterminée, mais la coupe la plus forte (classe I); au contraire, la coupe au premier dactyle compte parmi les plus faibles (classe IV). A cet égard, la répulsion est mieux achevée, et la satisfaction qu'elle procure mieux assurée, par le transport du repos long à la coupe au premier dactyle, que par la coupe bucolique du
même vers (classe III), et surtout que par la penthémimère (classe II) : mais le groupement logique des mots ne permet même pas de concevoir l'attribution du repos long à cette dernière coupe. D'autre part, tous les caractères qui rendent le repos | transporté après Proximus conforme à la répulsion, le rendent contraire à l'attraction, et nous percevons sans peine le dommage qu'elle en souffre : en même temps que le repos nouveau plaît à l'oreille, il la blesse. Ce repos est, en effet, le plus important de tout le groupe 7/19-758, puisqu'il en marque la division principale. A ce titre, nous souhaitons de lui voir attribuer la coupe du vers la plus importante, c'est-à-dire la coupe finale ; nous réservons en pensée les coupes intérieures du vers pour les repos à l'intérieur des deux membres et de leurs subdivisions. Nous éprouvons donc une sorte de surprise et de répugnance, à voir le repos principal du groupe confondu, dans le choix des coupes, avec les repos secondaires. Notre mécontentement est d'autant plus grand, qu'il y a une plus grande différence d'importance entre la coupe qui nous paraît revenir au repos long en raison de sa durée, et la coupe nouvelle que nous lui avons supposée départie par l'effet de la répulsion. Aussi la coupe après Proximus (classe IV) est-elle pour l'oreille aussi surprenante et aussi choquante que possible : sollicités par l'attraction seule, nous nous accommoderions mieux de toute autre coupe, soit la coupe bucolique (classe III), soit la penthémimère (classe II).
Nous venons de surprendre en exercice dans le même repos, d'embrasser du même coup d'œil les deux forces antagonistes qui règlent la disposition des repos longs dans le vers : attraction et répulsion. En les observant, nous avons recueilli de l'une et de l'autre une image claire et complète ; elles se trouvent donc, non seulement réunies, mais distinctes, ellesmêmes et les éléments rythmiques qu'elles gouvernent. L'analyse une fois commencée, nous pouvons la poursuivre sans effort et d'instinct jusqu'à son terme. Ce terme est atteint
LEUR MÉCANISME DISTINCT /l5()
quand nous avons isolé jusqu'à pouvoir les considérer séparément les deux forces et les objets qui dépendent de chacune d'elles. Voici pourquoi la séparation est facile : c'est que l'attraction et la répulsion se manifestent au cours d'opérations rythmiques différentes. Le repos long est soumis à la répulsion si on le met en rapport avec les valeurs indéterminées, c'està-dire les repos indéterminés du discours, tels que le repos à la fin du vers 7^8, et la coupe finale prise dans son caractère d'indétermination . Il est soumis à 1 attraction si on le rapproche des valeurs déterminées, c'est-à-dire les autres repos du discours à l'intérieur du même groupe, et les coupes du vers considéré isolément, y compris la coupe finale qui n'est alors que la plus importante d'entre elles. Les deux opérations peuvent être aisément distinguées, et une fois distinguées elles apparaissent comme isolées et successives.
Sont-elles du moins réunies par la communauté de certains éléments? Pas même. Dans l'attraction, le repos long est rapproché des repos déterminés du discours ; dans la répulsion, il est rapproché des repos indéterminés : ce sont là deux sortes de repos différentes, dont nous constatons la différence dans le poème lui-même. Observons les valeurs rythmiques du vers. L'attraction met en jeu les coupes déterminées du vers, et parmi elles la coupe finale, la répulsion, la coupe finale seule dans sa fonction de coupe indéterminée. Mais, bien que l'on perçoive dans les vers du poète la coupe finale déterminée et la coupe finale indéterminée au même moment, dans le même endroit, les deux perceptions sont réellement distinctes ; si lot enregistrées par l'esprit du lecteur, elles se détachent l'une de l'autre, et y demeurent comme deux objets différents. Observons enfin le repos long lui-même, auquel il s'agit d'assigner une place dans le vers. Il est rapproché, tantôt des valeurs rythmiques déterminées (attraction), tantôt des valeurs indéterminées (répulsion). Mais ce n'est pas le même repos long qui est présent dans les deux rapprochements ;
/J6o REPOS LONGS DR L ETENDUE TOTALE
ce sont deux images du même repos, identiques mais distinctes. Le même objet se trouve, en effet, reproduit dans notre esprit à autant d'exemplaires qu'il y subit d'appréciations différentes. Ainsi, l'attraction et la répulsion ne s'exercent pas au même moment, ni sur les mêmes objets. Le repos long qui est soumis à l'une n'est pas, à proprement parler, le même repos long qui est soumis à l'autre. Chacune des deux forces a son domaine distinct, où elle est souveraine ; le repos long qui appartient à l'attraction lui obéit tout entier et sans réserve ; la répulsion dirige elle aussi complètement l'autre image du repos.
La distinction des deux forces et de leurs objets s'opère par le travail spontané de l'esprit dès que les repos et les coupes lui sont présentés, soit qu'il veuille en arrêter la disposition, soit qu'il veuille apprécier la disposition faite par autrui. L'une et l'autre action sont plus ou moins longues, plus ou moins présentes à la conscience : peu importe. La première appartient au poète , la seconde à l'auditeur. Entre les deux se place un moment intermédiaire, celui où le vers est prononcé par la voix et recueilli par l'oreille. A ce moment, le vers n'existe que pour les sens, qui produisent et perçoivent les impressions ; avant et après, il n'existe que pour l'esprit qui les analyse.
Le vers réel, composé de mots et de sons, réunit et présente simultanément les impressions qui étaient tout à l'heure, et qui seront bientôt, dissociées : celles qui appartiennent à la répulsion et celles qui appartiennent à l'attraction. Dans le vers prononcé, entendu, écrit, imprimé, la coupe finale déterminée et la coupe finale indéterminée occupent la même place dans le temps et dans l'espace, après la dernière syllabe du vers, et ne forment qu'une seule coupe composite : le repos long opposé aux valeurs déterminées et le repos long opposé aux valeurs indéterminées n'en composent qu'un seul. Le repos réel est donc complexe : il appartient pour une part