‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 22 sur 270 · LE REPOS MESURÉ PAR DEUX MEMBRES REUNIS · texte numérisé non relu

LE REPOS MESURÉ PAR DEUX MEMBRES REUNIS

Le repos entre A et B1 est plus long que le repos entre A et B.

La durée totale du repos se compose ainsi de deux durées qui s'ajoutent sans dépendre aucunement l'une de l'autre, puisque l'une dépend du premier membre et l'autre du second. Il serait donc possible, à ce qu'il semble, de les considérer séparément, et il y aurait même quelque avantage à le faire.

Soit le premier des deux couples AB1 :

Le reste de l'armée ||a hésitait sur leurs corps |||"

J'appelle a le repos qui suit le premier membre, et b le repos qui suit le second. Je conviens de ne considérer dans le repos a que la première partie, celle qui correspond au premier membre A. Le second membre B1 ne m'échappe pas pour cela, je le retrouve inclus dans le repos b, dont la durée dépend de la longueur totale Ah-B1. Mais pour ce repos lui aussi, je fais abstraction du membre suivant et de la partie du repos qui en dépend, et ainsi de suite. La mesure des repos a et b ainsi simplifiés demeure rigoureuse, puisqu'elle est fournie par les membres qui les précèdent; elle est plus simple que celle des repos complets, puisqu'elle dépend de ces membres seuls, et que nous avons à mesurer un seul membre et non pas deux. Ainsi, les repos a et b, et tous les repos d'un poème donné, les Métamorphoses par exemple, peuvent être considérés sous deux aspects : comme repos simples en relation avec le membre qui les précède, et comme repos doubles, en relation avec les deux membres qu'ils séparent. Les deux interprétations peuvent être également adoptées, à condition d'appliquer la même à tous les repos. Nous avons choisi la seconde, bien qu'elle demande plus de temps et d'effort.

Elle est, en effet, la plus exacte, et, malgré les apparences, la plus simple. Les raisons de notre choix paraîtront plus solides par la suite. Mais il convient de les indiquer dès maintenant.

Dans l'analyse qui précède, nous nous sommes arrêtés, afin d'exposer plus clairement des faits complexes, aux impressions rythmiques les plus apparentes, les premières perçues soit dans les repos, soit dans les membres. Observons la portion de discours citée tout à l'heure :

Le reste de l'armée \a hésitait sur leurs corps.

les membres du discours : Le reste de l'armée hésitait sur leurs corps, et Le reste de l'armée apparaissent d'abord comme des groupes rythmiques indissolubles, ou plus exactement, compacts, et indépendants de ceux qui les entourent. A ce moment, nous avons déjà connaissance du repos a, et nous en apprécions la durée en la rapportant aux membres perçus. Il importe peu que nous fassions cette appréciation au moyen du membre le plus long Le reste de l'armée hésitait sur leurs corps, ou au moyen du membre le plus court Le reste de l'armée, puisqu'ils y sont tous deux également convenables, et que tous les repos nous présentent à la fois l'un et l'autre. Ces impressions des repos et des membres une fois recueillies, d'autres se manifestent à nous. Nous observons les membres du discours non plus séparément, mais par couples, en comparant leurs longueurs. Ces couples se forment d'ailleurs aussi bien en subdivisant un membre donné :

Le reste de l'armée \a hésitait sur leurs corps

qu'en l'associant à un membre voisin :

Le reste de l'armée hésitait sur leurs corps |^ Et regardait...

Pendant cette période de comparaison, les repos, aussi bien que les membres, nous font parvenir des impressions nouvelles : ils entrent en relation avec les membres tels que nous les interprétons maintenant, c'est-à-dire assemblés en couples.

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