SON PRINCIPE
le fait de versification hétérogène est semblable au contenu de la période où il se trouve, c'est-à-dire remarquable, surprenant comme lui ; il n'y a pas, en effet, d'artiste qui ne s'efforce de mettre d'accord en tout point le fond et la forme de son ouvrage. L'anomalie du contenu rend ainsi excusable, et même légitime, l'anomalie de la forme rythmique ; la rencontre singulière du vers et du discours a pour objet et pour effet de retenir le lecteur au passage : il est averti par elle d'accorder aux idées qui composent la période une plus grande quantité d'attention. Les exceptions à la loi d'attraction réciproque du discours et du vers n'ébranlent donc pas la loi, mais la confirment ; elles sont préméditées par le poète, et même nécessaires : ce sont les accidents du rythme qui répondent aux accidents de la pensée.
Faire reconnaître cette correspondance, telle est la méthode qu'il faut suivre pour démontrer la loi d'attraction, quand on veut examiner séparément les différents exemples, et les observer en détail en embrassant du même coup d'œil le rythme et le sens. Dans la première partie de ce chapitre, nous avons appliqué cette méthode aux repos courts ; nous l'appliquerons maintenant aux longs repos. Pour faire en toute rigueur la démonstration proposée, il faudrait y comprendre tous les cas de versification hétérogène ; nous devons nous borner à quelques exemples, dont nous fixerons par la suite le nombre à trois.
Notre but est d'y accuser l'intérêt exceptionnel des idées contenues dans les mots, la quantité exceptionnelle d'attention qu'elles méritent. C'est là un caractère difficile à apprécier, et qui sera le mieux apprécié par la comparaison de l'exemple donné avec un autre. Il est presque impossible de montrer, tant l'objet de la démonstration est mal défini, que dans un passage donné, où il y a contraste entre le rythme du discours et le rythme du vers, où par exemple le repos correspondant à une étendue totale de dix vers se rencontre avec la coupe au premier trochée, le contenu des mots mérite une quantité Cahen. 3o
466 REPOS LONGS DE l'ÉTENDUE TOTALE
exceptionnelle d'attention ; il est bien plus facile de démontrer, que le passage en question exige de nous plus d'attention, par la nature des idées qui y sont exprimées, qu'un autre passage où la versification est homogène, où le même long repos du discours se rencontre avec la coupe finale ou la penthémimère.
En opposant au passage à versification surprenante un autre passage à versification normale, nous avons intérêt à choisir les deux termes de comparaison aussi semblables que possible : nous associerons donc toujours deux faits de versification où la longueur des membres est la même, et qui ne diffèrent que par la coupe. Nous avons déjà exposé plus haut les principes de l'étude des anomalies (pp. 352, 362); si nous les avons rappelés ici, c'est d'abord pour notre propre commodité, afin de nous en représenter le ressort logique avec une entière clarté, et ensuite pour celle du lecteur, afin qu'il ait bien présent à l'esprit le sens des commentaires qui vont suivre.
Ils ont pour objet de démontrer la loi d'attraction en manifestant la satisfaction, le calme du sens rythmique dans les passages où la loi est observée, l'émotion ou la surprise dans les passages où elle est violée. Pour se prêter à la démonstration proposée , il semble que les repos longs doivent avant tout satisfaire à la condition suivante : c'est que la catégorie à laquelle ils appartiennent, par exemple celle des repos dont les membres mesurent 6, ou 7, ou 9 vers, etc., soit régie par la loi d'attraction. Or l'étude statistique démontre, que certains repos sont plus nombreux aux coupes où ils devraient être plus rares, plus rares aux coupes où ils devraient être plus nombreux. Ce sont les repos les plus longs de tous, ceux des groupes de 10 vers et de i3 vers au moins. Us semblent obéir, non pas à la loi d'attraction, mais à une loi de répulsion qui les éloigne de la coupe finale. Doivent-ils donc être exclus des comparaisons que nous nous proposons d'établir? Doivent-ils