‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 215 sur 270 · LEURS EFFETS REUNIS · texte numérisé non relu

LEURS EFFETS REUNIS

à l'attraction et pour l'autre à la répulsion ; il obéit à la fois à l'une et à l'autre.

Les nombres que nous avons présentés plus haut, et qui nous ont servi à étudier la distribution des longs repos des Métamorphoses entre les coupes du vers, représentent les repos réels, que nous percevons en lisant le poème. Ils reproduisent leur nature complexe, et les effets combinés des deux forces qui les dirigent en même temps. Ils indiquent, pour parler plus exactement, l'effet total produit par le mélange de l'attraction et de la répulsion, le résultat de la lutte qu'elles mènent entre elles pour la direction des repos. Ce résultat, seule, la lecture du poème, seuls, les nombres que nous y recueillons, nous permettent de le connaître. Dans la période de composition ou dans la période d'appréciation des faits rythmiques, en un mot tant que dure 1 analyse, tant que l'attraction et la répulsion demeurent isolées, enfermées dans des domaines lointains, il est impossible de les mesurer l'une à l'autre, de décider laquelle surpasse l'autre en puissance. Au moment où se produit le vers, où leurs objets sont en partie confondus, où elles participent des mêmes réalités, il faut que le versificateur tranche le conflit qui les divise, en disposant tel repos, telle catégorie de repos, au gré de l'une ou au gré de 1 autre. Quant au lecteur, les choses se présentent à lui dans l'ordre inverse : il apprécie la puissance respective des deux forces, avant d'en approfondir et d'en distinguer les éléments.

Les nombres nous apportent donc les résultats que nous avons énoncés plus haut. Dans l'ensemble des repos longs, l'attraction l'emporte sur la répulsion, car ils sont attribués en plus grand nombre aux coupes les plus fortes ; encore peuton mesurer, en comparant les repos longs avec les repos courts, quelle résistance la répulsion oppose, et quel affaiblissement l'attraction en subit. Dans les repos les plus longs pris à part, la répulsion l'emporte, et réussit à détruire l'effet de

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l'attraction, du moins en ce qui concerne la coupe finale, car cette coupe, bien qu'elle soit la plus importante, reçoit moins de repos que certaines autres.

C'est ainsi que dans les nombres, dans le poème lui-même, nous distinguons parmi les repos longs deux espèces : les repos longs pris ensemble, dans lesquels l'effet de l'attraction est affaibli, les repos très longs pris à part, dans lesquels l'effet de l'attraction est détruit. La différence des deux espèces ne réside pas dans l'attraction, mais dans la répulsion, qui oppose à celle-ci une résistance plus ou moins grande. Transportons maintenant les deux espèces de repos longs dans la période d'analyse : alors sont isolées l'une de l'autre et les deux forces et les objets soumis à chacune. Prenons à part l'attraction et les éléments qui lui appartiennent, repos et coupes. Comparons, après les avoir ainsi limités, les repos longs à affaiblissement et les repos très longs à destruction. Nous ne trouvons plusentre eux aucune différence, ni dans l'exercice de la force, ni même dans son intensité. Ils ne forment plus qu'une seule espèce. Leur réunion est chose naturelle : la différence que nous constations tout à l'heure était le produit de la répulsion ; or nous avons distingué et éliminé, avec les éléments soumis à la répulsion, cette force elle-même. Dans les repos longs ou très longs tels qu'ils nous restent, l'attraction s'exerce partout avec la même régularité ; elle y est aussi régulière et aussi puissante que dans les repos courts, où la répulsion ne pénètre point.

Il faut revenir, en effet, pour conclure cette partie, à la comparaison des repos longs avec les repos courts. C'est avec son secours que nous avons dégagé les nombres anormaux, les faits statistiques désignés par les noms d' affaiblissement et de destruction. Ces faits sont maintenant expliqués. Dans les repos longs, ce n'est pas l'attraction elle-même, qui est affaiblie ou détruite, mais seulement ses effets. La répulsion, qui vient combattre l'attraction, résulte de l'influence

des valeurs indéterminées, repos et coupes : celles-ci, étant voisines des repos longs, y font naître des impressions rythmiques qui échappent à l'attraction et sont régies par leur loi propre. La distribution des repos longs parmi les coupes est produite par les effets de cette loi (répulsion) combinés avec ceux de l'attraction. D'ailleurs, l'attraction, qui est la loi la plus générale du rythme poétique, est aussi, même dans les repos longs, la plus puissante. Les faits qui lui échappent sont bien moins apparents que ceux qu'elle explique. Il est certain que, dans l'ensemble, les repos longs sont attirés par les coupes fortes, comme les repos courts par les coupes faibles.

Ce principe de disposition a été d'abord déduit de la théorie, et présenté comme une hypothèse à démontrer. Une première démonstration vient de lui être apportée par l'étude statistique, qui dénombre les repos longs et les groupe en catégories. Il reste à en fournir une seconde, celle qui s'obtient par l'étude distincte et détaillée de certains repos. Cet examen porte sur les faits de versification les plus remarquables, ceux qui font exception à la règle générale ; il embrasse les caractères du sens aussi bien que ceux du rythme.

c) Etude détaillée des exceptions (étude particulière) .

Soit un repos de longue durée, dont les membres ont, par exemple, une étendue de six, sept, huit, dix hexamètres, attribué à une coupe d'importance minime, comme la coupe au premier dactyle ou la trihémimère, ou même d'importance moyenne, comme la penthémimère. S'il est vrai que les longs repos ont une affinité naturelle pour les coupes les plus importantes, et se rencontrent le plus souvent avec elles — telle est du moins la proposition à démontrer — les faits de versification composés d'un repos relativement long et d'une

coupe relativement faible sont autant de manquements à l'usage général, et d'exceptions à la loi que nous voulons établir. Les exceptions nuisent à l'autorité de la loi, à moins qu'elles ne soient expliquées. Supposons toutefois que dans les exemples de versification anormale — et dans tous — il apparaisse que l'auteur a eu conscience de leur anomalie, qu'il en a disposé le rythme dans l'intention de surprendre le lecteur et de le rendre attentif: alors nous pourrons conclure, après avoir ainsi reconnu le dessein du poète, qu'il tient pour ordinaires, pour conformes, non seulement à l'usage courant, mais à l'attente même du lecteur, les faits de versification homogènes , composés de repos longs et de coupes importantes, de repos courts etde coupes faibles, c'est-à-dire qu'il applique le principe rythmique dont nous voulons faire reconnaître l'existence. Ainsi les exceptions apparentes se tourneront en preuves indirectes, et la loi d'attraction se trouvera démontrée, non seulement par les nombres de la statistique, mais par l'étude particulière des exemples les plus remarquables.

Mais comment démontrer, que dans les rencontres du discours et du vers qui font exception à la loi générale, se trouve bien l'impression de surprise, d'anomalie, recherchée par le poète et éprouvée par le lecteur ? Il n'est pas possible de recourir au témoignage de l'un ou de l'autre, ni permis de nous fier au témoignage de notre sens rythmique. Il faut employer une méthode plus pénible et moins certaine, et observer le sens des périodes pour en expliquer le rythme. Prenons les passages où les repos longs du discours se rencontrent avec des coupes faibles : nous reconnaîtrons qu'ils sont tous de ceux qui sollicitent vivement l'attention du lecteur, qui l'intéressent ou l'émeuvent. Versification hétérogène, contenu exceptionnel, remarquable, ces deux caractères, l'un du rythme l'autre du sens, sont constamment associés. Nous en concluons, d'abord que leur association est produite par la volonté du poète et non par le caprice du hasard, ensuite que

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